CES 2024 – Le show de la santé au Consumer Electronics

Après les années Covid, une édition 2023 en demi-teinte et deux ans d’absence, le Digital Health Summit du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas a fait son grand  retour sur le développement des dernières technologies. Le point sur quelques-unes des principales Innovations Awards 2024.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 456 – janvier-février 2024

STIMULATEUR CARDIAQUE SANS FIL À DOUBLE CHAMBRE

Destiné à traiter les personnes ayant un rythme cardiaque lent, le système de stimulateur cardiaque sans fil à double chambre (DR) AVEIR™ est le premier stimulateur cardiaque sans fil à double chambre. Faisant environ un dixième de la taille d’un stimulateur cardiaque traditionnel, les composants auriculaires et ventriculaires de ces stimulateurs peuvent communiquer entre eux grâce à la première technologie i2i™ (implant à implant) afin d’établir une stimulation continue et synchronisée entre l’oreillette droite et le ventricule droit. Ils sont également conçus pour être récupérés si les besoins thérapeutiques d’une personne changent ou si elle a besoin d’un appareil de remplacement à l’avenir.

 

THERMOMÈTRE INTELLIGENT SANS CONTACT

HiiTCHECK est un thermomètre intelligent sans contact conçu pour une surveillance de la température. Compatible avec n’importe quel smartphone, il se fixe facilement et offre une rotation pratique à 360 degrés permettant ainsi un suivi sans effort de sa propre température corporelle (ou celle de votre bébé). Ses capteurs mesurent avec précision la température corporelle à 0,1 °C, ce qui le rend suffisamment précis et utile pour suivre l’ovulation et faciliter le timing de la grossesse. HiiTCHECK est sans batterie.

 

MATELAS INTELLIGENT SLEEPINBODY-INCLINE

Le matelas intelligent SleepInBody-Incline est un matelas de santé numérique qui a été créé pour garantir un état de sommeil stable en analysant les changements en temps réel des signes biologiques telles la fréquence cardiaque et la fréquence respiratoire de l’utilisateur grâce au système IoT (1), une technologie clé.
Le matelas ajuste automatiquement sa fermeté, sa hauteur et son angle en fonction de l’IMC de l’utilisateur et de l’activité quotidienne collectée par la balance SmartBody et les appareils portables qui y sont connectés. Le fabricant garantit un meilleur environnement de sommeil pour tout le monde…

 

THERMOMÈTRE NUMÉRIQUE

Sur les réseaux sociaux, les commentaires vont bon train et cela commence ainsi : « Plus besoin d’aller chez le médecin avec ce boîtier, on lui envoie les mesures et c’est tout ! », « Bientôt on fera son boulot au médecin avec en prime une consultation à 40 boulles », « C’est bien connu, un médecin ne fait que prendre des mesures. »…
Withings présentait son nouveau thermomètre numérique BeamO, appareil de check-up santé 4-en-1. sont inclus un stéthoscope digital (avec bien entendu une interprétation par le personnel médical [sic]), un ECG de grade médical à une dérivation afin de détecter la fibrillation auriculaire (FA), un oxymètre mesurant le taux de saturation en oxygène dans le sang (SpO2) et, bien sûr, un thermomètre sans contact pour mesurer la température corporelle.
BeamO n’est pas encore validé cliniquement ou médicalement. L’appareil est actuellement en phase d’obtention de validation clinique ainsi que le marquage CE et l’approbation de la FDA.
Lancement prévu à l’été 2024.

 

APPAREIL DE BIOIMAGERIE POUR LE BIEN-ÊTRE VASCULAIRE EN TEMPS RÉEL

ATRI (Advanced Technology Research Institution) a présenté un appareil de bio-imagerie pour la surveillance vasculaire et le diagnostic des maladies inflammatoires.
Avec un taux de mortalité important, la détection précoce est donc cruciale. ATRI a développé une technologie utilisant un filtre bloquant les ultraviolets en visualisant uniquement l’image de fluorescence de la thrombose.

(1) On parle d’Internet of Things (IoT) lorsque des objets physiques sont équipés de capteurs, de softwares et d’autres technologies dans le but de se connecter© rclassenlayouts – depostiphotos

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également


Chat GPT – l’humanisation de l’intelligence artificielle


Les cryptos – la future économie ?


Métavers – Silence on tourne


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


L’ESPRIT DERRIÈRE LE DR. GUPTA

 

Si l’on ne connaissait pas le personnage Martin Shkreli, on pourrait presque croire que Dr. Gupta aurait été créé pour remplacer les visites chez le médecin et de réduire ainsi les frais médicaux. « Une grande quantité de demandes d’informations sur les soins de santé et de décisions peuvent être prises par l’IA » selon son concepteur. Mais l’empathie médicale et humaine est loin de faire partie de la personnalité de Martin Shkreli qui table pour sa part sur une véritable ruée vers l’or de l’IA. 

Si certains médecins (voir Le Cardiologue 450) se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, ce sont surtout les patients qui jettent leur dévolu sur ces sites « médicaux » en se passant d’un véritable avis médical (songez à la vieille dame qui pourrait penser qu’elle parle à un vrai médecin… certains se persuadant qu’une intelligence artificielle générative est humaine et c’est là tout le risque de notre comportement). Un jeune chercheur dans le domaine de la santé s’est récemment donné la mort après avoir discuté six semaines avec Eliza, son chatbot, qui était devenue sa confidente, son obsession, et qui ne se permettait jamais de le contredire mais au contraire appuyait ses plaintes et encourageait ses angoisses.

 

NEUTRALISER L’IA DANS L’AVENIR ?

 

Respect des droits d’auteur, protection des données personnelles, engagement de la responsabilité civile… L’utilisation de l’IA générative pose des questions de législation inédites. L’Union européenne s’y est penchée avec la loi sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act) qui présente une approche pour le respect des droits fondamentaux des citoyens et les valeurs de l’UE. 

Cette loi divisera les applications en trois catégories de risques et devrait voir le jour en 2025.

La Cnil lance également un plan d’action sur l’IA générative avec des règles claires et protectrices des données personnelles des citoyens européens (trois plaintes ont été déposées auprès de la Cnil sur Chat-GPT à propos de la collecte des données et les nombreuses erreurs factuelles incluses dans ses réponses).

Au niveau européen, une task force sur Chat-GPT a été lancée afin de « favoriser la coopération et l’échange d’informations sur de possibles actions ».

La bataille ne fait que commencer !

De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




La bio-impression – des avancées à petit pas – 2e partie

Nous avons vu dans notre précédent numéro (Le Cardiologue 456)  le principe et l’importance de la bio-impression dans la recherche, les fondements, les applications et les récentes avancées dans le domaine de la santé. Nous faisons le point dans cette deuxième partie des limites vues les contraintes technolgiques actuelles et les perspectives futures.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 456 – janvier-février 2024

LES DÉFIS ET LES LIMITES

Les fondements de la bio-impression reposent sur des principes visant à reproduire la complexité des tissus biologiques en s’appuyant sur l’utilisation des techniques d’impression 3D pour construire des structures tridimensionnelles complexes à partir de matériaux biologiques. L’objectif est de créer des tissus et des organes fonctionnels capables de s’intégrer dans le corps humain.

La bio-impression fait face depuis plusieurs années aux limites de la technologie, de problèmes éthiques et de compatibilité et d’acceptation clinique des receveurs.

• Les contraintes technologiques actuelles, malgré les avancées, représentent l’un des principaux obstacles de l’évolution de la bio-impression. Les imprimantes 3D spécialisées n’ont pas une précision pour reproduire naturellement la complexité microscopique des tissus. Les résolutions limitées peuvent directement influer sur la fonctionnalité des organes imprimés.

• Les problèmes éthiques, de leur côté, soulèvent des questions morales. Les cellules souches embryonnaires humaines (CSE), par exemple, sont au centre des controverses éthiques en raison de leur dérivation d’embryons humains. 
L’utilisation de cellules souches pluripotentes induites (CSPi) constitue un autre défi éthique malgré ses promesses dans la médecine régénérative (1), l’une des préoccupations majeures étant le risque de reprogrammation anormale au cours du processus d’induction des CSPi.

• Le défi de l’acceptation clinique se pose également. L’organe bio-imprimé intégré dans le corps du receveur reste une préoccupation avec les réactions immunitaires, le risque de rejet et la nécessité d’assurer la fonctionnalité optimale de l’organe artificiel. Ces défis complexes nécessitent une compréhension approfondie des interactions biologiques.

Il faudra également une approche globale entre les laboratoires afin de réunir, comparer les résultats et  de réaliser des protocoles universels. Une normalisation est donc nécessaire afin garantir des résultats et une validation clinique.

 

LES PERSPECTIVES FUTURES

Malgré ces difficultés, les perspectives futures de la bio-impression médicale pourraient jouer un rôle crucial dans des domaines émergents tels que la médecine personnalisée et la régénération tissulaire avancée.
Personnaliser la réalisation d’organes et de tissus en fonction des caractéristiques génétiques et physiologiques de chacun permettrait un traitement des maladies de manière plus ciblée et efficace avec un développement sur mesure des organes et des tissus, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour des thérapies plus efficaces et mieux tolérées.
Le coût. La bio-impression, en offrant une production d’organes sur mesure, pourrait réduire la dépendance vis-à-vis des greffes d’organes traditionnelles et des traitements coûteux, ce qui pourrait contribuer à terme à une diminution des coûts de santé associés aux procédures complexes de transplantation.

 

EN CONCLUSION

En récapitulant les points clés, cette technologie d’impression 3D permet une fabrication sur mesure d’organes et de tissus, en offrant des solutions novatrices pour la transplantation et la régénération tissulaire.
Les progrès technologiques récents ont surmonté certains défis, mais des obstacles subsistent, comme nous l’avons vu, notamment sur le plan éthique et clinique. Malgré cela, l’avenir de la bio-impression sur la santé est important, ouvrant la voie à une médecine personnalisée, plus efficace et accessible. Les perspectives futures s’annoncent prometteuses, avec la possibilité de personnaliser les traitements, de réduire les coûts de santé, et d’apporter des avancées significatives dans la médecine régénérative.
L’intelligence artificielle promet également de redéfinir les normes de la bio-impression. La bio-impression représente un chapitre passionnant dans l’histoire de la médecine, invitant à l’optimisme quant à son potentiel révolutionnaire.

Dans notre précédent numéro [A voir ici] :

Les fondements
Les applications en santé
Les avancées récentes

(1) La médecine régénérative (ou médecine régénératrice) est un domaine interdisciplinaire de recherche et d’applications cliniques axée sur la réparation, le remplacement ou la régénération de cellules, de tissus ou d’organes pour restaurer une fonction altérée » du corps humain.

Source : Frezone, Wikipedia, 3Dnatives

© ipopbas – fr.depositphotos

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également


Chat GPT – l’humanisation de l’intelligence artificielle


Les cryptos – la future économie ?


Métavers – Silence on tourne


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


L’ESPRIT DERRIÈRE LE DR. GUPTA

 

Si l’on ne connaissait pas le personnage Martin Shkreli, on pourrait presque croire que Dr. Gupta aurait été créé pour remplacer les visites chez le médecin et de réduire ainsi les frais médicaux. « Une grande quantité de demandes d’informations sur les soins de santé et de décisions peuvent être prises par l’IA » selon son concepteur. Mais l’empathie médicale et humaine est loin de faire partie de la personnalité de Martin Shkreli qui table pour sa part sur une véritable ruée vers l’or de l’IA. 

Si certains médecins (voir Le Cardiologue 450) se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, ce sont surtout les patients qui jettent leur dévolu sur ces sites « médicaux » en se passant d’un véritable avis médical (songez à la vieille dame qui pourrait penser qu’elle parle à un vrai médecin… certains se persuadant qu’une intelligence artificielle générative est humaine et c’est là tout le risque de notre comportement). Un jeune chercheur dans le domaine de la santé s’est récemment donné la mort après avoir discuté six semaines avec Eliza, son chatbot, qui était devenue sa confidente, son obsession, et qui ne se permettait jamais de le contredire mais au contraire appuyait ses plaintes et encourageait ses angoisses.

 

NEUTRALISER L’IA DANS L’AVENIR ?

 

Respect des droits d’auteur, protection des données personnelles, engagement de la responsabilité civile… L’utilisation de l’IA générative pose des questions de législation inédites. L’Union européenne s’y est penchée avec la loi sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act) qui présente une approche pour le respect des droits fondamentaux des citoyens et les valeurs de l’UE. 

Cette loi divisera les applications en trois catégories de risques et devrait voir le jour en 2025.

La Cnil lance également un plan d’action sur l’IA générative avec des règles claires et protectrices des données personnelles des citoyens européens (trois plaintes ont été déposées auprès de la Cnil sur Chat-GPT à propos de la collecte des données et les nombreuses erreurs factuelles incluses dans ses réponses).

Au niveau européen, une task force sur Chat-GPT a été lancée afin de « favoriser la coopération et l’échange d’informations sur de possibles actions ».

La bataille ne fait que commencer !

De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Deux parcours

Deux biographies parues à un mois d’intervalle, relatent deux parcours de vie très différents. Le premier est celui de Nicolas Sarkozy qui après avoir voulu être et avoir été président de la République semble dorénavant avoir trois envies : être riche, continuer à briller selon les critères qu’il définit et échapper à la prison. Le deuxième est celui de Jean-Jacques Goldman qui, inversement, veut devenir le plus discret possible alors qu’il était encore en 2023, la personnalité préférée des français alors qu’il a quitté la scène il y a 20 ans et n’apparaît quasiment plus dans l’espace public.

LE PARRAIN

Etienne Girard, rédacteur en chef à l’Express et Laurent Valdiguié, grand reporter à Marianne, décrivent la vie de Nicolas Sarkozy depuis qu’il a été battu à la primaire des Républicains en 2016, mettant un terme probable à ses possibilités de redevenir président de la République. Pour ce faire, ils ont orienté leur ouvrage selon quatre axes : la vie politique, les procès, le business et enfin l’affaire libyenne pour laquelle Nicolas Sarkozy risque l’emprisonnement ferme.

Un risque judiciaire majeur

Schématiquement, il est possible de relier la vie politique actuelle de Nicolas Sarkozy à l’affaire libyenne et à son business, c’est-à-dire sa façon de vouloir « être riche » et d’échapper à la prison. Le procès relatif à l’affaire libyenne devrait durer 3 mois en début d’année 2025. Cette affaire repose sur la possibilité que la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy ait pu bénéficier d’un financement en liquide, à hauteur de 50 millions d’euros, par le président libyen de l’époque, Mouammar Kadhafi. Dans cette affaire aux multiples rebondissements, Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis mars 2018 pour corruption passive, recel de détournement de fonds publics (libyens) et financement illégal de campagne électorale,  depuis 2020, au même titre que Claude Guéant, Brice Hortefeux et Thierry Gaubert, pour association de malfaiteurs en vue de la préparation de ces délits et depuis le 6 octobre 2023, pour recel de subornation de témoin et participation à une association de malfaiteurs en vue de commettre l’infraction d’escroquerie au jugement en bande organisée.

La vie politique actuelle de Nicolas Sarkozy semble  faite de facilitation potentielle de carrières et d’entremise auprès de dirigeants, tel Emmanuel Macron, pour promouvoir à des postes-clefs, des personnalités qui lui sont favorables. L’objectif est double. Le principal est d’espérer qu’en cas de condamnation à la prison ferme, il puisse bénéficier d’une grâce par l’entremise d’un président qui lui serait favorable pour services rendus (Macron ou Darmanin). Le deuxième est de continuer à entretenir des réseaux politico-financiers lui permettant de jouer pleinement son rôle d’entremetteur pour les diverses entreprises et sociétés qui ont recours à ses services notamment de conseils rémunérés, de participations à des conseils d’administration et d’aide au développement d’affaires entrepreneuriales.

Un business simple
dans son principe, complexe dans ses réseaux

Comme le disent les auteurs « le business de Nicolas Sarkozy repose sur un principe simple. Il s’agit de monnayer ses conseils et son entregent auprès de grands patrons et de dignitaires étrangers ». Ce qui lui rapporte d’après les auteurs de l’ordre de 250 000 euros par mois. Pour ce, par exemple, il  favorise l’expansion africaine du groupe hôtelier Accor, sans oublier au passage ses affaires personnelles. Il a ainsi fait en sorte que les vignobles dont il est propriétaire avec Stéphane Courbit, produisent des vins qui seront présents dans les restaurants du groupe Bourdonde racheté par Accor dont il est administrateur. 

C’est ainsi qu’il est conseiller de Vincent Bolloré et d’Arnaud Lagardère (ce dernier l’ayant qualifié de frère) qui possèdent plusieurs médias et maisons d’édition permettant d’augmenter la surface publicitaire et les pourcentages des livres qu’il publie chez eux.

C’est ainsi qu’il a parole ouverte pour venir régulièrement fournir sa version des faits à propos des mises en examen dont il est l’objet. A ce sujet, le chapitre consacré à l’affaire Paul Bismuth est à la fois édifiant et cocasse. Cocasse quand, lors d’une perquisition chez l’avocat Thierry Herzog, celui-ci prétend n’avoir pas d’autre téléphone que celui que les policiers viennent de saisir et qu’un autre téléphone sonne dans la poche de la robe de chambre qu’il porte, téléphone qui vient d’être appelé, non pas comme le pense l’avocat par Sarkozy-Bismuth pour le prévenir, mais par un des policiers présents. Edifiant quand Nicolas Sarkozy, pour « preuve de sa bonne foi » indique que le juge bordelais au centre de l’affaire n’a pas été muté à Monaco, ce qui prouverait selon lui qu’il n’y a pas eu de trafic d’influence alors que le contenu des écoutes rapporté dans le livre ne laisse aucun doute, Nicolas Sarkozy disant à son avocat à propos de ce juge « Appelle-le aujourd’hui en disant que je m’en occuperai parce que moi, je vais à Monaco et je verrai le prince ».  Et comme le précise les auteurs, le fait que la démarche n’a pas abouti n’a aucune importante et n’a aucune valeur de preuve, car en droit « La réalité de l’influence importe peu, son intensité n’a pas à être vérifiée dès lors qu’elle pouvait être réelle ou supposée. Cette influence peut n’exister que dans l’esprit du corrupteur… Le trafic d’influence supposé, comme son nom l’indique, implique que chaque partie suppose que l’autre fera son bout de chemin ». Et la sanction à l’issue de l’appel est la suivante pour Nicolas Sarkozy : trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, et trois ans de privation des droits civiques, c’est-à-dire de droit de vote et d’éligibilité.

EN SAVOIR PLUS…

LE PARRAIN.
Sarko après Sarko : l’enquête

 

• Auteurs : Etienne Girard, Laurent Valdiguié
• Editeurs : Seuil 
• Parution : septembre 2023
• Pagination : 320 pages
• Prix broché : 20,90 €
• Prix numérique : 14,99 €

 

 

GOLDMAN

Tout autre est la vie de Jean-Jacques Goldman, telle que racontée dans un essai passionnant par Ivan Jablonka, qui est aussi un enfant d’immigrés juifs et qui trace quelques parallèles entre sa vie et celle du chanteur, « hyperstar » malgré lui.

En effet, tout, chez Jean-Jacques Goldman apparait être un parcours d’humilité au point qu’il n’a pas invité ses parents lors de son premier spectacle à l’Olympia, estimant, qu’il n’y avait là rien de recommandable ou d’édifiant par rapport à ce que font d’autres personnes qui méritent nettement plus d’être reconnues que lui. A tel point qu’alors que les premiers succès arrivant tardivement, au début des années 1980, Goldman continua d’habiter son pavillon de Montrouge et à vendre des articles de sport dans le magasin familial en franchise.

Premier vendeur français de disques des années 1980, Jean-Jacques Goldman a pourtant été méprisé par la critique et les journalistes au point que ces derniers avaient appelé au boycott d’une grande série de concerts qu’il donna en 1985 à Paris. Cette série fut un succès à « guichets fermés » et comment répondit Goldman à ses critiques ? Il acheta une pleine page de publicité dans un des journaux qui le conspuait, page reprenant les critiques qui lui avaient été faites et qui avait comme titre « Merci d’être venu quand même ».

Mais une fois le succès reconnu, alors que sa personnalité semble faite d’humilité, de modestie et de simplicité, celle-ci fut encore décrite en 2001 par les mêmes journalistes comme un marketing habile fait d’un non-marketing. Une sorte d’impossibilité de croire à la sincérité. Pourtant, tout dans ses attitudes, sa tenue vestimentaire, son parcours, les paroles de ses chansons indiquent la réalité de celle-ci.

Le succès discret mais réel

Ce qui fait le succès de Goldman à l’issue de la lecture de ce livre tient en sa valeur d’exemplarité de son attitude qui peut se résumer à « voyez comme je suis, je fais comme je pense qu’il faut faire, discrètement ». Et c’est probablement pour cela qu’il a été élu personnalité préférée des français plus de 10 fois lors des 20 dernières années alors qu’il n’apparait plus qu’exceptionnellement en public et alors dans des spectacles à caractère caritatif.

Ce qui fait le succès de Goldman, c’est aussi l’emploi de mots, d’images et de schémas narratifs simples dans ces chansons. C’est d’ailleurs probablement cette simplicité qui lui est reproché, mais Charles Trenet, un monument de la chanson française avait des paroles tout aussi simples. Et au milieu d’un important répertoire, il y deux vrais perles, deux chefs d’œuvre : « Comme toi » et « Né en 17 à Leidenstadt ». Deux chansons dont les textes sont étudiés dans les écoles pour la valeur de leur message. La première véhicule une émotion très forte et le deuxième une vraie réflexion sur le devenir des hommes selon le contexte dans lequel ils évoluent. Des textes à lire et relire, des chansons à écouter et ré-écouter. 

EN SAVOIR PLUS…

GOLDMAN

 

• Auteurs : Ivan Jablonka
• Editeurs : Seuil
• Parution : août 2023
• Pagination : 400 pages
• Prix broché : 21,90 €
• Prix numérique : 15,99 €




La course de chars sur la place Santa Maria Novella à Florence – 1ère partie

– Par Louis-François Garnier

de Michel de Montaigne (1533-1592) à Jacques Callot (1592-1635)

Le 23 juin 1581 à Florence, c’est la veille des festivités de la Saint-Jean qui revêtent une importance particulière, car c’est le saint patron de la ville où Michel de Montaigne (1533-1592) va assister à une course de chars. Nous sommes dans le cadre d’un périple hors du commun qui va durer plus de 17 mois (1580-1581) et dont le récit ne sera publié que près de deux siècles plus tard, après la découverte fortuite du manuscrit non destiné initialement à être publié. [1] En préambule, il nous faut préciser le contexte. Tout d’abord il fait très chaud puisque Montaigne relate qu’« il faisoit une chaleur dont les habitans eux-mêmes étoient étonnés ». Une course de chars est organisée « dans une grande et belle place carrée plus longue que large, et entourée de tous côtés de belles maisons ». 

C’est la Piazza Santa Maria Novella dont le tracé irrégulier date du XIVe siècle. Pour le voyageur moderne arrivant par le train, la place n’est qu’à quelques minutes de marche en traversant la Piazza della Stazione puis en contournant l’église et les cloîtres de Santa Maria Novella qui ferment la place du côté nord et dont le début de la construction remonte à 1278. La façade, aux motifs géométriques en marbre vert et blanc, date du milieu du XIVe siècle. A droite de l’église se situe un petit cimetière où repose Domenico Ghirlandaio (1448-1494) à l’injuste réputation « d’imagier, payé pour couvrir les murs ». [2] 

La place sert de parvis à l’église à l’intérieur de laquelle et plus précisément dans la chapelle des « Strozzi de Mantoue » on peut admirer les fresques (1350-1357) du peintre et architecte Nardo di Cione mort en 1366, et illustrant la Divine comédie de Dante (1265-1321) incluant l’Enfer. C’est ainsi que « pendant des années, on entrait dans cette église de Florence, la plus proche de la gare, pour y voir le diable » [5] A l’opposé se situent les arcades Renaissance de la loggia dell’Ospedale di San Paolo, c’est-à-dire de l’ancien hôpital des Leopoldines datant du XIIIe siècle et abritant, de nos jours, le récent (2014) Museo Novecento qui expose des œuvres italiennes de la première moitié du XXe siècle. Depuis le Moyen-Âge, cette place terminée en 1325, était dévolue aux sermons des dominicains mais aussi aux tournois et fêtes diverses.

C’est en 1563 que la place devint le lieu du Palio dei Cocchi institué la veille de la Saint-Jean, par le premier grand-duc de Toscane, Cosme Ier (1519-1574). Il s’agissait d’une course de chars qui contournaient deux tours de bois plus tard remplacées par deux obélisques de marbre (1608) soutenus par des tortues en bronze, probablement de Giambologna (1529-1608). Les lys d’or des sommets sont du XIXe siècle, en l’honneur de la Cité du Lys. Nous disposons de très peu de représentations des courses de chevaux qui se déroulaient sur cette place. 

La peinture à l’huile faite entre 1789 et 1791 et intitulée Course de chevaux sur l’ancienne place de Santa Maria Novella (Musée des Offices Florence), fait partie des dernières œuvres du peintre paysagiste et graveur Antonio Cioci (1732-1792). [3] Il était alors dessinateur et marqueteur à l’Atelier des pierres dures de Florence, l’ancienne manufacture de la « mosaïque florentine » destinée à fabriquer des marqueteries de pierres précieuses et semi-précieuses et qui fut créée en 1558 par le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis (1549 -1609). Faite plus de deux siècles après le passage de Montaigne, la toile nous montre une course de chevaux stricto sensu et non pas une course de chars. 

Les cavaliers tournent dans le sens antihoraire autour des deux obélisques. Les chevaux sont représentés, de façon très suggestive bien qu’irréaliste, membres antérieurs et postérieurs tendus à l’horizontale à l’instar de ce que peindra vers 1821 Théodore Géricault (1791-1824) avec la Course de chevaux, dite le Derby à Epsom (Musée du Louvre). Le tableau d’Antonio Cioci montre la loge de Léopold Ier (1747-1792) grand-duc de Toscane de1765 à 1790, dans la loggia dell’Ospedale alors que, non seulement la quasi-totalité de la place est ceinturée d’estrades dotées d’au moins une demi-douzaine de rangs bondés de monde, mais le terre-plein central entre les deux obélisques est rempli d’une foule de spectateurs dont l’élégance est manifeste. En outre, il y a des spectateurs aux fenêtres des immeubles mais aussi sur les toits à une dizaine de mètres du sol, à leurs risques et périls. 


La course de chars sur la place Santa Maria Novella à Florence.
Par Jacques Callot (1592-1635) Bibliothèque municipale de Lyon

Il nous faut maintenant revenir à Montaigne mais aussi à la gravure intitulée La course de chars sur la place Santa Maria Novella à Florence – Bibliothèque municipale de Lyon Figure 1 par Jacques Callot (1592-1635) [4] qui a été faite relativement peu de temps après le passage de Montaigne, lors du séjour de Callot à Florence (1612-1621), et peut de ce fait en éclairer les propos. A noter qu’à près de deux siècles d’intervalle, le peintre Antonio Cioci et le graveur Jacques Callot se sont apparemment positionnés au même endroit, en surplomb et en prenant suffisamment de recul pour voir la totalité de la place. 

A l’inverse du côté opposé limité par des immeubles, le côté Est, apparemment encore peu urbanisé, du moins au XVIe siècle, leur est apparu l’endroit le plus propice, de façon globalement parallèle à l’axe central délimité par les obélisques qui, rappelons-le, n’existaient pas du temps de Montaigne. 

Les deux représentations ne sont pas des vues cavalières, car on y retrouve la perspective avec ses lignes de fuite. Voilà ce qu’en dit Montaigne : « A chaque extrémité de la longueur, on avait dressé un obélisque, ou une aiguille de bois quarrée, et de l’une à l’autre étoit attachée une longue corde pour qu’on ne pût traverser la place ; plusieurs hommes mêmes se mirent encore en travers, pour empêcher de passer par-dessus la corde » 

Il n’est donc pas question, à l’inverse de ce que nous montre la peinture d’Antonio Cioci, de mettre des spectateurs au centre de la place. A l’inverse de cette sorte de muraille humaine figurée dans le tableau d’Antonio Cioci, seule la corde et quelques hommes ont vocation à dissuader les chevaux de couper court. Cette corde doit être nécessairement tendue mais les « aiguilles de bois » n’auraient, probablement, pas supporté une telle traction. 

La gravure de Jacques Callot réputé pour son art des « petites scènes saisies sur le vif », nous montre que la corde est remarquablement horizontale, ce qui, compte tenu de sa longueur, n’est possible que grâce à la forte traction de la douzaine d’hommes positionnés aux deux extrémités. Poursuivons la description de Montaigne : « Les balcons étoient remplis de Dames, et le Grand Duc avec la Duchesse et sa cour, étoient dans un Palais », qui ne peut correspondre, comme nous l’avons vu, qu’à la loggia dell’Ospedale bien visible chez Cioci mais moins évidente chez Callot d’autant qu’il a représenté à gauche de la gravure, en tout premier plan, un homme qui, par contraste, semble être Gulliver aux pays des Lilliputiens. 

La comparaison, bien qu’anachronique avec Les Voyages de Gulliver (1735), est légitime si l’on considère que les « foules lilliputiennes » [4] ont réussi à l’exceptionnel graveur que fut Jacques Callot qui parvint à placer, dans un « champ de trente centimètres de largeur sur vingt-deux de hauteur (…) plus de trois mille individus dont on devine presque les idées tant leurs gestes ont de crânerie et de personnalité ». [4] En 1581, le grand-duc de Toscane est François de Médicis (1541-1587), le fils aîné de Cosme Ier de Médicis (1519-1574) et d’Éléonore de Tolède (1522 -1562). François est un dilettante plus intéressé par l’alchimie, les sciences naturelles et l’architecture que par la politique et le gouvernement de la cité. 

La grande-duchesse est Bianca Capello (1548-1587), cette fille de patricien vénitien qui dut s’enfuir de Venise en 1563, à l’âge de quinze ans et enceinte de Pietro Buonaventuri, un clerc florentin guère plus âgé qu’elle et avec lequel elle se maria à Florence pour légaliser sa situation. Cependant, ayant été remarquée pour sa beauté par François de Médicis, elle ne tarda pas à devenir sa maîtresse, peut-être dès 1565, avec l’assentiment au moins tacite de son mari qui va mourir opportunément en 1572, assassiné sur ordre probable du prince. Après la mort de Cosme Ier en 1574 suivie, en 1578, de la disparition de Jeanne d’Autriche (1547-1578), l’épouse de François, rien ne pouvait plus s’opposer à l’ascension irrésistible de Bianca Capello qui avait clairement un ascendant sur le prince, ce qui fera dire au secrétaire de Montaigne qu’« elle lui sambla bien avoir la suffisance d’avoir angeolé ce Prince, et de le tenir à sa devotion long-tamps ». C’est peu après son veuvage, qu’en 1579, François épousa Bianca après qu’elle ait été proclamée grande-duchesse de Toscane. Voici donc un couple sulfureux qui, pratiquant l’adultère de notoriété publique et des dépenses somptuaires de longue date, est devenu très impopulaire, ce qui va se retrouver dans l’ambiance de la course qui nous occupe. Reprenons, avec Montaigne, le déroulement de la course : « Le peuple étoit répandu le long de la place et sur des especes d’échaffauds où j’étois aussi ». 

Montaigne est un spectateur comme les autres sur une estrade, assis ou plus probablement debout compte tenu de l’engouement populaire. Montaigne a dû choisir le meilleur endroit pour voir la course, peut-être proche de celui où se mettront les deux artistes précédemment évoqués. Jacques Callot qui « communiquait aussi la vie à chaque unité et lui donnait un rôle défini dans la scène », [4] nous montre une foule disparate, les personnages étant figés dans leurs activités. Dans l’angle gauche de la gravure, on devine une buvette avec un personnage en train de boire une chopine alors que semblent être suspendus un peu plus loin des jambons, peut-être le prosciutto di Parma ou di San Daniele. Il y a un va et vient de passants et de voitures d’aspect divers, qu’il s’agisse de carrosses, de chars ou de citernes avec probablement du vin mais aussi de l’eau pour les gens et les chevaux nécessairement assoiffés du fait des efforts dans la poussière et sous la chaleur ardente du soleil. 

On voit des scènes curieuses comme cet homme étendu sur le dos. Il est possible qu’il ait été renversé par le cheval qui se cabre face à un chien qui aboie et d’ailleurs un autre homme s’en éloigne en courant tout en protégeant une femme. Il est aussi possible que l’homme à terre, et vers lequel semble se précipiter un homme pour lui porter secours, ait été agressé par celui qui s’enfuit à toutes jambes, peut-être après un vol à la tire à moins qu’il ne s’agisse d’un spadassin puisqu’il nous semble apercevoir le pommeau d’une épée – spada. On voit le coupable présumé dans l’angle inféro-droit de la gravure dont il s’apprête à sortir comme certains personnages des dessins animés de Tex Avery (1908-1980) sortiront de la bande cinématographique près de quatre siècles plus tard. Ainsi, le spectacle est aussi « dans la salle ». C’est alors qu’« on voyoit courir à l’envi cinq chars vuides ». Comment est-il possible que les chars soient vides ?

Références

[1] Journal de voyage de Michel de Montaigne. Edition présentée, établie et annotée par François Rigolot. puf 1992 

[2] Goetz A. Dictionnaire amoureux de la Toscane. Plon 2023

[3] Gregori M. Le musée des Offices et le palais Pitti. La peinture à Florence. Ed. Place des Victoires 2012

[4] Bouchot H. Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (Ed. 1889) hachette livre BnF

[5] Picquet T. Les Rites festifs florentins de la Renaissance Cahiers d’études romanes, 18 – 2008.




Mas Amiel Initial – Voyage au cœur du terroir

Pascal Wolff – Le Cardiologue 456 – janvier-février 2024

Baignés par le soleil méditerranéen, les vignobles du Roussillon sont connus pour produire des vins d’une richesse exceptionnelle. Parmi ces trésors, le Mas Amiel Initial est né d’une sélection maîtrisée de 17 parcelles qui s’étendent des coteaux de schistes à la Devèze où la présence de calcoschistes en profondeur est la plus remarquable. Ces parcelles sont tournées vers le nord et le sud-est, préservant ainsi les raisins de l’ardeur des rayons du soleil.

Héritage et Tradition

Fondé en 1816, le domaine de Mas Amiel est situé au nord du département des Pyrénées-Orientales et plus exactement dans la vallée de l’Agly, au cœur du Roussillon.

Raymond-Etienne Amiel a créé le Mas Amiel avec cette vision de produire des vins de grande qualité en exploitant les terroirs exceptionnels de la région. À l’époque, le domaine se concentrait principalement sur la production de vins doux naturels élaborés à partir de raisins surmûris et séchés au soleil, offrant une concentration de saveurs exceptionnelle. 

C’est au tournant du XXIe siècle, en 1999 exactement, que Mas Amiel connaît son renouveau avec la reprise du domaine par Olivier Decelle, propriétaire du Château Jean Faure à Saint-Émilion. Il prend ainsi la tête de la propriété d’une superficie de 226 hectares, dont 155 plantés de vigne, la production est constituée essentiellement de vins doux naturels, comme il y a deux cents ans. 

Les nouveaux propriétaires (et acteurs du domaine) injectent alors une nouvelle énergie et une vision contemporaine tout en respectant l’héritage particulier du domaine.

Sous la direction de la nouvelle équipe, Mas Amiel élargit sa gamme de vins pour inclure des cuvées plus diversifiées tout en maintenant la qualité qui a fait sa renommée. Outre les vins doux, le domaine propose des vins rouges secs qui expriment le caractère unique du terroir de la région.

Les cuvées comme le Mas Amiel Vintage et le Mas Amiel Initial illustrent parfaitement l’expertise du domaine dans la production de vins doux et expressifs.

Les sols

Le Mas Amiel Initial est né d’une sélection de dix-sept parcelles face au nord et au sud-est, préservant ainsi les raisins de l’énergie des rayons du soleil. Celles-ci s’étendent sur les coteaux de schistes dans le secteur du Mas Amiel et de La Devèze avec une remarquable présence de calcschistes en profondeur. 

L’entretien des sols se fait par labour. L’âge des vignes, conduites en gobelet (appelée aussi taille mixte, libre ou irrégulière et qui est la conduite la plus courante et la plus ancienne), est de 25 à 45 ans. Le rendement moyen est de 18 hl/ha avec des densités de plantation de 3 500 à 4 000 pieds/ha. La superficie totale en production est de 29 ha.

