Muscadet Sèvre-et-Maine Amphibolite 2015

Le muscadet : un petit blanc de comptoir à avaler sur le pouce après s’être protégé l’estomac contre son acidité avec du maalox ? Et bien non ! Un vrai bon vin, auquel, fer de lance d’une nouvelle génération de viticulteurs, Jo Landron, la moustache frémissante dès qu’on dénigre « son » muscadet, a su rendre ses lettres de noblesse.

Muscadet, appellation régionale du Pays Nantais peut être revendiquée par tous les vins locaux produits par un unique cépage, le melon de Bourgogne. Ici, la Loire façonne les paysages, creuse la roche primaire du massif armoricain et dégage des coteaux peu élevés propices à la viticulture, dont une bonne partie est occupée par le muscadet, cépage d’origine bourguignonne, dont le nom s’explique par la pratique des négociants hollandais très actifs en Pays Nantais, fin du Moyen-Age, qui avaient l’habitude d’ajouter au vin des épices, notamment la noix de muscade. Sa résistance au gel lui valut de conquérir les rives de la Loire et de ses affluents lors des terribles hivers de fin XVIIe siècle. Son adaptation aux différents sous-sols de granit, de gneiss, de schiste qui révèlent sa vivacité, sa souplesse ou son onctuosité, assura son succès.

Jo Landron est, depuis 1990, seul aux commandes du domaine familial après avoir travaillé pendant plus de 10 ans avec son père qui avait développé la petite exploitation dès 1945. En 1987, une parcelle de jeunes vignes allait disparaître suite à un empoisonnement par herbicides. Pour les sauver, malgré l’extrême réticence paternelle, il décida d’abandonner les herbicides et pesticides, de labourer, d’aérer le sol et de convertir progressivement l’ensemble du domaine à la culture bio, puis, depuis 2011, à la biodynamie respectant les rythmes cosmiques et les cycles lunaires, car certaines périodes lui semblaient plus favorables au développement de la racine, de la plante et du fruit. Il constata « que le vin s’améliorait en termes de buvabilité, acquérait davantage d’équilibre, de fraîcheur, de spontanéité ».

Actuellement, la propriété s’étend sur 48 ha, dont le principal domaine, la Louveterie, est sis sur les coteaux de la Sèvre. Diverses parcelles ont été isolées, pour mettre en avant la typicité des terroirs en particulier des sous-sols : outre l’Amphibolite, les Houx, sols argilo-sableux et graves sur grès et gneiss, le Fief du Breil ou la Haute Tradition sur orthogneiss et quartz. Cuvée phare de Jo Landron, l’Amphibolite, dont le nom est dû au sous-sol de roches métamorphiques constituées lors de l’effacement de l’océan, et de roches vertes en dégradation, exprime, de ce fait, une minéralité tendue, saline et des saveurs iodées. Les vignes sont âgées de 25 à 45 ans. Le travail extrêmement méticuleux du sol, le respect des règles biodynamiques préparent de beaux raisins sains. La récolte est manuelle. Les grappes entières sont pressurées pneumatiquement, puis débourbées à froid. La fermentation thermorégulée en levurage indigène s’effectue en cuves ciment verrées. L’élevage sur lie, c’est-à-dire sur levures mortes, permettant d’obtenir des vins plus onctueux et plus gras, est cependant réduit à 4 mois, afin de conserver fraîcheur et vivacité. La cuvée est légèrement sulfitée en fin de fermentation alcoolique, pour éviter la malo-lactique. Elle n’est jamais chaptalisée, ce qui explique sa légèreté en alcool. La mise en bouteille, après stabilisation au froid, s’effectue par gravité, sans filtration.

Parée d’une brillante robe jaune pâle, or blanc, cette Amphibolite 2015 dégage des parfums d’algue marine, d’eau de mer, de fruits : agrumes citronnés, pomme verte et de fleur blanche, type chèvrefeuille. L’attaque en bouche, iodée, saline est très précise et tendue témoignant d’un bel équilibre entre fraîcheur et acidité. La minéralité sur la pierre à fusil, la roche mouillée assure une vive persistance. Un léger perlant traduit la présence de gaz carbonique issu naturellement de la fermentation. Ce vin très désaltérant, expressif, énergique, remarquable de pureté et fraîcheur, incroyable de pénétration et tonicité ne peut que réconcilier les détracteurs du muscadet. Contrairement aux cuvées bénéficiant d’un long élevage (jusqu’à 24 mois), ce n’est pas un vin de garde et il est conseillé de le consommer dans l’année.

Le muscadet est un vin de grand large, d’embruns, de pêche et l’Amphibolite, exaltant ses notes salines, iodées, en est l’archétype. Il accompagnera merveilleusement les fruits de mer, en particulier les huitres, et surtout les meilleures, telles les Marennes-Oléron un peu vertes de Gillardeau ou les creuses de pleine mer de Prat-Ar-Coum d’Yvon Madec. Les coquillages : coques, bulots, bigorneaux, les crevettes, tourteaux, langoustines servis nature ou avec une mayonnaise magnifieront ses notes marines. C’est un bon partenaire de plats simples : sardines artisanales en boîte, accompagnées d’un filet d’huile d’olive, de fleur de sel et de pain grillé. Il fera honneur à des maquereaux marinés au vin blanc, une sole tout simplement grillée, une soupe de moule, un carpaccio de thon ou de Saint-Jacques. N’attendez pas le dessert, contre lequel il se heurterait, pour terminer le flacon avec un fromage de chèvre frais, tels chabichou, cabécou ou le local curé nantais au lait cru de vache.

Laissons conclure Jo Landron : « Pour moi, le muscadet doit être l’expression fidèle de son terroir traduit par sa signature minérale. Seuls, le travail au sol et le respect de la vigne permettent d’exprimer la pleine personnalité du cépage ».

Muscadet Sèvre-et-Maine Amphibolite 2015
Domaine Jo Landron – La Haye-Fouassiere

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

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