Le gouvernement se défend de toute précipitation dans l’encadrement de l’accès à l’hydroxychloroquine

(APMnews) – Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, « a fait preuve de prudence » dans la décision d’abroger les mesures autorisant la prescription de l’hydroxychloroquine (Plaquenil*, Sanofi) dans le Covid-19, a déclaré mercredi la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, lors d’un point presse à l’issue du conseil des ministres.

Elle a été invitée à réagir à la publication mardi par The Lancet d’une mise en garde concernant l’étude publiée fin mai dans la revue, qui associe la prise du médicament, seul ou en association, par des patients Covid-19 à un surrisque significatif de décès à l’hôpital par rapport à une absence de traitement.

Cent vingt chercheurs et cliniciens doutant des données publiées dans le Lancet ont appelé à la diffusion des données utilisées pour l’analyse dans une lettre ouverte mise en ligne la semaine dernière.

Dans un court message, la revue a reconnu d’« importantes questions scientifiques soulevées » par l’étude et indiqué qu’un audit indépendant de la provenance et de la validité des données devrait rendre « très prochainement » des résultats.

A la suite de la publication de cette étude, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a décidé de « suspendre » tous les essais cliniques évaluant l’hydroxychloroquine dans le Covid-19 et la dérogation permettant de prescrire la molécule aux patients malades a été abrogée après avis du Haut conseil de la santé publique (HCSP), rappelle-t-on.

Sibeth Ndiaye a expliqué mercredi que les autorités sanitaires françaises et internationales se sont fondées sur « plusieurs études » pour suspendre les essais cliniques, et pas seulement sur celle du Lancet.

« Il n’y a pas, en matière de traitement du Covid, de choix politique qui est fait. C’est la science […] qui doit nous permettre de déterminer si ce traitement, en combinaison éventuelle avec d’autres traitements, est efficace, et c’est uniquement sur ce fondement que notre gouvernement prend ses décisions en matière sanitaire », a-t-elle appuyé.

Elle a jugé qu’il ne fallait pas faire de l’hydroxychloroquine « un objet politique ». « Je crois qu’on devrait laisser les scientifiques travailler tranquillement et sereinement pour avoir une réponse claire », a-t-elle ajouté.

Dans une tribune publiée par Le Figaro vendredi, le Pr Didier Raoult, directeur de l’institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, qui a mené différents travaux sur l’hydroxychloroquine et défend l’efficacité de la molécule, a taclé la publication du Lancet en dénonçant des « résultats effarants pour qui a réellement vu et traité des malades ».

« Nous sommes dans une époque de guerre politique et industrielle qui amène à être extrêmement prudent dans l’analyse des données des journaux qui ont fait pendant un temps la gloire de la médecine », a-t-il écrit.

Le New England Journal of Medicine (NEJM) a par ailleurs publié mardi un message mettant en garde contre une étude qu’il a publié début mai sur les principales comorbidités associées à des doublements ou triplements du risque de décès par Covid-19. Cette étude a été conduite par Mandeep Mehra (Harvard Medical School), qui apparaît également comme l’auteur de celle du Lancet sur l’hydroxychloroquine.

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