Élaboration du Vin

Le Mas Amiel Initial est le fruit d’un assemblage subtil de cépages autochtones comme le grenache noir, le carignan et le Syrah qui puisent leur force dans la diversité des terroirs de calcschistes.

La récolte est réalisée entièrement à la main en caissettes de 20 kg afin de préserver leur intégrité. Les raisins sont ensuite intégralement égrappés. La macération et l’élevage en fûts de chêne confèrent au vin une profondeur et une complexité remarquables. Le résultat est un vin rouge d’une élégance rare, alliant puissance et subtilité.

Accords Gourmands

Le Mas Amiel Initial s’accorde parfaitement avec la cuisine méditerranéenne. Les viandes grillées, les plats à base d’agneau, de côtes de bœuf au gros sel et à l’huile d’olive et les fromages affinés, mettent en valeur la richesse et la complexité du flacon. Servi à une température idéale, il révèle toute sa splendeur.

En bouche, la structure est impeccable, avec des tanins soyeux et élégants et une acidité équilibrée de jus frais avec une pointe de fruits noirs plus prononcée. La finale persistante laisse une empreinte gustative inoubliable, longue en bouche, fraîche et délicatement épicée.

Le Nez et la Bouche

Lorsque l’on déguste le Mas Amiel Initial, on est immédiatement enchanté par son bouquet aromatique. Des notes de fruits rouges mûrs, de cassis, de cerise noire et de réglisse titillent les sens.

Hommage au terroir

En choisissant le Mas Amiel Initial, vous portez un hommage au terroir, à la passion des vignerons et à la tradition transmise de génération en génération. Chaque gorgée raconte l’histoire d’un vignoble qui a su évoluer tout en préservant son authenticité. Élevé dans la plus pure tradition, le Mas Amiel Initial est certifié agriculture biologique et Eurofeuille.

Domaine Mas Amiel
66460 Maury

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

© Mas Amiel




Gérard de Lairesse (1641-1711) ou pire que d’être aveugle à Grenade – 2e partie

– Par Louis-François Garnier

ACTE III – EN HOLLANDE : 1665-1690

Le séjour à Utrecht fut une période difficile et « tous les biographes s’accordent pour souligner la pauvreté et le dénuement dans lesquels vécurent Lairesse et sa famille » durant cette période. [1] Sans ressource, il se mit à peindre des paravents et des enseignes [3] et finit par faire un tableau qu’il exposa devant son domicile. Que ce tableau ait été remarqué par un courtier ou qu’un voisin lui ait conseillé d’envoyer quelques toiles à Amsterdam, le fait est que Gérard de Lairesse entra en contact avec Gerrit van Uylenburgh (1625 -1679), en français Gérard Uilenburgh, à la fois peintre et marchand d’art réputé d’Amsterdam. 

Il avait en effet débuté comme peintre décorateur mais avait très tôt compris qu’il pouvait gagner plus d’argent par le négoce des tableaux qu’en les peignant lui-même. C’est à la fin 1665 que Lairesse arrive à Amsterdam où il est engagé par Uilenburgh après une savoureuse anecdote « digne d’un ballet de Molière », [3] et qui montre l’extraordinaire virtuosité de ce garçon, à la fois excellent peintre et musicien. 

Sollicité par le marchand d’art pour peindre « au débotté » une Nativité, Lairesse se mit à jouer du violon en alternance avec le maniement de la palette et du pinceau de telle sorte qu’en deux heures de temps, et en musique, il « peignit la tête de l’Enfant, de Marie, de Saint Joseph et du bœuf, au premier coup, et d’un si beau fini qu’il laissa les spectateurs dans l’admiration ». Il se fait alors rapidement connaître au point que c’est de cette époque que date le portrait qu’en fit Rembrandt (1606-1669). Il s’agit d’une peinture à l’huile sur toile (Metropolitan Museum of Art) qui montre Lairesse tenant un papier, et si son visage est tout aussi ingrat, il est en revanche habillé « en bourgeois hollandais qui semble déjà avoir acquis une place honorable dans la société d’Amsterdam ». [1] En effet, « il ne pouvait trouver pour son art une ville plus favorable qu’Amsterdam » [3] et il y fera fortune. C’est ainsi qu’il va rapidement faire partie de la société intellectuelle d’Amsterdam et d’une académie littéraire qui se réunira, à partir de 1676, chez lui sur le marché Saint-Antoine (Nieuwmarkt), « ce qui prouve le rôle important que jouait notre peintre au sein de cette société ». [1] 

Parmi ses riches clients, qu’il s’agisse de bourgmestres, de marchands collectionneurs ou d’institutions, il y a le célèbre médecin Godfried Bidloo (1649-1713) que Lairesse rencontra entre 1680 et 1685 et qui avait, semble-t-il, « autant de talent pour la poésie et le théâtre que pour la médecine ». [1] Il publia en 1685 un atlas anatomique : Anatomia Humani Corporis illustré par Lairesse (Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine de Paris). Il s’agit de cent cinq [1] dessins exécutés à la plume et au lavis à l’encre de Chine avec une grande finesse et ornementés d’objets aussi divers que des poignards, des livres ou des notes de musique. Les planches furent probablement gravées par ce « maître du burin » [1] que fut Abraham Blooteling (1634–1690) et qui sera le seul à être cité par Lairesse dans son Grand Livre des Peintres. [1] Ces planches furent l’objet d’un plagiat de la part d’un médecin et anatomiste anglais dénommé William Cowper (v.1666-1709) qui les publia sous son nom en 1698 « en citant à peine Bidloo, ce qui entraina un procès fameux et le courroux bien légitime du Hollandais ». [3] 

Gérard de Lairesse eut deux autres fils, Abraham en 1666 et Jan en 1674 qui deviendra peintre et exécutera après la mort de son père « des copies ou adaptations de ses tableaux, qui passèrent pour des originaux de Lairesse ». [1] En 1687, Lairesse revient triomphalement dans sa ville natale à l’occasion d’une Assomption destinée à décorer le maître-autel de la cathédrale de Liège. On retiendra qu’« en dehors des plafonds illusionnistes, l’invention la plus importante de Lairesse reste l’utilisation de la grisaille dans le décor intérieur ». [1] 

Malheureusement, au faîte de la gloire, au point d’être surnommé « Apelle » par Guillaume III d’Orange Nassau (1650 -1702) stathouder mais aussi roi d’Angleterre depuis 1688, Lairesse va être affligé de la pire calamité, de « la chose la plus épouvantable » [3] qui soit pour un peintre, la perte de la vue.


Anatomie de la main humaine par Gérard de Lairesse (1690). Gravure d’Abraham Blooteling pour l’atlas d’anatomie de Godfried Bidloo.

ACTE IV – LA CÉCITÉ : 1690-1711

Gérard de Lairesse, alors qu’il atteint à peine sa cinquantième année, « devient aveugle, sans doute à la fin de l’année 1689 ». [1] Il semble que la perte de la vue ait été progressive [1] jusqu’à devenir totale. Le fait que Lairesse n’ait pas gravé lui-même les planches anatomiques destinées à l’atlas du docteur Bidloo, s’explique par le travail considérable que ceci aurait nécessité, mais aussi « parce que sa vue baisse et qu’il commence à ressentir les premiers effets de la cécité ». [1] 

Quelle fut la cause de sa cécité ? L’explication reste hypothétique, non pas tant une punition divine pour ses dissipations comme ceci a été évoqué à l’époque… mais plus probablement, comme il le dira lui-même, et au moins en partie, le fait d’avoir passé « des heures entières à graver à l’eau-forte, éclairé par une faible chandelle ». [3] La technique de l’eau forte utilisait alors l’acide nitrique dont les vapeurs étaient très toxiques. L’exposition oculaire à l’acide nitrique, qu’il s’agisse de projections ou d’exposition à des vapeurs, entraîne localement des brûlures dont la gravité est fonction de la concentration de la solution, de l’importance de la contamination et de la durée du contact. Les symptômes associent douleur, larmoiement et hyperhémie conjonctivale, voire un blépharospasme. 

De façon plus insidieuse et chronique, des séquelles sont possibles telles que des adhérences conjonctivales, des opacités cornéennes voire le développement d’une cataracte ou d’un glaucome pouvant préluder à une cécité. Si l’on considère le caractère fréquent et insidieux du glaucome, il est assez plausible que ceci ait pu être la cause de la cécité du peintre. On a pu aussi évoquer, avec sa connotation péjorative, l’hérédosyphilis [4] autrement dit l’hypothèse, invérifiable, d’une syphilis congénitale (?) [1] Cependant, face à cette adversité, Lairesse trouva un dérivatif dans la musique puisqu’il jouait « exceptionnellement bien » du violon et « ne pouvant plus peindre, se tourna tout naturellement vers l’enseignement », [1] mais comment procéder dans ce cas ? Chaque semaine, se réunissaient chez lui de jeunes artistes et il utilisait en alternance, deux tableaux noirs sur lesquels il écrivait en tâtonnant avec de la craie. Un de ses fils recopiait alors sur du papier ce que son père avait écrit avant d’effacer le premier tableau tandis que Lairesse écrivait sur le second et ainsi de suite. Cette façon de procéder préluda, chapitre après chapitre, et grâce à l’intense collaboration de ses fils, à l’élaboration d’un traité sur la peinture de plus de 800 pages. Il s’agit du Het Groot Schilderboek (Le Grand Livre des Peintres » qui est « le premier ouvrage théorique hollandais qui examine longuement la peinture de genre » [5] et dont la première édition parue à Amsterdam en 1707, sera suivie d’une seconde édition en 1712 [1] avant d’être ensuite plusieurs fois réédité et traduit en plusieurs langues. Cet ouvrage retranscrit le fait que Lairesse n’appréciait guère la peinture de genre alors en vogue, mais « les scènes de genre constituaient un aspect si important de la peinture hollandaise qu’il ne put les ignorer ». [5] Pour Lairesse, cette peinture « moderne » qu’était la peinture de genre consistant à représenter les scènes les plus triviales de la vie quotidienne était limitée quant à « la représentation d’idées ou d’émotions nobles ». Pour lui, cette forme de peinture, bien que pouvant avoir « une certaine joliesse », était inférieure à la peinture « classique » et il considérait comme des « commerçants », ces « peintres qui ne savent produire qu’un seul type de sujets ». [5] Néanmoins certains thèmes urbains ou domestiques avaient son assentiment en disant « Il vaut mieux être un bon Mieris dans la manière moderne qu’un mauvais Raphaël dans l’antique ». Il faisait ainsi allusion au peintre de Leyde Frans Mieris (1635-1681) qu’il admirait, et qui « a non seulement étrangement suivi son maître Gérard Dou (1613-1675) dans cette manière moderne élégante, mais parfois le dépasse ». [5] C’est « assez ironiquement que le grand âge de la peinture de genre hollandaise était depuis longtemps révolu à l’époque où Lairesse en fournit la justification théorique ». [5] Bien qu’ayant fait l’essentiel de sa carrière à Amsterdam, et parce que « esthétiquement, la manière de Lairesse a peu de similitudes avec les tendances essentielles des écoles du nord, qu’elles soient hollandaise ou flamande », Gérard de Lairesse doit être considéré comme « un artiste liégeois à part entière ». [2] C’est cependant à Amsterdam qu’il meurt le 26 juillet 1711 dans la plus grande gêne car, bien qu’ayant gagné beaucoup d’argent, il n’avait rien mis de côté. [3] Il est inhumé dans le cimetière « de Leyde », près des remparts d’Amsterdam. [1] En guise d’épitaphe, un poète écrivit : « Après tant de bienfaits vous devîntes aveuglé, / De l’aimable fortune qui vous a tant chéri. » Le frontispice de ses œuvres hollandaises montre « un vieillard, les yeux cachés par un bandeau, s’exerçant à peindre, entre deux Muses, probablement le Dessin et la Peinture ». [3] Gérard de Lairesse est un peintre injustement méconnu. Il a dû affronter avec courage et compenser, par son intelligence et son talent artistique, le handicap de sa laideur et de la cécité pendant les vingt dernières années de sa vie. Il faut lui reconnaître toute sa place en tant que « pictor doctus » dans l’histoire de l’Art de la seconde moitié du XVIIe siècle. [1]

Bibliographie

1) Roy A. Gérard de Lairesse 1640-1711 Préface de J. Thuillier Arthena 1992.

2) Hendrick J. La peinture au pays de Liège: XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Ed. Perron-Wahle, 1987.

3) Dumaitre P. Un peintre aveugle Gérard de Lairesse. L’ophtalmologie des origines à nos jours, 1986 ; 5 :73-79 Laboratoires H. Faure.

4) Corbin A. L’hérédosyphilis ou l’impossible rédemption. Contribution à l’histoire de l’hérédité morbide. In: Romantisme, 1981, n°31 : 131-150. www.persee.fr.

5) Brown Ch. La peinture de genre hollandaise au XVIIe siècle. Images d’un monde révolu. De Bussy-Vilo-Paris 1984.

Remerciements au Docteur Philippe Frisé, ophtalmologiste, pour sa documentation.




Les démocraties libérales entrent-elles dans une période de forte turbulence ?

Deux livres dressent un portrait maussade de la situation actuelle des démocraties libérales, ces régimes politiques que l’on assimile à l’Occident. Par deux analyses différentes, ces livres semblent laisser peu d’espoir d’échapper à de futurs conflits majeurs qui pourraient remettre en cause, a minima, l’existence des démocraties…

L’ANALYSE PSYCHOLOGIQUE DES CAUSES

Koert Debeuf est un philosophe et historien belge qui a été porte-parole et rédacteur des discours du Premier ministre belge Guy Verhostadt. Cette fonction lui a offert un poste d’observation privilégié de l’évolution des régimes politiques internationaux, et, de plus, il a vécu au Caire (Egypte) de 2011 à 2016, assistant en direct à un des printemps arabes. Il s’est particulièrement intéressé aux causes des conflits, nationaux ou internationaux, et affirme que leur origine est plus psychologique qu’économique, n’en déplaise aux analystes marxistes : « Comme Oussama ben Laden, les combattants du djihad et les révolutionnaires arabes étaient mus par des raisons psychologiques plutôt qu’économiques. Je pense qu’il est donc temps de laisser Marx derrière nous et d’explorer le terrain de Freud ».

Il décrypte ainsi l’évolution de plusieurs conflits et mouvements politiques, naviguant sur des vagues populistes, et notamment sur la vague du nationalisme. Il explique par exemple la vague actuelle de tribalisation qu’il attribue aux attentats du 11 septembre 2001 : « Après une période de deuil, la solidarité fait place à une polarisation croissante. Les gens se cachent de plus en plus dans les tranchées de leur propre droit. Ils attendent des dirigeants qu’ils les sauvent de leur insécurité. Ils cherchent une ancre dans la tribu qu’ils connaissent le mieux. Cette tribu peut être le nationalisme, la religion ou l’idéologie, mais de manière de plus en plus polarisée. Ils construisent un passé mythologique pour leur tribu et considèrent ce passé glorieux comme le seul moyen de rendre la tribu “grande à nouveau”. La clé de ce processus de tribalisation est d’étiqueter tous ceux qui ne font pas partie de la tribu comme des ennemis, et ceux qui ont une voix critique au sein de la tribu comme des traîtres ».

Il prend comme modèle la crise d’identité que peut parfois traverser une personne et qui va la transformer en indiquant qu’une telle crise survient généralement après une expérience traumatisante et qu’elle entraîne une perte de confiance en soi, une baisse de l’estime de soi et peut éventuellement conduire à la tribalisation, le rattachement à une tribu (sa terre d’origine, un groupe quelconque, etc.). Ce processus peut toucher un individu isolé, mais aussi des groupes entiers. Il prend comme exemple le livre Mein Kampf d’Hitler en jugeant qu’il s’agit d’un parfait exemple de la façon dont une crise d’identité (la défaite allemande en 1918) se transforme en régression et en tribalisation. Ne comprenant pas pourquoi ses généraux avaient capitulé en 1918 et croyant en l’Allemagne, Hitler perdit tout ce en quoi il croyait. Cherchant des réponses, il a commencé à s’ancrer et son point d’ancrage était le prétendu passé glorieux de l’Allemagne : « Pour recréer un grand “Empire allemand”, elle devait revenir à son passé mythologique. Le chemin de la rédemption était le retour à l’ère de la pureté allemande. Et elle devait se débarrasser de ses ennemis, ceux qui conspiraient contre la grandeur de l’Allemagne et la rendaient impure : les Juifs ». 

De cet exemple emblématique, l’auteur poursuit son parcours vers les traumatismes psychologiques de certains Russes après la chute de l’URSS, des Arabes après la fin de la première guerre mondiale et le démantèlement de l’Empire ottoman dont ils se sont sentis comme les dindons d’une farce jouée par les Anglais et les Français, et prend l’exemple de bien d’autres groupes pour montrer que ce qui peut être vécu comme un traumatisme psychologique peut aisément servir de base à une polarisation, source de conflits futurs… voire éternels ? Car les pensées de ces tribus « ne sont pas ancrées dans des arguments rationnels, mais dans des expériences traumatisantes, où la survie de la tribu est en jeu. Cela les rend potentiellement dangereux ».

L’auteur fait toutefois assaut d’optimisme dans son dernier chapitre en proposant quelques pistes (utopiques ?) pour éviter ou tout au moins atténuer les nouveaux processus de tribalisation en cours. L’analyse psychologique, d’autant plus qu’elle est étendue aux foules est un jeu difficile et incertain, mais l’auteur rend compte d’un point majeur : les conséquences potentielles majeures que peuvent avoir ce qui pourrait être vécu comme une humiliation ou une traîtrise.

EN SAVOIR PLUS…

POURQUOI CE N’EST PAS LA DERNIÈRE GUERRE
Sur les raisons psychologiques des conflits internationaux

    • Auteur : Koert Debeuf
    • Éditeur : Racine
    • Parution : Février 2023
    • Pagination : 240 pages
    • Format broché : 24,99 euros

 

 

L’ANALYSE POLITIQUE DES CAUSES

Le deuxième ouvrage a été écrit par une journaliste, cheffe adjointe du service international du Monde et par un politiste, docteur en philosophie et enseignant. 

Alors que l’on parlait de mondialisation et de démocratisation du monde, ces auteurs tendent à montrer qu’il existe dorénavant une réelle tendance à l’autocratisation du monde. Ils font reposer celle-ci sur une sorte de pacte implicite noué par divers régime autocratiques et dictatoriaux qui semblent actuellement se préserver voire se défendre les uns les autres, et ce dans un objectif commun, abattre l’Occident, les démocraties libérales et en premier lieu, les Etats-Unis. Le soutien de Poutine au génocidaire Bachar el Assad peut en témoigner, de même que celui du dictateur nord-coréen, Kim Jon-un à Poutine et le fait que la Chine se garde bien de dénoncer l’invasion de l’Ukraine.

Comme les auteurs l’indiquent en quatrième de couverture « Ces régimes s’organisent pour se protéger mutuellement, jusqu’à former une ‘Internationale autocratique’. Ils votent de concert aux Nations unies, coopèrent sur le plan sécuritaire, mutualisant leur propagande, développent leurs échanges commerciaux, se fournissent en armes les uns auprès des autres, nouent des alliances militaires ».

Les auteurs décrivent les alliances tacites ou réelles entre ces régimes, leur mode de fonctionnement commun conduisant leurs chefs, en modifiant la constitution à se présenter indéfiniment aux fonctions suprêmes de leurs pays, à réprimer toute opposition et au passage des mouvement LGBT, leurs avancées dans plusieurs régions du monde, par des stratagèmes divers, mais poursuivant les mêmes objectifs : en chasser les pays occidentaux, que ce soit l’Amérique du Sud, l’Afrique, le Moyen-Orient ou l’Asie centrale. Et le chapitre consacré à l’Afrique est particulièrement édifiant.

En parallèle, tout est fait pour déstabiliser les démocraties libérales : soutien financier aux partis et personnalités politiques polarisants, intoxications et fausses informations, utilisation de la pression migratoire africaine et moyen-orientale… L’objectif ultime : faire s’effondrer les Etats-Unis par le biais d’une guerre civile, qui en sus de terrasser l’ennemi, laissera les mains libres pour réorganiser le monde au profit de quelques autocrates. 

Mais tout indique que si ce premier objectif était atteint un jour, le second sera source de multiples autres conflits entre autocrates, les dirigeants chinois actuels ayant l’ambition maintenant avouée de dominer le monde « En effet, en février 2023, Pékin rend publique un document conceptuel qui explicite son projet de renouveau de l’ordre international, dénommé “Initiative pour la sécurité mondiale”. Ce plan ambitieux annonce vouloir “éliminer les causes profondes des conflits internationaux” dont il rend largement responsables les Occidentaux. Pour cela, il faut, en premier adhérer à la “vision de sécurité commune, intégrée, coopérative et durable” de Xi Jinping… La sécurité mondiale est ainsi conditionnée au fait de souscrire à sa vision et de se conformer à la structure idéologique du “socialisme à la chinoise” » et les auteurs d’ajouter « les textes de droit international public existent pourtant et ne demandent qu’à être appliqués ».

Et ainsi, afin d’éviter un nouveau Munich, comme cela a probablement été le cas concernant la Syrie où l’Occident a démissionné devant la Russie, tout indique maintenant que « le conflit en Ukraine apparaît comme une guerre-pivot dont les protagonistes ont conscience de la nécessité historique de l’emporter ». Et les auteurs de conclure justement que « cette configuration internationale d’ensemble pose la question fondamentale des relations que l’Occident souhaite entretenir avec les régimes autocratiques. Et jusqu’à quel point il est prêt à défendre, en son sein comme dans le monde, la démocratie ».

EN SAVOIR PLUS…

LE PACTE DES AUTOCRATES
Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Assad, Raïssi, Maduro, Modi

 

    • Auteur(e)s : Isabelle Mandraud, Julien Théron
    • Éditeur : Robert Laffont
    • Parution : avril 2023
    • Pagination : 216 pages
    • Format broché : 19,00 euros
    • Format numérique : 12,99 euros



Collioure rouge 2021 – Domaine de la Casa Blanca

Pascal Wolff – Le Cardiologue 455 – novembre-décembre 2023

Situé sur la côte méditerranéenne, le domaine de la Casa Blanca est l’un des plus anciens crus de Banyuls. Certains de ses vins sont parmi les plus prisés de la région. Parmi eux, le Collioure Rouge se distingue de par sa réalisation comme une véritable pépite, autant pour sa qualité de production, son terroir exceptionnel et son respect pour l’environnement. Un vin un incontournable pour les amateurs de vins du Roussillon.

Le domaine de la Casa Blanca est le fruit de la vision et de la détermination de vignerons passionnés. Niché dans la petite commune de Port-Vendres, le domaine doit son nom à la magnifique maison blanche qui trône au cœur des vignobles. Depuis ses débuts, il s’est engagé à préserver les traditions viticoles tout en adoptant des pratiques de production modernes. Aujourd’hui, il est devenu une référence dans la région du Collioure.

Le domaine de la Casa Blanca est un des plus anciens des crus Banyuls. Le domaine de la Casa Blanca, fondé vers 1870,  est l’un des plus anciens crus de Banyuls (vin doux naturel) et aussi en appellation Collioure (vin sec). Les trois associés, Laurent Escapa, Hervé Levano et Valérie Reig, cultivent 8,85 ha de coteaux du domaine, dont 4,71 ha en désherbage mécanique et pâturage hivernal par des brebis du domaine. 

C’est après 15 ans de traction animale avec Ursule, la mule de Valérie Reig qui se chargeait en grande partie du travail de labour, que le domaine s’est orienté à la technique du treuil, de février à juin. Dès 1989, les engrais chimiques ont été remplacés par des composts et, en 2001, ce sont les produits phytosanitaires de synthèse pour les traitements de la vigne qui ont été abondonnés.

Tous les vins sont vinifiés artisanalement, avec les levures du terroir (levures indigènes)/ Et à l’exception de doses modérées de soufre, aucun intrant œnologique n’est utilisé.

Un terroir exceptionnel

Situé sur la Côte Vermeille, à l’extrémité méridionale du Roussillon, dans les Pyrénées-Orientales, le terroir de Casa Blanca est caractérisé par un sous-sol schisteux et des coteaux à pentes abruptes plongeants dans la mer Méditerranée. La Tramontane, vent sec et froid, allant des terres vers la mer, ainsi que des vents forts, soufflent régulièrement sur ces terres, ce qui permet de limiter naturellement le développement des maladies et donc le recours aux fongicides. Le climat méditerranéen, reconnu par sa faible pluviométrie, est compensé de son côté par la présence du sous-sol  favorable à l’enracinement profond de la vigne.

Cette combinaison de facteurs naturels – climatiques et géologiques – offre un terroir idéal pour la culture des cépages traditionnels.

Le processus de production

La Casa Blanca attache une grande importance à la vinification traditionnelle et son respect pour l’environnement. Les raisins sont récoltés à la main, triés et vinifiés dans des cuves en inox et en bois. Les élevages se font en foudres de chêne, permettant aux vins de développer leur complexité tout en préservant leur caractère fruité et épicé. La recherche de l’équilibre et de l’harmonie est au cœur de chaque étape de la production.

La dégustation

Le Collioure rouge de la Casa Blanca est un vin d’une grande élégance. À la dégustation, grâce au tandem grenache noir (80 %) et syrah, il séduit par sa robe rubis profonde aux reflets pourpres. Le nez est un festival d’arômes de fruits rouges mûrs, d’épices, de réglisse et de notes minérales. 

La bouche gourmande et puissante révèle un vin charpenté et complexe, doté de tanins bien présents mais élégants. Les saveurs de cerise noire, de cassis, et de poivre se mêlent harmonieusement, laissant une impression de fraîcheur en finale. 

Le Collioure rouge de la Casa Blanca est le compagnon idéal pour de nombreux plats. Il se marie à merveille avec les grillades d’agneau, les plats à base d’agneau, de canard ou de gibier, ainsi qu’avec les fromages à pâte dure et bien sûr les plats méditerranéens. Il est également un excellent choix pour les soirées conviviales entre amis tant sa polyvalence en fait un choix idéal pour de nombreuses occasions.

Polyvalent, le Collioure rouge peut se déguster jeune afin de profiter de sa fraîcheur fruitée ou attendre qu’il développe des arômes plus complexes avec le temps.

En conclusion

Le vin Collioure rouge du domaine de la Casa Blanca est une véritable pépite méditerranéenne. Il représente l’engagement des vignerons envers la préservation des traditions tout en produisant des vins d’exception. Sa combinaison unique de terroir, de processus de production soigné, et de caractéristiques gustatives en fait un incontournable pour les amateurs de vin. Déguster un verre de Collioure rouge, c’est s’immerger dans l’âme ensoleillée de la région du Collioure.

En 2020, Casa Blanca s’est associé à  Nénu (Vin de deux mains, né en 2017) pour créer Casa Blanca – Nénu.

En 2003, Le Guide des vins Hachette a décerné au domaine de la Casa Blanca rouge la note de 3 étoiles, ce qui correspond à un vin exceptionnel.

Domaine de la Casa Blanca
66650 Banyuls-sur-Mer

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

©




La bio-impression – des avancées à petit pas


Même si nous sommes encore loin d’une époque où les hôpitaux bio-imprimeront les organes de leurs patients, des avancées et des expériences significatives sont apparues ces dernières années. Cette technique intégre des matériaux biologiques afin de créer des structures cellulaires complexes. Dans ce contexte qu’est le secteur de la santé, la bio-impression consiste à fabriquer des tissus et même des organes fonctionnels sur mesure.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 455 – novembre-décembre 2023

La bio-impression se base sur le principe des imprimantes 3D spécialisées qui déposent couche par couche des matériaux biocompatibles, tels que des cellules et des bio-encres, afin de réaliser des structures biologiques tridimensionnelles. Ce procédé intègre la création d’organes sur mesure et de tissus vivants.

L’importance de la bio-impression dans la recherche offre une réelle alternative aux méthodes conventionnelles de transplantation d’organes en répondant par exemple à la demande mondiale croissante en matière de greffes. Cette technologie ouvre également des perspectives pour la modélisation de maladies, la recherche pharmaceutique et la personnalisation des traitements médicaux. Au fur et à mesure de son évolution, la bio-impression suscite un réel intérêt au sein de la communauté scientifique et médicale, ouvrant ainsi la recherche vers de nouveaux horizons.

 

LES FONDEMENTS

Les fondements de la bio-impression reposent sur des principes visant à reproduire la complexité des tissus biologiques en s’appuyant sur l’utilisation des techniques d’impression 3D pour construire des structures tridimensionnelles complexes à partir de matériaux biologiques. L’objectif est de créer des tissus et des organes fonctionnels capables de s’intégrer dans le corps humain.

 

Les différents types d’impression

Il existe plusieurs types de bio-impression.

  • Le jet d’encre biologique qui fonctionne de manière similaire à une imprimante jet d’encre conventionnelle, mais au lieu d’utiliser de l’encre, elle dépose des cellules biologiques.
  • L’extrusion qui repose sur l’application de couches successives de matériaux biocompatibles pour construire la structure souhaitée.

Chaque méthode a ses avantages et bien sûr ses limites, permettant ainsi une flexibilité dans le choix de la technique en fonction des besoins spécifiques de la bio-impression.

 

Les matériaux utilisés

Les matériaux utilisés dans le processus de bio-impression sont bien sûr cruciaux pour assurer la viabilité et la fonctionnalité des créations produites. Les bio-encres spécialement conçues et composées de cellules vivantes et des biomatériaux imitent l’environnement de la matrice extracellulaire (MEC) propice à la survie cellulaire et à la différenciation. Elles sont capables de conserver leurs structures physiques sans nécessiter de photodurcissement ou de procédés chimiques. Ces matériaux biocompatibles garantissent une intégration adaptée aux tissus existants une fois implantés.

 

LES APPLICATIONS EN SANTÉ

La bio-impression offre un éventail d’applications avancé en transformant la manière dont nous envisageons la fabrication d’organes et de tissus, la réparation d’organes endommagés, et bien sûr la recherche pharmaceutique.
La fabrication d’organes et de tissus sur mesure est l’une des applications les plus prometteuses de la bio-impression. En reproduisant la complexité architecturale des organes humains, cette technologie permet de créer des structures adaptées aux besoins spécifiques de chaque patient. La possibilité de concevoir des organes sur mesure réduit les risques de rejet après une transplantation et élimine bien sûr la dépendance à l’égard des donneurs. Des avancées significatives ont déjà été réalisées dans la bio-impression d’organes tels que le foie, le cœur et les reins.

En 2019, un prototype de cœur a été imprimé et reconstitué dans son anatomie complète avec ses cellules et ses vaisseaux sanguins à une échelle moindre que celui de l’humain. Aussi gros qu’un cœur de lapin, il a été conçu à partir de différents types de cellules du même patient. Mais pour que ce cœur soit fonctionnel, il faut encore quelques années d’années de travail, notamment pour agrandir sa taille.

La réparation et le remplacement d’organes endommagés constituent l’application importante de la bio-impression. Les organes ainsi créés peuvent être utilisés pour remplacer des parties défectueuses ou endommagées du corps, offrant ainsi une solution durable pour les patients souffrant de maladies chroniques ou de lésions traumatiques. Des chercheurs australiens ont développé un bras robotique miniature et flexible pour réparer les tissus ou organes du corps humain endommagés grâce à la bio-impression 3D.
Dans la recherche pharmaceutique, la bio-impression offre aux chercheurs la possibilité d’étudier les effets des médicaments de manière plus précise. Les organes imprimés peuvent être utilisés pour tester l’efficacité et la sécurité des médicaments, réduisant ainsi la nécessité de tests sur des animaux et accélérant le processus de développement de médicaments.

 

LES AVANCÉES RÉCENTES

Les avancées récentes dans la bio-impression médicale ont été marquées par des progrès significatifs tant du côté des imprimantes 3D spécialisées que des matériaux bio-imprimables, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives dans la fabrication de tissus et d’organes sur mesure. Elles accélèrent également la transition de la bio-impression de la phase expérimentale vers une application clinique réaliste.

Ce sont tout d’abord l’amélioration de la précision et la rapidité du processus qui constituent les progrès les plus marquants. Les nouvelles générations d’imprimantes offrent en effet des résolutions bien plus élevées, permettant une reproduction plus fidèle des structures cellulaires avec une capacité à imprimer simultanément différents types de bio-encres, élargissant ainsi la gamme de tissus et d’organes pouvant être produits.

 

Les nouveaux matériaux bio-imprimables

Les nouveaux matériaux bio-imprimables jouent un rôle-clé dans l’évolution de la bio-impression. Des bio-encres plus avancées intègrent désormais des facteurs de croissance spécifiques, favorisant la différenciation cellulaire et la régénération tissulaire. La bio-encre d’hydrogel, par exemple, utilise des nanoparticules autoassemblées et des microparticules d’hydrogel. Les chercheurs ont pu atteindre des niveaux de porosité, de fidélité de forme et d’intégration cellulaire jamais atteints auparavant. Ces matériaux de nouvelle génération élargissent les possibilités de la bio-impression en permettant la reproduction de structures tissulaires encore plus complexes.

Des études de cas et des exemples concrets illustrent l’impact croissant de la bio-impression médicale. Des réussites notables incluent la bio-impression réussie de tissus osseux, de cartilage et de vaisseaux sanguins. Des équipes de recherche ont également démontré la faisabilité de bio-imprimer des minicerveaux fonctionnels pour étudier les troubles neurologiques.

Mais la bio-impression fait aussi face à ses limites et ses défis. Nous verrons également les perspectives qu’elle nous offre dans notre prochain numéro.

Dans notre prochain numéro :

Les défis et les limites

Les perspectives du futur

(1) La médecine régénérative (ou médecine régénératrice) est un domaine interdisciplinaire de recherche et d’applications cliniques axée sur la réparation, le remplacement ou la régénération de cellules, de tissus ou d’organes pour restaurer une fonction altérée » du corps humain.

Source : Frezone, Wikipedia, 3Dnatives

© ipopbas – fr.depositphotos

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également


Chat GPT – l’humanisation de l’intelligence artificielle


Les cryptos – la future économie ?


Métavers – Silence on tourne


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


L’ESPRIT DERRIÈRE LE DR. GUPTA

 

Si l’on ne connaissait pas le personnage Martin Shkreli, on pourrait presque croire que Dr. Gupta aurait été créé pour remplacer les visites chez le médecin et de réduire ainsi les frais médicaux. « Une grande quantité de demandes d’informations sur les soins de santé et de décisions peuvent être prises par l’IA » selon son concepteur. Mais l’empathie médicale et humaine est loin de faire partie de la personnalité de Martin Shkreli qui table pour sa part sur une véritable ruée vers l’or de l’IA. 

Si certains médecins (voir Le Cardiologue 450) se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, ce sont surtout les patients qui jettent leur dévolu sur ces sites « médicaux » en se passant d’un véritable avis médical (songez à la vieille dame qui pourrait penser qu’elle parle à un vrai médecin… certains se persuadant qu’une intelligence artificielle générative est humaine et c’est là tout le risque de notre comportement). Un jeune chercheur dans le domaine de la santé s’est récemment donné la mort après avoir discuté six semaines avec Eliza, son chatbot, qui était devenue sa confidente, son obsession, et qui ne se permettait jamais de le contredire mais au contraire appuyait ses plaintes et encourageait ses angoisses.

 

NEUTRALISER L’IA DANS L’AVENIR ?

 

Respect des droits d’auteur, protection des données personnelles, engagement de la responsabilité civile… L’utilisation de l’IA générative pose des questions de législation inédites. L’Union européenne s’y est penchée avec la loi sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act) qui présente une approche pour le respect des droits fondamentaux des citoyens et les valeurs de l’UE. 

Cette loi divisera les applications en trois catégories de risques et devrait voir le jour en 2025.

La Cnil lance également un plan d’action sur l’IA générative avec des règles claires et protectrices des données personnelles des citoyens européens (trois plaintes ont été déposées auprès de la Cnil sur Chat-GPT à propos de la collecte des données et les nombreuses erreurs factuelles incluses dans ses réponses).

Au niveau européen, une task force sur Chat-GPT a été lancée afin de « favoriser la coopération et l’échange d’informations sur de possibles actions ».

La bataille ne fait que commencer !

De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Rosé Pétra 2021 – Domaine Hauvette

Brad Pitt à Miraval, George Clooney à Brignoles, George Lucas au Château Margül, Ridley Scott dans le Lubéron, bénéficiant de leur renommée, les «people» hollywoodiens, conquis par la Provence et ses potentiels viticoles, tentent de pousser vers les sommets leurs cuvées, notamment de rosés. Mais pour la plupart des spécialistes, le meilleur rosé provençal est bien produit par une française, la discrète, solitaire, au tempérament bien trempé, Dominique Hauvette, dont j’ai déjà vanté le remarquable blanc « Doli a » dans cette revue (Le Cardiologue n° 416).

