La HAS définit quatre scénarios pour anticiper la stratégie de vaccination contre le Covid-19

(APMnews) – Dans la perspective de l’arrivée future d’un ou plusieurs vaccins contre le Covid-19, la Haute autorité de santé (HAS) a formulé des recommandations préliminaires pour anticiper l’élaboration de la stratégie vaccinale et a retenu pour cela 4 scénarios possibles, dans un rapport diffusé mardi.

Le vice-président du comité technique des vaccinations (CTV) de la HAS, Daniel Floret, a souligné lundi soir à APMnews que ce travail de réflexion s’appuyait sur « beaucoup d’incertitudes », et qu’il serait « à revoir » une fois que des vaccins contre le Sars-CoV-2 seraient disponibles.

Il a assuré que l’évolution des recommandations de stratégie vaccinale en fonction de la situation épidémiologique était quelque chose d' »extrêmement important », citant l’exemple de la pandémie de grippe A H1N1 survenue en 2009 et estimant qu’il « aurait fallu revenir sur la stratégie vaccinale et avoir une recommandation beaucoup moins large » dès lors que la faible gravité de l’infection avait été constatée.

« La leçon va être tirée: quand un avis sera donné [quant à la stratégie de vaccination contre le Covid-19], il ne sera pas gravé dans le marbre », a-t-il pointé.

Le rapport daté de jeudi et publié mardi a été produit en réponse à une saisine de la direction générale de la santé (DGS), qui souhaitait « engager une réflexion sur la stratégie vaccinale d’utilisation d’un vaccin contre le Sars-CoV-2 en France et élaborer les différents scénarios de vaccination envisageables sur la base des données actuellement disponibles ».

Pour ce travail, la HAS a notamment pris en compte un récent avis publié conjointement par le Comité analyse recherche expertise (Care), le Comité scientifique vaccins Covid-19 et le Conseil scientifique Covid-19 (cf dépêche du 24/07/2020 à 15:06), ainsi qu’un avis du Haut conseil de la santé publique (HCSP) relatif aux personnes à risque de forme grave de Covid-19 et aux mesures barrières spécifiques à ces publics (cf dépêche du 27/04/2020 à 15:03).

La HAS rappelle que les objectifs de santé publique de la vaccination contre le Covid-19 sont de trois ordres :

  • la prévention individuelle (réduire le risque de contracter la maladie et/ou de limiter ses conséquences, en particulier les formes sévères), ce qui implique de vacciner des groupes de populations spécifiques (personnes à risque de formes graves, entourage) ;
  • la prévention collective, qui vise à freiner la transmission du virus au sein de la population dans un objectif de contrôle de l’épidémie ;
  • le maintien des activités vitales au fonctionnement du pays dans le contexte d’urgence pandémique.

Si elle a retenu quatre scénarios possibles selon le niveau de circulation du virus à l’arrivée des vaccins, la Haute autorité considère que « quelle que soit la situation épidémique », les professionnels de santé et du médico- social de première ligne « apparaissent comme les populations cibles prioritaires et incontournables ». Elles remplissent en effet les trois objectifs de prévention individuelle, collective et de maintien des activités essentielles au pays en période pandémique.

Les scénarios envisageables sont les suivants :

  • forte circulation virale au niveau national
  • forte circulation virale localisée sur certains territoires circulation virale à bas bruit, avec des clusters limités absence d’indicateurs de circulation virale.

Les deux premiers scénarios diffèrent essentiellement par la composante géographique.

Deux moyens sont envisagés pour réduire la morbi-mortalité: cibler les personnes à risque de formes sévères (âge, comorbidités) ou celles de leur entourage. La population de personnes à risque a été estimée à environ 23 millions, ce qui porterait à 46 millions le nombre de doses de vaccin nécessaires -une priorisation serait alors nécessaire en cas de mise à disposition séquentielle et progressive des vaccins. L’entourage des personnes vulnérables doit quant à lui encore être chiffré.

