Ségur de la santé : les médecins libéraux déçus et dans l’attente

(APMnews) – Plusieurs syndicats de médecins libéraux ont exprimé leur déception et leurs attentes pour les soins de ville, après l’annonce mardi des 33 mesures issues du Ségur de la santé.

Lancé le 25 mai, le Ségur de la santé a donné lieu, sur 50 jours, à plus de 100 réunions, 200 contributions écrites, 118.000 réponses écrites à la grande consultation nationale, plus de 200 réunions dans les régions et plus de 40 heures de négociations avec les organisations syndicales.

Les 33 mesures retenues concernent en majeure partie l’hôpital et l’organisation territoriale des soins (cf dépêche du 21/07/2020 à 15:10).

Dans un communiqué diffusé mardi, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) a appellé le gouvernement « à ouvrir de toute urgence un Ségur de la médecine libérale ».

Pour la CSMF, le Ségur de la santé « restera le Ségur de l’hôpital », avec un investissement de plus de 27 milliards d’euros qui « devrait permettre à l’hôpital et aux soignants qui y exercent de sortir de la crise hospitalière et d’avoir un fonctionnement plus adéquat aux besoins de la population ».

A la recherche des mesures concernant la médecine de ville, la CSMF « note quelques idées ou perspectives qui répondent à ses demandes », comme « le soutien aux équipes de soins primaires et aux équipes de soins spécialisés, et plus largement à l’exercice coordonné sous toutes ses formes, la valorisation de la médecine spécialisée dans le cadre des démarches de qualité et de pertinence, le développement de la télémédecine en particulier de la téléexpertise et de la télésurveillance, la mise en place d’une plateforme numérique pour le service d’accès aux soins avec des expérimentations, l’ancrage des hôpitaux de proximité sur les territoires ».

« Au-delà de ces perspectives, rien de concret, contrairement pour l’hôpital public, si ce n’est l’ouverture de négociations conventionnelles devant aboutir d’ici fin 2020 », déplore le syndicat, pointant l’absence d’orientation « sur les moyens qui permettraient d’accompagner sa réorganisation et favoriser la coordination au plus près des patients ».

Dans un communiqué diffusé mardi soir, MG France souligne que le « Ségur de la santé a vu l’hôpital public obtenir des moyens très significatifs pour son développement ».

« Les médecins généralistes ne comprendraient pas que le secteur ambulatoire ne bénéficie pas d’un investissement du même ordre, signal d’une volonté de transformation profonde du système de santé », écrit le syndicat.

Il « prend acte de l’engagement du gouvernement à mettre en chantier dès le début du mois de septembre, deux négociations conventionnelles avec l’assurance maladie », sur les moyens alloués à la mise en place des équipes de soins primaires (ESP) et à la création du service d’accès aux soins (SAS).

« Ces deux négociations n’auront de pertinence et d’efficacité que si elles sont dotées de moyens à la hauteur des enjeux sanitaires majeurs auxquels elles doivent répondre », prévient le syndicat.

Le Syndicat des médecins libéraux (SML) a réagi mercredi matin en saluant l’orientation générale du Ségur consistant à « remédicaliser la gouvernance des établissements hospitaliers » ainsi que plusieurs mesures figurant à son agenda.

Il s’est ainsi réjoui du développement des carrières mixtes hôpital/ville, de la création de postes d’enseignants universitaires ouverts aux praticiens libéraux, du soutien aux différentes formes d’exercice collaboratif entre professionnels de santé libéraux, et de la mise en oeuvre du SAS après une phase expérimentale.

Il se déclare prêt à la négociation conventionnelle dès l’arrivée d’un nouveau directeur à la tête de l’assurance maladie mais regrette « de ne pas voir explicitement exprimé par le ministre le montant de l’investissement fléché sur la médecine de ville », soulignant que « les chiffres sont des repères nécessaires pour accompagner les gestes et attester de la réalité de la volonté politique ».

Il salue l’extension de la rémunération à la performance (rémunération sur objectifs de santé publique, Rosp) à toutes les spécialités mais « rappelle ses réserves concernant les rémunérations partagées entre la ville et l’hôpital, fussent-elles populationnelles et à la qualité ». Il juge nécessaire l’accélération des téléconsultations et réclame à cet égard d’y réintégrer les consultations par téléphone, mises en oeuvre de manière dérogatoire pendant l’état d’urgence sanitaire.

La Fédération des médecins de France (FMF) a déploré sur son site internet que le Ségur était « devenu le Ségur de l’hôpital ». « Pour les professionnels de santé de ville, celles et ceux qui ont assuré en silence pendant toutes ces semaines, des mots et rien de concret », ajoute-t-elle.

Sa branche généraliste a mis en ligne mercredi un site internet spécifique pour recueillir les doléances et réflexions des professionnels de santé, libéraux comme hospitaliers, ainsi que des usagers.

L’UFML ulcérée

Le syndicat Union française pour une médecine libre (UFML-S) a vigoureusement critiqué les mesures issues du Ségur, les qualifiant de « tentative d’homicide contre la médecine libérale ».

« Celles-ci forment une vision de la médecine hospitalo-centrée, et organisent la mise sous tutelle de l’hôpital et des ARS. Il nous propose une médecine affaiblie et dépouillée de nombre de ses actes par les plateformes commerciales de téléconsultation et les infirmières en pratiques avancées (IPA) ‘généralistes' », déplore le syndicat, qui compte peser lors des prochaines élections professionnelles au printemps 2021 et devenir représentatif.

Le syndicat critique la mise en oeuvre des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), au sein desquelles « les médecins libéraux devront s’engager à répondre au premier recours, mais surtout accepter le développement des nouveaux modes de rémunérations: à l’épisode ou au parcours de soin », ce qu’il traduit par une « rémunération proportionnelle à l’obéissance ».

« Le médecin ‘anciennement libéral’ sera sous tutelle du groupement hospitalier de territoire [GHT] qui disposera de l’enveloppe pour le rétribuer en bout de ligne. Il devra se plier à un exercice de « bouche-trou » à l’hôpital et à des astreintes en Ehpad publics (sous contractualisation?) », s’inquiète le syndicat.

L’UFML-S « se place en première opposante d’une réforme qui veut annihiler le mode d’exercice libéral » et « appelle les médecins libéraux de France à défendre chaque pan de liberté de leur exercice et à rester maîtres de leur avenir ».

image_pdfimage_print