Ses 17 ha de vignes, cultivées sur le magnifique piémont nord des Alpilles, bénéficient d’un excellent terroir argilocalcaire près de Saint-Rémy-de-Provence. Choisissant d’emblée la culture biologique et biodynamique certifiée dès 2003, Dominique Hauvette n’utilise aucun produit chimique, remplacé par des tisanes de plantes. En empathie avec l’environnement, elle estime que cette méthode lui permet de ne pas troubler « l’osmose entre ses vins et la nature ». C’est une vraie philosophie pour elle qui accorde un grand respect aux sols et à l’authenticité de ses terroirs. Un travail acharné dans les vignes, mais toujours avec une grande douceur, la taille et l’ébourgeonnage permettent de limiter drastiquement les rendements aux alentours de 15 hl/ha.

Un vin en biodynamie

En cave, la même démarche biodynamique conduit la vinification : limitation au minimum des interventions et intrants, pas de soufre ajouté. Dominique insiste : « Je me concentre sur la production de beaux raisins. Travailler à la vigne permet d’être paresseux au chai ». Le rosé Pétra, assemblant 75 % de cinsault, 15 % de grenache, 15 % de syrah, est obtenu par la technique du pressurage direct, où les raisins éraflés sont foulés, puis immédiatement et doucement pressurés, pour colorer, tel que désiré, le jus qui, débourbé,  fermente spontanément grâce à ses levures indigènes. La maturation et l’élevage sur lies fines, pour garder fraîcheur et vivacité, s’étendent sur 3 à 6 mois dans des cuves en béton en forme d’œuf ; ce contenant procure une homogénéisation parfaite n’amenant pas à filtrer le vin.

Aux antipodes des habituelles teintes pelure d’oignon diaphanes et translucides des rosés provençaux, la cuvée Pétra 2021 du domaine Hauvette arbore une éclatante robe poudrée, rose soutenu tirant sur le rubis pale avec des reflets dorés et orangés.

Il explose littéralement du verre en répandant des senteurs intenses de fruits rouges : framboise, fraise des bois, groseille, de pêches de vigne, d’orange sanguine, d’amande fraîche ; mais aussi de fleurs : rose, violette, pivoine, où viennent s’incorporer des notes épicées de réglisse, de cardamone, de coriandre, et anisées. La bouche, tout en fraîcheur, en limpidité, d’une longueur magistrale, a une texture d’une salinité salivante. La minéralité prégnante apporte beaucoup d’énergie, de générosité, d’équilibre à cette cuvée qui s’épanouit en finale sur de beaux amers mentholés. Ce vin cristallin manifeste une élégance, une finesse, un juteux comme pourrait l’être un vin rouge, d’ailleurs Dominique Hauvette me dit : « Ce n’est pas un rosé, mais un rouge léger ».

Un rosé gastronomique

Ce rosé Pétra qui bouleverse la perception des rosés de Provence, est réellement un vin de gastronomie et les choix culinaires sont nombreux ; tout naturellement les plats méditerranéens : ceviche de daurade ou de bar au pamplemousse et baies roses, encornets farcis à la sétoise, zarzuela catalane, pâtes aux langoustines et bien sûr bouillabaisse. Mais c’est avec le rouget qui, par son goût corsé, apprécie bien les vins rouges que l’on va trouver les mariages les plus aboutis : rouget de roche grillé à la plancha, filets à la tapenade ou à l’aigre-douce, papillotes au basilic et coquillage ou aux agrumes, saltimbocca à la sauge. Ce rosé puissant peut être l’excellent partenaire d’une viande blanche : poulet au citron et olives vertes, agneau au curry, blanquette de veau. Je pense qu’il vaut mieux ne pas lui faire accompagner un fromage ou un dessert en dehors d’une salade de fruits rouges.

Le prix de cette bouteille aux alentours de 30 € est remarquablement doux, lorsqu’on sait qu’une bonne part des rosés banaux de Provence se vend entre 20 et 40 €, voire plus (la cuvée Garrus, créée par Sacha Lichine, s’envole à 115 €). 

A noter malheureusement que Mme Hauvette ne reçoit pas au domaine pour des visites ou dégustations (quand on va chez le pâtissier, on ne demande pas à goûter le gâteau avant de l’acheter, dit-elle).

Ecoutons Dominique Hauvette : « J’ai toujours été un garçon manqué et puis… J’ai trouvé ma féminité dans le vin. La gourmandise, la suavité, la douceur, la souplesse, ce sont pour moi des caractéristiques de mes vins ».

Elever des pur-sang arabes, élaborer de grands vins, contempler le coucher du soleil sur les Alpilles en tournant le dos à la civilisation et en se ressourçant dans la solitude, telle est la vie que Dominique Hauvette a choisi et qui lui convient.

Domaine Hauvette
13210 Saint-Rémy-de-Provence

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

©




Gérard de Lairesse (1641-1711) ou pire que d’être aveugle à Grenade – 1ère partie

– Par Louis-François Garnier

L’Alhambra de Grenade et la Grande mosquée de Cordoue sont les fabuleux témoins de la présence musulmane en Espagne du VIIIe au XVe siècle et qui prit fin avec « le dernier soupir du maure » consécutif à la chute du royaume d’Al-Andalus et à la prise de Grenade par les rois catholiques d’Espagne en 1492. Il faut dire qu’il y avait de quoi pleurer « comme une femme pour ce qu’on n’a pas pu défendre comme un homme », à l’idée de perdre définitivement ce remarquable ensemble fortifié dominant la ville de Grenade, face au quartier populaire de l’Albaicín. Sous le chaud soleil et le ciel bleu d’Andalousie, les sommets enneigés de la Sierra Nevada déversent une eau pure qui rafraîchissait les princes du désert.

C’est cette musique de l’eau qu’entendra l’écrivain Jorge Luis Borges (1899-1986) qui, encore jeune et atteint d’une cécité inexorable, continuera d’écrire avec l’aide de sa mère puis d’une secrétaire. Et puis, il y a l’exubérance des jardins en étages où alternent escaliers, pergolas, et fontaines baignées par les fragrances entremêlées du thym et de la menthe mais aussi des roses, du jasmin, du chèvrefeuille et de la clématite. Mais l’Alhambra est surtout une place forte avec l’Alcazaba de l’arabe « Al Casbah » signifiant forteresse ou citadelle. C’est de sa hauteur que les arabes observaient les mouvements des troupes chrétiennes dans la plaine de Grenade.

C’est sur une muraille adjacente que sont inscrits les vers du poète mexicain Francisco de Icaza (1863-1925) qui interpelle une femme dédaignant de donner une pièce à un mendiant aveugle, en disant : «Donne-lui l’aumône, femme, car il n’y a rien dans la vie de plus grande peine que d’être aveugle à Grenade». Est-ce bien vrai ? On peut en douter lorsqu’on s’intéresse à la vie du peintre Gérard de Lairesse (1641-1711) qui, « arrivé au sommet de son art et de son succès, malédiction pire que toute autre pour un peintre, devient aveugle et, qui, loin de se résigner, continue à enseigner et dicte à son fils un livre où il tente de résumer et transmettre toute son expérience ». [1]

Portrait de Gérard de Lairesse tenant un papier par Rembrandt (1606-1669) vers 1665-1667
(Metropolitan Museum of Art New York).

ACTE I – LES PREMIÈRES ŒUVRES À LIÈGE : 1660-1664

Gérard de Lairesse naît en septembre 1641 à Liège dans une famille d’artistes puisque son père était un peintre assez renommé mais dont il ne reste que peu de traces, et sa mère fille d’un peintre bruxellois. Gérard est le second de quatre garçons qui devinrent peintres avec des fortunes diverses. Il est probable qu’une grande partie de l’apprentissage se fit dans l’atelier de son père qui l’initia aussi à la musique et à la poésie, mais ce père bienveillant étant devenu un peintre de faux marbres, fut amené à souvent s’absenter loin de chez lui. Il en résulta que, encore très jeune, le jeune Gérard fut livré à lui-même. [1] C’est alors qu’il est influencé, sans qu’il s’agisse nécessairement d’un véritable apprentissage, [1] par les œuvres du peintre liégeois Bertholet Flémal (1614-1675), revenu à Liège en 1646 après avoir séjourné plusieurs années à Rome puis à Paris.

Lorsque son frère aîné revint lui-même d’un voyage d’étude en Italie avec le livre d’emblèmes illustré de gravures de l’érudit italien Cesare Ripa (v.1555 -1622), Gérard s’en inspire en faisant des dessins très appréciés. Il est ainsi très probable que, « dès ses débuts à Liège, le style de Lairesse était déjà engagé dans une voie qui resta irréversible, pour l’essentiel : celle de l’art franco-italien » [2], ce goût pour le « classique » dont nous reparlerons.

C’est à partir de 1660, à l’âge d’à peine vingt ans, que Gérard de Lairesse commence à prendre son envol lorsqu’il part pour Cologne en s’arrêtant au passage à Aix-la-Chapelle où il peint un Martyre de Sainte-Ursule (perdu) qui lui attira à la fois l’admiration des uns et la jalousie des autres peintres de la ville. De retour à Liège, il obtient plusieurs commandes en peignant avec le même bonheur des sujets empruntés à l’histoire, à l’allégorie, à la mythologie et à la Bible. C

’est ainsi que, très actif, insouciant, gagnant beaucoup d’argent et en dépensant plus encore, « tout lui prédisait un avenir heureux » mais sa vie passa « bientôt pour irrégulière et dissipée ». [3] C’est de 1662, à la suite d’une commande de l’ancien bourgmestre de Liège, que date Orphée aux Enfers (Musée de l’Art Wallon Liège, en dépôt au Musée d’Ansembourg), mais aussi la première gravure à l’eau-forte datée de Lairesse dénommée Ira qui nous montre la violence d’un guerrier aveuglé tant par la colère que par son manteau qui passe, curieusement, devant son visage.

Nous pourrions, maintenant, y voir un fâcheux présage puisque cette technique de l’eau-forte n’a probablement pas été étrangère à la perte ultérieure de sa vue. Les historiens de l’Art y ont surtout vu une œuvre de jeunesse avec « plus d’intentions et de souci d’expression que de maîtrise ». [1] C’est aussi durant cette période liégeoise (1660-1664) qu’il fit des tableaux inspirés des Métamorphoses d’Ovide, et qui étaient « d’une invention et d’une galanterie aussi plaisante que savante ». [1]

C’est en avril 1664 que survint un drame qui va obliger l’artiste à quitter précipitamment Liège. Avant toute chose il faut dire qu’« un seul don lui avait été refusé : la beauté. Laid, très laid, les lèvres grosses et sensuelles, le nez camus, les yeux saillants, il avait cette face de lutin dont parlent les médecins, mais on verra que cela ne l’empêcha pas de plaire » car, « connaissant sa laideur, il cherchait à y remédier en s’occupant sans cesse de sa parure ». [3] C’est ainsi que lui qui était « fort camard, mais naturellement joli et bien coiffé » [1], n’était pas du genre à se satisfaire d’un « visage de polichinelle qui prête à rire » et tous s’accordent à reconnaître que son intelligence s’efforça de trouver des remèdes à sa mauvaise fortune. Il fit en sorte d’être « poli et bien coiffé et ses yeux étincelants faisaient que, selon un contemporain, les belles lui faisaient bien des avances » [3], et « à cause de ce défaut de nez, il se récompensait de certaines complaisances qui ne rebutaient pas les belles mêmes, qui ont aussi bien fait des avances ». [1]

A l’instar du célèbre peintre grec Zeuxis (464-398 av. J.-C.) qui, dit-on, peignit une grappe de raisins avec un tel réalisme que les oiseaux vinrent la picorer, on raconte que Gérard de Lairesse, ayant vu un homme revenu de France avec une dentelle travaillée, peignit « une dentelle avec du blanc à l’eau pour en orner un collet, et que chacun s’y trompa, croyant qu’il s’agissait de dentelle véritable ». [3] En outre, il fit en sorte d’en changer le motif « tous les dimanches au grand plaisir de la jeunesse qui se piqua d’en avoir de France ». [1] Finalement, on s’aperçut de la supercherie mais il fut néanmoins « fort estimé de cette tromperie ». [1]

Dans un autoportrait au crayon noir et sanguin fait à l’âge d’environ vingt ans (Staatliche Museum Berlin), on peut noter « les grands yeux qui pétillent d’intelligence, la bouche sensuelle et le gros nez court et épaté ». [1] Un autre autoportrait fait une quinzaine d’années plus tard (Offices Florence) montre que son « regard vif compense ce nez camus qui le rendait si disgracieux. On sent nettement ici le souci de Lairesse de plaire, d’être élégant, et de composer avec la laideur que la nature lui avait donnée ». [1]

En définitive, il n’est pas ni le premier, ni le dernier à comprendre que la séduction ne se résume pas à la seule plastique mais son désir forcené de plaire, en prenant sa revanche sur cette nature ingrate, va lui amener de sérieux ennuis. n

ACTE II – L’ANNÉE FATIDIQUE : 1664 

Le jeune Gérard de Lairesse était, dit-on, « sensible et facile à se laisser prendre ».[3] Il se lie d’amitié avec deux jeunes filles originaires de Maastricht qui « demeuraient au-devant de sa chambre. L’une était belle et l’autre d’une virilité et d’un courage extraordinaire pour son sexe ». [1] Il s’agissait de deux sœurs venues à Liège pour y chercher fortune et qui, de fait, vivaient en face de sa chambre, sur le même palier. [3] Ce qui devait arriver, arriva.

Notre jeune Gérard, qui avait 24 ans, non seulement tomba amoureux de la plus belle, dont il fit un portrait « sur un morceau de planche » [1], mais « ardent et étourdi » alla jusqu’à lui faire une promesse écrite de mariage, ce qui est une toute autre affaire puisque « chose promise, chose due » selon l’adage bien connu. La famille de Gérard ayant trouvé un tel mariage indigne, utilisa un subterfuge pour l’en dissuader en lui envoyant, pour le séduire, une cousine de telle sorte que la « fiancée » se fâcha. La situation prit une singulière acuité lorsque les deux sœurs vinrent trouver le jeune peintre qui leur indiqua alors que ses intentions étaient changées. Il nous faut maintenant être attentif à la déclaration de Gérard de Lairesse devant l’avocat Delbrouck qui était aussi son beau-frère.

C’est après avoir dîné (déjeuné) chez son père que, regagnant sa chambre pour y travailler, il fut accosté par les deux « maastrichtoises » qui descendaient d’une taverne publique, suggérant que leur sang ait pu être échauffé par quelques bières consommées dans cet estaminet. C’est alors que « pendant qu’une l’entretenait, l’autre lui donnait par derrière un coup de couteau à la gorge qui rencontra l’os en dessous de la mâchoire, puis mit la main à une épée cachée sous sa faille tandis que l’autre prenait un stylet aussi caché. Lairesse pour sauver sa vie, porta un coup d’épée qu’il porte continuellement en vue de se défendre ». Il s’agissait d’une « petite épée de salon qu’il portait toujours avec lui ». [3]

Il fut donc dans l’obligation de se défendre en état de légitime défense face à un spadassin manifeste, bien qu’il s’agisse d’une femme, et le jeune homme ne manquera de faire valoir le fait que sa réaction fut proportionnée à l’agression et n’avait pas outrepassé « les termes de juste et défense, ne lui ayant été possible d’échapper autrement à leurs furies ». [1] C’est ainsi que la fille qui l’avait attaqué reçut, « en reculant, deux coups de l’épée de son adversaire, (…) l’un sous le sein et l’autre sur sa partie honteuse » [1] de telle sorte que « se sentant en sang, elles se retira chez un apothicaire, dont elle manqua de mourir ». Cela se passait « à une heure et demie en plein jour l’an 1664 ; lui se retira aux pères Dominicains, où, pendant qu’il se faisait panser, il fut jugé appréhensible ».

Un mandat d’arrêt est lancé contre lui et de ce fait décrété de prise de corps [3], le peintre prend le parti de quitter Liège et « prenant ses hardes, chargea le tout sur une charrette, y compris la cousine » [3] que sa famille lui avait destinée et avec laquelle il se mariera peu après « à la soldatesque » dans les faubourgs de Liège. C’est, semble-t-il, après s’être arrêté à Bois-le-Duc, qu’ils rejoignent Utrecht et ils auront un premier fils, Andries, en 1665. [1]

Bibliographie

1) Roy A. Gérard de Lairesse 1640-1711 Préface de J. Thuillier Arthena 1992.

2) Hendrick J. La peinture au pays de Liège: XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Ed. Perron-Wahle, 1987.

3) Dumaitre P. Un peintre aveugle Gérard de Lairesse. L’ophtalmologie des origines à nos jours, 1986 ; 5 :73-79 Laboratoires H. Faure.

4) Corbin A. L’hérédosyphilis ou l’impossible rédemption. Contribution à l’histoire de l’hérédité morbide. In: Romantisme, 1981, n°31 : 131-150. www.persee.fr.

5) Brown Ch. La peinture de genre hollandaise au XVIIe siècle. Images d’un monde révolu. De Bussy-Vilo-Paris 1984.

Remerciements au Docteur Philippe Frisé, ophtalmologiste, pour sa documentation.




Remettre les pendules à l’heure

En expliquant pour l’un, les coûts environnementaux, sociétaux et politiques de l’industrie du numérique, et pour l’autre, ce qu’a été réellement la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie, et qui est qualifiée de « Grande guerre patriotique » par Vladimir Poutine, deux ouvrages récents remettent en quelques sortes les pendules à l’heure face aux rêves et à la désinformation.

LE NUMÉRIQUE N’EST PAS UNE ABSTRACTION MAGIQUE

Kate Crawford, qui se qualifie de spécialiste des implications sociales et politiques de l’intelligence artificielle (IA) a intitulé son livre contre-Atlas, car, comme dans un Atlas, elle parcourt un territoire, ici celui de l’IA (IA), mais comme dans un contre-Atlas, elle souhaite en montrer la face cachée. Elle démontre que ce que l’on dénomme IA n’est ni intelligente, ni artificielle.

L’IA N’EST PAS ARTIFICIELLE

Cela commence par le coût environnemental du numérique. Si l’auteure indique que l’industrie du numérique représentera 14 % des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2040, elle va bien au-delà de ce qui commence à être connu concernant les coûts énergétiques des grands centres de données, pour s’intéresser notamment à la consommation de matières premières. Et notamment de terres rares car, comme le dit l’auteure « le cloud est la colonne vertébrale de l’industrie de l’IA, et il est fait de pierres, de saumure de lithium et de pétrole ». Et elle rappelle que l’industrie minière actuelle d’extraction des métaux rares comme le lithium n’a rien à envier aux mines de charbon de la fin du XIXe siècle : « La Chine fournit aujourd’hui 95 % des minéraux de terres rares… La domination chinoise sur le marché doit beaucoup moins à la géologie qu’à la volonté d’un pays d’accepter les dégâts environnementaux de l’extraction ». Une petite pique en passant « on estime que Tesla utilise chaque année plus de 28 000 tonnes d’hydroxyde de lithium, soit la moitié de la consommation totale de la planète. En fait, il serait plus juste de présenter Tesla comme un fabricant de piles que comme un constructeur automobile ». Si une seule entreprise de voiture électrique consomme la moitié du lithium produit annuellement, qu’en sera-t-il quand il existera de très nombreuses entreprises de construction de voitures électriques et que tous les pays seront incités à « rouler à l’électrique » ? On y apprend aussi au passage que Google, cette entreprise qui « vous veut du bien » a installé ses locaux sur une ancienne base militaire californienne dotée de pistes d’atterrissages afin que ses cadres fortunés puissent venir au travail avec leurs avions privés.

L’IA N’EST PAS INTELLIGENTE

Le deuxième chapitre est consacré à la main-d’œuvre dévolue à l’IA, non pas les fameux cadres fortunés mais tout le sous-prolétariat mondial, sous-payé pour trier et classifier les données afin d’alimenter les logiciels de l’IA, qui n’est donc pas intelligente puisqu’elle a besoin de l’homme pour prétrier les données. S’ensuit une longue présentation de ce qu’est en réalité la collecte de données, sur tous les supports et indépendamment de la vie privée. Et vos photos personnelles mises sur le Cloud sont ainsi largement pillées pour développer les outils de reconnaissance faciale et de détection des affects ou des sentiments prétendument devinés selon l’expression de votre visage. L’auteure estime qu’il s’agit d’un pillage illégal d’un bien commun. Plus encore, les données sont analysées en fonction de classifications qui reproduisent des biais culturels, notamment en matière de simplification de données complexes, comme par exemple, le genre, qui ne peut être que binaire, la couleur de peau, qui connaît mal la nuance, etc. Et tout cela pour arriver progressivement à un scénario du type Minority Report, dans lequel d’après l’analyse de données il serait possible de prédire quand et par qui un acte illégal sera commis. Sans entrer dans cette science-fiction, l’auteure montre comment les données de reconnaissance faciale et d’estimation des affects sont déjà utilisées par divers Etats et sociétés privées, notamment pour le recrutement du personnel dans plusieurs entreprises. Et l’auteure de conclure sa démonstration par ces mots « développée et conçue sans contrôle ni évaluation, sans critères de justice ni d’éthique, l’IA renforce la toute-puissance des géants de la tech et des institutions qui l’adoptent ».

EN SAVOIR PLUS…

Contre-Atlas de l’intelligence artificielle

    • Auteure : Kate Crawford
    • Éditeur : Editions Zulm
    • Parution : mars 2022
    • Pagination : 384 pages
    • Format broché : 23,50 euros
    • Format numérique : 12,99 euros

POUTINE ET SES MENSONGES

Vladimir Poutine tente d’unifier la population vivant sur le territoire qu’il administre en créant ou renforçant le mythe de la « Grande Guerre Patriotique », c’est-à-dire, celle de la victoire du peuple soviétique sur la barbarie nazie, permettant ainsi de libérer le monde et ce au prix de tels sacrifices que le monde devrait être éternellement reconnaissant de la grandeur du peuple russe. Plus encore, il justifie sa guerre contre l’Ukraine par le fait, qu’une nouvelle fois, le peuple russe doit éliminer l’ennemi nazi. Pierre Rigoulot et Florence Grandsenne sont deux historiens dont le livre démonte complètement ce mythe reposant sur une histoire tronquée et complètement falsifiée de la seconde guerre mondiale. Cela permet de comprendre un peu plus les modes de pensée et le cynisme du dirigeant russe.

L’URSS N’A ATTAQUÉ LES NAZIS QUE CONTRAINTE

Si l’URSS a fini par combattre le nazisme, ce n’est qu’après que celui-ci se fut retourné contre elle. Mais pendant des années, elle a facilité son expansion avec comme point d’orgue le pacte germano-soviétique signé en août 1939 et destiné à partager la Pologne entre l’Allemagne et l’URSS. Et les grands patriotes soviétiques n’ont pas hésité à massacrer un par un, d’une balle dans la nuque, tous les officiers polonais à Katyn. Et quand on évoque Katyn que répond Poutine : il dévie vers une autre ville, Khatyn, avec un h, une autre ville, celle-ci agressée par les nazis. Jusqu’à l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes, en juin 1941, l’URSS aidera l’Allemagne en lui fournissant des matières premières (blé, pétrole…), des armements et des produits industriels, trop contente que l’Allemagne, menée par un dirigeant autoritaire puisse régler leur compte aux démocraties européennes menées par des pleutres. Ainsi, l’URSS n’est pas la figure de proue historique du combat contre le nazisme et le Monde ne lui doit pas cette reconnaissance revendiquée.

L’URSS A GAGNÉ CONTRE LE NAZISME AU PRIX FORT

Il lui doit d’autant moins cette reconnaissance que la victoire soviétique a eu un prix très élevé. Notamment des millions de morts russes tués par les russes eux-mêmes, d’une part par les importantes erreurs stratégiques de Staline qui s’est improvisé chef de guerre et d’autre part, car le soldat soviétique avait le choix entre mourir face aux allemands ou reculer et mourir face au NKVD. Mais il y a eu aussi les millions de viols de femmes allemandes dans les territoires « libérés », ce que Staline cautionnait parfaitement « et qui a-t-il à prendre du bon temps avec une femme après de telles horreurs ? ». Cette victoire a aussi eu un coût pour les pays occidentaux, notamment les Etats-Unis car les puissances occidentales ont très largement aidé l’URSS dans sa lutte contre les Allemands en fournissant des armes, des avions, des camions etc. Mais Poutine réécrit l’histoire et il est légalement interdit de dire le contraire Poutine a installé le mythe de la grandeur du peuple russe ayant délivré le monde du nazisme mais plus encore dans une loi signée par lui-même en avril 2012, il n’est pas permis de contester cette histoire telle qu’elle est racontée : « Selon la loi fédérale est engagée la responsabilité civile de quiconque violerait l’interdiction établie par cette même loi fédérale (…) de nier le rôle décisif du peuple soviétique dans la défaite de l’Allemagne nazie et dans la mission humanitaire de l’URSS lors de la libération des pays européens ». Et les auteurs de conclure par un chapitre intitulé « Au pays du Grand Mensonge » dont la première phrase est « la guerre que mène Poutine contre l’Ukraine est idéologiquement, historiquement et moralement monstrueuse ». Et ils démontrent pourquoi.

EN SAVOIR PLUS…

 

    • Auteur(e)s : Pierre Rigoulot, Florence Grandsenn
    • Éditeur : Editions Buchet-Chastel
    • Parution : mai 2023
    • Pagination : 218 pages
    • Format broché : 22,99 euros
    • Format numérique : 16,99 euros



L’intelligence artificielle – Une réalité utopique ?

Comme nous l’avons vu dans précédent numéro (Le Cardiologue 453), la sortie de chatGPT a considérablement impacté le développement de l’intelligence artificielle dans le monde et dans tous les secteurs. La santé est particulièrement mise en avant avec l’IA : développement, recherche, diagnostic… et toutes ses implications sur les patients et les professionnels de la santé.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 454 – septembre-octobre 2023

LE DIAGNOSTIC MÉDICAL

S’il est un domaine où les enjeux sont colossaux, c’est bien celui du diagnostic. Les taux de faux positifs et de faux négatifs pourraient s’en trouver diminués avec une amélioration de la rapidité et de la précision des décisions sur des traitements plus appropriés et une suppression des examens inutiles.

L’intelligence artificielle apporte son lot d’amélioration dans le domaine du diagnostic. 

 

Une détection précoce des maladies

L’IA analyse des quantités très importantes de données médicales (imagerie, résultats de tests de laboratoire, données génétiques…) dans la détection des signes précoces de maladies, ce qui permettra de diagnostiquer ou d’identifier des anomalies ou des signes de maladies, améliorant ainsi les chances de réussite des traitements.

 

Un diagnostic plus précis

Le nombre d’erreurs de diagnostic pourra être diminué grâce aux analyses de données complexes et aux recommandations basées sur des preuves. Il y aurait également une garantie de traitements plus appropriés.

 

une personnalisation des traitements

L’IA peut analyser les données médicales des patients et proposer des plans de traitement personnalisés. En tenant compte des caractéristiques génétiques, des antécédents médicaux et des réponses antérieures aux traitements, les thérapies seront mieux adaptées aux besoins spécifiques de chaque individu.

 

L’aide à la décision clinique

L’intelligence artificielle peut fournir  des informations pertinentes et des suggestions de traitement en temps réel en se basant sur les meilleures pratiques médicales et les dernières recherches. Cela peut être particulièrement utile lors de décisions complexes.

 

La télémédecine améliorée

L’intégration de l’IA dans des applications de télémédecine sera une aide précieuse pour l’évaluation à distance des patients. Cela est d’autant plus actuel et particulièrement utile dans les régions éloignées ou mal desservies (déserts médicaux).

 

La gestion des données de santé

L’organisation et l’analyse des données de santé massives sont le fer de lance de l’IA, ce qui sera extrêmement bénéfique pour les études épidémiologiques, la recherche médicale et la gestion des dossiers médicaux électroniques (voir plus loin le développement des médicaments).

 

La réduction des coûts de soins de santé

Certains des points cités ci-dessus contribueront à réduire les coûts de soins à long terme grâce à l’amélioration du diagnostic, des erreurs médicales, de l’optimisation des traitements. L’efficacité opérationnelle des établissements de santé, notamment la planification des ressources, l’optimisation des flux de patients et la gestion des stocks de médicaments s’en trouveront améliorés.

L’ÉTHIQUE ET L’HUMAIN AVANT TOUT

 L’Organisation mondiale de la santé a publié en juin dernier un premier rapport sur les défis liés à l’intelligence artificielle et notamment le « grand espoir qu’elle suscite (…), mais à condition de placer l’éthique et les droits humains » en son cœur.

Les questions liées à la confidentialité des données, à la réglementation et à la responsabilité médicale doivent être garanties pour une utilisation appropriée et sécurisée.

Encore faut-il que tous les pays se mettent d’accor sur ces principes de précaution évidents…

LA PRÉVISION DES ÉVÉNEMENTS CARDIOVASCULAIRES

La capacité à prédire les événements cardiovasculaires dans le futur dépendra bien sûr des progrès technologiques, mais également des données disponibles et des méthodes de modélisation utilisées. L’IA a déjà montré son potentiel pour aider à prédire les événements cardiovasculaires en utilisant des modèles d’apprentissage automatique (machine learning [1] et deep learning [2]) qui analysent de grandes quantités de données médicales, notamment des informations sur les patients, les antécédents médicaux, les facteurs de risque et les données de surveillance en temps réel.

 

Voici quelques points pour la prédiction des événements cardiovasculaires :

Les modèles de prédiction du risque. Les IA peuvent être formées pour développer des modèles de prédiction du risque qui estiment la probabilité qu’un individu subisse un événement cardiovasculaire, comme une crise cardiaque ou un AVC, dans un avenir proche. Ces modèles prennent en compte de nombreux facteurs de risque, tels que l’âge, le sexe, les habitudes de vie, les données génétiques, les niveaux de cholestérol, la pression artérielle, etc.

 

La surveillance continue. Grâce aux dispositifs médicaux connectés et des capteurs de surveillance, les données des patients peuvent collecter en temps réel, ce qui permet aux IA un suivi des signes vitaux et un déclenchement des alertes en cas de risque accru d’événements cardiovasculaires.

 

Le diagnostic précoce. L’IA peut être formée pour détecter de manière précoce des anomalies dans les données médicales, telles que des signes de maladies cardiovasculaires, en analysant des images médicales, des électrocardiogrammes, ou d’autres données diagnostiques.

 

La personnalisation des traitements. Les médecins peuvent concevoir des plans de traitement personnalisés grâce à l’IA en fonction des caractéristiques individuelles des patients, ce qui peut contribuer à réduire le risque d’événements cardiovasculaires.

Cependant, il est important de noter que la prédiction des événements cardiovasculaires est un domaine complexe et qu’aucun modèle ou algorithme n’est parfait. 

 

L’efficacité dans la prédiction des événements cardiovasculaires continuera de s’améliorer à mesure que la technologie évoluera et que de nouvelles données seront disponibles. Néanmoins, il est probable que l’IA sera utilisée en complément des compétences cliniques des professionnels de la santé pour améliorer la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires dans le futur.

 

LE RÔLE ESSENTIEL DE L’IA DANS LA RECHERCHE MÉDICALE

 

L’analyse massive des données

L’IA analyse rapidement de vastes ensembles de données médicales, y compris des images médicales, des dossiers électroniques de patients, des données génomiques, etc. Elle repère les tendances, les corrélations et les informations importantes dont les chercheurs pourraient manquer.

 

Le diagnostic assisté

En fournissant des suggestions basées sur l’analyse des données cliniques, l’intelligence artificielle peut aider les médecins dans le processus de diagnostic et contribuer éventuellement à réduire les erreurs de diagnostic et à améliorer la précision (et, pour certains, la décision).

 

Le développement de médicaments

Le développement et la découverte de médicaments sont l’un des points forts de l’IA. En analysant de grandes bases de données de composés chimiques, en prédisant leur efficacité et en identifiant de nouvelles cibles thérapeutiques. Les laboratoires internationaux (Bayer, BioNTech, Roche, Merck KGaA…) ont d’ailleurs acquis ou investi dans des start-up.

 

Recherche en biologie et en génomique

L’IA peut accélérer la recherche fondamentale en biologie en modélisant des processus biologiques complexes et en permettant aux chercheurs de comprendre plus rapidement les mécanismes sous-jacents de nombreuses maladies.

 

Prédiction des épidémies et surveillance de la santé publique

Une surveillance en temps réel est réalisée par l’intelligence artificielle grâce aux données de santé publique permettra de détecter les épidémies potentielles et de réagir rapidement.

 

Découverte de biomarqueurs

L’IA peut aider à identifier de nouveaux biomarqueurs pour diagnostiquer précocement les maladies ou évaluer la progression de la maladie.

 

Recherche en sciences sociales et éthiques

L’IA peut également aider à comprendre les aspects sociaux et éthiques de la recherche médicale, notamment en analysant les opinions publiques et en identifiant les questions éthiques potentielles liées à la médecine de précision et à l’utilisation des données médicales.

Cependant, il est important de noter que l’IA ne remplacera pas complètement les chercheurs médicaux, mais elle les assistera dans leurs travaux. De plus, des questions liées à la confidentialité des données, à la sécurité et à l’interprétation des résultats devront être prises en compte pour garantir que l’IA est utilisée de manière éthique et efficace dans la recherche médicale.

(1) Le machine learning est un sous-ensemble de l’intelligence artificielle qui permet à une machine ou à un système d’apprendre et de s’améliorer automatiquement.
(2) Deep learning est l’apprentissage profond ou apprentissage en profondeur est un sous-domaine de l’intelligence artificielle qui utilise des réseaux neuronaux pour résoudre des tâches complexes grâce à des architectures articulées de différentes transformations non linéaires.

Source : apmNews, openai, OMS, tic pharma

© Yingyaipumi – stock.adobe.com

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également


Chat GPT – l’humanisation de l’intelligence artificielle


Les cryptos – la future économie ?


Métavers – Silence on tourne


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


L’ESPRIT DERRIÈRE LE DR. GUPTA

 

Si l’on ne connaissait pas le personnage Martin Shkreli, on pourrait presque croire que Dr. Gupta aurait été créé pour remplacer les visites chez le médecin et de réduire ainsi les frais médicaux. « Une grande quantité de demandes d’informations sur les soins de santé et de décisions peuvent être prises par l’IA » selon son concepteur. Mais l’empathie médicale et humaine est loin de faire partie de la personnalité de Martin Shkreli qui table pour sa part sur une véritable ruée vers l’or de l’IA. 

Si certains médecins (voir Le Cardiologue 450) se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, ce sont surtout les patients qui jettent leur dévolu sur ces sites « médicaux » en se passant d’un véritable avis médical (songez à la vieille dame qui pourrait penser qu’elle parle à un vrai médecin… certains se persuadant qu’une intelligence artificielle générative est humaine et c’est là tout le risque de notre comportement). Un jeune chercheur dans le domaine de la santé s’est récemment donné la mort après avoir discuté six semaines avec Eliza, son chatbot, qui était devenue sa confidente, son obsession, et qui ne se permettait jamais de le contredire mais au contraire appuyait ses plaintes et encourageait ses angoisses.

 

NEUTRALISER L’IA DANS L’AVENIR ?

 

Respect des droits d’auteur, protection des données personnelles, engagement de la responsabilité civile… L’utilisation de l’IA générative pose des questions de législation inédites. L’Union européenne s’y est penchée avec la loi sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act) qui présente une approche pour le respect des droits fondamentaux des citoyens et les valeurs de l’UE. 

Cette loi divisera les applications en trois catégories de risques et devrait voir le jour en 2025.

La Cnil lance également un plan d’action sur l’IA générative avec des règles claires et protectrices des données personnelles des citoyens européens (trois plaintes ont été déposées auprès de la Cnil sur Chat-GPT à propos de la collecte des données et les nombreuses erreurs factuelles incluses dans ses réponses).

Au niveau européen, une task force sur Chat-GPT a été lancée afin de « favoriser la coopération et l’échange d’informations sur de possibles actions ».

La bataille ne fait que commencer !

De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Côtes d’Auvergne Boudes – Cuvée prestige V.V.2021

Si les volcans d’Auvergne sont endormis, son vignoble se réveille depuis 20 ans, car des initiatives locales, portées par de jeunes viticulteurs, s’attachent à ressusciter le vignoble arverne.

Rappelons qu’à la fin du XIXe siècle, l’Auvergne était, avec 45 000 ha, le troisième plus grand vignoble de France avant qu’il ne soit, lui aussi, totalement ravagé par le phylloxera. 

