Port du masque, dépistage… Jérôme Salomon justifie l’évolution des stratégies adoptées face au Covid-19

 (APMnews) – Le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, a assuré s’être toujours fié aux recommandations et aux connaissances scientifiques au sujet du port du masque grand public et a défendu la stratégie de dépistage déployée en France au cours de la crise liée au Covid-19, mardi soir devant la mission d’information sur l’impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l’épidémie de coronavirus.

Cette mission d’information, qui est dotée des prérogatives d’une commission d’enquête, a auditionné Jérôme Salomon quatre heures durant.

Dans son propos liminaire, le DGS a rappelé que la première vague de l’épidémie de Covid-19 était « finie » mais que le virus « circulait toujours » et qu’il fallait anticiper un rebond, voire une deuxième vague épidémique. Il a tenu à exprimer sa reconnaissance envers les équipes mobilisées depuis fin janvier dans la gestion de la crise, et qui « le sont toujours ».

Lors de cette audition, au cours de laquelle les parlementaires se sont plaints à plusieurs reprises du manque de précision des réponses apportées, le DGS a notamment été interrogé sur la gestion du stock stratégique d’Etat en masques. Ce à quoi il a répondu que l’objectif décidé à son arrivée à la tête de la DGS, en 2018, avait été de transformer le stock « dormant » en « un stock de masques dynamique, un stock tournant, un stock tampon », afin notamment d’éviter l’arrivée à péremption de ces équipements de protection.

En réponse à Damien Abad (Les Républicains, Ain), qui lui demandait s’il regrettait d’avoir déclaré que le port du masque ne présentait aucun intérêt pour le grand public, Jérôme Salomon a cité Voltaire: « Avant de savoir, on se sait pas. »

Le masque grand public, devenu un « geste barrière complémentaire »

Il a ainsi assuré avoir toujours suivi les recommandations françaises, européennes et internationales et a souligné que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait elle-même « beaucoup hésité » avant de recommander le port du masque le 5 juin. Il a également fait valoir qu’une très récente métaanalyse « commandée par l’OMS à des experts canadiens » et publiée dans le Lancet n’avait pas permis d’identifier de documents consensuels quant à l’efficacité du masque grand public en matière de protection contre le virus.

Mais compte tenu du « débat scientifique » sur le sujet et de la production de masques grand public en France, « j’ai dit fin mars-début avril que si on voulait l’utiliser en complément » des autres gestes barrières, et non comme une alternative, dans les situations de « grande promiscuité » ou dans les espaces clos, « c’était une avancée », a-t-il expliqué.

Il a réaffirmé mardi soutenir l’utilisation du masque grand public comme geste barrière complémentaire et a estimé qu’il y avait une « réelle indication » à son port en situation de promiscuité – tandis qu’à l’extérieur, il n’a « pas d’intérêt ».

Selon lui, l’effet de la distance physique est « supérieur à tout le reste » pour prévenir la transmission du coronavirus, et le port du masque ne semble efficace que si le grand public le porte « massivement » et « tout le temps », ce qui est « difficile » à mettre en oeuvre. Le DGS a toutefois estimé que « si les Français s’emparent du masque comme ils se sont emparés il y a quelques années des solutions hydro-alcooliques, on aura probablement progressé dans les mesures barrières ».

A la question de savoir si le discours sanitaire avait été adapté aux moyens disponibles, les masques ayant fait défaut en France au cours de l’épidémie, Jérôme Salomon a répondu que l’adaptation avait été faite « aux connaissances scientifiques ».

Stratégie de dépistage: l’OMS « ne visait pas la France »

Le DGS a également été interrogé par les parlementaires sur l’accès aux tests et la stratégie de dépistage en France, y compris sur les raisons pour lesquelles il n’avait pas suivi les recommandations, émises par l’OMS à la mi-mars, de « tester, tester, tester ».

