Le libéral, ce cher inconnu

Spécialité medico-technique, la cardiologie est une spécialité exigeante qui couvre un large domaine, de la prévention à la thérapeutique, des soins aigus aux soins chroniques, de la clinique aux plateaux techniques hyperspécialisés.

Elle répond aux pathologies parmi les plus graves et fréquentes et qui représentent la deuxième cause de mortalité en France.

C’est une spécialité ouverte à l’innovation et qui bénéficie constamment des progrès techniques et thérapeutiques. Il n’est donc pas étonnant qu’elle soit très prisée par les internes, toujours parmi les toutes premières spécialités choisies aux ECN.

Après un internat exigeant demandant l’acquisition de larges compétences, la prise de nombreuses gardes à lourde responsabilité et pour certains après un postinternat qui permet d’acquérir une surspécialité, arrive l’heure du choix entre la poursuite d’un exercice hospitalier et salarié ou un exercice libéral. C’est un moment important de la vie professionnelle et aussi personnelle.

Bien peu de jeunes cardiologues à ce stade de leur carrière ont approché l’exercice libéral et on ne peut que le regretter. La maquette du nouveau DES de cardiologie donne la possibilité d’un stage en libéral dans la dernière phase de consolidation, ouverture dont il faut se louer tout en regrettant que ce stage ne soit pas obligatoire, mais seulement optionnel.

Dans ces conditions, le choix du libéral est celui d’un monde inconnu, parfois injustement dénigré, avec la crainte de perdre un environnement sécurisé et ne plus participer ou avoir accès à l’innovation. Et pourtant !

Le libéral demande un développement personnel et intellectuel où il faut acquérir le sens des responsabilités, des qualités d’organisation, de maîtrise de soi, de gestion du stress et du temps et les qualités d’un chef d’entreprise.

Le libéral, par définition même, c’est la liberté. Liberté de son lieu d’installation, du choix de ses associés, de définir son temps de travail, son emploi du temps et ses vacances. Et cela dans un contexte où la demande de soins est et restera forte, l’offre d’installation large sur tout le territoire avec accès à un plateau technique de haute qualité.

Le libéral, c’est travailler avec souplesse et efficacité, en relation étroite et immédiate avec ses correspondants ou ses confrères d’autres spécialités, si bien que l’on n’est jamais seul, mais toujours dans l’interaction.

Le libéral c’est aussi pour les jeunes générations être un acteur influant sur l’organisation de la profession. Délégation de tâches, télémédecine, nouveaux modes de financements, prise en charge des maladies chroniques, organisation des soins dans les territoires, entreprise médicale libérale, vie conventionnelle sont les sujets clés de demain, à discuter dès aujourd’hui.

Mais le libéral, c’est sûrement et avant tout une relation privilégiée avec ses patients que l’on accompagne tout le long des différentes phases de leur maladie. C’est là la grandeur humaniste du métier de médecins dont nous éloigne une pratique impersonnelle qui malheureusement tend vers une robotisation de l’exercice de la  médecine.

Liberté d’entreprendre et d’organisation, un vrai challenge pour les jeunes dans une société moderne et créative.

Jean-Pierre Binon
Président du SNSMCV

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