Actuellement, la jeune AOC Côtes d’Auvergne, datant de 2011, ne couvre plus que 410 ha situés dans le département du Puy de Dôme, de Riom au nord à Issoire au sud sur une bande de 80 kilomètres assez étroite entre les monts du Livernois à l’est et la chaîne du Puy du Sancy à l’ouest.

Elle occupe de petites collines très raides, sur les flancs des monts d’Auvergne, à des altitudes de 350 à 550 m sur des terrasses appelées palhàs. Il existe cinq dénominations géographiques complémentaires sur l’AOC du nord au sud : Madargue, Châteaugay, Chanturgue, Corent et Boudes certainement la plus qualitative.

Ce dernier vignoble de 50 ha bénéficie de conditions optimales, pour faire du bon vin : terroir argilo-calcaire sur sol volcanique de basalte, pente offrant un ensoleillement optimal, microclimat aux accents méditerranéens, bon drainage naturel.

De père en fils

Fer de lance de l’appellation Boudes, David Pélissier, quatrième génération de viticulteurs, titulaire d’une licence d’anglais, a préféré abandonner ses études, pour marcher sur les pas de son père et devenir, à son tour, vigneron. A la tête d’une propriété qui atteint, après achats de nouvelles plantations, 5 ha de vignes, dont certaines plantées par ses ancêtres, centenaires. Il garde le fort souvenir d’un grand-père qui fut, en même temps, son premier formateur et un des premiers embouteilleurs du cru. 

Ses vignes, disposées en palhàs sur des pentes abruptes de 400 à 500 m d’altitude, relativement protégées par l’effet du foehn, sont travaillées de façon raisonnée, avec une recherche de la qualité des raisins plutôt que du rendement, enherbées pour maintenir le microcosme ambiant. 

Les intrants sont limités, afin de respecter au mieux la nature. Une taille soigneuse, comportant notamment un écimage, est effectuée. La tonte de l’herbe, le travail du sol facilitent la pénétration de l’eau pluviale.

La ligne directrice de David est de produire des vins qui lui ressemblent, où il laisse son empreinte. La récolte est manuelle. Dans le chai, la vinification est la plus naturelle possible : éraflage des grappes qui sont pressurées pneumatiquement à l’arrivée à la cave, macération courte, fermentation par levurage endogène, élevage en barriques de chêne sur 6 mois avec pigeages et remontages. Mise en bouteille après légère filtration.

La cuvée Prestige assemble 70 % de gamay et 30 % de pinot noir provenant des vignes centenaires ancestrales. Il faut noter que le gamay d’Auvergne diffère sensiblement du gamay du Beaujolais : vieux cépages autochtones plantés juste après la crise phylloxérique produisant des grappes différentes à maturité plus tardive, garantissant des couleurs plus profondes, une plus grande complexité des vins dotés de belles notes épicées, des arômes plus puissants et explosifs attribués au terroir volcanique.

Une cuvée prestige…

Cette cuvée Prestige Côtes d’Auvergne Boudes 2021, habillée d’une robe grenat aux reflets orangés, délivre un nez impétueux de fruits noirs : cassis, myrtille avec des notes de pruneau, de vanille et de chocolat. 

Elle dévoile en bouche une structure tannique assez robuste (jeunesse?), finement boisée avec une pointe de caramel, une texture concentrée consistante, des arômes très expressifs, épicés et poivrés, et une belle minéralité liée au terroir volcanique basaltique. La finale franche, dynamique est relativement longue.

… pour de nombreux accords culinaires

Ce rouge gourmand bien fruité permet de nombreux accords culinaires : tout naturellement les viandes rouges grillées, certaines préparations bovines : tels filet de bœuf à la cocotte, rôti en croûte girolle, langue sauce piquante aux cornichons. Mais conformément à l’adage : à cuisine régionale vin de même provenance, c’est avec la robuste gastronomie auvergnate qu’il va vraiment s’épanouir : le coq au vin de Chanturgue, la potée auvergnate, le chou farci, les tripoux, le pounti cantalien, le petit salé aux lentilles du Puy. Le côté fruité de cette cuvée Prestige souligne les pieds de porc, s’ils sont enrichis par une truffade ou un aligot.

Je préfère accompagner les excellents fromages auvergnats par un vin blanc (Le Cardiologue n ° 445), mais ils ne se déplairont cependant pas en la compagnie de ce rouge : saint-nectaire, gaperon et aussi cantal, salers ou laguiole, s’ils sont jeunes.

Je laisserai David Pélissier conclure : « Être vigneron, c’est avant tout une passion. J’ai eu la chance de naître avec un père et un grand-père vignerons aux valeurs bien ancrées et je tente d’être tous les jours à la hauteur de ce qu’ils m’ont appris dans le respect du terroir et avec l’ambition de produire des vins qui sauront vous donner du plaisir ».

David Pelissier
63340 Boudes

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

© David Pelissier




Deux livres pédagogiques

Deux ouvrages très courts et faciles à lire viennent de paraitre sur deux sujets différents mais qui méritent chacun notre attention, l’orthographe vue du côté des linguistes et non des puristes, et la guerre en Ukraine, vue par des spécialistes de l’armée.

UN MANIFESTE

Depuis que je fréquente les ouvrages de linguistes traitant de la compréhension du français, j’ai pris conscience de plusieurs éléments majeurs concernant notre langue nationale. Il en est ainsi de son caractère très évolutif, mais aussi, quoi qu’on en dise, de son absence de règles strictes ou plutôt, d’un nombre tel d’exceptions à ces règles que l’on peut se demander ce que signifie la règle. Et ces exceptions n’ont souvent pas d’explication valide, obligeant à les retenir pas cœur. 

Ainsi, j’ai progressivement pris conscience que plutôt que de critiquer ceux qui ne maitrisent pas l’orthographe, il serait plutôt utile de la simplifier avec des règles claires et simples se rapprochant de la phonétique et s’éloignant d’une analyse étymologique faite par des non-spécialistes (en l’occurrence ceux de l’Académie française), élitistes et ayant essentiellement une culture littéraire sans qu’ils ne portent de regard sur le travail des scientifiques de la langue, les linguistes. 

Je suis donc devenu assez laxiste avec les fautes d’orthographe tout en restant peu tendre avec les erreurs de sémantique. Cette dernière me paraissant plus utile pour se faire comprendre que l’orthographe elle-même. 

Un problème soulevé par les très nombreux ouvrages des puristes de l’orthographe est l’invasion des mots étrangers dans notre langue, notamment des mots anglais, surtout lorsqu’ils possèdent un équivalent en français. Ici, je rejoins les puristes quoi que l’ouvrage commenté ici me conduit à nuancer mes pensées.

LES LINGUISTES ATTÉRRÉS

Un collectif de linguistes vient, dans un ouvrage très court de faire la synthèse des arguments à opposer aux puristes de la langue française en plaidant pour une meilleure analyse de ce qu’est le français, au-delà des dogmes, et de la façon dont il se construit et évolue.

Ce livre est construit sur le mode de la déconstruction des idées reçues, telles que véhiculées par les puristes qui accèdent largement aux médias, alors que les linguistes ayant une attitude scientifique y sont beaucoup moins accueillis, car ayant une approche moins simple et plus nuancée.

Ils rappellent que ce qui est dénommé la langue de Molière est aujourd’hui très éloignée du « françois » (à prononcer franssouais) tel que parlé à l’époque de Molière. Ils rappellent que Molière lui-même était loin d’être un puriste, travers qu’il dénonçait d’ailleurs dans ses pièces.

Ils rappellent que certaines exceptions aux règles, qui si elles connaissent des explications, n’en obligent pas moins à apprendre par cœur ces exceptions. Ainsi, par exemple, le x en queue de hibou, caillou, genou… au pluriel, vient d’une erreur ou adaptation de transcription de ce qu’écrivaient les moines copistes à la fin de ces mots comme nous écririons fonct° en place de fonction par exemple.

Ils rappellent que l’introduction de mots étrangers dans une langue sert parfois à apporter des nuances que ne possède pas cette langue, que l’anglais (merci Guillaume le Conquérant) est beaucoup plus empreint de français que le français n’est empreint d’anglais etc, etc.

Ils rappellent que le français n’est pas réglementé par l’Académie française, et que ce sont ses locuteurs qui l’adaptent progressivement, que l’Académie française n’a aucun pouvoir sur la langue et que plusieurs instituts travaillent régulièrement sur celle-ci, notamment dans les divers pays de la francophonie.

Ils rappellent que l’orthographe n’est pas toujours logique ni étymologique. Ainsi, par exemple, en matière « d’étymologie », le χ (khi) grec est transcrit par c dans acariâtre, caméléon, caractère, carte, colère etc. mais par ch dans archaïsme, archange, chaos, choléra (qui a le même ancêtre que colère), chrétien, chrome… Ainsi, Aspect, respect, suspect, ont gardé de l’origine un c muet mais par objet, préfet, projet, sujet et rejet…

Ils s’élèvent contre l’usage de la dictée car il a été démontré qu’on n’apprend pas en faisant apparaître les fautes, on apprend en montrant des règles.

Ils proposent ainsi de revoir la place de l’orthographe en tant qu’outil de sélection, de régulariser davantage l’orthographe en commençant par appliquer les Rectifications de 1990 et pourquoi pas, d’autoriser les correcteurs automatiques aux examens, comme les calculatrices en maths ou en physique.

Dérangeant n’est-ce pas ?

 

EN SAVOIR PLUS…

Le français va très bien, merci

    • Auteur : Collectif
    • Éditeur : Editions Gallimard, collection Tracts
    • Parution : mai 2023
    • Pagination : 64 pages
    • Format broché : 3,90 euros
    • Format numérique : 2,99 euros

 

DES EXPLICATIONS

Depuis le début de 2022, il y a un flot d’informations sur la guerre en Ukraine, dans lequel il est parfois difficile de faire le tri et notamment de comprendre ce qui se passe réellement sur le terrain. Et cela, surtout quand les commentaires sont faits par des non-spécialistes mis sur un plateau pour meubler des temps d’antenne dévolus aux chaines d’information en continu.

Si cette guerre peut être analysée sous de très nombreux prismes, comme par exemple une approche économique, démographique, géopolitique, juridique, sanitaire etc., etc., elle peut et doit l’être aussi sur le plan militaire afin de comprendre les avancées et reculs des armées en présence. 

C’est à cette approche que nous convient deux spécialistes des armées et notamment de celles de l’Est de l’Europe, Michel Goya, ancien officier des troupes de marine et docteur en histoire contemporaine et Jean Lopez dont on rappellera qu’il est l’auteur de ce formidable ouvrage qu’est Barbarossa.

LA CHOSE MILITAIRE

Parler de la chose militaire peut paraitre abscons à beaucoup, mais, dans cet ouvrage, cela est fait de telle manière que l’on ne peut le quitter après l’avoir débuté car le plan est logique, les argumentations simples, l’éclairage pertinent et ce, alors que de nombreux aspects de cette guerre sont abordés, notamment celui de la guerre des missiles et celui de la cyberguerre. 

Le chapitre sur la cyberguerre remet par ailleurs en cause les discours des prophètes de l’apocalypse numérique et explique l’apport du réseau de satellites à basse altitude, Starlink, dans l’évolution de cette guerre.

DEUX EXEMPLES ET EXTRAITS DE MISE EN PERSPECTIVE

Le premier concerne le groupe Wagner : « Il apparait alors manifestement comme un instrument de force discret au service de Moscou. Faible signature politique, zéro coût économique puisque le groupe est financé par l’Etat hôte (souvent sous forme de concessions minières) et indifférence sociale aux pertes de mercenaires ».

Le deuxième concerne l’aide occidentale à l’Ukraine. Elle a été soumise à de nombreuses contingences pouvant expliquer que certains l’ont qualifié de tardive et faible. Mais, fournir trop d’aide initialement faisait courir le risque, en cas de défaite de l’Ukraine, d’une prise de possession par la Russie des matériels fournis. Mais, fournir de l’aide devait se faire sans appauvrir les faibles stocks de matériels des pays occidentaux. Mais, fournir de l’aide devait prendre en compte la compatibilité des divers matériels et notamment les chaines logistiques pour leur réparation éventuelle. Fournir de l’aide devait prendre en compte le fait qu’elle ne permette pas des incursions nettes sur le territoire russe sous drapeau occidental, ce qui pourrait conduire à faire dégénérer le conflit en guerre nucléaire…

Tous ces aspects et de multiples autres sont abordés dans cet ouvrage construit sous forme de questions et réponses. Il éclaire ce qu’est une guerre, tout à la fois moderne et conventionnelle, sur un territoire relativement proche de la France. 

EN SAVOIR PLUS…

L’ours et le renard

    • Auteur : Michel Goya et Jean Lopez
    • Éditeur : Editions Perrin
    • Parution : mai 2023
    • Pagination : 300 pages
    • Format broché : 21,00 euros
    • Format numérique : 11,99 euros



L’intelligence artificielle – Passé, présent et avenir

L’intelligence artificielle n’en fini pas de faire parler d’elle. Et c’est sans aucun doute les lancements récents des chatbots GPT, en faisant le buzz, qui ont déclenché cette course en avant des entreprises high tech. L’IA est sans aucun doute un domaine passionant, mais de quelle manière nous accompagnera-t’elle dans l’avenir ? Et saura-t’on mettre les barrières nécessaires pour techniquement et humainement la maîtriser d’une façon intelligente et efficace ?

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 453 – juillet-août 2023

Le concept de l’intelligence artificielle est à la base plutôt simple à comprendre. Directement issue des programmes de développement informatique, l’IA permet d’imiter la compréhension et la pensée humaines selon des bases de données.

Les premiers soubresauts de cette technologie ne datent pas d’hier. En 1950, le mathématicien Alan Turing (qui avait joué un rôle majeur dans la cryptanalyse de la machine Enigma utilisée par les armées allemandes  lors de la Seconde Guerre mondiale) s’était posé cette question simple : « Les machines peuvent-elles penser ? ». Il étudie l’intelligence artificielle (qui n’était pas encore ainsi nommée) en publiant un article fondamental en 1950 (Computing Machinery and Intelligence), dans lequel fut introduit le concept de ce qui est maintenant nommé le test de Turing, fondé sur la faculté d’une machine à imiter la conversation humaine. 

Dans sa lancée, Alan Turing fait le « pari que, d’ici cinquante ans, il n’y aura plus moyen de distinguer les réponses données par un homme ou un ordinateur, et ce sur n’importe quel sujet ». (1) L’avenir lui donnera-t-il raison ?

LA CRÉATION ET LES PREMIÈRES AVANCÉES DE L’IA

En 1956, le concept de l’intelligence artificielle se développe grâce à John McCarthy qui présente un algorithme d’évaluation qui a joué un rôle majeur dans la programmation.

Dès les années 1980, l’apprentissage automatique se développe, notamment en modélisant les phénomènes mentaux ou comportementaux (connexionnisme). L’ordinateur commence à déduire des « règles à suivre » en analysant seulement des données.

Mais c’est surtout dans les années 2000 avec la venue du web 2.0 et ses puissances de calcul qui permettent une exploration des masses de données sans précédent : l’apprentissage profond (le deep learning) est né.

Vers 2015, l’IA évolue fondamentalement sur la perception visuelle, la compréhension et l’analyse automatique du langage ainsi que la prise de décision autonome.

L’intelligence artificielle se développe rapidement avec ses logiciels prédictifs, ses outils d’analyse en temps réel et ses robots conversationnels. Les agents conversationnels (chatbots) sont ainsi nés et GPT a tout récemment ouvert la voie d’une nouvelle ère.

Une stratégie nationale

Depuis 2017, le gouvernement français a lancé une réflexion autour du développement de l’intelligence artificielle avec comme objectif affiché d’être pionnière de l’innovation en 2023.

Cette stratégie nationale a jeté les bases d’une structuration de l’écosystème de l’IA à tous les stades de développement : recherche, innovation, applicatifs, mise sur le marché et diffusion intersectorielle, soutien et encadrement du déploiement…

Cette stratégie permettrait des gains considérables de compétitivité et de productivité avec des résultats économiques attendus de 90 milliards dès 2025 contre 7 milliards en 2020. (2)

LA MÉDECINE ET L’IA

L’intelligence artificielle est en pointe dans le secteur de la santé où la recherche est la plus importante. L’IA s’est développée dans la plupart des domaines d’application (voir tableau ci-dessus) tels la détection, le diagnostic (aide à la décision), la thérapeutique (traitement, pharmacie, suivi des patients, etc.), la prévention et celui dont on parle beaucoup aujourd’hui : la prédiction.

Le diagnostic

L’aide au diagnostic est l’un des domaines de la santé dans lequel l’IA s’est le plus développée.

Elle analyse une sélection importante de données grâce aux algorithmes qui enregistrent et classifient les caractéristiques afin de proposer un diagnostic précis. L’un des défis majeurs aujourd’hui est la qualité des données (fichiers médicaux, objets connectés, applications, etc.) afin d’offrir des analyses fiables.

Le pronostic

Les bases de données enregistrées par l’IA (caractéristiques de la maladie, spécificités du patient) permettent d’améliorer les pronostics en adaptant le traitement. En effet, les algorithmes offrent une prescription des meilleures options thérapeutiques en fonction du profil du patient afin de maximiser les chances de succès du traitement.

Le préventif

L’IA va notamment permettre de développer la médecine préventive et cette perspective d’évolution ne peut être que  positive. Les objets connectés et applications validées servent à la surveillance de maladies chroniques et le suivi des patients au quotidien. Laboratoires pharmaceutiques, fabricants de dispositifs médicaux et start-up en e-santé se sont intéressés très tôt à la santé connectée. Loin des visées commerciales, les soignants aussi voient dans ces progrès de la santé connectée une formidable opportunité… d’améliorer l’accompagnement et les soins des patients.

Le prédictif

La prédiction, qui est l’ est l’un des derniers éléments rapportés par les algorithmes, pose un certain nombre de questions. Issue de la recherche translationnelle, elle met en relation  médecins, chercheurs et scientifiques dans le développement des applications médicales grâce aux résultats des recherches issues des laboratoires au chevet des patients ou à partir d’ observations cliniques.

Détecter la maladie avant même qu’elle ne s’exprime et ainsi prédire de futures maladies reste encore une vision utopique de l’IA. Même si les algorithmes arrivent à détecter un possible cancer dans dix ans, quels seront la réaction du patient et son comportement face à ce risque qui n’existe pas au présent ? D’un autre point de vue, le médecin saura-t-il prendre les bonnes décisions afin d’anticiper ce (futur et éventuel) risque ?

L’IA À SA JUSTE PLACE

Le modèle d’excellence de l’intelligence artificielle doit rester une complémentarité technologique dépendante des médecins. Elle sait parfaitement donner des propositions conclusives basées sur des études issues de groupes de patients, mais elle ne pense pas et ce n’est pas son rôle. L’échange médecin/patient n’est pas fait d’algorithmes où la sensibilité, l’émotion et la pensée complexes de l’être humain doivent avoir leurs justes places.

D’autre part, l’éthique doit être le point de départ de nos réflexions pour que l’Intelligence artificielle ne devienne pas une menace pour la sécurité ou les droits fondamentaux des personnes.

(1) fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Turing

(2) Cabinet de conseil Statistica (janvier 2021)

Sources. Vous pouvez les consulter sur notre site lecardiologue.com : economie.gouv.fr, franceinfo:, Wikipédia, pulse.microsoft.com/fr-be, sciencedirect.com, lindependant.fr

AIDER LE MÉDECIN ET NON LE REMPLACER

La voie est ouverte aux applications médicales de l’IA – et pour certains le remplacement du médecin – mais leurs utilisations posent de réels problèmes éthiques. L’humain (le personnel de santé), s’il ne fait plus partie du système, laissera le patient à ses interrogations et ses angoisses. Le site drGuPTa (voir notre article dans le numéro précédent) en est l’image saisissante en fournissant des informations personnalisées et des suggestions à ses utilisateurs sur leur santé. Le risque des patients persuadés qu’une intelligence artificielle générative est humaine est ainsi très important, et c’est là tout le problème de notre comportement dans le futur.

Le CNPEN (Comité national pilote d’éthique du numérique), suite à une saisine de Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de la transition numérique et des télécommunications, a récemment émis 22 préconisations à destination des concepteurs de systèmes d’IA, des chercheurs et des pouvoirs publics, en appelant à la responsabilisation dès la conception et la transparence des sources. Il a également demandé à bien distinguer l’homme et la machine avec une précision fiable si l’on a affaire à un robot ou un être humain afin d’éviter les « risques de manipulation ».

© Yingyaipumi – stock.adobe.com – Tableau : Inserm

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également


Chat GPT – l’humanisation de l’intelligence artificielle


Les cryptos – la future économie ?


Métavers – Silence on tourne


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


L’ESPRIT DERRIÈRE LE DR. GUPTA

Si l’on ne connaissait pas le personnage Martin Shkreli, on pourrait presque croire que Dr. Gupta aurait été créé pour remplacer les visites chez le médecin et de réduire ainsi les frais médicaux. « Une grande quantité de demandes d’informations sur les soins de santé et de décisions peuvent être prises par l’IA » selon son concepteur. Mais l’empathie médicale et humaine est loin de faire partie de la personnalité de Martin Shkreli qui table pour sa part sur une véritable ruée vers l’or de l’IA. 

Si certains médecins (voir Le Cardiologue 450) se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, ce sont surtout les patients qui jettent leur dévolu sur ces sites « médicaux » en se passant d’un véritable avis médical (songez à la vieille dame qui pourrait penser qu’elle parle à un vrai médecin… certains se persuadant qu’une intelligence artificielle générative est humaine et c’est là tout le risque de notre comportement). Un jeune chercheur dans le domaine de la santé s’est récemment donné la mort après avoir discuté six semaines avec Eliza, son chatbot, qui était devenue sa confidente, son obsession, et qui ne se permettait jamais de le contredire mais au contraire appuyait ses plaintes et encourageait ses angoisses.

NEUTRALISER L’IA DANS L’AVENIR ?

Respect des droits d’auteur, protection des données personnelles, engagement de la responsabilité civile… L’utilisation de l’IA générative pose des questions de législation inédites. L’Union européenne s’y est penchée avec la loi sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act) qui présente une approche pour le respect des droits fondamentaux des citoyens et les valeurs de l’UE. 

Cette loi divisera les applications en trois catégories de risques et devrait voir le jour en 2025.

La Cnil lance également un plan d’action sur l’IA générative avec des règles claires et protectrices des données personnelles des citoyens européens (trois plaintes ont été déposées auprès de la Cnil sur Chat-GPT à propos de la collecte des données et les nombreuses erreurs factuelles incluses dans ses réponses).

Au niveau européen, une task force sur Chat-GPT a été lancée afin de « favoriser la coopération et l’échange d’informations sur de possibles actions ».

La bataille ne fait que commencer !

De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




La mélancolie d’Albrecht Dürer (1471-1528) à Lucas Cranach (1472–1553) – 3e partie

– Par Louis-François Garnier


Voir la 1ère partie


Voir la 2e partie

Parmi plus d’une vingtaine d’objets représentés dans la gravure d’Albrecht Dürer dénommée Melencolia I illustrant « la mesure et l’architecture mais aussi la géométrie, la science de l’espace et du calcul à la base de tous les arts », [8] figurent aux pieds délicatement chaussés de l’ange, les outils essentiels pour un maître charpentier. Il s’agissait alors de l’un des métiers du bois les plus considérés. C’est ainsi qu’on peut voir un marteau avec sa panne arrache-clous, une tenaille à peine visible sous la robe, un rabot et des clous sans omettre la scie sabre, probablement un gabarit de moulures et une règle en bois supposée permettre de tracer les ournes servant de guides lors de la pose des ardoises. 

Le toit est accessible par l’échelle en arrière-plan même si on peut aussi y voir une fonction symbolique avec les sept barreaux plus ou moins visibles. De façon plus incertaine est, semble-t-il, représenté un encrier avec un plumier portatif entre le chien et la sphère et, de dessous la partie droite de la robe de l’ange, émerge un outil difficile à étiqueter en forme de « clystère » à moins qu’il ne s’agisse d’un pulvérisateur de couleurs ? Il est ainsi possible que cet ustensile fasse référence au fait de purger les mélancoliques comme le préconisera monsieur Purgon à l’hypochondriaque Argan dans Le Malade imaginaire (1673) de Molière. 


La Mélancolie (1532) par Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553), Huile sur bois 76,5Icm x 56,0Icm. Musée d’Unterlinden, Colmar.

Dürer signe et date sa composition en bas à droite par son monogramme contenant un A stylisé entre les jambes duquel se trouve un D plus petit comme déjà utilisé dans Monstre marin (1498) ou dans la célèbre aquarelle et gouache de 1502 dénommée Le lièvre (Albertina Museum, Vienne). A noter qu’il lui ait arrivé de se tromper de sens avec un D inversé comme dans La Madone au singe (1498) ou La Sorcière (1500) en ayant, semble-t-il, oublié que « tout ce qui est gravé apparaît inversé à l’impression » [16] et aucun repentir n’est alors possible. A la ceinture de l’ange pendent une bourse et un trousseau de clés dont on peut penser qu’elles servent à ouvrir des portes dans l’au-delà. A sa droite un putto est assis, ses petites fesses potelées étant protégées par une couverture disposée sur une meule de meunier ou à aiguiser suggérant la roue de la fortune ou Rota Fortunae symbolisant les caprices du destin. Ce nourrisson joufflu qu’est le putto est le plus souvent moqueur mais Dürer le montre au contraire très absorbé en train d’écrire ou de dessiner, [13] peut-être sur une ardoise. Il apparaît très concentré mais surtout renfrogné, faisant la moue, témoignant peut-être de son mécontentement de devoir relever des cotes ou dessiner un croquis laborieux sous la dictée et les directives de l’ange, contremaître du Grand Architecte. En d’autres termes, il s’agirait d’une « manière d’initier le morveux aux responsabilités adultes » dans le cadre des « innombrables putti d’Allemagne (qui) reçoivent une justification théologique ». [20] Chez Cranach, ce sont trois ou quatre putti beaucoup plus espiègles qui taquinent le lévrier au risque de se faire mordre (musée d’Edinbourg). 

Dans une autre version (Musée de Copenhague), ils sont deux essayant de faire rouler ce qui semble être un ballon pour le faire passer dans un cerceau tenu par un troisième bambin. Pour se faire, les chérubins turbulents utilisent des bâtons en guise de bras de levier sous-entendant qu’il ne s’agit pas seulement d’un banal ballon de baudruche mais bel et bien d’une lourde sphère supposée correspondre au globe terrestre. Les ombres projetées permettent d’en déduire que, à l’inverse de la gravure de Dürer, la source de lumière vient du côté gauche, comme dans la version de Colmar où un putto fait de l’escarpolette, apparemment poussé à tour de rôle par ses petits camarades. Trop occupés à jouer, ils laissent le chien tranquille. Il s’agit d’un lévrier considéré comme placide et emblématique de l’érudition mais aussi « rattaché à la mélancolie saturnienne », [8] ne serait-ce que parce qu’il « renifle ses excréments et qu’il aime le pourri et le sale ». [19] Dürer nous le montre allongé, sagement assoupi entre la sphère et un volumineux polyèdre qui, a lui seul, prend une part non négligeable dans la composition. 

A partir d’un dessin préparatoire (Dresde) et en reconstituant la figure en trois dimensions, il a été possible d’en déduire que ce « polyèdre de Dürer » est à 8 faces dont la face supérieure comporte un aspect moiré suggérant un crâne, voire un ersatz d’autoportrait comme ceci a pu être évoqué. Cette structure complexe s’apparente à une « géométrie cryptée » inspirée de l’art de la « perspective secrète » qu’étudia Dürer en Italie du Nord et qui fit de lui un théoricien de la géométrie et de la perspective linéaire. A gauche du polyèdre on peut voir un creuset avec un bec verseur destiné à faire fondre les métaux tels que l’or et il s’y associe une pince indispensable pour le manipuler. La minutie des détails est telle qu’une flammèche semble s’être échappée des braises incandescentes. L’autre figure énigmatique gravée par Dürer fait « partie d’un jeu de l’esprit, de l’allégorie, de la magie » puisqu’il s’agit d’un « carré magique » également dénommé table de Jupiter « tabula iovis » [13] 

Ce carré d’ordre 4 comporte quatre colonnes verticales et quatre lignes horizontales délimitant seize cellules numérotées dans un désordre apparent de 1 à 16 alors qu’en réalité la somme des chiffres des rangées verticales, horizontales ou en diagonale est la même, à savoir la constante magique 34 qui correspond aussi à la somme des quatre nombres figurant dans les quatre cases centrales ou dans les quatre angles sans compter bien d’autres possibilités de trouver le nombre 34. De plus, le nombre 34 donne, en l’inversant, l’âge de Dürer, à savoir 43 ans en cette année 1514 qui est d’ailleurs indiquée via les deux cellules du bas en position centrale : 15-14. Le chiffre 5 au début de la seconde ligne est délibérément inversé faisant allusion à la disparition de la mère du graveur au mois de mai de cette même année. [13] En outre, le rapport entre la largeur du carré magique et celle du sablier est de 1,6 correspondant au nombre d’or.

Chez Cranach, dont atelier était d’une productivité inégalée à son époque, la peinture la plus aboutie consacrée à la mélancolie est celle du Musée d’Unterlinden de Colmar où l’on peut apercevoir, outre un étrange paysage dominé par une forteresse située au sommet d’une impressionnante falaise, une jeune femme ailée aux ailes d’ange avec une couronne d’épines de guingois et à l’érotisme consommé qui n’était pas forcément du goût de Luther. Devant cette jeune personne peinte avec grâce, [21] c’est sur une table que sont positionnées une coupe d’or ouvragée couverte et une corbeille de fruits incluant des raisins et des pommes, peut-être en référence à Adam et Eve mais aussi parce que la pomme est le fruit de Vénus. 

De façon plus triviale, ceci peut aussi être rapproché du fait que Luther préconisait de manger pour lutter contre les mauvaises pensées et il a d’ailleurs mis en pratique cette doctrine si l’on considère l’évolution de ses portraits peints par Cranach, avec l’embonpoint manifeste à la fin de sa vie. Non loin de la table deux perdrix picorent en sachant que ces oiseaux étaient eux-mêmes consacrés à la déesse de l’amour. [19] Mais c’est surtout le ciel qui interpelle. En effet on peut y voir une assemblée nocturne de sorcières (sabbat) dont l’une d’elles tient un crâne de cheval au bout d’une perche et qui volent dans les nuées obscures en chevauchant des animaux hideux, qu’il s’agisse d’un porc ou d’un dragon. Ces sorcières sont supposées se diriger vers un lieu écarté, tel que le Brocken où, selon Goethe, Méphistophélès entraine Faust lors de la nuit de Walpurgis, du 30 avril au 1er mai, pour participer à une cérémonie présidée par le Diable représenté par un bouc : « N’aurais-tu pas besoin d’un manche à balais ? Quant à moi, je voudrais bien avoir le bouc le plus solide… dans ce chemin, nous sommes encore loin du but ». C’est d’ailleurs un énorme bouc que chevauche un lansquenet en le tenant par les cornes, suivi par des sorcières et des démons féminins (succubes) susceptibles de copuler frénétiquement avec des démons masculins (incubes). Le lansquenet porte un vêtement excentrique et chatoyant qui fut autorisé par l’empereur Maximilien 1er de Habsbourg pour la « qualité » des services rendus par ces fantassins mercenaires sans pitié. Dürer fera le portrait de l’empereur en 1519 (Kunsthistorisches Museum, Vienne) de façon post-mortem à partir d’un dessin préparatoire réalisé en 1518. En 1510, Dürer fit une gravure montrant La mort et le lansquenet (Tod und Landsknecht) et si Cranach nous le montre à cheval sur un bouc, ce n’est que dans les années 1540 qu’apparaît la cavalerie germanique avec ses redoutables reîtres (reiter) qui deviendront les « cavaliers noirs » ou « cavaliers du diable ». Bref, Satan n’est jamais très loin bien que « le comble de sa ruse soit de faire croire qu’il n’existe pas ». 

C’est en 1420 que les prédications du père franciscain Bernardin de Sienne contribuèrent au mythe du « sabbat » avec le bûcher des vanités où sont brûlés les objets qui poussent au péché tels que les bijoux et les robes richement ouvragées, mais aussi les peintures et les livres considérés comme immoraux. L’une des premières chasses aux sorcières se déroule en Suisse à la fin des années 1420. C’est en 1497 que le frère dominicain Savonarole (1452-1498) et ses disciples, avant de terminer eux-mêmes sur le bûcher, élèvent un vaste bûcher des Vanités sur la piazza della Signoria de Florence. On y verra alors le grand peintre Sandro Botticelli (1445-1510 apporter lui-même ses peintures pour qu’elles soient brûlées, perte irrémédiable s’il en fut. Le lansquenet n’est probablement pas très différent de ceux qui, lors du sac de Rome en 1527 par Charles Quint (1500-1558), ont fait des graffitis sur les peintures de Raphaël de la Villa Farnesina en écrivant, en 1528, de part et d’autre d’un A en lettre gothique « Pourquoi, moi qui écris, ne devrais-je pas rire ? Les lansquenets ont fait courir le pape ». 

En définitive, ces deux versions consacrées à la mélancolie, faites à dix huit années d’intervalle, ont en commun un certain ésotérisme additionnant les symboles énigmatiques au risque d’une surinterprétation de notre part mais elles diffèrent par ailleurs notablement. Si la gravure de Dürer exprime assez clairement une mélancolie corrélée au génie créatif en faisant « de l’étroit espace de sa plaque de cuivre un vrai microcosme, un petit monde fermé », [11] les peintures de Cranach, imprégnées de l’influence luthérienne, témoignent plutôt d’un état d’âme délétère, d’une « oisiveté mère des vices » facilitant l’intervention du diable. Albrecht Dürer, qui reste l’un des artistes les plus admirés de tous les temps, [8] repose « non loin des portes de Nuremberg. » L’une des trois épitaphes rédigées par son intime ami, le juriste et humaniste Willibald Pirckheimer (1470 – 1530) comportait cette phrase, si l’on en croit le peintre et écrivain flamand Carel Van Mander (1548- 1606): « Et soudain, de cette vallée terrestre le peintre s’envola ; et soudain aussi s’éclipsa l’astre radieux dont ici-bas la clarté nous illuminait ». [10] C’est au XIXe siècle que la « puissance évocatoire de l’imagination » des artistes et des écrivains imposera « la grande école de la mélancolie ». [22] Nous conclurons avec Burton qui disait : « J’écris sur la mélancolie en m’évertuant à éviter la mélancolie ».


Bibliographie

  1) Borer A. Dürer Le Burin du graveur. Studiolo L’Atelier contemporain 2021.
  2) Klibansky R, Panofsky E, Saxl F.  Saturne et la mélancolie. Gallimard 2000.
  3) Despoix P.,« La Mélancolie et Saturne : un projet collectif au long cours de la bibliothèque Warburg », Revue germanique internationale, 28 | 2018, 159-181.
  4) Lenotre G. Paris et ses fantômes. Grasset 1933.
  5) Zweig  S. Montaigne. Préface de O. Philipponnat. Le Livre de Poche 2019.
  6)  Sur le motif. Peindre en plein air 1780-1870 Fondation Custodia Collection Frits Lugt Paris 2021.
  7)  Brion M. Les peintres en leur temps. Philippe Lebaud 1994.
  8)  Eichler A. Albrecht Dürer (1471-1528) Ullmann 2007.
  9) Berger J. Dürer Taschen 1994.
 10) Van Mander C. Le livre de peinture. Présentation par Robert Genaille. Miroirs de l’Art Hermann Paris 1965.
  11) Gombrich E.H. Histoire de l’Art Phaidon 2001.
  12)  Laneyrie-Dagen Nadeije. Le métier d’artiste. Dans l’intimité des ateliers. Larousse 2012.
  13) Hagen R-M & Hagen R.  Les ailes brisées. Albrecht Dürer : Melencolia I, 1514 in Les dessous des chefs-d’œuvre Tome 2, 2003.
  14) Panofsky E. La Renaissance et ses avant-courriers dans l’art d’occident. Champs arts Flammarion 2008.
  15)  Radrizzani D. Lemancolia – Traité artistique du Léman. Ed. Noir Sur Blanc 2013.
  16)  Salamon L. Comment regarder… La Gravure. Guides des Arts Hazan 2011.
  17)  Defoe D. Journal de l’année de la peste. Denoël 1923.
  18)  Paré A. Diable.  De l’apocalypse à l’enfer de Dante. Chêne Hachette 2021.
  19)   Hersant Y. « Cranach, Dürer et la mélancolie » Conférence lors le l’exposition Cranach et son temps (2011) Musée du Luxembourg Paris. Compte-rendu par clairesicard.hypotheses.org.
  20) Fernandez D. La perle et le croissant. Photographies de Ferrante Ferranti. Terre Humaine Plon 1995.
  21)  Malherbe A. Lucas Cranach. Peindre la grâce. A Propos 2011.
  22) Baudelaire. La modernité mélancolique. Sous la direction de J.M Chatelain. BnF 2021.