« Il y a eu, peut-être, une difficulté d’interprétation dans les propos du directeur général de l’OMS, qui ne visait pas la France mais qui visait bien de nombreux pays qui n’avaient pas accès aux tests -il y avait encore beaucoup de pays qui n’étaient pas équipés de laboratoires de référence », a répondu Jérôme Salomon. « Nous avons répondu de façon encore plus volontaire à la demande de l’OMS, qui est de dire: effectivement, nous avons tous intérêt à tester. C’est ce que nous avons fait. »

Il a assuré que la volonté était, au départ, que « tous les malades hospitalisés aient un test » avec un résultat rapide, puis qu’il y avait ensuite eu des discussions avec Santé publique France sur la stratégie à mettre en oeuvre, tenant compte du fait qu’il « n’y avait pas de bénéfice direct » à faire le test de RT-PCR quand le tableau clinique évoquait un Covid-19, car cela « ne débouchait pas sur une stratégie thérapeutique différente ».

Il y a donc eu « un enjeu de discussion » entre une surveillance syndromique -comme cela est fait pour la grippe saisonnière- « sans forcément de confirmation biologique », et « la volonté d’aller traquer, d’aller tester toutes les personnes porteuses ».

Selon lui, il était difficile de convaincre les personnes peu symptomatiques d’aller se faire tester, « il y a eu besoin de convaincre tout le monde », notamment parce que ces personnes ne voulaient pas rester isolées en quatorzaine ou qu’elles considéraient que leurs symptômes étaient bénins.

Encore aujourd’hui, « nous avons une capacité de tests [100.000 par jour] qui n’est pas utilisée » car il y a « moins de malades que prévu » et « moins de personnes contacts qu’anticipé », a souligné le DGS, qui a assuré que l’objectif était désormais d’être « plus agressif » autour des clusters, d’aller au devant des personnes les plus à distance du système de santé et d’aller chercher, dans cette période estivale de moindre circulation virale, les lieux où il y a des facteurs de risque connus (comme une grande promiscuité).

Le nombre total de tests de RT-PCR effectués en France depuis le début de l’épidémie est de près de 1,8 million, dont 12.940 réalisés avant le début du confinement le 17 mars, 574.000 pendant la période de confinement et 1,2 million depuis la sortie du confinement le 11 mai, a détaillé le DGS.

Peu de décès survenus à domicile

Alors que la direction générale de la santé fait état chaque soir du nombre de décès survenus dans les hôpitaux et dans les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS, qui comprennent les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes -Ehpad), le DGS a été interrogé sur le nombre de décès survenus à domicile. Il a rapporté que « la somme des décès [survenus dans les hôpitaux et les ESMS] est à peu près la même que la surmortalité générale observée par l’Insee ».

Le fait qu’il n’y ait « pas de différentiel » signifie, selon lui, qu’il n’y a pas eu un « nombre important » de décès à domicile en lien avec le Covid-19.

Mercredi soir, le nombre total de décès recensés à l’hôpital et en ESMS depuis le début de l’épidémie était de 29.575, dont 19.118 au sein d’établissements hospitaliers, a rapporté la DGS dans son communiqué quotidien.

« Comment expliquer que la France soit quasi-championne du monde de la létalité? » a lancé Martine Wonner (Ecologie, démocratie, solidarité, Bas-Rhin) lors de l’audition.

« La France est parmi les pays les plus touchés, c’est effectivement vrai, mais personne ne sait l’expliquer aujourd’hui », a affirmé Jérôme Salomon, pointant que « la crise est loin d’être terminée » dans le monde. D’autres pays sont actuellement très touchés, comme l’Inde ou l’Afrique du Sud, et Pékin « referme ses écoles », a-t-il poursuivi.

Le DGS a également soutenu que « si nous avons cette létalité importante, ce n’est certainement pas en raison d’une quelconque carence médicale ou d’un déficit de prise en charge ». Il a estimé qu’il faudrait faire le point, quand davantage de données seraient disponibles, pour déterminer pourquoi certaines régions ont été plus touchées que d’autres.

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