Le port du masque dans les lieux publics clos va devenir obligatoire

(APMnews) – Le port du masque de protection contre le coronavirus Sars-CoV-2 sera rendu obligatoire dans les endroits publics clos à compter d’août, a annoncé le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, lors de l’interview télévisée de mardi. 

Emmanuel Macron a renoué mardi pour la première fois de son mandat avec la traditionnelle interview du 14 juillet, diffusée après un défilé et une cérémonie organisés cette année dans un format inédit, marqué par des hommages aux soignants.

Si le premier pic de l’épidémie de Covid est derrière nous, il faut continuer à appliquer les gestes barrières, « et là- dessus, on voit des faiblesses, donc j’ai demandé à ce qu’on passe une étape au gouvernement », a-t-il annoncé. « Je souhaite que dans les prochaines semaines on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos. » 

« Aujourd’hui, nous avons des incertitudes » sur l’évolution de l’épidémie, a exposé Emmanuel Macron. Du côté des scientifiques, « il n’y a pas une ligne ou une doctrine, il y a ceux qui vous disent ferme, “il n’y aura pas de deuxième vague”, ceux qui vous disent “elle est pour bientôt et c’est sûr” ». 

Il a mentionné le taux de reproduction du virus, « le R effectif, qui est en train d’augmenter et qui est passé au- dessus de 1 ». « Nous avons des signes que ça repart quand même un peu », a-t-il commenté. « Face à cela, nous devons prévenir et nous préparer. »  

Le bilan de la direction générale de la santé (DGS) diffusé lundi soir fait état de 372 cas groupés de Covid depuis le 9 mai (217 clôturés), dont 6 nouveaux depuis la veille, note-t-on. Lundi, 6.983 personnes contaminées étaient hospitalisées (68 nouvelles admissions en 24 heures), dont 492 en réanimation (10 nouveaux cas graves mais 4 en moins par rapport à vendredi). Les 30.000 décès ont été franchis la semaine dernière.

« Je recommande à tous nos concitoyens qui nous écoutent de porter le masque au maximum quand ils sont dehors et a fortiori quand ils sont dans un lieu clos », et « nous allons nous mettre en situation, par exemple à partir du 1er août, de rendre [le port du masque] totalement obligatoire », a précisé le chef de l’Etat. 

Dans des tribunes publiées samedi et dimanche, des médecins ont appelé à rendre obligatoire le port du masque dans les lieux publics clos, rappelle-t-on.

Emmanuel Macron a aussi appelé à la prudence lors des événements extérieurs. Les jeunes « ont souvent des formes légères »  et pourraient penser « qu’ils peuvent prendre tous les risques », mais quand ils en prennent, « ils accélèrent la propagation du virus ». 

Le deuxième pilier de la stratégie, « c’est les tests », a-t-il poursuivi. « On les a largement déployés, on doit être à près de 370.000 tests par semaine », a-t-il précisé. Interrogé sur les 700.000 tests annoncés par le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, Emmanuel Macron a répondu qu’« on a la capacité de les faire », mais que « la demande aujourd’hui n’est pas là ». 

Encourager les dépistages en l’absence de prescription médicale 

« On va […] permettre à toute personne sans prescription médicale, même quand elle n’a pas de symptôme, si elle a un doute, ou une crainte, de pouvoir aller se faire tester », a-t-il ajouté, sans plus de précision sur les modalités. 

La DGS et l’assurance maladie ont lancé des campagnes dans plusieurs régions par l’envoi de « bons »  permettant d’aller faire un test virologique dans n’importe quel laboratoire, même en l’absence de symptôme, rappelle-t-on.

« La troisième chose est de se préparer au pic », a continué le président de la République. Interrogé pour savoir si le pays ne risquerait pas une nouvelle fois d’être confronté à une pénurie de masques, de respirateurs ou de médicaments, il s’est montré catégorique: « Nous serons prêts. »  

« Cela a été préparé sous l’autorité du premier ministre, avec le ministre de la santé et tous les ministères, les services compétents, pour qu’on ait les bons stocks, en bonne quantité, parce qu’on voit, en période de crise extrême, quelle est la quantité que l’on consomme », « plus de 10 fois plus»  que ce qui a été projeté, a-t-il expliqué.

« Nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés », a assuré Emmanuel Macron. « Nous avons l’organisation au plus près du terrain qui permettrait de faire face à une recrudescence. […] Tout ce que nous avons appris, tout ce que nous savons projeter, modéliser, nous a permis de nous organiser. »

Un prochain confinement se ferait « le plus localement possible » 

Lors du premier pic épidémique, « on a pris la mesure la plus radicale, la plus dure, qui était le confinement », a considéré le chef de l’Etat. Cela a eu « des conséquences sur les autres maladies, avec des gens qui ne sont pas allés se faire soigner, sur le plan psychologique et psychiatrique, avec beaucoup de gens qui ont souffert, sur le plan des injustices sociales », a-t-il listé. 

« Le confinement a été un révélateur d’inégalités », a observé le chef de l’Etat. « Je ne veux pas de cela à nouveau pour le pays. […] Nous sommes en train de tout faire pour éviter une nouvelle vague et avoir une approche différenciée si elle apparaissait. »  

Si tel était le cas, il s’agirait « d’isoler le plus localement possible et donc le plus vite possible », a-t-il souligné, citant les mesures locales déjà prises au début de la crise. 

Un programme « d’accès mondial aux vaccins »

Si Sanofi mettait au point un vaccin, « la France sera servie parmi les premiers pays », a également affirmé Emmanuel Macron, interrogé pour savoir si elle le serait prioritairement. 

Il a toutefois refusé l’idée de « faire du nationalisme sanitaire », revenant sur une polémique déclenchée à la mi- mai sur l’accès au vaccin. 

« Ce qu’on a construit, la France en a pris l’initiative, avec l’Organisation mondiale de la santé [OMS], c’est de dire, qui que ce soit trouve un vaccin, on se met en situation d’organiser sa production partout dans nos pays, pour nous, tout de suite, mais aussi pour les pays en voie de développement ou les pays les plus pauvres. »  

« C’est ce qu’on a appelé l’accès mondial aux vaccins », a pointé le président de la République. « Sanofi rentre dans ce programme ». Le groupe « est entré dans un programme américain, mais en parallèle, nous [l]’avons engagé dans une discussion avec la France et avec l’Europe pour sécuriser la production des médicaments sur le sol européen pour les européens, en même temps ». 

Il a également évoqué la volonté de « sécuriser les principes actifs », sujet qui fait l’objet de discussions avec « les Japonais, d’autres Européens ». 

Interrogé sur son point de vue personnel sur l’hydroxychloroquine, à savoir s’il serait prêt à en prendre, Emmanuel Macron a répondu « qu’il n’y avait de traitement stabilisé »  du Covid à ce jour. « S’il n’y a pas de traitement, je ne vais en prendre »  et « j’en me remettrai aux médecins qui me suivent ». 

« Le Pr Raoult [qui prône ce traitement] est un grand scientifique », a estimé Emmanuel Macron. « Il était normal et légitime qu’il participe des débats scientifiques, mais ce n’est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques. Ce n’est pas plus à un homme scientifique, quand bien même il devient une personnalité publique, d’acter des croyances scientifiques. La science a ses processus de vérification », a-t-il considéré. 

Lors de l’interview, Emmanuel Macron a par ailleurs confirmé qu’il souhaitait remettre la réforme des retraites « à la discussion et à la concertation».

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