Vaccins contre le Sars-CoV-2 : les discussions s’enlisent entre l’UE et six laboratoires

(APMnews) – L’Union européenne (UE) est en discussion avec six laboratoires développant des vaccins contre le Sars-CoV-2, dont Pfizer, Sanofi, Johnson & Johnson (J&J), Curevac et Moderna, pour des précommandes de doses, mais les négociations s’enlisent, a révélé Reuters lundi, citant trois « responsables de l’UE » impliqués dans le dossier.

Les échanges, qui ont débuté en juillet, visent à garantir un approvisionnement des pays européens en vaccins contre le Sars-CoV-2 lorsque les premiers produits auront démontré leur efficacité et leur sécurité.

La Commission européenne a reçu mi-juin l’aval des ministres de la santé européens pour utiliser le fonds d’urgence Emergency support instrument (ESI), doté de 2,7 milliards d’euros, pour passer ces accords mais les parties impliquées peinent à trouver un accord sur les prix, les méthodes de paiement et le partage de la responsabilité des coûts, a indiqué Reuters.

Les négociations avec J&J seraient les plus avancées mais n’ont pas encore abouti en raison d’un désaccord sur la façon de partager les coûts liés à la responsabilité juridique si le vaccin présentait des effets secondaires inattendus, ont expliqué deux responsables de l’UE à Reuters. J&J n’a pas souhaité commenter ces informations.

Sanofi négocierait de son côté la livraison de 300 millions de doses du candidat vaccin qu’il développe avec le britannique GlaxoSmithKline (GSK) et réclame un paiement initial immédiat pour l’ensemble du stock.

L’UE, qui espère signer trois ou quatre accords d’achat anticipés, souhaite de son côté payer par tranches et conditionner certains paiements à la réalisation de grands essais cliniques. Cette exigence aurait compliqué la discussion, selon l’un des responsables.

Du côté d’AstraZeneca, l’accord passé avec « l’Alliance inclusive pour un vaccin », formée par la France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas devrait être étendu à l’ensemble de l’Union Européenne, ont fait savoir des responsables.

Les discussions les plus complexes semblent se dérouler avec Pfizer et BioNtech, qui développent un vaccin utilisant la technologie de l’ARN messager, qui n’a pas encore été utilisée dans un vaccin homologué. Les deux entreprises exigeraient que l’UE paie 500 millions de doses lorsque le vaccin sera autorisé.

Les Etats-Unis ont accepté de payer le prix fort

Cela éliminerait le risque de ne pas pouvoir se fournir en vaccins pour l’UE mais les Européens craignent que la facture soit beaucoup plus élevée au moment où le candidat vaccin aura prouvé son efficacité. Des négociateurs de l’UE auraient en outre exprimé des doutes sur la technologie de l’ARN messager, également utilisée dans les vaccins potentiels contre le Sars-CoV-2 développés par Moderna et Curevac.

Ces négociations se poursuivent dans un contexte d’urgence. Les Etats-Unis ont déjà conclu plusieurs accords de précommande avec ces laboratoires. Ils ont notamment passé une commande de 1,95 milliard de dollars pour 100 millions de doses du candidat vaccin de Pfizer et BioNtech, ce qui doit permettre de vacciner 50 millions de personnes, avec des paiements conditionnés aux résultats de grands essais cliniques et une option pour en acquérir 500 millions supplémentaires.

Cet accord valorise le traitement à un montant pouvant aller jusqu’à environ 40 dollars, un prix considéré trop élevé par l’Union européenne. A titre de comparaison, l’accord entre AstraZeneca et les quatre pays formant « l’Alliance inclusive » ramène le prix de la dose à 2,50 euros.

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