« Ségur de la santé » : beaucoup de propositions déjà sur la table

(APMnews) – Le « Ségur de la santé » doit permettre de compléter, mais surtout de concrétiser les propositions déjà formulées sur le hôpital public et le système de santé, ont estimé mercredi auprès d’APMnews le Pr François-René Pruvot et le Dr Thierry Godeau, présidents respectivement des conférences de présidents de commission médicale d’établissement (CME) de CHU et de centres hospitaliers (CH).

Le ministre des solidarités et de la santé, Olivier Véran, a détaillé mercredi la méthode de concertation avec les acteurs du système de santé, un « Ségur de la santé » qui sera lancé lundi pour aboutir à des conclusions à la mi- juillet. La réunion se tiendra à partir de 15h30 par visioconférence, ont rapporté jeudi plusieurs acteurs à APMnews.

La conférence des présidents de CME de CHU est « engagée dans cette démarche » et a « été séduite par la volonté d’aller fermement et vite dans les réformes », a souligné mercredi le Pr Francois-René Pruvot.

Depuis 2019, « nous avons entrepris un long processus de discussions, de réflexions, d’élaboration de propositions avec les services ministériels et nous étions, les quatre conférences, irritées du fait que l’exécutif ne passe pas à l’action », a-t-il pointé.

« Que ce soit dans le domaine de la gouvernance, l’organisation des territoires, l’attractivité, tous ces sujets étaient en discussion avec le ministère et les propositions avaient déjà été faites », a-t-il souligné, estimant que « la question majeure des rémunérations et des investissements ne doit pas occulter le plan de réforme générale de l’hôpital ».

Il faut « investir sur les personnes et les équipements », a relevé Francois-René Pruvot. Par ailleurs, « on doit desserrer l’étau du Copermo [Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers] sur le capacitaire et sur les ressources humaines ». Cette proposition avait été faite « avec les directeurs généraux de CHU dès octobre 2019 ».

Sur ce point, les hôpitaux sont « donc fondés à demander que la copie soit revue », a-t-il souligné. Mais « il ne faut pas, à l’inverse, faire un dogme à l’envers », a-t-il néanmoins considéré, disant reprendre et approuver ces propos du chef de l’Etat. Autrement dit, il ne s’agit pas de considérer « que dès lors que l’on a pris une décision médicale, l’argent doit couler à flot ».

Quant à l’organisation intra-hospitalière, la conférence avait déjà émis des propositions en 2019 sur la place du service et la médicalisation de la gouvernance, a-t-il rappelé. « Nous avons par exemple demandé la cosignature du président de CME avec le directeur général », a-t-il précisé, relevant que « l’un des enseignements de la crise a été que, dans presque tous les CHU », ce binôme « a remarquablement fonctionné ».

L’autre aspect « a été la fluidité des process », dans la droite ligne de la mission confiée à Olivier Claris, relative à la gouvernance des hôpitaux et à la simplification des procédures administratives, a poursuivi Francois-René Pruvot.

La plupart des hôpitaux ont instauré des cellules de crise pendant l’épidémie de Covid-19. « En sortant de la réunion, les décisions étaient prises, y compris pour la réaffectation de personnel, l’achat de matériel », a-t-il relevé, plaidant pour la poursuite de ce type de réunions collégiales, « débouchant sur des conclusions concrètes ».

Un séminaire entre les acteurs le 10 juin sur les conclusions de la « mission Claris »

Sur les recommandations de la « mission Claris » elle-même, « il y aura un séminaire le [mercredi] 10 juin pour que les conférences et les fédérations » échangent après en avoir pris connaissance, a-t-il indiqué.

Par ailleurs, « les CHU ont occupé une position clé pendant cette crise », notamment par leur « compétence médico- scientifique » et parce qu’ils ont été « des interlocuteurs majeurs des ARS [agences régionales de santé] », a fait valoir Francois-René Pruvot.

« Tout ce qui a été réfléchi pendant la mission “CHU de demain” est en train de transpirer au travers de toutes les propositions qui sont faites ». La conférence des présidents de CME de CHU compte défendre le sujet directement auprès du nouveau directeur de cabinet du ministre, Jérôme Marchand- Arvier, qu’elle doit rencontrer lundi soir.