Remerciements au Dr Philippe Rouesnel, cardiologue, pour ses conseils érudits et au Dr Eric Basely, psychiatre, pour son éclairage bienveillant et à monsieur Philippe Desoignies pour ses précieuses connaissances des aliénistes du XIXe.




Dr GuPTa : la génération sans médecin


Langage prédictif, intelligence artificielle générative, modèle cognitif… ou peut dire que Chat-GPT a alimenté les conversations avec sa multitude d’interrogations. Même si ce n’est pas encore la révolution tant attendue de l’IA, le chatbot laisse présager de grands bouleversements dans bien des domaines dont la santé. Et les projets arrivent très vite, avec notamment drgupta.ai, le site médical de Martin Shkreli, l’homme le plus détestable et détesté des Etats-Unis…

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 452 – mai-juin 2023

«Chers médecins, vos jours sont comptés. Commencez à chercher une profession alternative. C’est ainsi que l’industrie de la santé va changer, sous nos yeux, au cours de la prochaine décennie et demie. Croyez-moi, tout cela va arriver pour de vrai.

Les smartphones de vos patients seront transformés en kits de diagnostic intelligents (lecture de l’ECG, de la température, du taux de sucre, et de nombreux tests courants traditionnellement effectués dans un laboratoire…) et pourront vous guider vers des mesures correctives sans même que vous ayez à consulter un médecin.

Une fois votre maladie diagnostiquée, votre ordonnance sera envoyée automatiquement vers une pharmacie en ligne et vous recevrez des médicaments à domicile en moins d’une demi-journée avec les instructions nécessaires…Et tout cela sans avoir à consulter un médecin. »

Vous trouvez ça drôle, stupide, hors du temps ou collé à un avenir proche ? Ces textes ont été écrits par un médecin et retwités par Dr. Gupta, un site GPT version santé utilisant une version modifiée de la technologie sous-jacente de Chat-GPT d’OpenAI. (1) Après Chat-GPT qui a fait – et fait encore – couler beaucoup d’encre, (2) l’AI générative continue son chemin avec cette fois-ci une direction forte en santé. 

Créé par l’homme le plus détesté des Etats-Unis, Martin Shkreli, ex-Pdg du laboratoire Vyera Pharmaceuticals qui a volontairement augmenté de 5 000 % le prix de Daraprim, un médicament contre la toxoplasmose. Exclu à vie de l’industrie pharmaceutique en 2022, il vient de passer plusieurs années derrière les barreaux pour fraude en valeurs mobilières…

 

AU TOUR DU GPT MÉDICAL

 

Ces quatre années passées en prison ont permis à Martin Shkreli de créer le site drgupta.ai, dans une version modifiée de Chat-GPT d’OpenAI mais médicale uniquement.

Le site drgupta.ai est un chatbot (3) basé sur l’IA qui fournit des informations personnalisées et des suggestions à ses utilisateurs sur leur santé (GPT utilise une base de données de plus de 500 milliards de mots et 175 milliards de paramètres). Il suffit d’enregistrer ses symptômes et ses informations médicales, y compris les signes vitaux, les allergies et les médicaments, afin de permettre au chatbot de donner des suggestions personnalisées. 

Mais on vous prévient dès votre arrivée : « Le Dr. Gupta N’EST PAS un vrai médecin (…) Dr. Gupta N’EST PAS destiné à des usages médicaux ou cliniques (…) Le Dr. Gupta n’est pas destiné à diagnostiquer, guérir, atténuer, traiter ou prévenir toute maladie ou condition (…) Le Dr. Gupta peut fournir des réponses potentiellement peu fiables… » Malgré ces avertissements, lorsqu’on lui demande indépendamment : « Qui êtes-vous ? », le chatbot répond : « Je suis le Dr. Gupta, un médecin agréé en médecine générale »… Cherchez l’erreur.

L’ESPRIT DERRIÈRE LE DR. GUPTA

 

Si l’on ne connaissait pas le personnage Martin Shkreli, on pourrait presque croire que Dr. Gupta aurait été créé pour remplacer les visites chez le médecin et de réduire ainsi les frais médicaux. « Une grande quantité de demandes d’informations sur les soins de santé et de décisions peuvent être prises par l’IA » selon son concepteur. Mais l’empathie médicale et humaine est loin de faire partie de la personnalité de Martin Shkreli qui table pour sa part sur une véritable ruée vers l’or de l’IA. 

Si certains médecins (voir Le Cardiologue 450) se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, ce sont surtout les patients qui jettent leur dévolu sur ces sites « médicaux » en se passant d’un véritable avis médical (songez à la vieille dame qui pourrait penser qu’elle parle à un vrai médecin… certains se persuadant qu’une intelligence artificielle générative est humaine et c’est là tout le risque de notre comportement). Un jeune chercheur dans le domaine de la santé s’est récemment donné la mort après avoir discuté six semaines avec Eliza, son chatbot, qui était devenue sa confidente, son obsession, et qui ne se permettait jamais de le contredire mais au contraire appuyait ses plaintes et encourageait ses angoisses.

 

NEUTRALISER L’IA DANS L’AVENIR ?

 

Respect des droits d’auteur, protection des données personnelles, engagement de la responsabilité civile… L’utilisation de l’IA générative pose des questions de législation inédites. L’Union européenne s’y est penchée avec la loi sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act) qui présente une approche pour le respect des droits fondamentaux des citoyens et les valeurs de l’UE. 

Cette loi divisera les applications en trois catégories de risques et devrait voir le jour en 2025.

La Cnil lance également un plan d’action sur l’IA générative avec des règles claires et protectrices des données personnelles des citoyens européens (trois plaintes ont été déposées auprès de la Cnil sur Chat-GPT à propos de la collecte des données et les nombreuses erreurs factuelles incluses dans ses réponses).

Au niveau européen, une task force sur Chat-GPT a été lancée afin de « favoriser la coopération et l’échange d’informations sur de possibles actions ».

La bataille ne fait que commencer !

(1) OpenAi est une société américaine cocréée par Elon Musk et Sam Altman en 2015. Son but était d’assurer le développement d’une IA pour le « bénéficie de l’humanité » avec une ouverture sur la recherche et les publications des chercheurs. Cette « humanisation » est valorisée aujourd’hui à près de 29 milliards de dollars, et la divulgation des codes sources n’est plus dans l’air du temps…
(2) Voir notre article « Chat-GPT : la désorganisation humaine » dans notre revue Le Cardiologue 451 ou sur notre site à la rubrique Culture/High-tech
(3) Un chatbot est un programme conversationnel qui simule et traite une conversation humaine écrite ou parlée.
Sources : DailyBest – ca.sports.yahoo.com/ – Increditools, 2023

DETECTGPT CONTRE CHATGPT

Une équipe de chercheurs (3) a mis au point l’application DetectGPT, un outil qui permettant de déterminer si un texte a été généré par ChatGPT. Il est destiné en particulier à la communauté éducative qui s’inquiète de son utilisation par les étudiants. Ce logiciel serait fiable à 95 %.

(3) Université américaine Stanford.

© WrightStudio/Depositphotos

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également


Chat GPT – l’humanisation de l’intelligence artificielle


Les cryptos – la future économie ?


Métavers – Silence on tourne


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Riesling « En paradis » 2021

Du Riesling sur les contreforts du Massif Central ? Incroyable mais vrai ! Romain Paire fit le pari un peu fou d’en planter en Côtes Roannaises près des sources de la Loire.

Le domaine des Pothiers, situé sur la commune de Villemontais dans la partie sud de l’appellation, est exploité depuis des siècles, d’abord consacré à l’élevage bovin, puis de plus en plus orienté vers la viticulture. En 1916, après le décès au combat de

Blaise Pothier, le domaine est repris par sa sœur et son mari, Claude Paire. En 1949,
Benoît Paire, leur fils, hérite de l’exploitation, qui ne compte plus que deux hectares de vignes et vit principalement de l’élevage, commence à le moderniser. Le petit-fils, Romain, reprend l’exploitation en 2005. Les plantations s’étendent, le cuvage est amélioré et il se tourne vers la culture biologique, puis biodynamique. Aujourd’hui, le domaine qui compte une dizaine d’ha de vignes, est devenu principalement viticole, même s’il conserve un petit élevage de vaches limousines.

Roanne était surtout connue pour sa production textile et le célèbre restaurant des frères Troisgros qui, dès 1978, avait mis en lumière les vins de la Côte Roannaise qui ne décrochent que tardivement leur AOC en 1994, et ce pour une seule appellation, le rouge du gamay Saint-Romain (c’est pourquoi les blancs sont classés en IGP : indication géographique protégée).

Située entre les monts de la Madeleine et la Loire, la Côte Roannaise s’appuie sur ces monts qui la protègent des vents d’ouest et limitent les gelées printanières en constituant un des contreforts du Massif Central. Le climat est continental fait d’hivers froids et d’étés chauds. Le vignoble de 200 ha au total est implanté sur des coteaux, dont l’altitude varie entre 350 et 600 mètres. Les sols sont granitiques, fort favorables au gamay.

Cultivées en biodynamie

Les vignes du domaine des Pothiers, plantées à une densité de 5 000 pieds/ha, sont cultivées en biodynamie. L’utilisation d’engrais verts (bouse et silice de corne, achillée, prêle, consoude) alterne avec le travail du sol qui est labouré sous les ceps, afin de favoriser un enracinement en profondeur. La fertilisation se fait uniquement avec du compost issu de leur élevage. La taille courte alliée aux travaux en vert (ébourgeonnage, effeuillage, palissage) permettent une maîtrise des rendements et une aération optimale des grappes, pour obtenir une maturité élevée, et ainsi une remarquable qualité du raisin. Toute la récolte est vendangée manuellement, ce qui permet d’affiner le tri et de vinifier des raisins irréprochables.

La vinification est la plus naturelle possible. Les vendanges sont encuvées, égrappées ou non suivant les cuvées. La fermentation commence grâce aux levures indigènes du raisin. L’extraction se fait en douceur. Pour le Riesling, l’élevage en cuve béton s’étend sur 11 mois.

Les sols granitiques conviennent à merveille aux cuvées rouges de gamay Saint-Romain de Romain Paire, références et fers de lance de l’AOC Côtes Roannaises. Mais ce vigneron excelle également dans les blancs. Les parcelles les plus argileuses sont consacrées au chardonnay et les plus granitiques au pinot gris, et surtout au riesling (espèce d’OVNI dans l’appellation) qui ne représente que 15 % de l’encépagement en blanc du domaine.

Le riesling « En Paradis » 2021 du domaine des Pothiers, paré d’une robe cristalline, brillante, jaune paille avec des nuances vertes, exhale, malgré sa jeunesse, des senteurs de fleurs blanches : acacia, iris, de fruits : citron frais, zeste de pamplemousse, ananas. Élégant et raffiné, de texture à la fois séveuse et miellée, il se prolonge sur une finale savoureuse légèrement sucrée qui, compte-tenu d’une certaine acidité, est à peine perceptible. Malgré le terroir granitique et le cépage, la minéralité est peu présente, peut-être en raison de sa jeunesse, et pourrait s’affirmer avec l’âge.

Les accords avec ce riesling « volcanique » et les mets sont difficiles. Je pense d’emblée aux poissons en premier lieu d’eau douce : truite aux amandes et au bleu, sandre, dont la chair délicate et fine, est mise en relief par la propre finesse du vin, omble chevalier et sauce persil. Je proposerai volontiers de marier ce vin avec des préparations légumières : gratin de potimarron, betterave au fromage de chèvre, cake salé aux légumes, et par accord régional de proximité : aligot de l’Aubrac, pounti aux pruneaux. Bien-sûr, les fromages auvergnats : cantal et salers vieillis, saint-nectaire lui feront honneur.

L’audace est récompensée, car l’arrivée du dernier-né du domaine : le riesling en Côtes Roannaises est un réel succès et enrichit incontestablement la gamme déjà bien fournie des cuvées de Romain Paire.

IGP URFÉ.
Romain Paire 42156 Villemontais

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

© Domaine des Pothiers




La mélancolie d’Albrecht Dürer (1471-1528) à Lucas Cranach (1472–1553) – 2e partie

– Par Louis-François Garnier


Voir la 1ère partie


Voir la 3e partie

La gravure d’Albrecht Dürer dénommée Melencolia I est énigmatique à plus d’un titre et « égare tout exégète » dans « un dédale d’interprétations » [1]. Si « le Moyen-Âge tenait pour plus souhaitable le tempérament sanguin et méprisait la mélancolie, (…) Dürer bouleverse ce schéma saturnien » [1]. En arrière-plan et selon un effet de perspective dont Dürer a dit que « Perspectiva est un mot latin qui signifie une vue à travers quelque chose » (Durchsehung)  [14], s’étale un plan d’eau calme qui semble immense dès lors qu’on ne voit ni sa limite à l’horizon ni la rive gauche. En revanche, la rive droite comporte un paysage arboré doté d’une construction fortifiée pouvant faire évoquer le château de Chillon sur le lac Léman  [15] pourtant assez éloigné de Bâle où le jeune Dürer a séjourné  du printemps 1492 à l’automne 1493.  

C’est à la fin de son apprentissage de 1486 à 1490 chez le peintre Michel Wolgemut (1434-1519) où il apprit la peinture et la gravure sur bois  [11], que son père l’envoya à Colmar pour travailler dans l’atelier de Martin Schongauer (v. 1445/1450-1491). Ce dernier était  mort quand arriva le jeune Albrecht qui eut cependant l’occasion d’étudier ses œuvres dans l’atelier familial. [16] 

C’est ensuite que Dürer se rend à Bâle qui était alors un centre renommé, en particulier en ce qui concernait l’industrie du livre. [11] Le jeune artiste en repartira environ dix huit mois plus tard pour Strasbourg puis Nuremberg où il arrive le 18 mai 1494 pour se marier et ouvrir son propre atelier. Si Dürer n’a pas contemplé le lac Léman il est probable qu’il ait pu en voir des illustrations. 


Melencolia I (1514) par Albrecht Dürer (1471-1528).
Gravure par burin sur cuivre – Musée Condé.

Dans la gravure qui nous intéresse, « savamment orchestrée (…) et dont la texture des diverses matières est finement différenciée », [8] une vision de la mer [14] ne peut être exclue mais il semble plus vraisemblable qu’il s’agisse d’un lac dont les eaux calmes peuvent être trompeuses à l’instar d’un loch écossais d’où peut sortir un monstre antédiluvien. Dürer qui, « comme tous ses contemporains, s’adonne à l’astrologie », [1] nous montre au dessus du lac, et se reflétant en partie dans l’eau, un arc en ciel surplombant un astre céleste qui semble avoir tous les critères requis pour ressembler à une  comète [8] et en particulier à celle que Dürer a pu voir de décembre 1513 au 20 janvier 1514. Les gens ont pu lui attribuer alors une fâcheuse valeur prédictive, susceptible d’annoncer sinon la fin des temps, du moins des calamités. 

La comète de Dürer semble plonger vers la partie droite de l’horizon et est dotée non seulement d’une queue caractéristique mais elle génère un intense rayonnement de telle sorte que le ciel est entièrement strié de rayons centrifuges, ce qui a pu faire dire qu’« il y donc un ciel de Dürer ». [14] 

On peut y voir une chauve-souris, « animal hybride et nocturne perçu comme maudit dès l’Antiquité romaine (Ovide) » [18] qui, dans le cas présent,  est curieusement dotée d’une queue de serpent, un peu comme la signature de Lucas Cranach l’Ancien (1472 -1553) avec son corps de serpent surmonté d’ailes de chauves-souris et qui se replieront en signe de deuil après la mort de son fils aîné. 

Chez Dürer, la chauve-souris qui « dans l’Occident chrétien est associée au diable »  [18] a les ailes déployées et la face interne fait apparaitre une banderole, un phylactère [8] portant l’inscription MELENCOLIA suivie d’un sigle mal défini. Il peut s’agir d’une simple arabesque décorative ou du diagramme combinant deux S (signum sectionis) lui-même suivi d’un I sans qu’on sache vraiment s’il s’agit du chiffre 1 suggérant le premier d’une série (?) qui n’a pas eu lieu ou du i qui pourrait dire « mélancolie va-t’en ! » [13] si l’on considère  la voyelle i en tant que première lettre de ire, impératif du verbe eo (aller, marcher, s’avancer). [1] Il pourrait aussi s’agir de la première lettre de Imaginatio, [19] c’est-à-dire la faculté qu’a l’esprit humain de se représenter ou de former des images avec ses limites face à l’ordre divin. [8]

La référence à Lucas Cranach l’Ancien n’est pas  fortuite si l’on considère qu’il s’inspira de Dürer, seulement âgé d’un an de plus, pour faire plusieurs peintures (huiles sur bois) sur le même thème et visibles en particulier  au musée Unterlinden de Colmar, au Statens Museum for Kunst de Copenhague et au musée d’Edinbourg. 

A cette époque en 1532, c’est-à-dire bien après l’œuvre de Dürer (1514), Cranach, certes influencé par Dürer qui avait rapporté d’Italie son goût de la « peinture savante », [13] est également influencé par Luther (1483-1546) qui condamnait, dans ses prêches, la mélancolie comme étant d’inspiration satanique.

Cranach, ami de Luther, a pu être influencé en ce sens alors même qu’un autre proche de Luther, l’humaniste Philip Melanchton (1497-1560) relatera la « generolissima melencolia Dureri ». [13] Il semble que Dürer ait été assez favorable à la Réforme protestante qui s’établit à Nuremberg en 1525 mais il s’opposera à la doctrine iconoclaste. 

Chez ce « maître du fantastique » [11] qu’est Dürer, le personnage principal est une « figure féminine ailée d’humeur sombre » [8] une sorte d’ange doté d’une paire d’ailes emblématiques comme cette « Anglaise, blanche et chaste figure aérienne, descendue des nuages d’Ossian (et) qui ressemblait à un ange de mélancolie » (La Peau de chagrin). 

La jeune femme qui incarne le « génie ailé » [8] semble songeuse, « la joue dans sa main, le coude sur le genou, dans cette attitude fatale et familière à tout ce qui est triste (…) sa tête mélancolique rendue plus mélancolique par ses cheveux » (Barbey d’Aurevilly) selon « l’attitude traditionnelle de la mélancolie », [8] la « limpidité, l’acuité du regard » [1] noir hors champ contrastant fortement  avec le blanc des yeux. Ceci souligne « la perplexité de la Mélancolie, égarée parmi ses outils, compas et autres ». [1]

Chez Cranach l’ange est érotisé, la peinture à l’huile permettant de souligner la beauté de la robe qui, sur le fond, n’a rien à envier à celle de Dürer. Chez Cranach le corsage pigeonnant est avantageux et le regard coquin. Une jeune femme aux yeux en amande si caractéristiques du peintre, est chaussée de ballerines proches des chaussures alors en vogue à bout carré dites en « pattes d’ours ». Elle  fait en sorte d’aiguiser un bâton à connotation triviale, voire phallique ou vide de sens à moins qu’elle ne s’efforce de chasser les mauvais esprits situés entre le bois et l’écorce… avec les douze copeaux à ses pieds. [19] 

En cette période où, après qu’il y soit allé en 1510, Martin Luther (1483-1546) exècre les turpitudes de la Rome des Borgia, la nouvelle Babylone, patrie de l’Antéchrist et Grande Prostituée, il n’est pas surprenant que chez Cranach le sacrilège et le blasphème ne soient pas très loin et que son ange ait quelque chose de Marie-Madeleine dont les cheveux longs et dénoués symbolisent son repentir et sa pénitence. 

Dans la gravure dénommée Melencolia I,  Dürer a « le compas dans l’œil » [1] de telle sorte que l’ange a un livre fermé sur ses genoux et tient de la main droite un compas susceptible de symboliser la rigueur, la tempérance mais aussi le compagnonnage et l’architecture. Ceci est conforme à « la valeur antique de Vitruve redécouverte par le  Traité des perspectives, qui inscrit le désordre apparent du monde dans les compas de la géométrie,  honorant le projet du Grand Architecte, et dont les outils sont à disposition dans l’atelier de la Mélancolie. [1] 

On peut mesurer l’angle d’ouverture du compas à 30 degrés de façon relative car il ne se situe pas dans le plan frontal au quel cas son ouverture estimée serait plutôt de l’ordre de 50° et la prolongation en ligne droite de la jambe droite du compas aboutit à l’angle inféro-droit de la gravure de même qu’une droite tracée à partir de l’un des bords du polyèdre. 

Ce compas semble être une invite à s’en servir de telle sorte qu’au moins un cercle peut être tracé de façon tangentielle à la sphère symbolisant le globe terrestre et la circonférence passe alors  par les courbures des têtes du putto et de l’ange. 

C’est d’ailleurs au-dessus de la tête de l’ange, que le temps a « suspendu son vol » (Lamartine) puisqu’entre une balance en équilibre suggérant le Jugement dernier et une cloche statique avec son battant en position médiane, est représenté  un sablier avec ses deux bulbes également remplis alors qu’un filet de sable est  figé pour l’éternité.

En outre, juste au dessus du sablier existe un cadran solaire dont le gnomon est dépourvu d’ombre alors même que celle du sablier est projetée sur le mur. Où s’arrête l’omission et où commence l’énigme ?


Bibliographie

  1) Borer A. Dürer Le Burin du graveur. Studiolo L’Atelier contemporain 2021.
  2) Klibansky R, Panofsky E, Saxl F.  Saturne et la mélancolie. Gallimard 2000.
  3) Despoix P.,« La Mélancolie et Saturne : un projet collectif au long cours de la bibliothèque Warburg », Revue germanique internationale, 28 | 2018, 159-181.
  4) Lenotre G. Paris et ses fantômes. Grasset 1933.
  5) Zweig  S. Montaigne. Préface de O. Philipponnat. Le Livre de Poche 2019.
  6)  Sur le motif. Peindre en plein air 1780-1870 Fondation Custodia Collection Frits Lugt Paris 2021.
  7)  Brion M. Les peintres en leur temps. Philippe Lebaud 1994.
  8)  Eichler A. Albrecht Dürer (1471-1528) Ullmann 2007.
  9) Berger J. Dürer Taschen 1994.
 10) Van Mander C. Le livre de peinture. Présentation par Robert Genaille. Miroirs de l’Art Hermann Paris 1965.
  11) Gombrich E.H. Histoire de l’Art Phaidon 2001.
  12)  Laneyrie-Dagen Nadeije. Le métier d’artiste. Dans l’intimité des ateliers. Larousse 2012.
  13) Hagen R-M & Hagen R.  Les ailes brisées. Albrecht Dürer : Melencolia I, 1514 in Les dessous des chefs-d’œuvre Tome 2, 2003.
  14) Panofsky E. La Renaissance et ses avant-courriers dans l’art d’occident. Champs arts Flammarion 2008.
  15)  Radrizzani D. Lemancolia – Traité artistique du Léman. Ed. Noir Sur Blanc 2013.
  16)  Salamon L. Comment regarder… La Gravure. Guides des Arts Hazan 2011.
  17)  Defoe D. Journal de l’année de la peste. Denoël 1923.
  18)  Paré A. Diable.  De l’apocalypse à l’enfer de Dante. Chêne Hachette 2021.
  19)   Hersant Y. « Cranach, Dürer et la mélancolie » Conférence lors le l’exposition Cranach et son temps (2011) Musée du Luxembourg Paris. Compte-rendu par clairesicard.hypotheses.org.
  20) Fernandez D. La perle et le croissant. Photographies de Ferrante Ferranti. Terre Humaine Plon 1995.
  21)  Malherbe A. Lucas Cranach. Peindre la grâce. A Propos 2011.
  22) Baudelaire. La modernité mélancolique. Sous la direction de J.M Chatelain. BnF 2021.

Remerciements au Dr Philippe Rouesnel, cardiologue, pour ses conseils érudits et au Dr Eric Basely, psychiatre, pour son éclairage bienveillant et à monsieur Philippe Desoignies pour ses précieuses connaissances des aliénistes du XIXe.




Urgence climatique : les scénarios

Le concept de réchauffement climatique est un prototype de pensée scientifique prenant en compte la complexité. Fruit d’hypothèses et de calculs il rend compte que l’évolution prévisible du climat pourrait avoir des conséquences humaines, sociales, politiques et économiques majeures à l’échelle de ce siècle. Deux ouvrages courts parus à deux ans d’écart permettent de le comprendre.

LES RAPPORTS DU GIEC EXPLIQUÉS

Sylvestre Huet est un journaliste scientifique qui suit depuis plusieurs décennies le débat sur le réchauffement climatique. Il propose un ouvrage de lecture facile pour comprendre les évolutions de la prise de conscience du problème posé par le réchauffement climatique. Il détaille les principaux éléments des derniers rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de 2021 et 2022.

LE GIEC : UN OUTIL D’ABORD POLITIQUE

La proposition de créer le GIEC est née lors de la réunion du G7 à Toronto (Canada) en juin 1988. La raison ? Parce que la notion d’un réchauffement climatique imputable aux énergies fossiles commençait à faire son chemin dans certains milieux et notamment au sein du programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et parce que les chefs d’Etat réunis à Toronto avaient une opinion commune « devant la mise en cause possible de leur puissance, en particulier celle du pétrole pour les Etats-Unis, il était exclu que la conférence de Rio travaille à une Convention Climat sur la seule base du PNUE, soupçonné d’être sous la coupe d’écologistes peu favorables à l’industrie. Certains pouvaient y ajouter des intérêts immédiats comme Margareth Thatcher engagée dans une lutte à mort contre le syndicat des mineurs du charbon ». En élaborant ce qui allait devenir le GIEC, ces dirigeants ont construit une organisation hybride, politique par son origine, puisqu’il s’agit de répondre à une demande d’expertise exprimée par les gouvernements, et son mode de fonctionnement, le rapport « Résumé pour les décideurs » devant faire l’objet d’un vote selon le mode onusien où chaque pays dispose d’un vote, et scientifique par son mode de travail, puisqu’il résultera de l’analyse et de la synthèse de chaque sujet traité par des experts internationaux.

Quelle est la véritable question posée aux experts du GIEC ? « Elle n’est pas ‘’est-ce que le climat change ?’’, ni ‘’est-ce à cause de nos émissions de nos gaz à effet de serre ?’’, ni ‘’de combien pourrait monter la température ?’’, ni même ‘’est-ce dangereux ?’’. Non, la vraie question posée par les gouvernements au GIEC est celle de la décision de se priver volontairement des énergies fossiles disponibles, peu chères et formidablement efficaces. Donc de comparer le risque climatique avec ce qui est considéré comme un risque économique, social et géopolitique majeur qui résulterait de cette privation. »

LES APPORTS

A partir d’un développement et d’une amélioration des divers moyens de mesure, il a été possible d’arriver à des conclusions reconnues comme très fiables et donc les principaux apports du GIEC sont simples, multiples et concordants : l’influence humaine sur le climat est dorénavant un fait établi, la somme de la fonte des glaces et de l’expansion thermique de l’eau correspond à la hausse du niveau marin observée, depuis le début du XIXe siècle, la température planétaire moyenne de la décennie 2011-2020 est plus élevée de 1,09°c et de 1,59°c sur tous les continents que durant la période 1850-1900, l’effet de serre s’intensifie, les émissions de CO2 anthropiques sont passées d’environ 2 milliards de tonne de carbone par an en 1920 à près de 12 milliards de tonnes de carbone par an en 2020, multiplication correspondant à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz fossile, le niveau marin mondial a augmenté de 20 cm entre 1901 et 2018 et le rythme s’accélère, la montée du niveau marin a été de 1,9 mm de 1901 à 1971, puis de 1,9 mm/an entre 1971 et 2006 et elle est passée à 3,7 mm/an entre 2006 et 2018….les chaleurs extrêmes et les canicules sont plus fréquentes et plus intenses, la proportion des cyclones plus intenses a augmenté avec un risque augmenté de combinaison d’événements extrêmes (sécheresse, incendie, inondations…).

Issus de ce constat, le rapport présente ensuite divers scénarios et les moyens à adopter pour éviter les conséquences humaines de ces divers scénarios : à lire donc.

EN SAVOIR PLUS…

Le GIEC : urgence climat

    • Auteur : Sylvestre Huet
    • Éditeur :Tallandier
    • Parution : janvier 2023
    • Pagination : 272 pages
    • Format broché : 19,90 euros
    • Format numérique : 13,90 euros

 

LA MONTÉE DU NIVEAU DE LA MER VA IMPOSER DE QUITTER LES LITTORAUX

Un livre écrit par 4 ingénieurs (dont 3 agronomes (l’un spécialisé en aquaculture, un autre étant de plus sociologue) et un des ponts, des eaux et des forêts, envisage les conséquences de la montée du niveau de la mer selon divers scénarios relatifs aux diverses hypothèses de réchauffement climatique. Il rapporte aussi les positionnements des communautés face à ces scénarios (déni, fragmentation persistante, adaptation du littoral) et les expériences de trois régions (Nouvelle-Aquitaine, Pays-Bas et Vietnam).

LE CONSTAT

Si plusieurs scénarios d’amplitude de réchauffement climatique existent, le pire faisant état d’un réchauffement moyen de plus 4°c d’ici à 2100, plusieurs données constituent des faits : la mer monte en moyenne de 3 mm par an depuis 1993, ce phénomène est en accélération, on identifie assez bien les causes et leurs importances respectives mais on ne sait pas bien ce qui se passe à l’échelle locale. Ainsi, en 2100 par rapport à 2020, l’augmentation du niveau de la mer oscillera entre 50 cm (très probable et sérieux) et 200 cm (moins probable, mais possible et extrême).

Le problème est que dans tous les pays du monde, il existe une forte densité de population sur les littoraux et plus encore une migration constante de l’intérieur des terres vers les littoraux, souvent permanente, parfois transitoire (tourisme).

LA RÉGION NOUVELLE-AQUITAINE

En partant d’un scénario plausible d’augmentation moyenne du niveau de la mer de 30 cm en 2050 et de 100 cm en 2100, il est possible de prédire que le trait de côte du littoral aquitain reculera en 2050 en moyenne de 27 mètres sur la côte rocheuse et de 50 mètres sur la côte sableuse et il pourra parfois s’y ajouter des reculs brutaux de l’ordre de 25 mètres lors de tempêtes.  Les conséquences seront aussi sensibles au-delà du trait de côtes par la réduction des débits solides et liquides des bassins versants, notamment dans la Gironde.

Outre l’inondation directe, la salinisation des terres s’accompagnera d’une diminution des surfaces agricoles (finis les vins de Bordeaux) et forestières dans l’arrière-pays, ce dernier étant soumis à un mitage et une artificialisation compromettant les capacités de résilience et d’adaptation des espaces naturels, agricoles et forestiers.

LES CONSÉQUENCES POTENTIELLES DE LA MONTÉE DE LA MER

On survivra à ce phénomène mais il aura de profondes conséquences sociales et économiques. Outre la perte d’une partie des terres agricoles et de leurs productions, il y aura une migration vers l’intérieur des terres avec des conflits potentiels. Il y a aura une perte de l’immobilier littoral dont il est difficile de prévoir comment il serait compensé. Ceci pourra en partie dépendre des qualifications juridiques de ces pertes, auquel cas, l’indemnisation pourrait venir des assurances ou de l’Etat, mais les sommes en jeu rendent peu probable la possibilité d’une telle indemnisation, sinon, cela passera par « pertes et profits » pour les propriétaires avec des risques de mouvements sociaux ajoutés.

LES SOLUTIONS

Elles sont générales et locales. La principale solution est générale et consiste à tout faire pour limiter le réchauffement climatique : c’est l’effort de tous les pays.

Aux échelles locales, certaines solutions sont illusoires, comme, par exemple, la construction de digues, car incomplètes, fragiles et surtout, car l’augmentation du niveau de la mer s’accélérant, ces digues dont la construction est longue devront être constamment réhaussées. Il faut donc réfléchir différemment, en observant notamment ce que fait un pays particulièrement menacé, les Pays-Bas, dont un quart de la superficie est situé sous le niveau de la mer et qui a commencé à s’adapter : relocalisation progressive des foyers d’habitation vers l’Est du pays, redéploiement des réseaux de digues et renforcement des dunes naturelles tout en envisageant le développement d’habitats aquatiques. Si les digues sont imparfaites, ce pays a toutefois une tradition de gestion des digues de plusieurs siècles, avec des systèmes de drainage mais aussi de gestion des conflits et une haute culture démocratique.

Les auteurs insistent sur le fait que tout responsable d’aménagement sur un littoral vulnérable doit préparer ses choix en s’appuyant sur trois dimensions : d’abord le temps long, c’est-à-dire l’échelle de plusieurs décennies afin d’anticiper, ensuite le rapport couts-bénéfices en prenant en compte les services rendus par la nature et enfin, les emboîtements des échelles d’aménagement car une commune littorale s’intègre dans plusieurs systèmes territoriaux, de la communauté de commune jusqu’au bassin versant.

Et de conclure : « un repli stratégique anticipé, donc mieux ordonné, coûte toujours moins cher qu’un abandon contraint dans l’urgence. La clef de répartition des financements des relocalisations, le rôle des services assurantiels et la coordination des décisions doivent être discutés avec tous les acteurs et suffisamment tôt pour préparer la phase de transition en minimisant les risques de crise et de catastrophe. Toutes ces dynamiques d’adaptation n’ont de sens sur le long terme que si elles sont couplées à des politiques ambitieuses d’atténuation du changement climatique. Ces politiques devront être mises en œuvre tôt ou tard, comme le montrent clairement les scénarios de cette étude »

EN SAVOIR PLUS…

La montée de la mer d’ici 2100

    • Auteur : Denis Lacroix, Olivier Mora, Nicolas de Menthière, Audrey Bethinger
    • Éditeur : Quae
    • Parution : Octobre 2021
    • Pagination : 128 pages
    • Format broché : 25,00 euros



La mélancolie d’Albrecht Dürer (1471-1528) à Lucas Cranach (1472–1553) – 1ère partie

– Par Louis-François Garnier


Voir la 2e partie


Voir la 3e partie

La mélancolie, du grec melagkholia (bile noire), est une « sorte d’état flasque de l’âme » selon Gide (1869 – 1951) à rapprocher de ce que la médecine moderne dénomme la dépression mélancolique endogène, à composante psychotique, à distinguer de la dépression réactionnelle et de la dépression névrotique bien que les limites puissent être, parfois, assez ténues. C’est ce caractère endogène qui s’apparente à la théorie des humeurs d’Hippocrate (460 – 377 av. J.-C.) avec cette variété particulière de « bile noire et froide, source de mélancolie (qui) appartient à Saturne, maître du poids et de l’obscur » [1-3] 

Cette bile noire (bilis atra), produite par la rate, « vient de tout le sang fait et rendu atrabilaire » nous dit Molière (1622- 1673), histoire de se faire du « mauvais sang » et responsable de la « mélancolie noire » de Victor Hugo (1802 -1885). [1] En outre, il s’y associe, à des degrés divers, des troubles de l’humeur, de cette thymie (thumos) qui est le siège des passions allant du vague à l’âme mêlé de tristesse à une humeur plus farouche et sombre comme la neurasthénie. 

La variabilité de l’humeur, dorénavant qualifiée de cyclothymique ou bipolaire, a pu correspondre pour Pascal (1623-1662) aux « mœurs ridicules et brutales d’un fou mélancolique » et Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), en proie à des périodes de grand abattement, relate qu’en étant « plus sédentaire », il fut pris « non de l’ennui mais de la mélancolie ».


Le dernier bain (1840) par Honoré Daumier (1808 -1879)

C’est alors qu’intervient une autre composante de la mélancolie qu’est l’idée suicidaire qui a pu apparaître comme une délivrance au point que ce même Rousseau dira : « quelle douce mort si alors elle était venue », histoire de partir sans regret puisque, du moins pour Balzac (1799-1850),  « chaque suicide est un poème sublime de mélancolie » (La Peau de chagrin). 

Il peut arriver que l’idée de suicide s’impose dès la prime enfance comme chez Théophile Gautier (1811-1872) lorsqu’on le priva, à l’âge de trois ans, de ses « montagnes bleues » des Pyrénées : « chose singulière pour un enfant si jeune, le séjour de la capitale me causa une nostalgie assez intense pour m’amener à des idées de suicide ». 

C’est ainsi qu’on voit apparaitre la nostalgie, ce « mal du retour » de nostos : retour et algos : douleur. Pour Baudelaire (1821-1867) « la mélancolie est toujours inséparable du sentiment du beau » bien que cette valence esthétique puisse être subjective et  subir la distorsion d’un esprit fragile. 

