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Où l’on reparle de démographie

282 – En 2004, l’observatoire national des professions de santé élaborait dix scénarios destinés à préfigurer, en fonction des mesures prises par les pouvoirs publics, le nombre et la répartition des médecins sur le territoire.

Nous avions alors souligné les dangers potentiels que certaines dispositions pouvaient faire courir à la médecine spécialisée française, qui risquait même de disparaître à moyen terme, à l’image de ce qui s’était produit en Angleterre.

Cette fois, le nouveau rapport Berland, fraîchement publié, s’est attaché, à la demande du ministre, à rechercher toutes solutions – purement incitatives – susceptibles d’améliorer la répartition territoriale des Professionnels de Santé dans les années à venir.

Contrairement à certaines analyses rapides, et compte tenu de la faible marge de manoeuvre des membres de la commission qui s’interdisaient d’envisager la moindre mesure coercitive, on peut estimer que ce rapport ne manque pas d’intérêt.

D’abord, tout en relativisant l’importance actuelle de la désertification médicale, il confirme que féminisation et vieillissement du corps médical, modifications prévisibles du temps de travail, accroissement de la demande de soins d’une population vieillissante, nouvelles exigences sécuritaires de la prise en charge, faible attractivité de l’exercice en milieu rural ou même péri-urbain, sont autant de caractéristiques qui comportent pour demain des risques sérieux.

Le rapport insiste aussi sur l’importance du recueil des données qualitatives (temps de travail, permanence des soins, visites à domicile…) seules capables d’évaluer – à côté du nombre de professionnels sur le terrain – la véritable offre de soins à un niveau départemental ou même local.

Et puis, à côté des propositions analysées plus loin par Jean-Pol DURAND, deux mesures préconisées nous intéressent plus particulièrement nous autres cardiologues car elles rejoignent deux des propositions formulées de façon prémonitoire dans le Livre Blanc de la Cardiologie Libérale : – l’une concernait la régionalisation du mode de régulation des dépenses où nous avions proposé de segmenter les tarifs en une partie fixe nationale et une partie forfaitaire supplémentaire accordée dans les régions déficitaires, à l’image de l’exemple québecois largement commenté dans le rapport BERLAND. Certes, celui-ci ne va pas aussi loin et préconise surtout des aides financières pérennes aux professionnels concernés ;

l’autre reprend le thème de la délégation de compétence, initié par le Syndicat sur les techniciens en cardiologie, approfondi ensuite au sein de la commission démographie médicale avec la Société Française de Cardiologie.

Après évaluation des cinq expérimentations en cours (décidées par l’arrêté du 13 décembre 2004), il pourrait être préconisé – pour l’instant dans les seules zones déficitaires et toujours sur le mode optionnel – d’étendre ces pratiques à plusieurs spécialités.

Les puristes y verront peut-être une atteinte à leurs prérogatives intellectuelles et techniques.

Les pragmatiques pourraient y trouver au contraire un moyen de sauvegarder à terme la médecine à la française.

Docteur Christian AVIÉRINOS, 2 juin 2005