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Décloisonner, coordonner : les mot-clés du rapport Cordier

364 – Catherine Sanfourche – Le rapport qui a inspiré la stratégie nationale de santé énonce 19 recommandations qui visent au décloisonnement du système de santé, à une meilleure coordination entre professionnels et à une « fluidité des parcours de soins ».

La stratégie nationale de santé que vient de présenter Marisol Touraine s’appuie sur le rapport que lui a remis le « comité des sages » chargé d’en élaborer les grands axes et présidé par Alain Cordier. Dans son préambule, ce rapport invite à « reconsidérer dans son ensemble » l’organisation de notre système de santé. « Bâtie de façon empirique et par empilement, autour des structures d’offre de services, l’organisation doit être repensée au plus près des usagers, de la personne malade ou en situation de perte d’autonomie ». Mettant en avant la nécessité absolue du décloisonnement, les sages prônent « une  organisation des soins résolument plus collaborative conduisant à mieux dépenser et à réduire les dépenses inappropriées ». Ils ne prétendent pas à des  révélations, ni dans le diagnostic posé, ni dans les solutions qui s’imposent : rôle central du médecin traitant, pertinence de réseaux, nécessité de développer l’exercice regroupé en ville, nécessité d’un dossier médical partagé et des échanges d’information entre les professionnels, entre médecins généralistes et spécialistes de ville et de l’hôpital, etc.

 

Un système sans aucune action d’envergure et durable

Les remèdes sont connus, alors pourquoi notre système de santé reste malade ? Parce que, estime en substance le comité des sages, de rapports en états généraux de la santé, aucune action d’envergure et durable – n’a jamais été résolument engagée. « Le temps n’est plus d’en rester au seul accompagnement d’initiatives militantes et d’expériences innovantes. Notre recommandation est d’abandonner ce processus qui dure depuis au moins deux décennies, si ce n’est beaucoup plus », affirment les sages avant de poursuivre : « Définir une stratégie c’est déterminer des priorités d’action et de programmation, et identifier les conditions de succès de leur mise en œuvre, avec comme préconisation première, voire unique, de considérer que le temps est à la décision et à l’action ».

 

Des recommandations révélatrices des évolutions du système de santé

Pour ce qui est de l’action, les sages ont élaboré 19 recommandations, chacune étant assortie des décisions nécessaires à leur mise en œuvre. « L’étroite combinaison au plus tôt d’un parcours entre prévention, médecine curative et de support ou palliative s’impose comme une nécessité, tout autant que la qualité de la coordination entre soins de santé primaires, recours à l’expertise spécialisée, accompagnement médico-social et social. C’est la meilleure des voies, la plus révélatrice des évolutions à envisager du système de santé, et la plus porteuse d’espoir. Les recommandations et les mesures proposées n’ont pas d’autre objet », estiment les auteurs du rapport.

Il est impossible de détailler toutes les mesures préconisées, mais pour en résumer l’esprit, il suffit de livrer la vision des sages du pilotage d’un tel système décloisonné : « Le pilotage du système de santé doit reposer sur une forte capacité de maîtrise d’ouvrage de l’administration d’Etat et sur le parti pris de la subsidiarité confiant la maîtrise d’œuvre à l’Assurance Maladie et aux ARS. Une telle architecture conduit par exemple à refuser d’édicter d’en haut un métier de coordination entre les professionnels, mais à élaborer le cahier des charges des objectifs à atteindre, confiant aux acteurs territoriaux la charge de retenir la solution la plus appropriée. Une telle architecture conduit à retenir le principe d’une déclinaison territoriale des conventions signées entre les médecins et l’Assurance Maladie, ou encore à la constitution d’un fonds stratégie nationale de santé à gestion régionale ».

 

Les 19 recommandations des sages

• Promouvoir la santé de chacun et de tous

• Impliquer et accompagner la personne malade, soutenir l’entourage

• Créer une instance représentative des associations des usagers du système de santé

• Favoriser la constitution d’équipes de soins de santé primaire

• Garantir pour les malades chroniques une coordination des professionnels de santé, sous la responsabilité du médecin traitant

• Renforcer les outils d’appui à l’intégration des acteurs territoriaux

• Créer un service public de l’information pour la santé

• Se donner les outils de la de la coordination et de la continuité ville-hôpital

• Optimiser la place de l’hôpital dans le territoire de santé

• Aider à la transmission d’informations entre professionnels de santé

• Développer la télémédecine à bon escient

• Mieux garantir la pertinence des organisations et des actes

• Réformer les modalités de rémunération et de tarification

• Repenser la formation pour répondre aux nouveaux enjeux

• Œuvrer au développement de nouvelles fonctions et de nouveaux métiers de santé

• Mieux cibler et mieux coordonner les programmes de recherche

• Renforcer les capacités prospectives et stratégiques

• Avec les ARS, faire le choix de la subsidiarité

• Réorganiser le pilotage national