Recommandations pour faire face aux besoins en réanimation et post-réanimation en cas de nouvelle vague Covid-19

Consultez la fiche ARS. Recommandations d’organisation des réanimations en prévision d’une nouvelle vague de Covid-19

(APMnews) – Le ministère des affaires sociales et de la santé a évalué les besoins en lits de réanimation, l’organisation des services, les besoins des ressources humaines, de la logistique, de prise en charge dans les établissements de santé au niveau national, dans des recommandations diffusées dans une fiche destinée aux agences régionales de santé (ARS).

Pour cette fiche, datée de mi-juillet, le ministère a travaillé avec les conseils nationaux professionnels d’anesthésie-réanimation et de médecine péri-opératoire (CNP-Armpo) et de médecine intensive réanimation (CNP-MIR) à partir des données issues de la première vague de l’épidémie de Covid-19, avec notamment 7.027 lits de réanimation occupés au pic de cette première vague, un séjour en réanimation d’une durée médiane de 12 jours (10 pour les patients décédés) suivi par 10 jours d’hospitalisation conventionnelle, un recours à la ventilation mécanique d’au moins deux semaines et un taux de décès en réanimation de 23%.

A la suite de cette première vague épidémique, les services de réanimation ont été réorganisés, avec une augmentation capacitaire pouvant passer à 10.000 lits (contre 5.000 lits environ dénombrés en 2018) et même jusqu’à 12.000 lits, provenant de la transformation de lits de surveillance continue et de l’installation en salles de réveil et blocs opératoires.

Trois hypothèses de travail sont proposées au niveau national :

  • hypothèse basse : besoin de 5.000 lits de réanimation (très faible activité Covid, pas de capacitaire supplémentaire), soit un équivalent de 12.100 admissions en réanimation ;
  • hypothèse intermédiaire : besoin de 8.500 lits de réanimation installés (activité pandémique moyenne, déploiement de réanimations éphémères ponctuellement, déprogrammation partielle de l’activité hors Covid), soit un équivalent de 20.650 admissions en réanimation ;
  • hypothèse haute : besoin de 12.000 lits de réanimation installés (scénario avril 2020 avec déprogrammation quasi totale), soit un équivalent de 29.143 admissions en réanimation.

Dans cette dernière hypothèse, le ministère fait observer qu’il faudrait faire appel à de nombreux effectifs supplémentaires en personnel qui ne sont pas présents directement et ne peuvent pas être disponibles sur tout le territoire national en même temps.

Il rappelle que depuis le déconfinement, chaque région dispose d’une stratégie élaborée par l’ARS avec les acteurs concernés visant à mettre en place un plan d’augmentation du capacitaire en fonction des besoins, de la disponibilité et de la capacité de réanimation et de soins critiques dans la région, y compris en déprogrammant des soins/interventions chirurgicales non urgents.

Cette stratégie tient notamment compte d’une nouvelle vague survenant en même temps que les épidémies habituelles d’automne et d’hiver, avec le maintien d’une activité « non Covid » qui passe de 50% à 20% selon trois paliers allant du « quasi normal » à une situation de crise similaire à celle d’avril.

Le ministère et les deux CN soulignent la nécessité pour chaque ARS et chaque établissement de réfléchir à « la mise en place de dispositifs de ‘réanimations éphémères‘ », c’est-à-dire un plan permettant de structurer la possibilité de créer de nouvelles unités spatiales de réanimation en fonction des scénarios envisagés et dans la continuité des réanimations existantes et d’articuler de façon dynamique l’ouverture de ces unités spatiales avec la déprogrammation progressive.

Concernant les ressources humaines, il faut « éviter des rotations rapides des soignants » d’une unité à l’autre et plutôt encourager une formation préalable, même courte, réfléchir à des configurations de locaux, mélanger les équipes de réanimation pérennes et les personnels en renfort dès le début de la crise, instituer un ratio plus favorable d’infirmiers et d’aides-soignantes et organiser des équipes de suppléance infirmiers en soins critiques venant de divers horizons.

