Crémant du Jura

J’espère que vous avez, malgré les menaces présentes et les incertitudes futures, passé de bonnes fêtes de fin d’année, pour lesquelles le champagne, boisson de la joie, de l’amitié et de la gaité, a pris toute sa place. Pour ma part, crise et retraite obligent, j’ai dégusté (outre, tout de même, quelques verres de champagne) plusieurs vins effervescents qui m’ont confirmé la qualité et les progrès constants de cette production. Parmi ceux-ci, le Crémant du Jura, élaboré par le domaine Labet, m’a, tout particulièrement, séduit.

J’avais déjà vanté sur notre revue en ligne la qualité du chardonnay ouillé La Bardette du même producteur, et force est de reconnaître qu’il excelle également avec ce crémant.

Le domaine Labet est situé à Rotalier dans le Révermont, à la pointe sud du vignoble jurassien réputée pour ses chardonnays. Depuis 2013, les Labet parents et enfants, après une courte dissidence du fils Julien, ne forment plus qu’un seul domaine conduit par la fratrie formée de Julien, Romain, Charline, mais le crémant reste vinifié par le père Alain.

Parti de 9 ha en 1974, le vignoble ne s’est que modestement étendu à 13,5 ha, mais s’est tourné, sous l’impulsion de Julien, farouche militant, vers une culture bio, puis biodynamique. Actuellement, 3 ha de vignes sont certifiées Ecocert depuis 2013, les autres sont en cours.

Les sols sont bêchés au printemps, les ceps butés de janvier à avril, des griffages de mai à juillet maîtrisent l’herbe. Les traitements excluent tout produit chimique et engrais, utilisent le soufre, et le cuivre à faibles doses, le petit lait, les tisanes d’orties, de prêles, d’osiers.

La spécificité du domaine est l’approche parcellaire : une cuvée, issue d’une seule vigne, laisse ainsi s’exprimer la personnalité d’un cépage, d’un lieu, d’un sol, d’un terroir. Tous les vins sont produits par une fermentation spontanée grâce aux levures indigènes présentes naturellement, mais différentes d’une parcelle ou d’un millésime à l’autre influençant donc la personnalité et l’expression de chaque cuvée.

 

Un vin non millésimé

L’AOC Crémant du Jura, obtenue en 1995, impose des vendanges manuelles, un transport en caisses percées, un pressurage par grappe entière. Ce vin effervescent est obtenu, comme le champagne, par une double fermentation, dénommée « méthode traditionnelle ». La première fermentation, essentiellement en cuve inox, suivie d’un élevage, sur lie, en foudre pour 79 % et fûts anciens pour 21 % pendant 8 à 10 mois, permet d’obtenir un vin sec et tranquille très peu brassé, non soutiré. Les raisins proviennent de vignes de 28 à 50 ans, de 6 parcelles assemblées sur des terroirs argileux du Lias et calcaires Bajocien. L’assemblage final comporte 95 % de chardonnay et 5 % de pinot noir.

Après l’élevage, est opérée la « prise de mousse ». Le vin de base est mis en bouteille hermétiquement close après ajout de levures et sucre. Le gaz carbonique ne peut s’échapper pendant cette deuxième fermentation et forme des bulles. Les bouteilles sont stockées sur lattes pendant 12 mois, puis dégorgées en remplaçant le dépôt de levures constitué dans le goulot par une liqueur d’expédition composée de vin, sans rajout de sucre donnant, pour ce crémant, la qualification d’un brut nature non dosé. Même si les bouteilles ne sont pas millésimées, le vin de base est issu d’une seule année.

Ce crémant du Jura de Labet comble, à l’instar du champagne, toutes les sensorialités !

Plaisir de l’ouïe : le murmure des bulles harmonise une musique apaisante.

Plaisir de l’œil : la belle robe jaune d’or pâle fait miroiter les fines colonnes de bulles pétillantes, légères, et intenses.

Plaisir du nez : les arômes très riches de raisin muscaté, de fleurs blanches aubépine, chèvrefeuille, de fruits exotiques, ananas, mangue sont magnifiés par de légères notes oxydatives de fruits secs : noix de cajou, noisettes, de champignons, de curry typiques des vins du Jura.

Plaisir de la bouche : l’arrivée des bulles contre la langue est vive, fraîche, désaltérante.

Ce vin effervescent, expressif, puissant et très sec ne copie pas un champagne, mais exprime parfaitement ses origines terriennes jurassiennes.

 

Une merveille pour les poissons fumés

Ce crémant est un merveilleux vin d’apéritif, vin de soif ouvrant les papilles gustatives, sans les charger en sucre avec juste sa petite pointe d’acidité. Ses bulles, sa discrète oxydation accompagnent à merveille poissons fumés, en particulier le saumon, surtout s’il est tranché dans le gras du dos. Il est recommandé par le chef local Marc Tupin pour sa préparation de tartare de truite rose du Jura sur caviar d’aubergines et perles du Japon. Il séduira en compagnie de grosses langoustines croustillantes au pistou. En raison de son acidité, ce vin s’avère difficile sur un dessert en dehors de ceux peu sucrés à base de fruits : granité de cerises au sabayon de macvin, soupe de fraise à la crème fouettée.

Cet élégant effervescent, servi frappé autour de 8°, fait pétiller tous les instants de convivialité. Laissez-vous entraîner par la danse délicate de ses bulles chatoyantes qui caressent le palais, d’autant que son prix, inférieur à 9,00 euros, est tout aussi doux.

Crémant du Jura – Domaine Labet 39190 Rotalier

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