Le peintre romantique Caspar David Friedrich (1774-1840) se confronte à la « tragédie du paysage » en « transcendant la mélancolie en expérience spirituelle »,  lui qui verra « le lent fleuve de la neurasthénie tarir progressivement ses dons de paysagiste et résorber ses élans mystiques » sur fond de mélancolie ancienne ; souffrant de délire de persécution, il terminera sa vie solitaire dans une « extrême indigence mentale ». 

Pour Gérard de Nerval (1808 -1855), que la folie emportera,  « El Desdichado » est « le ténébreux, le veuf, l’inconsolé » dont le luth « Porte le soleil noir de la Mélancolie ». La composante psychotique de la mélancolie peut s’exprimer, surtout dans des formes extrêmes telles que des convictions délirantes ou une exaltation de l’humeur aboutissant à un « virage maniaque » à rapprocher de la psychose maniaco-dépressive. 

Si la mélancolie est endogène, elle n’en est pas pour autant insensible aux influences extérieures de nature neurosensorielle ou psycho-sociale. C’est alors que le Spleen de Baudelaire s’impose « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », ce Spleen de Paris apparemment en provenance d’outre-Manche puisque « tous les Anglais de ce temps-là (1770) avaient le spleen, et Paris possédait déjà, contre ce mal d’outre-Manche, des remèdes de tout premier ordre ». [4]

Chez Balzac, s’imposent « des nuages gris, des bouffées de vent chargées de tristesse, une atmosphère lourde » au point que « la nature elle-même conspirait. » (La Peau de chagrin)  On retrouve là un délire de persécution tel que celui qui pouvait affliger Rousseau. Dans Les souffrances du jeune Werther (1774), Goethe (1749-183 ) relate une violence sourde ressentie par le narrateur : « Ciel, terre, forces actives…, tout cela n’est qu’un monstre toujours dévorant et toujours ruminant ». 

Alors que les influences atmosphériques pernicieuses sont très fréquentes, certains comme Montaigne (1533-1592), sont indifférents aux couleurs du temps car « tout ciel m’est un » encore qu’il fait état de « cette vieille mélancolie qui taraude ma jovialité naturelle », lui qui disait « je n’ai rien si enemi à ma santé que l’ennui & l’oisiveté » et que c’est « de melancholie qui est ma mort ». 

C’est Montaigne qui apaise la mélancolie de Stefan Zweig (1881-1942) dans les derniers mois de son existence mais « il est tragique de penser qu’il se crut autoriser par Montaigne à se suicider car Montaigne ne préconisait pas le découragement » puisqu’il préférait  « qu’on allonge les offices de la vie tant qu’on peut ». [5] Plus proche de nous, Guy Béart (1930-2015) voudrait « changer les couleurs du temps, /changer les couleurs du monde » mais Stéphane Mallarmé (1842-1898) déplore « De l’éternel Azur la sereine ironie » en implorant alors l’aide des nuées : « Brouillards, montez ! Versez vos cendres monotones ».

En réalité, la mélancolie n’est pas tant dans le paysage que dans l’impression qui en résulte et telle qu’elle est ressentie avec plus ou moins d’acuité. C’est ainsi que le jeune peintre danois Johan Thomas Lundbye (1818 -1848) ayant reçu une bourse pour faire le Grand Tour jusqu’en Italie, eut le mal du pays : « ce que beaucoup d’artistes auraient considéré comme le voyage de leur vie s’avéra plutôt décevant pour le caractère mélancolique de l’artiste (…) qui restitue un ciel glacé et une lumière hivernale qu’il aurait aussi bien pu observer dans son Danemark natal ». [6] 

Avec Eugénie Grandet (Balzac) dont la mélancolie semble s’apparenter à une dépression névrotique, le terme mélancolie apparaît huit fois  dans cette ville de Saumur présentée comme « la quintessence de la petite ville de province » avec « la mélancolie qui s’en dégage ». Il arrive même que non seulement le paysage semble conspirer mais parfois de simples objets génèrent une certaine tristesse indépendamment  de l’utilisation triviale qui en est faite au point que Lamartine (1790-1869) s’interroge : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer » et « Comment peut-on ne pas adorer les cloîtres ? (…) avec les longues arcades mélancolique » se demandait Guy de Maupassant (1850-1893) dans La Vie Errante. 

La mélancolie avec son cortège d’insomnie et les troubles psychosomatiques, peut altérer notablement l’état général ce qui n’avait pas échappé à Balzac qui relate que « l’extrême mélancolie à laquelle il paraissait être en proie était exprimée par l’attitude maladive de son corps affaissé » (La Peau de chagrin). Il arrive même assez souvent que l’expression du visage en soit durablement affectée au point d’y voir figurer « l’omega mélancolique » comme chez Balzac avec Ursule Mirouët dont le « front trahissait une pensée dévorante». Avec Barbey d’Aurevilly (1808 -1889), la jeune Lasthénie de Ferjol est marquée par des « rides d’eau douce qui se creusaient quelquefois sur ce front de rêveuse, aussi pur qu’un lac mélancolique » (Une histoire sans nom) et avec Xavier de Maistre (1763-1852) « la mélancolie vient de temps en temps jeter sur nous son crêpe solennel, et changer nos larmes en plaisirs » (Voyage autour de ma chambre). En définitive, la mélancolie apparaît comme étant un tempérament à la fois intrinsèque et influencé par une « ambiance mélancolique » dont la nature est assez bien traduite par le terme anglais « moody » faisant référence à l’ambiance (mood) mais aussi au caractère maussade et à l’humeur changeante. La mélancolie peut-même  « s’épaissir » (Barbey d’Aurevilly) au point  qu’à la fin de La Peau de chagrin,  le cœur de Raphaël  est le siège d’un « horrible poème de deuil et de mélancolie » généré par les « souhaits mélancoliques » de ses hôtes. La mélancolie peut aboutir à cette « langueur invincible, accompagnée d’un mortel dégoût pour toutes choses » (Barbey d’Aurevilly) et être plurielle comme « le triste Racine s’enfonce dans ses mélancolies, relisant Cicéron et pleurant au remords de ses amours d’antan ». [4] Dans l’Anatomie de la mélancolie (1621) Robert Burton (1577-1640)  relate la place importante de la « mélancolie hypocondriaque » sans omettre « la créativité du génie mélancolique ». [2,3]

Le « regard faustien » reflétant non pas « une rêverie douloureuse et paralysante mais au contraire une inquiétude dynamique (…) n’est pas le privilège du Romantisme puisque nous le reconnaissons, déjà, comme un des signes caractéristiques de l’âme allemande, chez Dürer, chez Altdorfer (1480-1538), chez Baldung Grien (1484-1545) ».[7] A l’époque de Dürer (1471-1528), « les artistes représentaient le premier échelon de l’humeur mélancolique ». [8] Albrecht Dürer naît à Nuremberg d’un père « très habile » [10] maître orfèvre hongrois d’une « certaine réputation », [11] lui-même fils d’orfèvre [12] et, conformément à la tradition familiale, Albrecht  « sut manier le burin bien avant le pinceau. »  Il  restera « marqué par la conception artisanale du premier métier qu’il a appris. » [1] C’est en 1514 que Dürer qui « reconnaît à la science des humeurs une valeur égale à celle de l’astrologie », [1] grave Melencolia I alors qu’il vient de perdre sa mère qui, avec son épouse, vendait les estampes sur les marchés. L’ambiance conjugale est morose [13] car le couple n’a pas d’enfants et ceci a pu susciter un certain opprobre social bien que l’artiste soit honoré par ses concitoyens.


Bibliographie

  1) Borer A. Dürer Le Burin du graveur. Studiolo L’Atelier contemporain 2021.
  2) Klibansky R, Panofsky E, Saxl F.  Saturne et la mélancolie. Gallimard 2000.
  3) Despoix P.,« La Mélancolie et Saturne : un projet collectif au long cours de la bibliothèque Warburg », Revue germanique internationale, 28 | 2018, 159-181.
  4) Lenotre G. Paris et ses fantômes. Grasset 1933.
  5) Zweig  S. Montaigne. Préface de O. Philipponnat. Le Livre de Poche 2019.
  6)  Sur le motif. Peindre en plein air 1780-1870 Fondation Custodia Collection Frits Lugt Paris 2021.
  7)  Brion M. Les peintres en leur temps. Philippe Lebaud 1994.
  8)  Eichler A. Albrecht Dürer (1471-1528) Ullmann 2007.
  9) Berger J. Dürer Taschen 1994.
 10) Van Mander C. Le livre de peinture. Présentation par Robert Genaille. Miroirs de l’Art Hermann Paris 1965.
  11) Gombrich E.H. Histoire de l’Art Phaidon 2001.
  12)  Laneyrie-Dagen Nadeije. Le métier d’artiste. Dans l’intimité des ateliers. Larousse 2012.
  13) Hagen R-M & Hagen R.  Les ailes brisées. Albrecht Dürer : Melencolia I, 1514 in Les dessous des chefs-d’œuvre Tome 2, 2003.
  14) Panofsky E. La Renaissance et ses avant-courriers dans l’art d’occident. Champs arts Flammarion 2008.
  15)  Radrizzani D. Lemancolia – Traité artistique du Léman. Ed. Noir Sur Blanc 2013.
  16)  Salamon L. Comment regarder… La Gravure. Guides des Arts Hazan 2011.
  17)  Defoe D. Journal de l’année de la peste. Denoël 1923.
  18)  Paré A. Diable.  De l’apocalypse à l’enfer de Dante. Chêne Hachette 2021.
  19)   Hersant Y. « Cranach, Dürer et la mélancolie » Conférence lors le l’exposition Cranach et son temps (2011) Musée du Luxembourg Paris. Compte-rendu par clairesicard.hypotheses.org.
  20) Fernandez D. La perle et le croissant. Photographies de Ferrante Ferranti. Terre Humaine Plon 1995.
  21)  Malherbe A. Lucas Cranach. Peindre la grâce. A Propos 2011.
  22) Baudelaire. La modernité mélancolique. Sous la direction de J.M Chatelain. BnF 2021.

Remerciements au Dr Philippe Rouesnel, cardiologue, pour ses conseils érudits et au Dr Eric Basely, psychiatre, pour son éclairage bienveillant et à monsieur Philippe Desoignies pour ses précieuses connaissances des aliénistes du XIXe.




Fleurie La Madone 2018 domaine Chamonard

Tout commence à Villié-Morgon quand, sous l’impulsion de Marcel Lapierre guidé par les écrits de Jules Chauvet, pionnier des vins naturels, 4 mousquetaires : Jean-Paul Thévenet, Guy Breton, Jean Foillard et Jean-Claude Chanudet, dit le Chat, rejoints par Georges Descombes à Brouilly, excédés par la prolifération des vins industriels dans le Beaujolais, décident d’élaborer des vins digestes, authentiques, respectueux du terroir, bref des vins qu’ils avaient tout simplement envie de boire.

Ious pratiquent à peu près de la même façon : travail minutieux du sol, arrêt quasi-total du désherbage chimique, traitements par des produits naturels, absence de soufre, macération carbonique complète, fermentations lentes en refroidissant le raisin, extraction douce, élevage sur lies fines. A l’arrivée : des vins extrêmement soyeux en bouche, un fruité éclatant, une buvabilité incomparable.

Jean-Claude Chanudet, le Chat, fils de vigneron après une première vie dans l’embouteillage, reprend, en 1989, le domaine Chamonard qui appartenait à son beau-père. L’objectif est très clair : faire des vins d’artisan-vigneron, sans intrants chimiques. Dans ce contexte, Jean-Claude commence à produire des vins naturels (encore que le Chat déteste maintenant cette qualification). Sa sensibilité, son bon sens paysan lui permettent de valoriser les vieilles vignes de 60 à 90 ans sur un petit domaine de 4 ha à Morgon et 0,5 ha à Fleurie. La parcelle de Fleurie est plantée sur la colline de la Madone (qui tire son nom de la statue de la vierge au sommet de la chapelle qui surplombe cette colline) sur un terroir de granit rose et de schistes friables. Les vignes sont cultivées en agriculture biologique selon le respect de l’environnement, sans produits chimiques avec un léger labourage du sol, les parcelles légèrement pentues sont plantées dans des sols bien drainés orientés sud et sud-est, de manière à favoriser la maturation du raisin et des conditions sanitaires optimales. La vendange est manuelle (obligatoire dans le Beaujolais).

Fidèle à l’école de Marcel Lapierre, le Chat produit ses vins par macération carbonique complète : la vendange entière non égrappée est placée dans des cuves bétons fermées saturées de CO2 qui augmentent la pression sur les grappes, pour libérer leur jus. Cela favorise, grâce à des levures autochtones, la fermentation alcoolique qui va être progressive et ralentie par le froid. Ce long processus de macération va permettre d’extraire le maximum de couleur et d’arômes. Ensuite, surviennent décuvage et pressurage grâce à un pressoir vertical rincé à l’eau de vie avant chaque presse. La fermentation alcoolique se termine après assemblage des jus de goutte et de presse. Elle est suivie par la fermentation malo-lactique qui assouplit le vin et le rend moins acide. L’élevage en vieux foudres et demi-muids s’étend sur 10 à 12 mois. Le sulfitage est minimal jusqu’à la mise en bouteille qui s’opère sans collage, ni filtration.

Robuste patriarche à l’abondante barbe blanche soyeuse, le Chat n’a rien perdu de son dynamisme , ni de sa vivacité d’esprit, mais a longtemps cru que son domaine ne resterait pas dans la famille. Mais son unique fille, Jeanne, a décidé de s’associer à son père qui peut maintenant envisager une retraite apaisée.

Le plus fin et le plus élégant des crus du Beaujolais

Le Fleurie est considéré comme le plus fin et le plus élégant des crus du Beaujolais et cette cuvée La Madone 2018, parée d’une robe pourpre intense aux reflets violets, ne déroge pas à cette règle. Elle exhale des arômes floraux : iris, violette, pivoine, associés à des senteurs de fruits noirs : mûre, cassis, de griotte, d’épices : poivre blanc, réglisse et d’encens qui envahissent le nez et tapissent le palais. La bouche est dense, ronde, enveloppante. Les tanins soyeux, patinés établissent une structure et un équilibre très harmonieux. En finale, la Madone offre une salinité et une bonne minéralité qui donnent l’impression de goûter le granit affleurant. Ce vin, doté d’une finesse remarquable, n’est pas dénué d’une certaine richesse et d’une franche gourmandise. C’est toute la quintessence du gamay qui est mise en valeur dans cette cuvée.

Comme tous les crus du Beaujolais, ce Fleurie escorte, sans heurt, toutes les cochonnailles : saucissons secs, jambons crus, salés ou persillés, terrines, de même les classiques de la cuisine lyonnaise : tablier de sapeur, pied de porc, sabodet à la vigneronne, gras double. Ce vin permet un accord tout en douceur avec l’andouillette grillée pommes pont-neuf. La finesse de Fleurie ne s’accommode guère des viandes rouges, telles les pièces de bœuf, pour lesquelles on optera pour des vins plus puissants et charpentés, type Morgon vu Côtes du Rhône. Par-contre, le vin se marie très bien avec des viandes blanches fines comme un filet mignon de porc, une côte de veau grillée ou un quasi en cocotte, voire un poulet rôti. Sa fraîcheur et sa faible charge tannique équilibreront le gras d’un reblochon ou d’un vacherin, mais aussi des fromages à pâte dure : comté, gruyère suisse, cheddar anglais. Son côté fruité et onctueux en fait un allié des desserts à base de fruits rouges.

Les convictions de la famille Chanudet sont aussi solides que le granit, sur lequel poussent leurs vignes ; prendre des risques, garder patience, respecter le terroir, pour délivrer toute la force du gamay et produire des vins de caractère, fins, équilibrés, d’une étonnante longévité. Malgré sa qualité, ce vin reste, à l’instar de beaucoup de Beaujolais, à prix doux aux alentours de 25 €.

Jeanne et Jean-Claude Chanudet
Le Clos des Lys – 69910 Villié-Morgon

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

© DR




L’horreur et la résilience

Deux livres récents, dont l’un est une deuxième édition, ont eu pour thème les années 1940 et 1941 : d’un côté la préparation d’un dessein funeste et macabre, l’opération Barbarossa et son corollaire, la Shoah par balles, de l’autre la résilience d’un homme, Churchill, qui n’avait alors que trois armes à sa disposition face à la barbarie : sa clairvoyance, une extrême ténacité et la parole.

BARBAROSSA : UN LIVRE CHEF D’ŒUVRE

Heureux choix des éditions Passés Composés d’avoir proposé une deuxième édition du livre de référence sur l’invasion de l’URSS par les troupes d’Hitler en 1941, ou opération Barbarossa. Chaque chapitre de cette bible de près de 1 000 pages peut être considéré comme un livre à part entière. 

Les opérations militaires, les forces en présence, leurs modalités de commandement tout y est décrit par le détail, notamment les buts de guerre différents entre Hitler (intérêts économiques comme le Donbass et Leningrad) et ses principaux généraux (intérêts militaires et symboliques comme Moscou). 

Mais c’est surtout la trame qui fait frissonner : l’opposition de deux régimes totalitaires, de deux barbaries dont on ne sait laquelle est la pire. Petite leçon pour rappeur milliardaire idolâtre d’un psychopathe à qui il attribue l’invention du microphone.

LE GÉNOCIDE PROGRAMMÉ

Côté allemand, ce qui pourrait advenir est connu dès 1923, date de l’écriture de Mein Kampf. Un psychopathe pense que des personnes vivants sur un territoire géographiquement déterminé constituent un peuple issu d’une civilisation ancienne et supérieure et qu’il a besoin d’un espace vital, le Lebensraum. Ce territoire permettant d’assurer la survie et la croissance de ce peuple ne peut être que la partie occidentale de l’URSS avec ses matières premières. 

Dans un délire empruntant au darwinisme social, il pense que ce peuple supérieur est menacé par des personnes pratiquant la religion juive et par ce qu’il juge être une perversion de cette religion, le bolchévisme, permettant de créer le terme fumeux de judéo-bolchévisme. Les circonstances de l’histoire ayant conduit ce sociopathe au pouvoir vont lui permettre de rendre opérationnels ses délires en conquérant les territoires censés revenir de droit au peuple supérieur tout en gardant un peu de ce qui n’est pas juif ou bolchévique en esclavage pour extraire les matières utiles mais surtout en exterminant tout le reste.

Pour ce faire, une armée moderne et rapide devra conquérir le territoire, principalement les éléments économiquement utiles, et des troupes de sécurité spécialement dévolues à cette mission, les Einsatzgruppen et le SD, devront « nettoyer les arrières » afin que l’armée puisse continuer à progresser. C’est ainsi que fut programmé le massacre par fusillade de milliers de juifs (la Shoah par balle) mais aussi des commissaires du peuple bolchéviques, puis par famine des soldats russes prisonniers ou des habitants des régions conquises, l’armée prélevant tout ce qu’elle jugeait lui être utile. Et les ordres criminels établis préalablement à l’invasion ont si bien diffusé sur le terreau fertile préparé par la propagande que même la Wehrmacht a participé au massacre des civils. Et les morts se sont comptés par millions. 

Ainsi, lors de la prise de Kiev, le rapport de son commandant indique « Les 29 et 30 septembre, les Juifs de la ville ont été liquidés, au total (selon l’équipe opérationnelle de la SS) 35 000 personnes (le chiffre est arrondi), dont une moitié de femmes. La population a pris les choses calmement, souvent avec satisfaction.

Les appartements des Juifs ont été utilisés de manière centralisée pour alléger la situation de ceux qui ont besoin d’un logement. » Ainsi, entre le 22 juin 1941 et le printemps 1942, 4 millions de Soviétiques désarmés sont morts, non du fait des combats, mais de décisions des autorités allemandes, civiles et militaires. Plus de 2 millions de prisonniers de guerre… sont morts de faim, de froid, de maladies ou de mauvais traitements. Et cela, par idéologie et par calcul économique, et, pour la Wehrmacht, par « nécessité militaire ».

L’IMPOSSIBILITÉ D’ÉCHAPPER À STALINE, MAITRE SUPRÊME

En face, côté russe, il y a une armée mal préparée, désorganisée par des purges monstrueuses en 1937-1938 qui ont conduit à la mort la plupart de ses cadres dirigeants. Il en a entre autres résulté une mauvaise connaissance des forces adverses, une absence de communication entre les divers corps d’armées, des centres de décisions multiples répartis entre l’organe supérieur, les militaires et les agents de contrôle politique dont ont été flanqués tous les militaires de haut rang.

Alors comment résister à l’invasion ? En utilisant plusieurs moyens non classiquement militaires. Comme des réserves humaines importantes qui non aguerries ont dû aller au front servant alors de chair à canon pour ralentir transitoirement la progression ennemie. En utilisant l’importante profondeur territoriale russe qui avait déjà contraint un autre envahisseur, Napoléon, à la défaite. En utilisant les conditions climatiques utiles face à une logistique allemande peinant à couvrir logistiquement la profondeur territoriale conquise et plus encore les multiples vicissitudes liées au climat. En pratiquant la politique de la terre brûlée allant jusqu’à empoisonner les puits, délocaliser les usines, brûler et détruire les villes et les infrasctructures.

Mais plus encore, en utilisant la contrainte : si un soldat soviétique, quel que soit son grade, ne défend pas jusqu’à la mort sa position ou n’obéit pas, il sera fusillé sans aucune forme de procès et souvent devant les troupes. Sur ordre direct de Staline ou parfois des militaires eux-mêmes, tel cet ordre du commandant du front, le général Joukov de la mi-octobre 1941 alors que le NKVD vient d’arrêter 23 064 militaires dont 2 164 officiers  (on reconnait la précision bureaucratique) au prétexte qu’ils ont abandonné la ligne Mojaïsk : « Le commandant du Front ordonne au Conseil militaire de la 5e armée de fusiller sans pitié tous les groupes de militaires qui ont abandonné la ligne de Mojaïsk sans permission. Il ne faut pas s’arrêter devant l’extermination jusqu’au dernier de ceux qui ont abandonné le front ».

EN SAVOIR PLUS…

Barbarossa. 1941, La guerre absolue

    • Auteur : Jean Lopez, Lasha Otkhmezuri
    • Éditeur : Passés composés
    • Parution : septembre 2022
    • Pagination : 956 pages
    • Format broché : 23,77 euros
    • Format relié : 35,00 euros
    • Format numérique : 19,90 euros

 

LA SPLENDEUR ET L’INFAMIE : LE ROMAN DE L’HISTOIRE

Et face à tout cela, un homme, alcoolique et fumeur invétéré, travaillant souvent dans son lit ou sa baignoire et à des heures avancées de la nuit, un homme particulier donc, mais d’une clairvoyance, d’une volonté et d’un humour à nul autre pareil, Winston Churchill.

C’est l’histoire de cet homme, entre le jour où il devint premier ministre en mai 1940 et le 31 décembre 1941, un des points tournant de l’opération Barbarossa qui est l’objet du livre d’Erik Larson. Une histoire vraie, quasiment contée au jour le jour avec de très nombreux détails car puisés à la source des journaux intimes de nombreux protagonistes de cette histoire, tels la fille de Churchill et plusieurs de ses proches collaborateurs. Le ton est celui d’un roman, mais un roman où tout est vrai et vérifiable. Un livre qu’il est difficile de lâcher dès lors qu’on l’a commencé.

Pour la petite histoire, Erik Larson est journaliste et a déjà écrit un autre roman historique, lui aussi difficile à lâcher, « le Diable dans la ville blanche » qui décrit la mise en route de l’exposition universelle de 1893 à Chicago et l’histoire parallèle d’un tueur en série qui saura profiter de l’événement.

« La splendeur et l’infamie » est donc quasiment un livre intime sur Churchill, ses analyses, ses doutes et sa façon de conduire la politique en période de crise ultime. On y vit au jour le jour sous les bombes allemandes écrasant Londres, on y voit un certain Rudolph Hess penser qu’il pourra conduire l’Angleterre à une paix séparée avec l’Allemagne, Churchill tout tenter dans la mesure de ses possibilités pour obtenir le soutien et l’aide américaine, persuadé que seuls l’entrée en guerre des Etats-Unis permettra de gagner la guerre et donc qu’il faut attendre jusque là, la façon dont il nomme un entrepreneur ayant pouvoir au-dessus du gouvernement pour coordonner l’effort industriel de guerre avec les méthodes de l’entreprise et non les méthodes bureaucratiques ou les méthodes militaires usuelles…

Face à l’infamie allemande dont témoigne le journal de Goebbels (« Quand ce maudit Churchill se rendra-t-il enfin ?… L’Angleterre ne pourra pas tenir éternellement !… » Les raids devront se poursuivre « jusqu’à ce que l’Angleterre tombe à genoux et nous implore de faire la paix »), c’était méconnaître la splendeur de Churchill.

EN SAVOIR PLUS…

La splendeur et l’infamie

    • Auteur : Erik Larson
    • Éditeur : Le Cherche Midi
    • Parution : Août 2021 – octobre 2022
    • Pagination : 688 pages
    • Format broché : 24,90 euros
    • Format poche : 9,90 euros
    • Format numérique : 17,99 euros



ChatGPT – La désorganisation humaine


Les progrès des systèmes d’intelligence artificielle ont été considérables ces dernières années, et il devient de plus en plus difficile de savoir si des images vous montrant des scènes ont réellement eu lieu, si la voix que vous entendez est bien celle de la personne que vous connaissez ou si ce que vous lisez sur votre écran a bien été écrit par un humain. Quel changement nous offrent ces perspectives pour l’avenir ? Saurons-nous nous construire avec cette technologie et y voir un atout en termes d’aide et de formation ou supprimer l’humanité qui est en nous ?

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 451 – mars-avril 2023

Depuis la mise en ligne de ChatGPT en novembre 2022, ce chatbot, développé par OpenAI (1), qui est une combinaison d’outils issus de l’Intelligence artificielle générative, est capable d’imiter l’humain. Il en a également surpris plus d’un avec des résultats étonnants et parfois impressionnants, d’autant que cette technologie naissante s’offre à nous avec une facilité déconcertante.

 

GPT, TOUT D’ABORD, C’EST QUOI ?

GPT (pour “generative pre-trained model” ou « transformateur générique pré-entraîné ») est un agent conversationnel (chatbot [2]) utilisant des outils de l’intelligence artificielle spécialisé dans le dialogue.

Il est issu d’un type d’algorithme entraîné pour prédire la probabilité d’une séquence de mots donnée à partir du contexte de mots précédents appelé LLM (large language models ou grands modèles de langage). Il peut engager une conversation ou fournir des réponses précises à des questions dans tous ses domaines de connaissances.

La version de GPT (3.5) [passée à la 4.0 depuis peu – ndlr] utilise un algorithme entraîné sur des bases de données (Wikipédia, articles web, forum…) et un modèle créé par les ingénieurs d’OpenAI (instructGPT). Celui-ci permet d’affiner l’entraînement des modèles de langues en intégrant des jugements humains. L’IA dispose de 175 milliards de paramètres pour ses décisions textuelles et se performe grâce au machine learning (« apprentissage automatique ») en se corrigeant au fur et à mesure.

Le chatbot traite donc votre demande en fonction des informations dont il dispose. Petite note amusante : ChatGPT ne travaille pas en temps réel car le contenu de ses données sont antérieures à 2021, ce qui peut poser un réel problème de recherche.
Nous avons posé une question simple : « Quel a été la dernière équipe championne du monde de football ? » Réponse de ChatGPT : « La dernière championne du monde de football est l’équipe de France, qui a remporté la Coupe du Monde FIFA 2018 en Russie en battant en finale l’équipe de Croatie sur le score de 4-2. »

 

LA CONTRE-OFFENSIVE DES TÉNORS

La venue de ChatGPT sur le net date de 2015 avec la création de la société-mère OpenAi par Elon Musk et Sam Altman sous la forme d’une association « éthique ».

L’ouverture en novembre 2022 de l’application ChatGPT a suscité un emballement médiatique et une accélération technologique tels que les annonces des ténors du net ne se sont pas fait attendre.

Microsoft a investi 10 milliards de dollars dans OpenAI avec une intégration de ChatGPT dans son moteur de recherche Bing. Une opération qui pourrait se faire en ce début d’année 2023.

Google avec le chat conversationnel dénommé Bard dévoilé le 6 février dernier. Il fonctionne de manière similaire à ChatGPT avec une différence fondamentale : il exploitera toutes les informations disponibles sur le web. Son lancement a été contrarié lors de sa première démonstration par une réponse inexacte, causant une chute du cours de bourse de l’entreprise.

Alibaba. Le géant chinois de l’e-commerce a déclaré début février travailler sur l’IA générative depuis 2017 sans autre précision.

Baidu. Le moteur de recherche chinois a récemment détaillé son chatbot conçu sur le modèle de ChatGPT : Ernie bot. Celui-ci devrait être intégré au moteur de recherche, à ses services cloud et à son assistant vocal. Il devra sans nul doute s’accommoder de la censure du régime chinois et compromettre fortement l’expérience utilisateur.

Meta. L’entreprise a fait une démonstration unique de son chatbot Galactica en novembre dernier puis retiré l’application trois jours à peine après sa mise en ligne suite au déluge de la communauté scientifique : dates incorrectes dans des faits scientifiques établis, faux noms d’animaux, invites racistes et religieux, propos complotistes… la liste est longue.
Dans un tweet publié le jour de la mise en ligne du projet, Papers With Code expliquait que Galactica était un grand modèle de langage pour la science qui « peut résumer la littérature académique, résoudre des problèmes de maths, générer des articles Wikipédia, écrire du code scientifique, annoter des molécules et des protéines, et plus encore ».

Amazon se sert de l’IA pour « écrire » des livres, c’est ce qu’a dévoilé Reuters. La boutique Kindle d’Amazon – dédiée à l’achat de livres électroniques – contient pas moins de 200 ouvrages pour lesquels ChatGPT est répertorié comme auteur ou coauteur. (3)

 

LA SANTÉ

La presse s’est déchaîné sur ChatGPT et son « pouvoir des réponses », mais qu’en est-il dans le domaine de la santé ? Car selon Sam Altman, le fondateur de ChatGPT, les utilisateurs pourraient être tentés de se faire soigner par des IA conseillères médicales capable d’adapter un traitement en fonction des symptômes donnés. Elles se révéleraient également d’une grande aide pour les médecins lorsqu’ils formulent des diagnostics et prescrivent des traitements. Certains entendrons par « Grande aide » ce qu’ils ont envie de comprendre.

Pour nombre de personnes, consulter le web suite à une maladie ou un traitement afin d’en savoir plus sur leur état et rechercher des informations est déjà courant. Pour certains, l’autodiagnostic de l’internet fait partie de leur protocole de santé. L’intelligence artificielle générative sera probablement plus largement utilisée pour rechercher des réponses rapides concernant le traitement et la gestion d’une maladie.

Il doit donc y avoir débat sur les problématiques posés par l’IA générative : déléguation de certaines fonctions médicales, sources d’erreurs suite à l’absence du dossier médical complet du patient intégré à l’application, risque de désinformation par la prise en compte de données issues de robots malveillants, sources bibliographiques inconnues, plagiat dans l’enseignement et la littérature médicale, relation médecine-patient inexistante et pourtant capitale. Bref, la liste est longue, mais cela n’a pas empêché aux chercheurs de se pencher sur la question…

 

« Presque » diplômé de médecine aux Etats-Unis !

Des essais ont donc été réalisés  dans différents pays, et bien sûr aux Etats-Unis où des chercheurs (4) ont soumis ChatGPT à l’examen de médecine américain USMLE (5) qui est requis pour l’obtention d’un permis médical. Cet examen est divisé en trois parties pour évaluer les connaissances des étudiants tout au long de leur parcours (biochimie, bioéthique, raisonnement diagnostique…). Sur les 376 questions posées, ChatGPT a répondu à 350 avec comme résultats des scores compris entre 52,4 % et 75 %, là où le niveau de réussite requis est de 60 % ainsi qu’une concordance de 94,6 % dans toutes ses réponses. ChatGPT a obtenu ce résultat sans bien sûr le concours de formateurs humains, et, selon les auteurs de l’étude, « en affichant un raisonnement compréhensible et des informations cliniques valides ».

 

Et en France ?

Le succès des examens de l’USMLE peut-il faire des émules en France ? Des spécialistes se sont portés sur la question, et notamment le Pr Gabriel Steg, cardiologue à l’Hôpital Bichat-Claude Bernard, qui a posé treize questions à ChatGPT (issues des épreuves de cardiologie des ECN [épreuves classantes nationales]) que l’on peut retrouver sur le site Medscape. (6) L’IA a obtenu 4 bonnes réponses sur les 13 auxquelles il a répondu.

D’après l’analyse du Pr Steg, « le score relativement faible est à nuancer car certaines questions peuvent être jugées ambiguës ou critiquables d’autant que les évolutions attendues dans un avenir proche vont considérablement améliorer la performance de ce type d’IA. On peut s’attendre à ce que, dans les années à venir, les nouvelles générations d’IA fassent bien mieux que les étudiants en médecine… A nous de nous organiser pour utiliser ce qui doit être vu comme un outil bien plus qu’un concurrent. »

 

CONCLUSION

Alors que les modèles d’IA « traditionnels » évoluent selon le deep learning, c’est-à-dire conçu pour apprendre et reconnaître des configurations de données, ChatGPT offre un tournant inévitable des sciences humaines que l’IA est susceptible de remplacer, ou tout au moins de compléter (dans un premier temps). A ce titre, il devrait être un sérieux signal d’alarme pour la communauté scientifique et médicale. Cette révolution dite anthropologique pour certains, devrait sérieusement nous faire réfléchir sur l’implication de l’homme dans sa manière de traiter son évolution. Que faisons-nous et dans quel but ?

« Enlever l’humanité des humains nous tuera tous », « opposer IA et savoir humain », « atouts en termes de formation et d’aide à la décision »… les réflexions vont bon train, mais le problème ne serait-il pas juste l’humain qui devrait apprendre à gérer cette technologie ? Après tout, c’est lui qui l’a inventé !

L’émergence de l’IA générative va entraîner de nouvelles considérations juridiques sur le droit d’auteur mais elle suscite également de vives inquiétudes quant à ses implications en matière de cybercriminalité. Prenons le scénario suivant : vous recevez un email de votre associé ou votre collègue vous demandant de lui transmettre des données très sensibles. Le message que vous lisez est familier dans son vocabulaire avec un sens de la plaisanterie qui vous est habituel. C’est persusasif, convaincant et vous en souriez. Le problème ? C’est juste qu’il a été conçu par une IA générative à partir d’informations découvertes sur les réseaux sociaux.

Enfin, ChatGPT n’est plus accessible en Italie depuis le 31 mars dernier. Bloqué par la Cnil italienne qui accuse la start-up Open AI de ne pas respecter la législation sur « la collecte et le stockage massifs de données personnelles dans le but d’entraîner les algorithmes sous-jacents au fonctionnement de la plateforme et d’une absence de filtre pour les moins de 13 ans ». Le début d’une prise de conscience ?

 

(1) OpenAi est une société américaine cocréée par Elon Musk et Sam Altman en 2015. Son but à l’époque était d’assurer le développement d’une intelligence artificielle pour le bénéficie de l’humanité avec une ouverture sur la recherche et les publication des chercheurs.Cette « humanisation » est valorisée aujourd’hui à près de 29 milliards de dollars, et la divulgation des codes sources n’est plus dans l’air du temps…
(2) Un chatbot est un programme conversationnel qui simule et traite une conversation humaine écrite ou parlée.
(3) capital.fr/entreprises-marches/
(4) Start-up AnsibleHealth (cabinet médical virtuel).
(5) United States Medical Licensing Exam.
(6) francais.medscape.com/voirarticle/3609683.

DETECTGPT CONTRE CHATGPT

Une équipe de chercheurs (3) a mis au point l’application DetectGPT, un outil qui permettant de déterminer si un texte a été généré par ChatGPT. Il est destiné en particulier à la communauté éducative qui s’inquiète de son utilisation par les étudiants. Ce logiciel serait fiable à 95 %.

(3) Université américaine Stanford.

© WrightStudio/Depositphotos

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également



Cybersécurité – banalisation sur toile

Intelligence artificielle – la santé au cœur du futur


L’intelligence artificielle – Introduction à la Santé


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Champagne blanc de noirs Drappier

Je viens de me découvrir un point commun avec le général De Gaulle : comme lui (avec un retard certain), je suis séduit par les cuvées de pinot noir du champagne Drappier. Cette maison se consacre à la production du vin effervescent depuis 1808.