Le ministère a estimé le nombre de personnels supplémentaires selon chaque hypothèse, indépendamment des personnels actuellement en place.

En cas de nouvelle vague épidémique, une « réserve » régionale doit être constituée « au moyen de fichiers de recensement des volontaires, comme c’est déjà le cas dans plusieurs établissements et ARS ». Le dispositif de la réserve sanitaire pourrait aussi évoluer pour comporter un volet spécifique aux « soins critiques ». Au 11 mai, il a été mobilisé en renfort a minima 2.154 professionnels de santé dans le secteur sanitaire.

Chaque établissement doit pouvoir organiser la formation des professionnels mobilisés en renfort. Un module spécifique sera inséré dans la formation aux gestes et soins d’urgence en situation sanitaire exceptionnelle et cette formation sera éligible au développement professionnel continu (DPC).

Constituer des stocks de dispositifs médicaux et de médicaments

Concernant la logistique et la disponibilité des ressources matérielles (respirateurs, médicaments, dispositifs médicaux, matériels et consommables réanimation), les recommandations s’appuient sur un nombre maximal de patients à traiter en réanimation entre 12.000 et 14.000 pour une durée moyenne de séjour de 12 jours.

Ainsi, 12.000 respirateurs de réanimation sont disponibles pour « armer toutes les extensions de lits de réanimation ». Ce parc national ne comprend pas les respirateurs d’urgence, les respirateurs de transport, les respirateurs d’anesthésie (plus de 10.000) et les respirateurs de domicile. Il a été décidé, pour augmenter la capacité nationale, de commander 1.641 respirateurs de réanimation supplémentaires ainsi que 8.500 respirateurs d’urgence. De nombreux établissements ont également effectué leur propre commande et reçu des dons.

En outre, l’Etat a acheté 6.700 pousse-seringues et 2.000 pompes à nutrition et après distribution au cours de la première vague, un stock national de 670 pousse-seringues et 230 pompes est conservé jusqu’à fin septembre. Il sera distribué selon l’évolution épidémiologique.

Concernant les autres dispositifs médicaux (DM) dont les besoins augmentent en réanimation en cas de Covid, une première liste de 12 catégories de DM en tension a été intégrée à la plateforme de suivi des stocks dans les établissements de santé afin d’assurer une régulation régionale et donner aux ARS la possibilité d’assurer une redistribution des DM disponibles si nécessaire. L’Etat a également constitué un stock de certains dispositifs médicaux tels que des filtres patient, des filtres machine, des circuits de ventilation, des système clos d’aspiration.

Pour faire face aux tensions très importantes rencontrées, l’Etat a mis en place une régulation pour 5 médicaments prioritaires: 2 hypnotiques (propofol et midazolam) et 3 curares (atracurium, cisatracurium et rocuronium) depuis le 27 avril et jusqu’au 31 juillet. Depuis mi-juin, le stock de secours a été construit pour permettre de prendre en charge 29.000 patients Covid en réanimation et il sera « atteignable d’ici début août ». Les données hebdomadaires publiées lundi montrent une situation satisfaisante, note-t-on.

S’agissant des transferts, la question est pilotée par les ARS en lien avec les établissements de santé dans le cadre du dispositif Orsan. Quant aux décisions d’admission, un document a été mis à disposition sur le site internet de la Société française d’anesthésie-réanimation (Sfar).

Les principes d’organisation de la filière de prise en charge post-réanimation sont décrits également dans d’autres documents.

Le ministère donne également des précisions sur le suivi épidémiologique, le suivi du capacitaire en réanimation, de la tension hospitalière. Il ajoute qu’en cas de nouvelle vague, le dispositif juridique de sécurisation des sites d’accueil en réanimation est déjà opérationnel.

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