« Les prochains jours vont être particulièrement difficiles » (Jérôme Salomon)

(APMnews) – « La crise va être longue, les prochains jours vont être particulièrement difficiles, les soignants se battent sans répit et sont absolument admirables », a déclaré mercredi soir le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, lors du point de situation quotidien sur la pandémie de Covid-19.

« Nous aurons des drames individuels, nous aurons des drames collectifs, des familles endeuillées en nombre. Nous devons ensemble faire bloc face à une situation très critique et totalement inédite », a assuré Jérôme Salomon.

Les chiffres communiqués par le DGS font état de 25 233 cas confirmés par les tests PCR (+ 13 % par rapport à la veille mardi), 11 539 personnes hospitalisées (+ 13,4 %), 2.827 cas graves hospitalisés en réanimation (+ 12,4 %). « C’est un nombre considérable, exceptionnel dans un temps aussi bref et pour une seule maladie », a-t-il commenté.

La barre des 1 300 décès a été franchie, soit une hausse de plus de 20% en une journée. 86 % de patients décédés avaient plus de 70 ans. Et environ 3 900 personnes sont sorties guéries de l’hôpital.

Le DGS a également rapporté 3 545 passages aux urgences pour une suspicion d’infection, et 1 430 interventions de SOS médecins au cours de la seule journée de mardi. Depuis le 9 mars, 8 723 tests ont été réalisés dans les laboratoires d’analyse médicale, dont 2 615 se sont révélés positifs.

Ile-de-France: « la vague qui arrive est forte »

L’Ile-de-France est désormais « dans la situation la plus critique » et connaît actuellement des « tensions majeures », a-t-il souligné. Viennent ensuite le Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté, l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine.

Alors que le directeur général de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a indiqué mercredi matin que les 1.000 cas graves avaient été dépassés dans la région et lancé un appel à la solidarité, le DGS a déclaré que la « vague qui arrive est forte » sur ce territoire, et qu’il existe une « forte demande » en lits de réanimation.

Il a ajouté que tous les établissements franciliens étaient mobilisés, et salué les plus de 7 000 professionnels de santé et 2 500 infirmières qui se sont inscrits sur la plateforme d’appel aux volontaires mise en place par l’agence régionale de santé (ARS) la semaine dernière.

Jérôme Salomon a également fait le point sur la situation en outre-mer, avec 313 cas confirmés : 94 à la Réunion, 66 en Martinique, 35 à Mayotte, 76 en Guadeloupe dont 14 hospitalisés, 7 en réanimation et un décès, 28 cas en Guyane, 13 à Saint-Martin, et 3 à Saint-Barthélemy.

Il a remercié à plusieurs reprises les professionnels de santé, mais aussi les « personnes qui œuvrent tous les jours pour la poursuite d’activités indispensables à la nation » et celles qui télétravaillent en confinement, « pour lesquelles c’est un effort, voire même un sacrifice ».

Eviter la saturation des hôpitaux en « priorité n°1 »

« Notre priorité n°1 est d’éviter absolument une saturation des services de réanimation dans les régions les plus touchées », a expliqué le DGS. Il a rappelé que la mobilisation de tous les acteurs concernés a permis de passer de 5.000 à 8.000 lits de réanimation au niveau national, et qu’un « TGV sanitaire », mais aussi l’évacuation aérienne de malades par l’armée, sont en place pour « déplacer les malades d’hôpitaux sous tension vers des secteurs moins touchés ».

Interrogé sur les déplacements de malades entre régions alors que certains établissements privés ont encore des places en réanimation dans les territoires les plus touchés, il a expliqué qu’il fallait garder « un petit nombre de lits, notamment dans les établissements privés, car il n’y pas que le Covid ». « Remplir tous les lits d’une région serait absurde car on ne pourrait plus prendre une seule urgence », a-t-il insisté.

S’agissant du déploiement du dépistage de la maladie en France et de la pénurie de réactifs et d’écouvillons sur laquelle plusieurs syndicats de médecins et de biologistes médicaux ont alerté en début de semaine, Jérôme Salomon a reconnu des « tensions ».

« Nous sommes totalement mobilisés pour que toute la chaîne logistique soit parfaitement accessible », a-t-il assuré. Il a rappelé que les capacités du pays sont passées de 1 000 tests par jour à « 5 000 puis 9 000 ». « Nous seront entre 25 000 et 30 000 tests quotidiens d’ici une dizaine de jours », a-t-il poursuivi, qualifiant ces volumes de « capacité très importante en termes de comparaison internationale ».

Sur la remontée du nombre de décès dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) qui fait actuellement l’objet de travaux pour disposer d’informations exhaustives, il a confirmé que les autorités « auront la semaine prochaine des données précises ».

Difficulté d’accès à l’hydroxychloroquine

Le DGS s’est par ailleurs dit « vigilant » sur l’accès aux soins « pour tous et en tout temps », car la lutte contre l’épidémie « ne doit pas faire oublier les patients atteints d’autres pathologies sévères ».

« Le récent engouement, parfois irrationnel, autour de certaines molécules comme l’hydroxychloroquine ou une association antirétrovirale ne doit pas empêcher les patients habituellement traités par ces médicaments, qui en ont besoin, d’accéder à ces traitements », a-t-il martelé, précisant avoir été alerté par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) sur des difficultés d’accès à ces produits.

Cela confirme la demande croissante de Plaquenil* (hydroxychloroquine, Sanofi) constatée dans les officines françaises et rapportée en début de semaine à APMnews par plusieurs syndicats de pharmaciens, ainsi que le Conseil national de l’ordre des pharmaciens (Cnop).

Jérôme Salomon a précisé avoir demandé aux officines de délivrer ces médicaments uniquement « sur prescription médicale dans leur indication actuelle ». « J’en appelle à la responsabilité de chaque acteur de la chaîne de soin, afin de garantir l’approvisionnement des traitements» aux patients « qui en ont, ou en auront vraiment besoin ».

Pour rappel, les indications retenues dans l’AMM de Plaquenil* en France sont la prévention des lucites, le lupus et la polyarthrite rhumatoïde.

Plus de 440 000 cas confirmés dans le monde

Dans le monde, la barre des 440 000 cas confirmés a été dépassée, et 172 pays sont touchés, l’Europe restant actuellement l’épicentre de la pandémie avec 233 000 cas et 12 700 décès.

Jérôme Salomon a noté une « forte augmentation » aux Etats-Unis, avec près de 6 000 cas en 24 heures et 55 000 au total, ce qui en fait le troisième pays le plus touché après la Chine (82 000) et l’Italie (69 176) et devant l’Espagne (47 000), l’Allemagne (35 000) et l’Iran (27 000).

Le nombre de décès comptabilisés approchait mercredi soir les 20 000, les pays les plus touchés étant l’Italie (6 820), l’Espagne (3 433), désormais devant la Chine (plus de 3 000 cas) et l’Iran (2 077).

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