Pour réduire la diffusion de l’épidémie, un des moyens est de cibler l’ensemble de la population susceptible d’être infectée. Il serait dans ce cas « indispensable de déterminer un objectif de couverture vaccinale pour l’atteinte d’une immunité de groupe à partir des modèles épidémiologiques ».

Interrogé par APMnews, Daniel Floret a estimé que le taux nécessaire pour une immunité collective se situerait entre 60% et 70%, mais a souligné que ces données étaient encore préliminaires. Il a par ailleurs pointé qu’il faudrait discuter de la pertinence de vacciner ou non les personnes ayant été exposées au virus et immunisées naturellement, « d’autant qu’en général, les maladies infectieuses font mieux que les vaccins » en matière de réponse immunitaire.

Vaccination en anneau ou en bouclier en cas de cluster

L’autre moyen de réduire la diffusion de l’épidémie est de cibler les populations les plus susceptibles de se contaminer. Actuellement, il s’agit des personnes vivant en collectivité ou dans des conditions favorisant la promiscuité (hôpital, Ehpad, prisons, hébergements collectifs…) et les populations fréquentant des lieux propices aux contacts multiples (entreprises, lieux clos, transports en commun…). Le besoin en vaccins serait alors moins grand mais reste à chiffrer.

Par ailleurs, outre les professionnels des secteurs sanitaire et médico-social (respectivement 1,8 et 1 million, environ), sont considérés comme essentiels au maintien des besoins vitaux au fonctionnement du pays ou du territoire les professionnels de la sécurité, de la défense, de l’énergie, de l’agro-alimentaire, de l’éducation, du secteur bancaire…

Le chiffrage de cette population doit encore être réalisé, et la possibilité que certains puissent télétravailler sera également prise en compte dans le calcul de la quantité de vaccin nécessaire.

Dans le 3e scénario, celui d’une circulation virale à bas bruit sous forme de clusters limités, la stratégie serait alors celle d’une vaccination en anneau (contacts de cas de Covid-19) ou en bouclier (lieux et collectivités dans lesquels surviennent les cas). Le vaccin doit alors être capable « d’induire une protection rapide dès la première dose et préférentiellement d’impacter sur le portage du virus ».

Les besoins vitaux de fonctionnement devront être maintenus spécifiquement au niveau des lieux et collectivités dans lesquels surviennent les foyers épidémiques.

Dans le 4e scénario, qui considère une situation d’absence d’indicateurs de circulation virale lors de la mise à disposition des vaccins, la HAS pointe que la nécessité de recourir à la vaccination dépendra de plusieurs facteurs: les caractéristiques des vaccins, la durée de protection qu’ils confèrent, la protection éventuelle contre d’autres coronavirus ou variants, et les facteurs liés à la prévision de l’épidémie (saisonnalité du virus, capacité de mutation à plus ou moins long terme, état de l’épidémie à l’étranger).

La HAS souligne que dans tous les cas, la stratégie dépendra des caractéristiques des vaccins (immunogénicité, efficacité, sécurité) et de leur rapport bénéfice/risque, ainsi que de l’effet du vaccin sur la contamination et la transmission de l’infection.

Daniel Floret a en outre appelé à l’inclusion dans les essais cliniques des populations à risque de formes graves, notamment les personnes de plus de 65 ans, de plus de 75 ans ou encore celles présentant des facteurs de risque. Déplorant le fait que ces personnes soient la plupart du temps exclues des essais, il a souligné qu’il était important de connaître l’efficacité et la sécurité des vaccins chez ces populations à risque pour pouvoir élaborer des recommandations de vaccination.

Le vice-président n’a par ailleurs pas souhaité prendre position quant à la possibilité qu’un vaccin contre le Covid-19 puisse un jour devenir obligatoire en France, soulignant par ailleurs que si la question émergeait, interviendraient alors dans la réflexion à la fois la situation de la pandémie et la performance des vaccins.

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