Covid-19 : Les cliniques s’estiment insuffisamment sollicitées

Selon la Fédération de l’Hospitalisation Privée, les cliniques, qui ont fait le nécessaire pour dégager le maximum de lits afin d’accueillir des malades du coronavirus, sont insuffisamment sollicitées par les autorités sanitaires. Mais sur le terrain, cette situation semble ne pas perdurer quand l’épidémie s’emballe.

La Fédération de l’Hospitalisation Privée (FHP) a annoncé que les cliniques avaient libéré 4 000 places en réanimation et soins critiques dès la première semaine de confinement. La fédération indique également que « 100 000 opérations non urgentes ont été déprogrammées pour permettre d’accueillir des patients atteints de Covid-19 », ce qui représente plus de 10 000 lits sur le territoire. « Une coopération sans faille doit être mise en place pour enrôler toutes les forces sanitaires présentes, publiques ou privées, dans la gestion de cette crise sanitaire, estime Lamine Gharbi, le président de la FHP, qui appelle à ce que « les cliniques soient directement mobilisées par le ministre de la Santé et les directeurs des ARS ».

Des cliniques vides ou sous-occupées

Car sur le terrain, d’après lui, l’hospitalisation privée reste trop peu sollicitée au regard de ce qu’elle peut faire. Certes «  de nombreux hôpitaux  et cliniques privés sont directement impliqués dans la gestion du Covid-19 aux côtés des hôpitaux publics et de la médecine de ville », mais dans plusieurs régions, « y compris parmi les plus touchées, des lits de réanimation et de soins critiques libérés dans les cliniques restent vides ou sous-occupés », déplore la FHP, qui cite l’exemple du Grand Est où 70 places de réanimation libérées dans des cliniques n’ont pas été toutes sollicitées, alors que les hôpitaux publics sont saturés dans la région.

La FHP indique également que  les 460 établissements ou services de soins de suite privés ont arrêté dès la première semaine de confinement toute leur activité d’hospitalisation de jour, ce qui a ainsi libéré près de 5 000 places d’hospitalisation sur tous les territoires « pour faciliter la prise en charge en hospitalisation à temps complet des patients atteints de Covid-19 et pour améliorer la fluidité des filières de soins notamment des établissements de courts séjours MCO ». En outre, de nombreuse admissions « non urgentes » en hospitalisation complète ont été déprogrammées dans ces structures. Mais là encore, la FHP constate que « les consignes tardent à être diffusées pour mettre à profit leurs capacités hospitalières et compétences médicales et organisationnelles qui restent inutilisées ».

La réaction de la CSMF

La CSMF s’est également émue de cet état de fait et a appelé « l’ensemble des ARS à veiller à une organisation territoriale cohérente, afin que tous les acteurs du monde de la santé soient intégrés dans la prise en charge des patients atteints ». Généralistes et spécialistes de tous les territoires, exerçant en cabinet ou en établissements de soins étaient prêts à participer à l’effort général, « encore faut-il qu’ils soient sollicités, ainsi que les établissements où ils exercent », souligne la confédération. « Le système de santé repose sur deux acteurs principaux en France, le secteur public et le secteur privé libéral. L’heure n’est pas à une exclusion d’un autre temps », estime la CSMF.

« Dans le cyclone, pas de lits vides ! »

Difficile de savoir exactement ce qu’il en est car l’épidémie évolue de jour en jour, pour ne pas dire d’heure en heure, et ce qui a pu être vrai il y a quinze jours, peut ne plus l’être aujourd’hui. Ainsi, Patrick Arnold, cardiologue à Mulhouse, dans cette région du Grand Est particulièrement touchée, estime qu’il faut en juger avec d’extrêmes réserves : « Sur Mulhouse et Colmar, la Fondation du Diaconat compte deux établissements à Mulhouse, un à Colmar, plus une unité de soins de suite. Très vite, environ 140 “lits Covid” ont été dégagés, dont 8 lits de réanimation à Mulhouse et 8 à Colmar, des lits de Covid “tiède” ayant été réservés dans l’unité de soins de suite. S’il est vrai qu’au début, ces lits sont restés vides plusieurs jours, sans doute parce qu’il a fallu quelque temps pour que les autorisations soient données aux cliniques d’accueillir des patients Covid-19, à l’heure où je vous parle, leur remplissage est dépassé. Dans le cyclone, il n’y a pas de lits vides ! ».

Dans la métropole lilloise où – il y a quelques jours – l’épidémie progressait mais pas aussi rapidement que dans le Grand Est, Frédéric Fossati, cardiologue à Lille, détaille l’organisation. « Les cabinets de cardiologie ont déprogrammé l’essentiel de leur activité mais restent ouverts, prêts à accueillir les urgences, et assurent une permanence téléphonique. Dans les cliniques, les procédures non urgentes ont également été déprogrammées et les urgences sont assurées à la demande des médecins traitants. Chacune d’elles s’est organisées pour assurer en urgence la prise en charge de patients atteints du Covid-19 soit ”positifs“, soit “négatifs”. C’est l’ARS qui décide, en collaboration avec le SAMU, de l’affectation des patients. Pour l’instant, les deux plus importants établissements privés de Lille, l’hôpital Le Bois et l’hôpital La Louvière, restent des centres d’accueil pour patients atteints du Covid-19 négatifs, de façon à désengorger les hôpitaux de la métropole. Mais cette situation peut changer : pour l’instant la montée en charge de l’épidémie est progressive, elle peut s’emballer demain. »

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