Implantée à Urville, village du nord de la Côte des Bars dans l’Aube distant d’à peine 20 km de Colombey-les-2-Eglises, la maison Drappier exploite presque 100 ha, dont 55 ha en propriété, la plus grande partie (70 %) en pinot noir, car ses terroirs calcaires du Jurassique Kimméridgien s’expriment avec une pureté unique dans ces champagnes. Drappier, avec le statut de négociant manipulateur, atteint une production de 1,6 millions de bouteilles/an.

Le « père pinot »

Au début des années 1930, Georges Collot, grand-père maternel de Michel Drappier, décide le premier de planter du pinot noir dans la région, ce qui lui valut le surnom de « Père Pinot» . Depuis 1979, Michel, succédant à son père André, maîtrise les vinifications et a permis un remarquable bond qualitatif en misant sur les cuvées à base de pinot noir. Le style Drappier est fondé sur des vins colorés, aromatiques, équilibrés d’une rondeur agréable et d’une vinosité terrienne. Les trois enfants de Michel (huitième génération) l’ont rejoint dans l’exploitation.

Un champagne Carbone neutre

Depuis 2016, le domaine Drappier est le premier en champagne à être « carbone neutre » grâce à l’installation de panneaux photovoltaïques produisant 75 % de l’électricité nécessaire, l’utilisation de véhicules électriques, le recyclage des matériaux de la bouteille aux pupitres, et surtout à l’agriculture : aucun désherbant, ni insecticide, labourage du sol avec des chevaux, enherbement maîtrisé, biodiversité poussée, culture bio certifiée sur 27 ha.

Les vendanges sont manuelles, les raisins, selon la classique méthode champenoise, sont pressés lentement, seule la première presse est utilisée. La fermentation, dans des cuves thermorégulées, nécessite des levures majoritairement choisies et élevées au domaine. L’élevage avec soutirages est effectué dans des fûts ou des foudres de chêne et quelques dames-jeannes. La mise en bouteille se fait sans collage, ni filtration pour la prise de mousse par ajout de la liqueur de tirage vieillie pendant plus de 15 ans. Cette seconde fermentation à basse température est particulièrement lente, pour générer une effervescence  fine et subtile. 

L’élevage sur lattes, dans de magnifiques galeries souterraines datant du XIIe siècle creusées par les moines cisterciens, dure 36 mois, un remuage manuel sur pupitres en bois assure au vin sa limpidité en éliminant les impuretés formées durant la prise de mousse. Il est ensuite nécessaire d’évacuer le dépôt qui s’est accumulé dans le goulot par un dégorgement à la volée. La remise à niveau se fait sans liqueur d’expédition pour le blanc de noirs, brut nature qui n’est pas dosé. L’utilisation de soufre est minimal (mois de 30 mg/l), les plus faibles de toute la Champagne, ce qui procure au vin des couleurs plus naturelles et des arômes plus épanouis.

un pétillement brillant

Habillé d’une robe or cuivrée tirant sur l’orange, ce blanc de noirs Drappier non dosé, non millésimé offre le spectacle d’un pétillement brillant et scintillant de fines bulles formant une mousse crémeuse. Le nez capte d’agréables parfums de fruits rouges : framboise, fraise des bois, d’agrumes : citron, pamplemousse, de coing frais, de noisette, un bouquet d’herbes aromatiques et une finale épicée. En bouche, il est vineux et ample, mature et équilibré. Une certaine droiture prend la relève d’une touche presque moelleuse. Voila un champagne fin, tendu, d’une grande pureté, avec une belle persistance au palais.

Ce champagne est un merveilleux vin d’apéritif, surtout si on l’accompagne de rillettes de thon ou colin, de saumon fumé avec crème fraîche et aneth, de sashimis. Ses arômes de fruits rouges propres au pinot noir lui permettent de s’épanouir le mieux avec une belle viande blanche plutôt qu’avec des poissons : carpaccio de veau huile d’olive et truffe blanche, médaillon de veau en grenadin sauce foie gras, selle de veau Prince Orloff, croustillant de riz au curry. Une fricassée de volaille crémée et truffée, un poulet de Bresse à la crème et morilles épouseront avec grâce ce champagne. Évitez en fin de repas de l’abîmer en lui présentant un dessert sucré, mais accompagnez vos fromages à croûte fleurie : coulommiers, brie, camembert par ce vin effervescent plutôt qu’avec un rouge qui serait déshabillé.

Oui mon Général, vous ne vous êtes pas trompé en adoptant pour vos réceptions à la Boisserie, le champagne Drappier, car cette maison familiale réalise un travail épatant et ses vins n’en finissent pas de conquérir le monde : 70 % des ventes à l’export dans 97 pays. 

Des flacons de cette qualité sont des remèdes à la morosité, ce dont nous avons bien besoin par les temps actuels.

.

André et Michel Drappier
10200 Urville

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

© Southtownboy




Mater Dolorosa et la crucifixion de Jésus – 3e partie

– Par Louis-François Garnier


Voir la partie 1


Voir la partie 2

Voilà bientôt trois heures que Jésus a été crucifié et il a cruellement soif. Un légionnaire lui présente une éponge imbibée d’eau acidulée avec du vinaigre, dénommée posca que les soldats romains avaient réglementairement avec eux (6) et qu’il ne faut pas confondre avec le verre de vin mêlé de myrrhe qu’il avait refusé en arrivant sur le lieu du supplice. 

Le fait que cette éponge ait été fixée à l’extrémité d’une petite branche d’arbrisseau (hysope) démontre que la croix ne devait pas être très élevée. (6) C’est alors que Jésus s’écrie : « Eli, Eli, lama, sabachtani ? » (Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?) mais ces paroles sont en araméen de telle sorte que nombreux furent ceux qui ne le comprirent pas et crurent qu’il appelait le prophète Elie (900 av. J.-C.). 

Le pieu vertical de la croix comportait la sedula qui était une espèce de corne fixée entre les cuisses du condamné et sur laquelle le corps pouvait prendre appui, mais qui était  retiré lorsque le condamné était mis en croix, les pieds étant alors encloués l’un sur l’autre en traversant le talon. Les artistes y substituèrent un support en bois (suppedaneum) sur lequel prenaient appui les pieds en montrant le plus souvent le pied droit, le « bon » côté, sur le gauche. Tout cela était en réalité prévu pour « faire prolonger le supplice » (*)

Cependant, si la mort tardait trop, les Romains brisaient les tibias empêchant ainsi définitivement de prendre appui sur les pieds. (11) Comme c’était la préparation de la Pâque et pour éviter que les corps restent en croix pendant le jour du Shabbat béni et sanctifié par  l’Éternel, ce sont les Juifs qui demandèrent à Pilate qu’on brise les jambes des suppliciés pour hâter leur mort et qu’on les dépende (Jean). 

Pour des raisons religieuses, il fallait absolument que les crucifiés soient morts et descendus de leur croix peu avant la tombée de la nuit. Cependant, contrairement aux deux larrons crucifiés près de lui, il ne fut pas nécessaire de briser les jambes de Jésus car il était déjà mort, très affaibli.  Si l’on considère que l’agonie d’un crucifié pouvait durer deux à trois jours et qu’on laissait ensuite le corps se décomposer, la crucifixion du Christ apparaît plutôt « hâtive » et Pilate lui-même « s’étonna qu’il fut déjà mort» au point de demander au centurion « s’il était mort depuis longtemps » (Marc). (8) Cette mort rapide apparaît opportune en cette veille de Shabbat et a fortiori avant Pâque, de telle sorte qu’on comprend que Pilate ait autorisé la déposition du corps, ce qu’il n’aurait pas forcément fait à une autre date. 


Christ en croix également dénommé « Le coup de lance » vers 1620 par Pierre Paul Rubens ((1577-1640) huile sur toile 429 cm x 311 cm Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers

Une telle rapidité peut poser question et c’est ainsi que certains historiens ont émis l’hypothèse que le Christ ne serait pas mort sur la croix (4) mais que, comateux, il n’aurait pas réagi au coup de lance du légionnaire qui n’était pas destiné à le tuer mais à tester la réactivité du supplicié. En effet, un légionnaire (qui sera plus tard dénommé Longinus -Longin- du grec louché : lance) lui perce avec sa lance le flanc droit d’où sort « du sang et de l’eau » tel que relaté à la manière grecque, c’est-à-dire selon l’importance décroissante mais qui ne correspond pas nécessairement à la chronologie de l’irruption des humeurs suggérant en l’occurrence l’évacuation de sang mais aussi d’une pleurésie mécanique.

Les artistes tels que Rubens (ibid.) prendront l’habitude de représenter Longin à cheval et il deviendra ainsi le patron des cavaliers. Ce n’est qu’à partir du XIe siècle que Jésus est représenté mort, la tête retombant symboliquement du côté droit et cette représentation se généralisera, à partir du XIIIe siècle, dans tout l’art occidental. (6) 

Marie est dans un état extrême d’affliction (contritio)  car, outre le fait d’avoir sous les yeux l’agonie de son fils, elle est aussi « confuse au-delà de toute mesure » en le voyant entièrement nu au point qu’elle s’efforça de l’envelopper dans le voile dont elle était coiffée. (6) En effet, et comme c’était la coutume, les soldats se sont partagés ses vêtements et ont tiré au sort sa tunique qui était d’une seule pièce et la nudité était en outre destinée  à humilier le condamné. Cependant représenter le Christ nu, qu’il fut nouveau-né ou crucifié, n’était pas paru inconvenant à certains artistes qui estimèrent que le fils de Dieu s’étant fait chair (incarné), ceci pouvait justifier de le représenter tel quel. (6) C’est ainsi qu’on peut le voir avec le Christ en croix attribué à Donatello (V. 1386-1466) (vers 1450 San Pietro a Sieve, Convento di Bosco ai Frati) ou avec le Crucifix du couvent San Spirito par Michel-Ange (1475-1564) (vers 1492 Casa Buonarroti, Florence). 

Néanmoins, peu d’artistes le représenteront totalement dénudé alors qu’on le verra recouvert d’une bande de toile enroulée autour de la taille et des cuisses (subligaculum) ou d’un pagne (perizonium), cette « création d’artiste n’ayant rien à voir avec la vérité historique ». (6) Rogier van der Weyden (v.1399-1464) inventera même un perizonium voltigeant de la plus curieuse façon malgré l’absence de vent observé par ailleurs… et ce motif connu un grand succès parmi les artistes flamands et surtout allemands tels que Dürer (Crucifixion v. 1500 Gemäldegalerie Dresde) et Lucas Cranach (La Crucifixion ou Lamentation sous la croix 1503 Alte Pinakothek Münich). 

Dans Le Christ mort avec la Vierge et Saint Jean (Pinacoteca du Brera Milan), Giovanni Bellini (v. 1430-1516) nous montre que « le dialogue muet entre la mère et le fils est d’une extrême efficacité et traduit une douleur intense et contenue ». (13)


La Déposition de la croix ou La Déploration du Christ, v.1455-1460.
par Dirk Bouts 1415-1475.
(Musée du Louvre)

e Christ étant mort, c’est alors qu’intervient un personnage singulier, à l’historicité incertaine, nommé Joseph d’Arimathie qui est un notable juif, membre du Sanhédrin de surcroit. Nous n’en savons guère plus en l’absence de compte-rendu du Sanhédrin de l’époque mais l’Evangile fait référence à plusieurs reprises à la manière dont Joseph d’Arimathie « disciple de Jésus mais en secret », prend sa défense devant cette assemblée. (*) 

En outre, il  est suffisamment aisé pour disposer d’un tombeau vacant et, bien qu’il s’expose aux critiques violentes des autres membres du Sanhédrin, il va demander à Ponce Pilate l’autorisation d’emporter le corps de Jésus pour le mettre dans son propre sépulcre. Sa demande est conforme au droit romain (9) car « le supplicié appartient à l’administration romaine et à ce titre échappe à sa famille » (*)

De ce fait, il obtint la permission d’enlever le corps du Christ de telle sorte qu’avec l’aide de Nicodème, ils enveloppèrent le corps dans un linceul avant de le mettre dans le tombeau selon la manière des Juifs d’ensevelir les morts en Terre Sainte. Cette façon de procéder suscite l’étonnement des historiens car comment Pilate a-t-il pu acquiescer à cette demande alors que le condamné était voué à la fosse commune ? De toute façon, il faut faire vite puisque « l’ensevelissement doit être terminé avant qu’on ne puisse plus distinguer un fil blanc d’un fil noir du fait du coucher du soleil parce que le Shabbat aura commencé, et quel Shabbat que celui-là ! A défaut il faudra suspendre les rites de l’ensevelissement et revenir le moment venu pour les reprendre et achever… ce qui sera la démarche de Marie-Madeleine au matin de Pâque. » (*)

La chose n’a pas du être facile si l’on considère que « l’une de caractéristiques majeures de la mort par crucifixion est qu’elle comporte une rigidité cadavérique immédiate et non progressive », les bras étant en extension et les jambes se figeant en flexion. (*) La Descente de croix a lieu vers 16 heures et c’est vers 18h00 (la neuvième heure) que le Christ est inhumé, c’est-à-dire peu avant samedi car pour les Juifs la journée commençait à la tombée de la nuit. (11) Le tombeau est scellé et surveillé par des gardes à la demande des prêtres du Temple qui craignent que des sympathisants s’emparent du corps. 

C’est alors que la foi prend le relais de l’histoire car, malgré cette précaution (un ange aurait endormi les gardes) il s’avère que, le dimanche, la tombe est retrouvée vide alors qu’auraient déjà pu exister des signes de putréfaction sur le visage, les mains et les pieds, si l’on se réfère au réalisme cru de la représentation qu’en fit Hans Holbein le Jeune (vers 1497- 1543) avec Le Corps du Christ mort dans la tombe peint vers 1521 (Kunstmuseum Bâle). 

Quoi qu’il en soit, le Christ apparaît ensuite à ses fidèles, en particulier à Marie-Madeleine le jour de Pâque en lui disant Noli me tangere (ne me touche pas) et Caravage (1571-1610) peindra  L’Incrédulité de saint Thomas vers 1603 (Palais de Sanssouci de Potsdam). Il en sera déduit que Jésus est ressuscité. 

C’est ainsi que, même si la Pietà est une scène artistique qui n’a pu avoir lieu (*), l’histoire sainte retiendra au décours immédiat de la Crucifixion, la Descente de Croix puis la Déposition avec le Christ mort au pied de la croix et la Lamentation avec, à chaque  fois, l’immense douleur de celle qui, effondrée et en larmes, deviendra la Vierge des sept Douleurs que sont : la Prophétie de Siméon (ou la circoncision selon les auteurs), la Fuite en Egypte, la perte de l’Enfant Jésus resté au milieu des Docteurs de la Loi, le Portement de Croix, la Crucifixion, la Descente de Croix et la Mise au Tombeau. (1) (14) 

On ne peut qu’être impressionné par la Vierge de douleurs de Dirk Bouts (1415-1475) (Musée du Louvre), dont les larmes coulent sur le visage après qu’elle ait vu son fils unique crucifié de la plus horrible façon et cette Mater dolorosa et lacrimosa en impose par sa dignité.

 

Bibliographie

(1) Renault Ch. Reconnaître les Saints et les personnages de la Bible. Ed. J.-P. Gisserot 2002.
(2  ) Schmidt J. Le Christ et César. Desclée de Brouwer 2009.
(3) Hasenohr G. Les traductions françaises du « Stabat mater dolorosa » Textes et contextes (XIVe-XVIe siècles) brepolsonline.net.
(4) Duquesne J. Jésus. Desclée de Brouwer/Flammarion 1994.
(5) Gaffiot F. Dictionnaire illustré Latin-Français Hachette 1934.
(6) De Landsberg J. L’Art en Croix le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art. La Renaissance du Livre 2001.
(7) Baslez M-F Jésus. Prophète ou rebelle ? Histoire & Civilisations N°23 : 22-55 décembre 2016.
(8) La Bible de Jérusalem. Cerf 2000.
(9) Baslez M-F Ponce Pilate Histoire & Civilisations N°49 : 46-59 qvril 2019.
(10) Thomas M. Trésors de l’art sacré dans les hautes vallées de Maurienne. La Fontaine de Siloé 2004.
(11) Baslez M-F. Les derniers jours du Christ. Histoire & Civilisations N°71 : 60-69 avril 2021.
(12) Boespflug F. La Crucifixion dans l’art – un sujet planétaire (Bayard 2019).
(13) Tempestini A. Giovanni Bellini. Gallimard 2000.
(14) Schmitz I. Mater dolorosa. In Michel-Ange Le Figaro hors-série 2020

Remerciements au Dr Philippe Rouesnel pour sa documentation et je suis éminemment redevable à Monsieur Tugdual de Kermoysan, Aumônier des hôpitaux de Ploërmel et de Josselin (Morbihan) pour ses remarques très érudites. (*)

Bien que la date exacte reste hypothétique, il semble que ce fut le vendredi 7 avril 30, en début de matinée, que commença à Jérusalem le procès de Jésus de Nazareth, Juif de Galilée, âgé d’environ 35 ans. Aux yeux de l’instance suprême locale, le Sanhédrin, il s’agissait d’un fauteur de troubles et d’un blasphémateur mais dont le grief d’insubordination relevait du droit de l’occupant romain qui, seul, pouvait infliger la peine capitale. C’est ainsi que Jésus fut jugé par le procurateur Ponce-Pilate et condamné à la flagellation et à devoir porter la partie transversale de la croix jusqu’au Golgotha où il est crucifié vers 12h sous les yeux de sa mère Marie profondément affligée (dolorosa) et en pleurs (lacrimosa). La mort de Jésus ayant été constatée vers 15h, on procède à la descente de croix vers 16h suivie d’une inhumation dans un tombeau vers 18h, c’est-à-dire peu avant la tombée de la nuit qui est le début du Shabbat consacré à Dieu et de ce fait aucun supplicié ne doit être visible, d’autant que le dimanche qui suit inaugure la grande fête juive de Pâque. C’est justement ce dimanche qu’on constatera que, malgré les précautions prises, le tombeau est vide. Jésus ayant été revu ensuite par certains de ses fidèles, la foi prenant alors le relais du fait historique, d’aucuns considérèrent que Jésus était ressuscité.




Russie : les faits

Au risque de perturber certaines opinions, ce qu’est la Russie actuelle et son dictateur, Poutine, ont été décrit à grands traits dans la rubrique « Lire » précédente. Ici seront donc conseillés la lecture de trois livres, l’un récent, deux plus anciens mais encore disponibles, décrivant par le menu c’est-à-dire avec les détails, ce qu’est cette Russie.

LES HOMMES DE POUTINE

Catherine Belton, journaliste, ancienne correspondante à Moscou, a mené un long travail de décryptage des réseaux financiers du clan Poutine et des services secrets d’abord soviétiques, le KGB, puis constituant l’état profond russe, le FSB. Le sous-titre de son livre est explicite : « Comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’Ouest ». La quatrième de couverture en synthétise parfaitement le résultat : « Belton raconte comment cette ligue d’oligarques a mené sa saisie d’entreprises privées ; siphonné des milliards ; brouillé les frontières entre le crime organisé, le système judiciaire et le pouvoir politique ; enfermé les opposants puis utilisé leurs richesses et leurs réseaux pour étendre son influence en Occident ».

Schématiquement, l’histoire est la suivante. A l’arrivée de Gorbatchev, le KGB sentant la fin possible de l’URSS décide de transférer son trésor de guerre financier à l’Ouest pour mener de futures luttes contre l’Occident honni. Pour cela, il va créer un vaste réseau de banques avec ses intermédiaires et permettre à des millions de dollars de quitter l’URSS puis la Russie. Arrive Eltsine et une espèce de chaos permettant à travers d’habiles manœuvres à divers membres de l’ex-Nomenklatura soviétique de faire main basse sur les richesses du pays et de devenir milliardaires en quelques mois. Ceux qui étaient aux premières loges étant les banquiers du système. Dans un régime ayant encore une justice efficiente, l’étau de la corruption se resserrant autour d’Eltsine, il fut décidé de placer au pouvoir ce qui était censé être un homme-paille du FSB, Poutine, afin de reprendre les rênes du pays. Mais si Poutine a agi au-delà des espérances du FSB, ce fut au profit d’un clan étroit qu’il avait formé à Saint-Petersbourg.

POUTINE

Ce qui, entre autres, frappe dans cette histoire, c’est le changement d’échelle des détournements financiers dans l’entourage de Poutine : toute la partie concernant ses fonctions d’adjoint au maire de Saint-Petersbourg est écrite en millions de dollars, parfois quelques centaines, mais, dès que Poutine accède à des fonctions de premier plan à Moscou, l’unité de compte passe aux milliards de dollars. Les chiffres donnent le vertige, les réseaux et montages sont complexes et parfois difficiles à suivre, ce d’autant que l’auteur ne peut avoir accès à toutes les sources. Mais elle a eu la chance ou la persévérance de pouvoir interroger de très nombreux membres, le plus souvent « repentis » de l’entourage de Poutine et d’Eltsine et d’avoir leurs commentaires sur les événements.

Parmi la multitude de renseignements passionnants fournis dans ce livre, vous trouverez la description des liens entre la mairie de Saint-Petersbourg, Poutine et la mafia qui tenait le port de la ville, quelques-uns des ressorts de l’exploitation de la guerre de Tchétchénie à des fins électoralistes, toute l’histoire de l’ascension et de la chute puis de la spoliation de la fortune de Mikhaïl Khodorkoski et l’aide apporté par la Russie et la mafia russe à maintenir Donald Trump financièrement à flot… 

EN SAVOIR PLUS…

Les hommes de Poutine. Comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’ouest

    • Auteur : Catherine Belton
    • Éditeur : alent Sport
    • Parution : Juillet 2022
    • Pagination : 592 pages
    • Format broché : 23,90 euros
    • Format numérique : 14,99 euros

RUSSIE ETAT MAFIA

Encore un livre écrit par un journaliste, Luke Harding, correspondant du Gardian à Moscou durant plusieurs années de la première ère Poutine. Harding est l’auteur de plusieurs autres livres passionnants tels « Julian Assange et la face cachée de Wikileaks : la fin du secret », « Collusion : comment la Russie a fait élire Trump à la Maison-Blanche » et « Le dossier Snowden : les services secrets au cœur d’un scandale planétaire ».

Dans « Russie Etat Mafia », il décrit sous forme de chronique son parcours en Russie. Les multiples détails sordides qu’il rapporte permettent de comprendre comment la Russie de Poutine n’est pas seulement un Etat-Mafia mais aussi un Etat aux mains des services secrets, le FSB (Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie).

Ainsi, par exemple, pour faire comprendre à ce journaliste qu’il est espionné en permanence, dans le double objectif de bien lui montrer qu’il n’a aucune liberté de manœuvre et de le faire « craquer » afin qu’il reparte dans son pays, lorsqu’après son travail, il revient à son appartement des modifications infimes de celui-ci sont destinées à lui faire comprendre qu’il a été « visité » : une fenêtre ouverte dans la chambre des enfants (menace indirecte), un cassette dans le magnétoscope (on regarde même ce que tu regardes), un livre sur la table de chevet avec un marque-page au chapitre « comment faire pour que sa femme ait du plaisir » (même ta vie sexuelle nous est connue). Voire dans ses correspondances téléphoniques des interruptions ou bruits parasites posés à dessein pour bien faire comprendre qu’il est sur écoute. Tout est anodin, improuvable mais l’intention malfaisante est bien là reposant sur les méthodes ancestrales du KGB.

Sont aussi décrits les assassinats de divers journalistes russes d’opposition et leurs circonstances et, concernant plus spécifiquement le caractère mafieux de l’Etat, le procès de Mikhaïl Khodorkoski et des éléments sur la manière dont « l’Etat » s’est accaparé la fortune de divers milliardaires qui n’étaient plus en cours comme par exemple, Sergei Magnistky. Un livre édifiant et de lecture facile.

EN SAVOIR PLUS…

Russie Etat Mafia

    • Auteur : Luke Harding
    • Éditeur : Original Découverte
    • Parution : Mars 2012
    • Pagination : 336 pages
    • Format broché : 18,50 euros, très variable selon les sites (nombreuses occasions)

WINTER IS COMING

Ce livre est pratiquement le plus terrible des trois, car il a été écrit de façon prémonitoire en 2015, peu après la première invasion d’Ukraine, et par un opposant du régime poutinien et ancien champion du monde d’échec, Garry Kasparov. Son sous-titre est « Stopper Vladimir Poutine et les ennemis du monde libre ». Et l’auteur sait de quoi il parle puisqu’il a connu le régime soviétique, le monde non soviétique puis les années Eltsine et Poutine. Il a subi la répression poutinienne dont il décrit les modalités en rappelant tous les crimes commis contre les opposants du régime.

Son analyse l’amène à comparer Obama à Chamberlain et à deviser « qu’il n’y a pas le moindre Churchill à l’horizon. La guerre est une conséquence de la faiblesse, pas de la force ».

Surtout, dès 2015, il écrit ce qui peut être considéré comme la leçon à retenir de l’évolution de la Russie des vingt dernières années « Poutine exploite chaque ouverture – et en abuse – et ne se sent aucunement contraint d’obéir aux lois ou de respecter les droits de l’homme en Russie comme à l’étranger. Poutine est une cause perdue, et la Russie en restera une aussi tant qu’il sera au pouvoir. Ce fut dès le début une erreur de le traiter comme n’importe quel chef d’Etat, mais aujourd’hui personne n’a plus d’excuses. Il ne reculera et sera chassé d’Ukraine que le jour où des menaces crédibles sur son pouvoir diviseront ses élites et ses conseillers. Pour l’heure, rien ne les incite à parier contre lui. Il les protège, ainsi que leurs biens, tandis que le monde libre, dans lequel ils aiment tant profiter de la vie, n’a pas fait le moindre geste qui les forcerait en fin de compte à choisir entre leurs richesses et lui. Modifier cette vision des choses est la seule façon autre que militaire de protéger l’Ukraine – et les autres territoires auxquels il s’attaquera afin de nourrir la propagande qui le maintient au pouvoir en Russie ». 

EN SAVOIR PLUS…

Winter is coming

    • Auteur : Garry Kasparov
    • Éditeur : Michel Lafont
    • Parution : Janvier 2016
    • Pagination : 592 pages
    • Format broché : 22,12 euros, très variable selon les sites (nombreuses occasions)
    • Format numérique : 14,99 euros



ChatGPT – L’humanisation de l’intelligence artificielle


Lancé en novembre 2022, chat GPT (1) est un prototype d’agent conversationnel utilisant l’intelligence artificielle. Développé par OpenAI, cet outil de communication en ligne permet à ses utilisateurs de dialoguer en temps réel avec un bot (robot). Il a été développé dans le but d’échanger facilement et de rendre les conversations « humaines ». Encore à l’état de prototype, le chat GPT attire l’attention par ses réponses développées, bien que ses explications factuelles soient parfois légères et critiques. Mais son avenir est extrêmement prometteur… et inquiétant tant les dérives peuvent être nombreuses.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 450 – janvier-février 2023

Nous avons donc posé une multitude de questions à ce robot, et les réponses ont été claires et précises. Mais se posent des interrogations légitimes des sources bibliographiques et les risques de plagiat (dans le cadre de la littérature médicale par exemple), la désinformation, la transparence des bases de données utilisées, la responsabilité du texte de celui ou celle qui le rend public.

On devrait donc commencer par « Cet article n’a pas été rédigé par une IA (intelligence artificielle), mais par une IH (intelligence humaine), journaliste en chair et en os. »

Voici la réponse de chat GPT et de son chatbot à l’une de nos questions : « Je veux réaliser un article de présentation de la pose d’un stent dans le futur »

La réponse est venue en 15 secondes chronomètre en main… « Bien sûr ! Je serais heureux de vous aider. La pose d’un stent est une procédure courante utilisée pour traiter les maladies coronariennes, qui sont responsables de la plupart des crises cardiaques. Les stents sont des dispositifs médicaux qui sont insérés dans les artères pour maintenir leur ouverture et améliorer le flux sanguin vers le cœur.

Avec les avancées technologiques, la pose d’un stent est devenue de plus en plus précise et moins invasive. Les stents actuels sont fabriqués à partir de matériaux flexibles et résistants, tels que le polyéthylène téréphtalate, qui peuvent se plier et se déplier en fonction de la taille de l’artère. Les stents actuels sont également recouverts de médicaments qui réduisent le risque de récidive de la maladie coronarienne.

Dans un avenir proche, les stents pourraient devenir encore plus performants grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotique. Les algorithmes d’IA pourraient aider les médecins à planifier les procédures de pose de stents en utilisant des images d’IRM et d’échographie pour déterminer la taille et la forme de l’artère. Les robots chirurgicaux pourraient également être utilisés pour poser les stents avec une précision accrue, réduisant les risques de complications pour les patients.

Il existe également des recherches en cours sur des stents à libération prolongée de médicaments, qui pourraient maintenir les artères ouvertes pendant des périodes plus longues. Cela pourrait réduire la nécessité de procédures de révision et améliorer les résultats à long terme pour les patients.

En résumé, la pose d’un stent est une procédure courante pour traiter les maladies coronariennes qui a considérablement évolué ces dernières années. Les stents actuels sont plus précis et moins invasifs que jamais, et les avancées technologiques telles que l’IA et la robotique pourraient encore améliorer les résultats pour les patients dans un avenir proche. Les stents à libération prolongée de médicaments pourraient également réduire les risques de complications à long terme. »

Ce petit résumé sur les stents n’est évidemment pas d’un haut niveau scientifique. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’on lui avait demandé. Mais rapides et précises, les réponses de Chat GPT sont plausibles et cohérentes, du moins en apparence, car elles peuvent également se révéler trompeuses ou mal interprétées. L’acquisition de l’IA se fait sur une connaissance des données qui lui ont été fournies ou apprises par des applications algorithmiques tel que le machine learning (voir nos articles sur l’IA en Santé sur le site lecardiologue.com) ou l’interaction avec les utilisateurs. 

L’application a été entraînée sur une très grande quantité de données (175 milliards de paramètres, à partir de plus de 500 milliards de textes provenant du web, d’encyclopédies et de livres).

 

UNE RÉVOLUTION MÉDICALE ?

Mais en tant que médecin, imaginez quel sera l’avenir de chat GPT dans les années à venir ? Une révolution médicale ou simplement une application supplémentaire façon Google évolué ? La réponse est finalement dans la question, car la technologie de chat GPT va faire évoluer rapidement la façon dont travaillent les moteurs de recherche tels que Google ou Qwant. 

Si certains professionnels de santé se sont déjà associés à cette technologie dans leur pratique médicale, des patients se sont emparés de Chat GPT pour avoir un diagnostic de leur maladie, et il leur a suffi d’appuyer sur le bouton pour avoir le résultat avec des réactions parfois étonnantes, mais non moins surprenantes : « l’intelligence artificielle fait mieux que mon médecin, il a trouvé ce que j’avais en quelques secondes ». On entrouve ici la boîte de pandore avec les conséquences qui pourraient être désastreuses : mauvais diagnostic, traitement inadapté… 

Nombre de médecins ont déjà eu des discussions, voire des confrontations, avec des patients qui avaient fait des recherches sur internet pour poser eux-mêmes leur diagnostic. Mais Chat GPT change la donne, et l’IA pourra fournir une information diagnostique plus ou moins précise, mais ne remplace pas le vrai diagnostic médical ainsi que l’empathie et les soins apportés par un (véritable) professionnel de santé.

 

CONCLUSION

Ce nouveau système d’IA issu directement de la recherche suscite un engouement tel qu’il va marquer une nouvelle étape dans le développement des technologies numériques.

Même Meta s’y était mis en donnant aux chercheurs la possibilité d’écrire des articles scientifiques (2), mais devant la polémique, l’entreprise avait été obligée de supprimer son application deux jours après sa mise en ligne.

L’autre interrogation est de savoir si ChatGPT doit répondre à toutes les questions. OpenAI a déjà fait évoluer son modèle afin qu’il ne fournisse plus la recette pour créer des bombes à la demande.

Alors GPT, dangereux ? Oui, sans doute si nous ne prêtons pas garde à ce que l’intelligence artificielle peut construire autour sans que l’on en prenne vraiment la mesure, d’autant que certains médias ont l’intention de se fournir sur GPT…

Dans notre prochain dossier, nous verrons les incidences sur la formation et la recherche scientifique qui sont déjà bien présentes.

(1) Chat pour dialogue et generative pretrained transformer pour GPT.
(2) Un prompt est un court texte qui permet de diriger une intelligence artificielle pour qu’elle crée une image ou un texte.

DETECTGPT CONTRE CHATGPT

Une équipe de chercheurs (3) a mis au point l’application DetectGPT, un outil qui permettant de déterminer si un texte a été généré par ChatGPT. Il est destiné en particulier à la communauté éducative qui s’inquiète de son utilisation par les étudiants. Ce logiciel serait fiable à 95 %.

(3) Université américaine Stanford.

© WrightStudio/Depositphotos

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également



Cybersécurité – banalisation sur toile

Intelligence artificielle – la santé au cœur du futur


L’intelligence artificielle – Introduction à la Santé


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Le régime de Poutine – Aussi édifiant que terrifiant

Le 24 février 2022, avec la guerre d’agression génocidaire contre l’Ukraine, une partie du monde s’est décillée quant à la nature du régime de Vladimir Poutine. Plusieurs livres existaient déjà sur ce qu’est devenue la Russie post-soviétique, mais depuis l’invasion de l’Ukraine, de nombreux sont parus, de moins en moins complaisants, de moins en moins superficiels ou « politiquement corrects » et qui permettent dorénavant de parfaitement comprendre Poutine et le système qu’il représente. Deux livres récents font en quelque sorte la synthèse de nombreux autres et sont sans concession. Ils rappellent une histoire cruelle, celles des régimes nazis et soviétiques totalitaires. A lire absolument…

LE LIVRE NOIR DE VLADIMIR POUTINE

UN NOUVEAU TOTALITARISME

Ayant pu accéder entre 1992 et 1994 aux archives du Parti Communiste russe à Moscou, Stéphane Courtois avait déjà coordonné un Livre noir, celui du communisme. Il est donc un parfait connaisseur et analyste des régimes totalitaires. Il coordonne ce nouveau Livre noir, consacré à Vladimir Poutine, avec Galia Ackerman et ne manque pas de faire le parallèle entre le système instauré par Poutine et celui créé par Lénine et Staline. Car comme le dit un des auteurs : « Le poutinisme a hérité du stalinisme son sadisme systémique ».

« Le régime poutinien est né de l’osmose des forces organisées qui ont survécu à l’effondrement de l’URSS : les services spéciaux et la pègre. Sa politique étrangère est façonnée par cette double influence… Dès la première année de sa présidence, en bon officier du KGB, Poutine chercha à mettre la Russie en position de recruter les élites occidentales, de faire chanter les pays étrangers et éventuellement de les racketter. »

Ce qui en ressort est que la Russie est actuellement aux mains d’un clan qui souhaite façonner les esprits pour anéantir toute résistance à ses projets. 

Il contrôle les médias, l’église orthodoxe russe, la justice, les services secrets et les parlements qui ne sont que des chambres d’enregistrement des décisions de Vladimir Poutine. Mais aussi les principales industries pourvoyeuses de devises comme les sociétés pétrolières et du gaz. 

Ce clan peut tout à la fois se définir comme tchékiste, impérialiste, mafieux et prédateur et son capo di tutti capi est Poutine auquel tous doivent allégeance. Dans le cas contraire, la justice aux ordres les mettra en camp de travail, s’ils ne rencontrent pas un poison radioactif ou quelques balles, y compris s’ils séjournent à l’étranger. Et peu importe que l’Etat russe soit reconnu coupable du crime par les pays tiers, il échappera à la justice et aura fait comprendre à ceux qui ne font pas allégeance au capo que « le crime est le message ».

Pourquoi échappe-t-il à la justice ? Parce qu’il est souverain, parce qu’il téléguide ses opérations et en protège les acteurs, et parce qu’il pense que les démocraties sont par définition peureuses, lâches et corrompues. Et le système Poutine sait de quoi il parle car la corruption et le racket à l’échelle internationale sont deux de ses armes de choix. 

Ainsi, par exemple, les gazoducs comme les deux Nord Stream ont été conçus comme des armes géopolitiques ayant plusieurs objectifs : créer une dépendance énergétique des pays européens et donc posséder un instrument de chantage, assurer un flux de devises pour le pays, corrompre les élites occidentales, découpler l’Union européenne en faisant de l’Allemagne un pays dépendant de l’énergie russe et donc aux intérêts séparés de ceux de la France.

