Soyez réalistes

La réalité virtuelle, dont en parle beaucoup dans le secteur des jeux vidéo, va largement se développer dans les dix prochaines années tous secteurs confondus : technologique, économique, social et santé.

Les grands groupes industriels, (notamment secteurs automobile ou aérien) utilisent la réalité virtuelle (VR) depuis vingt ans pour la conception de leurs produits, mais c’est l’industrie du jeu vidéo, devenu le véritable moteur de cette technologie, qui l’a démocratisée pour le grand public. Le monde de la santé a commencé son virage et nous n’en sommes qu’au (tout) début. GE Healthcare a présenté en ce sens en janvier dernier aux Journées de l’innovation en santé un prototype de dispositif de réalité virtuelle qui devrait permettre à terme aux médecins d’explorer l’intérieur du corps humain en immersion totale.

La Formation

La formation tout d’abord où la technologie devient un outil pédagogique particulièrement puissant : suivi des opérations par des pairs, répétition des gestes à effectuer lors d’opérations futures…ou suivi à travers les yeux du chirurgien d’une opération.

Travailler avec l’aide du cerveau

En 2016, le Pr Philippe Menei et l’équipe du service de neurochirurgie d’Angers et de l’école d’ingénieurs ESIEA, a procédé à une chirurgie du cerveau. Le patient éveillé tout au long de l’opération (comme vous le savez, le cerveau est le seul organe qui n’est pas sensible à la douleur), était muni d’un casque. Il voyait ainsi défiler un programme de test du champ visuel. Objectif : pousser le plus loin possible la précision de l’acte. Grâce à la diffusion de points lumineux, le patient détaillait ce qu’il voyait, permettant au neurochirurgien d’être certain de ne pas porter atteinte à la fonction visuelle lors de l’ablation de la tumeur.

Cette technique d’images projetées et d’un système de détection de mouvement de la pupille a permis au chirurgien d’obtenir des informations très précises en activant plusieurs zones du cerveau et travailler bien plus efficacement.

Les phobies du cerveau

De nombreux hôpitaux et services liés aux traitements des phobies se sont munis de matériel d’immersion. Le patient se confronte ainsi directement à sa phobie dans un environnement complètement sé- curisé. On peut ainsi s’habituer progressivement à la foule, aux animaux qui nous effraient ou pouvoir, comme cette femme qui ne pouvait plus prendre son volant, tout simplement conduire sur une autoroute.

Ces méthodes, de plus en plus courantes, portent leurs fruits et les résultats sont très probants, les phobiques apprenant à (re)vivre au bout de quelques séances.

Biaiser le cerveau

La réalité virtuelle a permis de soulager la souffrance de grands brûlés (sans aucun usage de morphine) durant leurs séances de nettoyage en les projetant dans un environnement de froid polaire. Ils ont donc pu oublier la douleur pendant quelques instants. Ce genre de prouesse est possible simplement parce que la réalité virtuelle modifierait la chimie du cerveau des patients. Il a fait passer des IRM à certains volontaires afin d’étudier les activités de la partie du cerveau relative à la douleur et, à l’issue de l’expérience, la conclusion suivante a été apportée : la réalité virtuelle ralentissait ces mêmes activités.

Evader son cerveau

On pense également aux patients alités pour de longues durées. La dimension psychologique est évidente pour traiter une maladie. Des patients restant alités pendant de très longues semaines s’évadent du monde réel de la chambre dans un monde virtuel en donnant la possibilité de  s’« éloigner » de leur lit. C’est une véritable façon sortir d’une routine et de voir autre chose que sa chambre d’hôpital. Des applications permettent aussi aux patients d’en apprendre plus sur leur maladie et sur leur corps. Généralement les proches ont aussi le droit de participer, ce qui permet aussi de dédramatiser la maladie et l’hospitalisation.

La VR, source de préoccupations

Si les champs d’action de la réalité virtuelle sont gigantesques pour les professionnels de la santé, les premiers dangers apparaissent dans le grand public (dépendance, situations perturbantes, dangers psychologiques, nausées, fatigues anormales, troubles auriculaires)…

 

Les réalités virtuelle et augmentée sont toutes deux des réalités altérées et artificielles

Avec la réalité virtuelle, vous êtes coupé du monde par le port d’un casque qui trompe son cerveau pour le transporter dans un autre lieu (ou une autre époque). 

On dit que la VR est immersive et qu’elle vous fait rentrer dans une histoire

Avec la réalité augmentée, le dispositif utilise des lunettes ou un casque semi-transparent. Vous voyez le monde réel autour de vous auquel viennent s’ajouter des informations numériques : des pages, mais aussi des objets virtuels qui apparaissent dans le monde physique. Celui-ci est donc « augmenté » de ces informations.

Sources

realite-virtuelle.com ; Goldman Sachs ; Cervo (Chirurgie éveillée sous réalité virtuelle dans le bloc opératoire) ; Hunter Hoffman, Directeur du centre de réalité virtuelle de l’Université de l’état de Washington à Seattle (États-Unis).