Libero Volpaiole 2013 Fuori Mondo

Malgré son physique de play-boy, Olivier Paul-Morandini a réalisé, à 46 ans, ce que certains mettraient 3 vies à accomplir. Né en Belgique, petit-fils d’immigré transalpin, il est, dès son enfance, irrésistiblement tourné vers l’Italie, où il retourne très souvent avec ses parents.

Malgré des études tumultueuses, il est diplômé d’un grand institut de communications à Bruxelles et, dès lors, se consacre à de nombreuses activités humanitaires, dont une au Tibet, où, tel Tintin, il frôle la mort, en accompagnant l’exil d’enfants tentant de traverser l’Himalaya. Puis déploie un intense lobbying auprès de la Commission Européenne pour l’instauration d’un numéro d’appel de secours européen : le 112, et plus récemment pour la transparence des vins dans le marché commun.

En 2003, lors d’un séjour en Italie, il est subjugué par un vin intitulé Volpaiole (la tanière du renard, dont la tête stylisée figure maintenant sur ses étiquettes) et, immédiatement, rend visite aux propriétaires du domaine, au pied du plateau de Maremme, un couple de retraités zurichois. Une amitié naît et, après de nombreux contacts, le retraité Armin lui propose de racheter le domaine en 2008, ce qu’il accepte immédiatement, sans aucune assise financière, ni connaissance de la viticulture.

Heureusement, Armin le formera jusqu’en 2012 et Vasile, le très compétent maître de chai, continuera à le guider et l’épauler. Avec « l’avantage de l’ignorance », l’instinct, l’empirisme, cet autodidacte va vaincre tous les obstacles (« sa nouvelle traversée de l’Himalaya ! » et s’en donnera tous les moyens : montages financiers, assistance de professionnels réputés pour la pédologie, les plantations, la vinification.

Le domaine, couvrant actuellement 5 ha de vignes réparties en une douzaine de parcelles en culture bio et conversion biodynamique, est sis à 8 km de la mer tyrrhénienne sur les hauteurs de Campiglia Maritima, à 15 km au sud de Bolgheri, tiens donc le fief des supertoscans tel Sassicaïa ! Le climat, atténué par les brises marines, est méditerranéen et montagneux, sans excès de chaleur l’été, ni de froideur l’hiver, la pluviosité est habituellement suffisante. Les sols sont très variés : schistes (pour le cillegiolo), argilo-calcaires, couches sablonneuses.

Une faune et une flore abondantes, préservées dans cet isolat, ont inspiré le nom qu’a choisi Olivier : fuori mondo (le bout du monde).

Contrairement à la tradition toscane des assemblages, il vinifie séparément chaque cépage en cuvée spécifique : alicante (D’Acco), merlot (Pemà du nom d’une petite tibétaine), cabernet sauvignon (Amaë), sangiovese (Lino) et l’ancestral cillegiolo cousin du sangiovese (Libero). Les vignes, taillées en Guyot-Poussard ne sont pas irriguées, mais labourées manuellement, pour éviter le stress hydrique. Certains rangs restent enherbés. La biodynamie régit les traitements, sans aucun produit chimique, d’autant que le mildiou est quasi absent.

Les rendements sont limités à 20 à 26 hl/ha. Les vendanges manuelles nécessitent plusieurs passages sélectionnant méticuleusement sur pied les grappes qui, après passage sur table de tri, sont versées par gravité dans des cuves en acier, où les macérations sont poursuivies 4 à 10 jours avec remontage quotidien pendant le temps de la fermentation alcoolique par levurage indigène. Le moût est ensuite pressé et mis en élevage en barriques de 500 l de chêne français neuf, pendant 6 mois pour le cillegiolo, puis affiné en bouteilles pendant 3 mois. Le sulfitage est minimal.

Le Libero 2013, pur cillegiolo, paré d’une robe éclatante rouge grenat foncée, exhale des arômes de fruits rouges mûrs : cerise burlat, fraise, de confiture de prune, et de fortes flaveurs épicées : poivre noir, cardamone. Le boisé, marqué par des notes torréfiées et vanillées, n’est pas encore totalement intégré. La bouche est souple, fraîche, sensuelle sur un fruit juteux, une acidité vibrante, des tanins policés et structurants. La finale élégante, savoureuse sur les fruits rouges et la réglisse confirme, à l’instar de son créateur, la forte personnalité de ce vin.

Ce cépage italien ancestral appelle les mets traditionnels transalpins et il serait dommage de se limiter à la classique pizza. Fort de sa structure et ses arômes, ce Libero 2013 accompagnera parfaitement les viandes rouges, dont le fameux bistecca alla fiorentina, mais mieux encore les viandes en sauce : braciola (basses côtes farcies) à la sauce bolognaise, spezzatino de bœuf, côtelettes de veau ou osso bucco à la milanaise, saltimbocca à la romaine. Une porchetta, des brochettes de brebis (arrosticini), de la mortadelle grillée lui feront également fête. Si nous voulons rester dans l’Hexagone, nous lui proposerons un poulet chasseur, des rognons de veau à la moutarde, un lapin aux olives. Avec quelques années de vieillissement, ce vin fera merveille avec des gibiers à plume : faisan, perdrix ou à poil : civet de chevreuil, pappardelle au sanglier.

Olivier Paul-Morandini avoue : « J’ai changé ma vie pour un vin ! Pour me sauver et pour donner un sens à ma vie, car le vigneron possède tous les atouts pour cette quête de sens ». Mais gageons que cet hyperactif pourrait nous réserver d’autres surprises en dehors du vin…

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