Il faut « des mesures urgentes pour l’hôpital », mais « aussi revoir le système de santé de manière globale », en intégrant les coopérations ville-hôpital et entre les secteurs public et privé, a abondé Thierry Godeau.

« On ne peut pas aborder le problème des lits sans réfléchir à l’organisation de l’amont et de l’aval, sans régler le problème des urgences et [finaliser] le plan grand âge », a-t-il ajouté.

Il est aussi nécessaire d’ « investir dans l’humain, par les rémunérations, y compris pour les médecins afin d’éviter leur fuite vers le privé à cause des écarts de rémunération, par la valorisation du travail en équipe, la reconnaissance des compétences ».

Thierry Godeau s’est en revanche montré critique envers les propositions visant à faire évoluer le statut des hôpitaux publics pour le rapprocher de celui des établissements de santé privés d’intérêt collectif (Espic) et leur accorder plus de souplesse, notamment en matière de rémunérations.

« La crise a démontré que l’hôpital était un équipage. Alors que cela a fait [sa] force, détricoter cela avec des rémunérations individuelles n’est pas la bonne réponse », a-t-il argué.

« S’il y a un besoin de faire beaucoup d’heures supplémentaires à l’hôpital, c’est qu’il faut embaucher », a-t-il aussi défendu, en référence à la volonté du ministère de « permettre à ceux qui le souhaitent de travailler davantage ».

Outre la médicalisation de la gouvernance que la conférence des présidents de CME de CH appelle aussi de ses vœux, il faut développer les coopérations interprofessionnelles, la montée en compétences des infirmiers et « rapprocher les équipes soignantes et médicales », a-t-il plaidé.

Thierry Godeau a également rappelé que la révision du statut des praticiens hospitaliers (PH) n’a pas eu le temps d’être concrétisée avant la crise sanitaire. La reconnaissance des temps non cliniques et l’accélération des carrières « font partie des éléments d’attractivité », a-t-il considéré. « Et on ne peut pas ne rien faire pour les personnels en fin de carrière », qui sont souvent ceux « qui fuient vers le privé ».

« Le diagnostic est fait, on attend de voir ce qu’on nous propose, avec du concret », a-t-il insisté.

La fusion des quatre premiers échelons de praticien hospitalier en attente

« Vouloir ouvrir un Grenelle de la santé, c’est bien, appliquer les mesures Buzyn, c’est encore mieux », a réagi Jeunes médecins lundi dans un communiqué. L’organisation rappelle que le plan « Investir pour l’hôpital » prévoyait notamment, pour favoriser les débuts de carrière, la fusion des quatre premiers échelons de praticien hospitalier et le versement de certaines primes dès la période probatoire.

Si la crise sanitaire a bouleversé les réformes engagées, « il ne semble pas justifié que les nouveaux praticiens hospitaliers qui devraient prendre leur poste à compter de juillet ne bénéficient pas de ces engagements », proteste-t-elle.

Dans un communiqué de mardi, l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (Isnar-IMG) a assuré vouloir « être force de propositions ». Une solution « innovante et ambitieuse » ne pourra passer que par « une refonte systémique du système de santé. Le maillage entre professionnels doit guider les réflexions mais ne pourra se faire sans une revalorisation des statuts », demande-t-elle.

L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) expose aussi, dans un communiqué diffusé mardi, ses revendications: la revalorisation de la rémunération des étudiants hospitaliers, « à hauteur de 390 € nets mensuels minimum » et le respect des « droits des étudiants hospitaliers », sous peine de sanction.

Pour une « revalorisation globale » de la profession d’infirmier

Dans un communiqué de lundi, l’Ordre national des infirmiers demande « une revalorisation globale de la profession ». « Il faut augmenter le nombre d’infirmier(e)s dans le système de soins et intégrer des ratios infirmiers/patients spécifiques à chaque service à l’hôpital », demande-t-il.

« Au-delà de la nécessaire reconnaissance financière, nous demandons une reconnaissance de la contribution réelle des infirmiers à l’offre de soins, et appelons les pouvoirs publics à engager dans les plus brefs délais la révision des textes qui encadrent l’exercice de la profession ».

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