Prime Covid : le seuil de 40 % des effectifs pour 117 hôpitaux publics vivement contesté parmi les syndicats

(APMnews) – Le seuil de 40% des effectifs fixé pour l’attribution de la prime exceptionnelle de 1.500 euros aux personnels de 117 hôpitaux publics a été vivement critiqué mercredi par des organisations syndicales de salariés de la fonction publique hospitalière.

« Nous condamnons ce seuil de 40%, source d’arbitraire, d’injustice, et générateur de tensions supplémentaires dans les établissements », affirme dans un communiqué la fédération FO des personnels des services publics et des services de santé (FO-SPS).

Elle a ainsi réagi au décret, publié mercredi au Journal officiel, relatif à la prime exceptionnelle de 500 € ou de 1.500 € accordée aux personnels des hôpitaux publics ayant pris en charge des patients Covid.

Le texte maintient la liste des 40 départements, très touchés par l’épidémie, dans lesquels les hospitaliers reçoivent tous 1.500 €.

En revanche, il élargit la liste des 79 hôpitaux, situés dans d’autres départements et où les chefs d’établissement ont la possibilité d’allouer aussi 1.500 € à certains services ou agents. La liste compte désormais 117 hôpitaux. Il a été aussi ajouté une disposition prévoyant que le montant de 1.500 € ne peut excéder 40% des effectifs physiques de l’établissement.

Ce seuil de 40% est confirmé dans un projet d’instruction de la direction générale de l’offre de soins (DGOS).

« Alors que le président de la République avait annoncé en première instance une prime (que nous pouvions penser égalitaire) pour tous les agents, le texte applicable s’est soldé au final par une différence de montant en fonction des départements, et/ou secteurs d’activités (hôpital et médico-social), avec des abattements sur certaines absences inacceptables », déplore FO-SPS.

La limitation à 40% des effectifs « aggrave » « cette différence de traitement» et « impose désormais aux chefs d’établissements de ces 117 hôpitaux de faire des choix quant à l’éligibilité de tel ou tel agent», remarque aussi le syndicat.

« En plein ‘Ségur de la santé’, cette situation apparaît comme symptomatique, faisant la démonstration du profond décalage entre les annonces du président de la République et les réalités de mise en œuvre », commente-t-il.

La fédération FO confirme son appel pour une journée de grève et de mobilisation le 16 juin. Elle prévient que si les propositions « ne sont pas à la hauteur des attentes des personnels », elle « claquera la porte» du Ségur, « sans signer le protocole et sans états d’âme ».

« Nous pensions déjà que la façon dont la prime a été établie, notamment la différenciation entre les sommes de 500 et 1.500 euros, en découpant la France, n’était pas la bonne », a rappelé Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT Santé et action sociale, jointe mercredi par APMnews, soulignant que l’organisation réclamait plutôt des augmentations de salaire. « L’attribution d’une prime doit concerner tous les personnels, sans conditions, et avec un montant unique. »

La prime « aurait dû être étendue à l’ensemble du territoire national car tous ont contribué directement ou indirectement à la lutte contre le Covid-19. Elle doit aussi être étendue au secteur médico-social et social, chaque secteur a, par son champ de compétences, endigué cette pandémie », a abondé Jean-Marc Devauchelle, secrétaire général de SUD santé sociaux.

Le plafond de 40% des effectifs « est un affront supplémentaire», d’autant que des établissements « ont déjà décidé d’attribuer [les 1.500 euros] à tous leurs salariés », a considéré Mireille Stivala. La mesure va donc les « mettre en porte-à-faux ».

De plus, son application, dont les modalités sont détaillées dans le projet d’instruction, repose sur «tellement de critères qu’elle créée une sorte d’usine à gaz, qui va rendre la prime très complexe à mettre en oeuvre».

Ces dispositions entraînent «une forme d’incompréhension totale sur la stratégie du gouvernement», qui plus est « dans une période de discussions au sein du “Ségur de la santé” », a-t-elle pointé, rappelant également l’appel unitaire à la mobilisation du mardi 16 juin pour faire entendre les revendications des syndicats et collectifs.

Sur le chantier des carrières et des rémunérations ouvert dans le cadre du « Ségur », les organisations syndicales seront réunies « en multilatérales » vendredi, a indiqué Mireille Stivala. Les négociations devraient désormais distinguer deux groupes, l’un pour les personnels médicaux et l’autre pour les personnels non médicaux.

image_pdfimage_print