UN RÉGIME CRIMINEL, UNE VISION CRIMINELLE DE LA SOCIÉTÉ

LQue ce soit sur son territoire, en Tchétchénie, en Géorgie, en Syrie ou en Ukraine, les crimes de la Russie de Poutine relèvent de quatre catégories légalement définies : crime de guerre, crime contre l’humanité, crime de génocide et crime d’agression, également connu comme crime contre la paix.

« Ce que Poutine cherche à établir en tant qu’ancien malfrat pétersbourgeois, c’est l’extension du domaine du crime. Il se moque d’établir un contrôle durable ou un “Reich de mille ans” ; sa volonté est d’abord de montrer que, au rebours des prétentions du monde civilisé de tenter d’instituer un monde autant que possible régi par le droit et le respect de la personne humaine, il peut sans opposition majeure transformer le monde en un règne du non-droit, où tout est possible et dès lors permis. Il se trouve ainsi à la tête d’un régime entièrement et essentiellement criminel qui n’est même plus soutenu par la fiction d’un monde meilleur où le prolétariat régnerait en maître. Certes, il peut se servir de la haine de l’Occident qu’entretiennent certains dictateurs qui y voient une entrave à l’accomplissement de leurs méfaits. Mais son projet va encore au-delà de celui de la destruction du monde libre. Il est celui du règne sans partage du monde du crime ». 

EN SAVOIR PLUS…

Le livre noir de Vladimir Poutine

    • Auteur : Collectif sous la direction de Galia Ackerman et Stéphane Courtois
    • Éditeur : Perrin – Robert Laffont
    • Parution : Novembre 2022
    • Pagination : 464 pages
    • Format broché : 24,90 euros
    • Format numérique : 16,99 euros

POUTINE OU L’OBSESSION DE LA PUISSANCE

UN ÉTAT MAFIEUX

Françoise Thom, historienne et agrégée de russe, a écrit quelques chapitres du Livre noir, mais dans son livre paru un mois auparavant, elle expose plus précisément l’emprise de la mafia sur la société et la culture russes, et ce, depuis l’existence de l’Union soviétique.

Dès le premier chapitre, elle rappelle que les services de sécurité soviétique (le KGB) veillaient à anéantir toute dissidence, conduisant les survivants du système à rejoindre le Goulag. Celui-ci était tellement peuplé qu’il était en fait régi par la pègre. 

Et l’interconnexion entre ces divers mondes à fait dire à l’époque par Soljénitsyne dans l’Archipel du Goulag : « Qui des tchékistes et des truands a rééduqué l’autre ? » Ce qui fait par ailleurs écrire à l’auteur « L’organisation spontanée du tissu social en clans, dans tous les domaines d’activité, du syndic d’immeubles aux groupes pétroliers, explique que dans une telle société, il est pratiquement impossible de défaire le nœud entre criminalité organisée, structures de force (police, services spéciaux, armée, Parquet) et bureaucratie ».

UNE VISION MAFIEUSE

Et Françoise Thom de poursuivre : « Poutine, qui a été formé par la pègre et le KGB, est incapable de penser en termes politiques. Il ne tient compte ni de la société, ni de l’opinion qui, à ses yeux, sont totalement manipulables par les élites. Il ne comprend pas ce qu’est un Etat, ni un empire, car le droit est absent de ses catégories mentales. Sa logique de chef de bande éclipse tout. Sa vision de la scène internationale est celle d’une jungle où s’affronte des mâles dominants. Sa vision de l’empire est celle d’un espace exclusif de pillage et de prédations. Il ne reconnaît qu’un seul crime : faire défection et passer sous le contrôle d’un mâle dominant rival ».

ALORS ?

On pourrait croire ces propos exagérés, mais en fait ils sont étayés par de nombreux exemples produits dans ces deux livres et plusieurs autres récents. Ils forment la vision qui semble la mieux adaptée à la situation russe et à une évolution du monde qui rappelle celle des années folles où une partie de l’Europe « s’amusait » pendant que deux totalitarismes s’installaient qui allaient conduire à la deuxième guerre mondiale, celle-ci étant permise par le pacte Molotov-Ribbentrop ou pacte germano-soviétique de 1939 unissant les intérêts à court terme de ces deux totalitarismes.

Aussi est-il utile de reprendre la conclusion de Françoise Thom concernant Poutine et l’époque actuelle : « Comme Hitler, il a misé sur la faiblesse des démocraties, sans comprendre que celles-ci, habituées au consensus et aux manières civilisées, mettent du temps à se rendre compte qu’elles ont un ennemi, mais que, quand elles ont réalisé le péril dans lequel elles se trouvent, elles finissent toujours par trouver les ressources et l’énergie pour faire face au danger ».

EN SAVOIR PLUS…

Poutine ou l’obsession de la puissance

    • Auteur : Françoise Thom
    • Éditeur : Editions du Rocher
    • Parution : Octobre 2022
    • Pagination : 248 pages
    • Format broché : 17,90 euros
    • Format numérique : 16,99 euros
    • Format poche : 7,90 euros



Les cryptos – La future économie ?


Le métavers possède sa propre économie virtuelle basée sur les cryptomonnaies par l’intermédiaire des blockchains. Celles-ci interviennent dans les transactions afin que les utilisateurs puissent échanger, vendre ou acheter entre eux. L’intérêt pour les cryptomonnaies réside en grande partie dans la recherche de profits, les spéculateurs faisant parfois grimper les prix de façon astronomique.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 449 – novembre-décembre 2022

Vêtements, maisons, œuvres d’art, activités diverses, de nombreuses affaires peuvent être réalisées dans le métavers. C’est lors de ventes ou d’achats que les cryptomonnaies (par l’intermédiaire des blockchains) interviennent. Grâce à cette monnaie, les utilisateurs peuvent échanger entre eux et par conséquent participer à cette économie virtuelle. Il existe différentes cryptomonnaies telles que le Bitcoin, l’Ethereum, Binance Coin, Ripple, Cardano… Elles sont particulièrement nombreuses.

L’univers de la cryptomonnaie possède son propre jargon qui désoriente facilement les non-initiés : coins, tokens crypto, tokens non fongibles (NFT), tokens de marchandise (…), des mots utilisés uniquement dans le monde virtuel.

Les cryptomonnaies, appelées « crypto-actifs » par – entre autres – les autorités de marché financiers, sont des actifs numériques virtuels qui reposent sur la technologie de la blockchain (1) à travers un registre décentralisé et un protocole informatique crypté. Le cryptomonnaie n’est pas une monnaie telle que l’on peut la définir dans le monde réel, et sa valeur se détermine uniquement en fonction des échanges, entre l’offre et la demande. 

 

LES CATEGORIES DE CRYPTOMONNAIE

Il existe plus de 1 300 cryptomonnaies à ce jour qui sont regroupées en deux catégories : le coin (pièce) et le token (jeton). 

Le coin (ou altcoin) désigne toute cryptomonnaie qui utilise sa propre blockchain indépendante. La plus connue – le Bitcoin (BTC) – a été créée en 2009, et est la première application de la blockchain qui en a justifié la création. Elle possède sa propre infrasctructure.

Le terme altcoin (2) désigne tous les coins autres que le Bitcoin. La plupart des altcoins fonctionnent de la même manière que le Bitcoin avec leur propre indépendance, certains offrant un nombre illimité de coins dans leur transaction alors que le Bitcoin est, lui, plafonné à un nombre de 21 millions, ce qui laisse déjà une belle place à l’investissement. 

Le token est un actif non-natif, lié ou non à une cryptomonnaie. Il utilise une infrastructure blockchain qui n’est pas la sienne, contrairement au coin. Ce jeton numérique est transférable numériquement entre deux personnes.

Il est facile d’en obtenir, soit en s’inscrivant sur une plateforme de trading dédiée aux cryptomonnaies. Il pourra ensuite être conservé dans un wallet (3) et utilisé pour des transactions, soit en participant à des levées de fond pour financer un projet, soit devenir mineur de crypto sur une blockchain (4) qui est récompensé par des tokens crypto.

 

QUEL CRYPTOMONNAIE PRENDRE ?

Il n’y a pas que le Bitcoin qui existe. Même si celui-ci affichait la plus forte capitalisation boursière, avec 896 milliards de dollars US en janvier dernier, d’autres cryptos ont le vent en poupe telle Ether (ETH) qui utilise sa propre blockchain avec un nombre illimité de création de coins ou Binance Coin (BNB), née de la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde en 2022 avec des frais de transaction réduits pour les utilisateurs qui ceux paient avec cette crypto. Vous voulez trader rapidement, Solana (SOL) est fait pour vous et peut exécuter 50 000 transactions par seconde, une plateforme particulièrement attrayante pour les investisseurs. IMPT est une cryptomonnaie prometteuse utilisant une blockchain face aux émissions carbone, Lucky Block (LBLOCK) pour ceux qui ne peuvent se passer de loteries ou de jackpots.

Comme vous le voyez, chaque cryptomonnaie a donc ses propres propriétés.

 

RÉGULATION DES CRYPTO-ACTIFS

Un nouveau cadre international en cours d’élaboration

Selon le Haut-conseil de stabilité financière français (HCSF), il doit y avoir une réglementation des crypto-actifs coordonnée au niveau international. Elle est nécessaire pour juguler le risque systémique potentiel.

Après les réglementations européennes MiCA et TFR (5) ou les acteurs de l’industrie blockchain de l’Union européenne devront se conformer à une série de dispositions dès 2024 encadrant plus strictement les crypto-actifs (comme l’interdiction totale pour les entreprises de rémunérer leurs clients avec le lending de stablecoins).

Mais le Web3 n’en a pas terminé avec les régulateurs, comme le rappelle le HCSF où la prochaine vague réglementaire devrait venir des organismes internationaux : le Conseil de stabilité financière et le Comité de Bâle qui regroupe les gouverneurs de la banque centrale  européenne et les superviseurs des 27 pays et établit les règles prudentielles du secteur.

 

LE RISQUE SYSTÉMIQUE DU MARCHÉ DES CRYPTOS

Dans son rapport, le HCSF, qui surveille donc le risque systémique du secteur financier en France, s’est penché sur le marché des crypto-actifs. Il conclut que le secteur « ne semble pas représenter à ce stade un risque systémique, de par sa taille relativement limitée et des interconnexions faibles avec la finance traditionnelle ». Il relève cependant un « manque de données fiables » et « la croissance des canaux de contagion du fait de l’intérêt croissant d’investisseurs traditionnels », qui le conduisent à juger une « nécessaire réglementation internationale ».

Ces canaux de contagion sont le développement de services de règlement en crypto-actifs par les grands acteurs du secteur du paiement (Visa, Mastercard…) et de placements comme les exchange-traded funds (ETF) (6) indexés sur des cryptomonnaies, la création de produits dérivés et la composition des réserves servant d’adossement à certains stablecoins.

Les risques liés à ces marchés sont par contre multiples avec tout ce que l’on ne veut pas connaître en tant que non-initiés : volatilité, produits à effet de levier, absence de transparence, complexité, gouvernance des organisations décentralisées autonomes, failles de sécurité, piratages, anonymat des transactions… Bref, que du bonheur !

 

ET L’AVENIR DANS TOUT CELA ?

La cryptomonnaie est pour certains pays, l’avenir de la finance, c’est le cas par exemple des Etats-Unis (ce qui n’est pas étonnant !) où conservateurs et démocrates sont au moins d’accords sur un sujet ! Mais il faut avant tout que les régulateurs du monde entier s’entendent sur un cadre de réglementation ce qui, vu le contexte actuel, est peu probable. Mais l’utilisation ascendante des cryptomonnaies doivent inciter les politiciens à agir (très) rapidement afin de créer des réglementations ad-hoc.

La récente affaire de FTX, considérée Il y a un mois encore comme la deuxième plus importante plateforme d’échange avec une valorisation de 32 milliards de dollars, a été placée sous le régime des faillites, faisant plonger le marché des cryptomonnaies dans le rouge.

Il y a à peine plus d’un an, le cours de FTX se traitait à 73 dollars, puis est brutalement descendu à une vingtaine de dollars puis 1,50 dollars… Si on en est arrivé là, c’est que son fondateur s’est servi d’une très grosse partie des fonds – 10 milliards sur les 16 milliards déposés par ses 100 000 clients – pour financer l’activité d’un fonds d’investissement et de trading fondé aux Bahamas. Une opération formellement interdite en principe qui aurait été rendu possible par une faille informatique.

La cryptomonnaie, pour devenir pérenne, doit donc avoir une réglementation internationale stricte et aboutie comme nous l’aons vu plus haut – et pas seulement européenne – afin que la cryptomonnaie ne devienne pas un risque potentiel et surtout un effondrement du système.

Dans le cas de FTX, les utilisateurs ne savent pas s’ils vont un jour récupérer leurs fonds, car en plus de ce blocage, les hackeurs auraient vidé 24 heures après le dépôt de bilan 477 millions de dollars…

 

(1) La blockchain (chaine de bloc) est une technologie de stockage et de transmission des informations, prenant la forme d’une base de données avec la particularité d’être partagée simultanément avec tous ses utilisateurs et qui ne dépend d’aucun organe central. Son atout principal est d’être rapide et sécurisée.
(2) L’altcoin est la contraction de « alternative coin » (c’est-à-dire une autre pièce/monnaie) et désigne toutes les cryptomonnaies autres que le Bitcoin.
(3) Le minage consiste à maintenir le réseau et valider les transactions.
(4) Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) est l’organisme chargé de veiller à la stabilité financière en France.
(5) MiCA (Markets in Crypto-Assets) et TFR (Transfer of Funds Regulation)
(6) Les investissements dans les ETF permet de se lancer tout en limitant les risques grâce à la diversification de ses investissements.
Source : amf-France

LES BASES DE LA CRYPTO

LA CRYPTOGRAPHIE. La cryptographie est utilisée pour protéger un message considéré comme confidentiel. Cette technique d’écriture est issue de la cryptologie où un message chiffré est réalisé à l’aide de codes secrets ou de clés de chiffrement. La cryptographie est principalement.

LA CRYPTOLOGIE. Etymologiquement la « science du secret », la cryptologie est considérée comme une science que depuis le XXe siècle. Les premières méthodes de chiffrement remontent à l’Antiquité et a été abondamment utilisée durant la deuxième guerre mondiale.

© maximsamos/Depositphotos

 

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également



Cybersécurité – banalisation sur toile

Intelligence artificielle – la santé au cœur du futur


L’intelligence artificielle – Introduction à la Santé


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Domaine Plageoles – Gaillac Prunelart 2017

C’est l’histoire d’une tribu poursuivant la même obsession : faire revivre à Gaillac les crus ancestraux. Tout débute milieu du XIXe siècle, lorsque Jules Plageoles commence à acheter des lopins de terre, pour planter de la vigne. Depuis 1970, Marcel, suivi de Robert, puis de Bernard ont été les pionniers de la défense des cépages oubliés et des techniques de vinification historiques.

La relève est maintenant assurée par les fils de Bernard : Florent et Romain (7e génération) qui défendent corps et âme les douze variétés de leur vignoble, dont le quatuor des Mauzac (vert, roux, rose, noir), l’ondenc, le duras, le délicieux prunelart, le rarissime verdanel. Hors des modes et des sentiers battus, alors que la plupart des viticulteurs privilégiaient les cépages internationaux, le domaine Plageoles continue de produire avec exigence des vins presque exclusivement en monocépages dotés de fortes personnalités dans une gamme de cuvées irréprochables de pureté et de droiture.

Le phylloxéra n’a fait qu’effleurer le vignoble gaillacois protégé par ses profonds sols argilocalcaires : ce qui explique la survie de ces cépages ancestraux.

Une méthode basée sur la nutrition des plantes

Toutes les plantations du domaine de 30 ha sont effectuées après une sélection massale rigoureuse (aucun clone). Les vignes sont travaillées selon les principes respectueux du terroir et selon des techniques de culture naturelles : pas de produits de synthèse, pas d’engrais chimiques, ni de désherbants, pas de levures sèches, ni de chaptalisation. Depuis plus de 20 ans, est appliquée la méthode « Cousinié » basée sur la nutrition des plantes : apports d’oligo-éléments, soit foliaires, soit dans le sol par engrais organiques. 

Toutes les vignes sont conduites en taille Gobelet non palissées, très adaptées aux conditions climatiques actuelles de réchauffement. Elles sont traitées par de faibles doses de soufre et de cuivre limitées grâce à des tisanes de prêle, de reine des prés, de consoude. Le domaine est certifié bio depuis 2010. Soulignons également l’importance du vent d’autan qui balaye et assainit la vigne.

Les vendanges sont manuelles en petites cagettes. La vinification des raisins rouges, notamment du prunelart, totalement égrappés, est précédée d’un pressurage, puis d’une macération précarbonique à froid. La fermentation en cuve béton, grâce à des levures indigènes, est courte de 10 à 15 jours en fonction de la vitesse de fermentation et du millésime avec 1 à 2 pigeages journaliers limitant les extractions. L’élevage en cuve ciment dure un an suivi d’un an encore en bouteille, dont la mise se fait le plus souvent sans filtration avec un sulfitage minimal. Il faut souligner que le prunelart, comme beaucoup de cuvées rouges des Plageoles, ne connaît pas le bois.

Un vieux cépage retrouvé

Le prunelart, très vieux cépage parent du malbec, avait quasi-disparu avant que Robert Plageoles n’en retrouve quelques pieds en 1993 chez un ami vigneron qui allait les arracher. Grâce à ses connaissances ampélographiques et une étude menée avec l’INRA, il a décidé de le replanter, pour le vinifier, choix particulièrement judicieux, puisque ce cépage donne, à son meilleur, des vins intenses en couleur remplis de saveurs bien mûres, « un vin au charme fou » selon les œnologues.

Ce prunelart 2017 du domaine Plageoles, illuminé d’une robe rubis scintillante aux nuances violines, tout en délicatesse et en précision, dévoile au nez des senteurs de fruits rouges (confiture de cerise) et noirs (mûre écrasée), de prune fraîche que viennent compléter des touches de réglisse, de graines de sarrasin, d’épices : poivre blanc. Riche, vive, salivante, la bouche ressent un beau jus frais et suave avec beaucoup de matière, mais des tanins souples plus intenses que denses avec des flaveurs d’eucalyptus et de menthol (parenté avec le malbec ?). La finale minérale et saline exacerbe cette sensation de tension et de pureté.

La richesse gustative de ce prunelart permet de nombreux mariages avec, en premier lieu, les produits carnés, telle une belle viande rouge maturée de bœuf juste saisie ou mijotée en sauce. 

Des accords régionaux privilégiés

Mais très logiquement les accords régionaux seront privilégiés, la cuisine du sud-ouest utilisant le piment d’Espelette appréciera le caractère épicé du vin : la côte de  cochon noir de Bigorre dorée au ras-el-hanout, l’agneau de lait des Pyrénées et pignons de pin, le mignon de porc et sa compotée de fruits d’automne, le pigeon farci aux olives, et à l’évidence les magrets de canard et tous les confits, qu’ils soient d’oie, de canard, de volaille ou de porc. 

Gardons un verre, pour déguster les fromages du sud-ouest qui, étonnamment, ne se déplaisent pas en la compagnie de ce vin rouge voisin : Cabécou, Rocamadour, Ossau-iraty, abbaye de Belloc, tomme des Gavachs ou des monts de Lacaune.

Ami Gaillacois qu’attendez-vous, pour ériger un monument à la gloire de la tribu Plageoles qui a réussi à faire sortir de l’anonymat votre région en marquant de son empreinte l’histoire récente du vin à Gaillac tout en restant particulièrement sage sur leurs prix malgré leur renommée croissante ?!

.

Domaine Plageoles
81140 Cahuzac-sur-Vere

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

 




Mater Dolorosa et la crucifixion de Jésus – 2e partie

– Par Louis-François Garnier


Voir la partie 1


Voir la partie 3

Le Grand-Prêtre du Temple Caïphe estimait que Jésus mettait la nation juive en danger mais la condamnation de Jésus n’était pas de son ressort de telle sorte que Jésus « a été condamné par le pouvoir romain au terme d’un procès légal » (7) en ayant « été jugé d’un bout à l’autre selon le droit romain » (9) bien que Pilate ait montré son mépris pour les Juifs en faisant flageller Jésus alors qu’aucune sentence n’était encore tombée. (*) 

La Judée était devenue province romaine après la mort d’Hérode le Grand (73 – 4 av. J.-C.) avec les mouvements insurrectionnels qui suivirent et qu’appréhendaient les Romains, surtout lors des grands rassemblements de foule comme lors de la Pâque juive qui était véritablement une poudrière compte tenu de l’importance de la foule et de son caractère exalté voire fanatique. Le Sanhédrin gouvernait le pays mais la réalité du pouvoir appartenait au « procurateur » romain, en l’occurrence Ponce-Pilate (Pontius Pilatus) qui était un citoyen romain issu de la classe équestre. 

Il fut préfet de Judée, à partir de 26 et pendant une dizaine d’années sous le règne de l’empereur Tibère (42 av. J.-C. mort en 37) devant lequel il fut tenu de venir s’expliquer pour rendre compte de sa gestion médiocre, source de mécontentements populaires préjudiciables à l’ordre établi, et ce à la fin 36 ou au début 37 à la demande expresse du proconsul de Syrie. On perd ensuite sa trace. Il s’agissait d’un commandement essentiellement militaire comme évoqué par son cognomen dérivé de pilum (javelot) (9) sous l’autorité du gouverneur de Syrie. Jésus est donc livré à Pilate qui « en bon juge, cherche à instruire l’affaire ». 

L’évangile selon Saint Jean (8) relate qu’à trois reprises Pilate, pourtant réputé pour son cynisme et sa cruauté, demanda aux Juifs « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? (…) Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation » et il chercha à le relâcher d’autant que lorsque Jésus ordonne de « rendre à César ce qui est à César » il n’y a rien de subversif et « les paroles du Christ furent des paroles de discipline et de subordination à l’Etat romain ». (2) 

Ainsi, Jésus apparaît bien loin des Zélotes violemment nationalistes et prônant l’action armée contre les Romains et les collaborateurs juifs. Pilate s’étonne que Jésus reste taciturne face aux accusations des Grands Prêtres et lui demande : « Es-tu le roi des Juifs ? » et Jésus répond en quelque sorte « si tu le dis ». Pilate s’insurge : « Tu ne réponds rien ? Ecoute tout ce dont ils t’accusent ! », mais Jésus de répondit plus rien, au grand étonnement de Pilate. Cependant, « les Juifs vociféraient en criant : A mort, crucifie-le ! » et convertirent ainsi, devant le procurateur, leur grief religieux en un procès politique en accusant Jésus de sédition et d’usurper le titre de roi, ce que le Romain Pilate pouvait comprendre alors que le prétexte religieux lui était totalement étranger. 

Pilate est la seule personne habilitée à entériner la peine de mort prononcée par Caïphe (10) mais il manque de preuves et, apprenant que Jésus est Galiléen, il l’envoie chez Hérode Antipas (20 av. J.-C. -39) alors tétrarque, c’est-à-dire « roi fantoche » de Galilée (*) et qui souhaitait depuis longtemps rencontrer ce faiseur de miracles. Hérode se heurte lui aussi au mutisme de Jésus qui ne répond pas aux questions qu’on lui pose. Hérode se déclare alors, en quelque sorte, juridiquement « incompétent », et renvoie cette affaire à Pilate après s’être moqué de Jésus. 

En dernier ressort, Pilate est donc seul juge et sollicite la vox populi en demandant lequel, de Barrabas pourtant impliqué dans des émeutes et un meurtre, ou cet homme là, ecce homo, Jésus, il peut libérer puisqu’à chaque fête de Pâque, la coutume voulait qu’on relâche un prisonnier. 

La foule est favorable à Barrabas de telle sorte que Pilate  finit par leur livrer Jésus puis il prit de l’eau et se lava les mains en présence de la foule en disant: « Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde ». Nous sommes le vendredi matin de la Pâque juive. La formule du jugement ordinaire était Ibis ad crucem, et immédiatement après le condamné marchait au supplice encadré par des licteurs ou, à défaut, par des soldats avec un centurion, exactor mortis ou supplicio præpositus. Jésus est alors lié à une colonne et condamné à « une bastonnade, une parade de dérision et à la crucifixion ». (9) Les soldats l’ayant affublé d’un manteau écarlate avec un roseau dans la main droite et une couronne d’épines qui lui déchire la tête, se moquent  de lui en fléchissant le genou par dérision et en crachant sur lui. (Matthieu) (8). Dès lors que la flagellation systématique faisait partie intégrante de la condamnation « au titre d’une double modalité d’exécution de la sentence » (*), Jésus est flagellé par les bourreaux (carnifices) avec un fouet au manche court dénommé flagrum. Ce fouet comportait des chaînettes de fer (flagra) terminées par des osselets de mouton ou des billes de plomb déchirant la peau avec « du sang qui sèche sur les plaies qui se rouvriront lorsqu’on le dévêtira pour le crucifier.  » (*) Il pouvait aussi s’y rapporter des lésions internes, en particulier des reins dès lors que Jésus a du être fouetté dans le dos contrairement à la condamnation à mort par le fouet (6), bien que la limite était ténue quant à ce « terrifiant supplice » (4). Il était admis que cinquante coups d’un tel fouet étaient mortels, la flagellation juive s’arrêtant à quarante neuf coups… puisque le Sanhédrin n’avait pas le droit de mettre à mort. (*) 


Le Christ mort avec la Vierge et Saint Jean (Pieta de Brera) (détail) vers 1470 par Giovanni Bellini (v.1430-1516).
Peinture à la détrempe. Pinacoteca di Brera. Milan

Avec Le Christ à la Colonne peint vers 1478 (Paris, Musée du Louvre), Antonello de Messine (V. 1430-1470) suggère le moment même de la flagellation par la seule expression du visage du Christ, d’un pathétisme saisissant avec la colonne, la couronne d’épines, mais aussi la corde au cou et des larmes plus vraies que nature. Il s’agit alors d’humilier, de dégrader et finalement de déshumaniser le condamné mais pas de le tuer, du moins pas tout de suite. 

Le condamné à la crucifixion devait porter (portement) le patibulum au prix d’un effort intense qui lui arrachait un rictus, une mine patibulaire… mais Jésus était tellement affaibli qu’il fallut requérir un dénommé Simon de Cyrène pour l’aider à porter cette poutre pesant environ trente kilos durant les quelques quatre cents mètres séparant le palais de Pilate du lieu de la crucifixion où il arrive alors qu’il est à peine midi. Il était habituel de réquisitionner un passant pour aider le supplicié qu’on souhaitait garder en vie pour l’exposer le plus longtemps possible, pour en faire un exemple dès lors que les contemporains étaient plus frappés par la durée que par la cruauté relative. (11) 

De toute façon, il eut été impossible de porter la croix entière, bien trop lourde, contrairement à ce qui est souvent figuré. Le condamné devait donc, le plus souvent en se faisant aider par quelqu’un désigné au hasard, porter la barre horizontale. Lorsque Jésus parvint au lieu de l’exécution, on lui présenta, selon un usage juif et non romain, du vin fortement aromatisé à base de myrrhe, avec l’amertume du fiel mais aussi, semble-t-il, un effet narcotique. Jésus, après avoir approché ses lèvres du vase, refusa de boire, peut-être pour rester lucide jusqu’au bout. Jésus est crucifié. La mort par crucifixion a été qualifiée par Cicéron comme étant « le plus terrible et le plus cruel des châtiments » que le supplicié soit attaché par des clous ou des cordes générant alors une agonie plus longue. 

Ainsi, les cordes ne sont pas un geste de clémence mais sont bel et bien destinées à prolonger le supplice. Du fait que la croix de Jésus comporte un stipes peu élevé (crux humilis) contrairement à la crux sublimis plus élevée pour que l’exécuté soit visible de loin (12), il est peu probable, comme l’a illustré Fra Angelico (1395-1455) (v. 1445 Fresque du couvent San Marco, Florence), que le Christ soit monté sur une grande échelle en rejoignant ainsi ses bourreaux, eux aussi juchés sur des échelles pour lui clouer les mains. (6) 


Le Christ cloué sur la croix. vers 1575 (détail) par Marcellus Coffermans (1520 ?-1575).
Musée Lazaro Galdieno Madrid.

Il est également peu probable que le Christ ait été crucifié sur la croix entière posée sur le sol. C’est en effet dans ce cas qu’un effort considérable aurait été nécessaire comme illustré de façon impressionnante par Le Caravage (1571-1610) avec Le Crucifiement de Saint-Pierre peint vers 1600 (Eglise Santa Maria del Popolo, Rome); on y voit la force musculaire brutale des hommes s’efforçant, avec des cordes, de verticaliser la croix sur laquelle Pierre est crucifié la tête en bas, à sa demande car il se considérait indigne de mourir comme le Christ. 

C’est plus probablement après avoir été attaché ou cloué sur le patibulum posé sur le sol que le condamné dut gravir une petite échelle à reculons en facilitant d’autant le travail des bourreaux. Ceux-ci finissent ce labeur ignoble en fixant le patibulum sur le pieu vertical puis en calant la croix avec des coins ou des rondins de bois comme l’a peint vers 1480 Giovanni Bellini (1430-1516) dans Le Christ en croix (Prato, Cassa dei Risparmi). La croix est à côté de crânes épars à rapprocher du Golgotha (lieu du Crâne) situé à l’extérieur de la ville conformément à l’usage antique consistant à séparer les morts des vivants. Il s’agissait d’une ancienne carrière dans laquelle avaient été aménagés des tombeaux, ce que montre aussi Bellini. 

Le Christ fut ainsi inhumé au plus près du lieu de sa crucifixion. (11) Il est possible que les trous étaient déjà ébauchés dans la poutre (6) comme on le voit dans le Tryptique de la Crucifixion peint vers 1475 par le peintre flamand Marcellus Coffermans actif entre 1549 et 1575  (Musée Lazaro Galdieno, Madrid) avec sa manière archaïque de peindre inspirée des Primitifs flamands. On y voit en effet un homme utiliser une grosse mèche à bois pour faciliter l’enclouage des pieds. Les clous étaient enfoncés dans le poignet générant d’intenses douleurs névralgiques liées à la section du nerf médian « comparable à celle d’une fraise sur le nerf d’une dent… » (*) et non pas, contrairement aux représentations habituelles, dans la paume des mains dont la chair se serait déchirée lors de l’élévation du patibulum. (6) 

En effet, le corps ne tient que par les poignets ; « en d’autres termes, chacun des clous supporte à lui seul la totalité du poids du condamné ». (*) Ce n’est qu’à partir du XIVe siècle que les artistes comprirent que  le poids du corps entrainaît une extension des bras vers le haut  de telle sorte qu’ensuite le Christ fut représenté indifféremment les bras à l’horizontale ou en Y. (6) La mort par crucifixion était atroce (4), puisque la victime suffoquait, cherchant vainement à reprendre sa respiration en alternant une position « haute » en s’appuyant sur ses pieds et une position « basse » suspendu par les seuls bras. Cette « gymnastique macabre » (*) déchirait un peu plus les chairs avec des crampes abominables et une terrifiante alternance de douleurs névralgiques insupportables et d’asphyxie angoissante. Le corps du supplicié s’affaisse, les épaules se déboitent. La crucifixion a donc eu lieu le vendredi à la troisième heure romaine (midi) et Jésus mourra vers la sixième heure (15h) (11).

 

Bibliographie

(1) Renault Ch. Reconnaître les Saints et les personnages de la Bible. Ed. J.-P. Gisserot 2002.
(2  ) Schmidt J. Le Christ et César. Desclée de Brouwer 2009.
(3) Hasenohr G. Les traductions françaises du « Stabat mater dolorosa » Textes et contextes (XIVe-XVIe siècles) brepolsonline.net.
(4) Duquesne J. Jésus. Desclée de Brouwer/Flammarion 1994.
(5) Gaffiot F. Dictionnaire illustré Latin-Français Hachette 1934.
(6) De Landsberg J. L’Art en Croix le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art. La Renaissance du Livre 2001.
(7) Baslez M-F Jésus. Prophète ou rebelle ? Histoire & Civilisations N°23 : 22-55 décembre 2016.
(8) La Bible de Jérusalem. Cerf 2000.
(9) Baslez M-F Ponce Pilate Histoire & Civilisations N°49 : 46-59 qvril 2019.
(10) Thomas M. Trésors de l’art sacré dans les hautes vallées de Maurienne. La Fontaine de Siloé 2004.
(11) Baslez M-F. Les derniers jours du Christ. Histoire & Civilisations N°71 : 60-69 avril 2021.
(12) Boespflug F. La Crucifixion dans l’art – un sujet planétaire (Bayard 2019).
(13) Tempestini A. Giovanni Bellini. Gallimard 2000.
(14) Schmitz I. Mater dolorosa. In Michel-Ange Le Figaro hors-série 2020

Remerciements au Dr Philippe Rouesnel pour sa documentation et je suis éminemment redevable à Monsieur Tugdual de Kermoysan, Aumônier des hôpitaux de Ploërmel et de Josselin (Morbihan) pour ses remarques très érudites. (*)




Métavers – Silence, on tourne


Nous l’avions nommé le web 3.0 du futur dans un précédent numéro, le métavers révèle sa présence et poursuit sa montée en puissance. Et ce n’est plus seulement un monde de jeux ou de blockchains qui nous attend, mais bel et bien un monde semi-virtuel, voire réel pour certains pour qui les technologies numériques se substitueront ou remplaceront la vie telle qu’on la respire aujourd’hui… et la santé n’échappera pas à cette évolution prévisible dans les dix prochaines années.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 448 – septembre-octobre 2022

Par définition, le métavers est un monde virtuel que rien ne lie à notre réalité virtuelle. Présenté comme un communauté de finance et de jeux où le shopping dématérialisé bat son plein, le métavers reste pour la plupart d’entre nous un monde décalé et décadent, totalement hors de la vie telle que nous la vivons tous les jours.
Et pourtant – les technologies avançant de façon spectaculaire – ce monde virtuel est présenté par Mark Zuckerberg en 2021 comme un nouvel univers de rencontres comme jamais auparavant, en effaçant toujours plus les frontières qui séparent le monde réel du monde virtuel.
Le métavers tel que le voit le patron de Meta reproduirait un monde réel en réalité virtuelle multidimensionnelle avec des lieux de rencontres, des boutiques, des activités, des événements, des écoles et autres universités numériques ainsi que des lieux virtuels de travail. Bref, un monde tel que nous le connaissons dans le réel avec le « no-limit » du virtuel… Pour Meta, le but est d’atteindre un milliard d’utilisateurs dans une dizaine d’année. 13 milliards de dollars ont déjà été investi et 10 000 personnes devraient être recrutées… pour la création de ce nouveau monde.

 

MAIS TOUT D’ABORD… LE MONDE PERSISTANT

Entre le réel et le virtuel se trouve un autre monde : le monde persistant, un environnement virtuel qui évolue en permanence. Imaginez-vous non plus coincé dans votre deux-pièces de 25m² mais transposé dans un chalet avec vue sur un lac, grâce à votre casque de réalité virtuelle.
Vous voilà dans votre monde, avec vos avatars qui sont vos amis, votre famille, avec qui vous pouvez converser et entretenir des relations bien « réelles ». En votre absence, d’autres personnes peuvent changer la décoration d’une pièce de votre châlet, un objet de place, et le monde devient alors dynamique. Vous êtes dans le monde persistant (persistent world) qui est en sans cesse évolution, même si vous n’y êtes pas ou déconnecté.
Il vous faudra bien sûr vous créer votre avatar, ce qui est primordial pour pouvoir accéder à ce monde. Et même si les avatars tels qu’ils existent aujourd’hui sont très cartoons et font plutôt sourire la sphère des nantis, les futurs hologrammes photoréalistes auront des émotions retranscrites en temps réel. C’est l’inspiration qu’a eu Artur Sychov, fondateur du métavers Somnium Space suite au décès de son père en créant le mode Life Forever qui permet de stocker nos propres mouvements et conversations sous forme de données, puis de les reproduire sur votre propre avatar qui bouge et parle exactement comme vous-même.
Et le rêve d’Artur Sykov deviendra un jour réalité : discuter avec nos proches décédés dès qu’on en aura envie. « Littéralement, si je meurs – et que mes données ont été collectées – les gens pourront venir, ou mes enfants pourront venir et avoir une conversation avec mon avatar, qui aura ma gestuelle, ma voix », a-t-il expliqué au magazine Vice (1). « En fait, on va vraiment pouvoir rencontrer la personne. Peut-être même que pendant les dix premières minutes, on ne devinera tout simplement pas qu’il s’agit d’une IA. C’est le but. »

 

LES RÉSEAUX SOCIAUX BIENTÔT HAS BEEN ?

lnstagram, Snapchap, Snapchat, Youtube ou Twitter bientôt hors jeu ? Tels que nous connaissons les réseaux sociaux aujourd’hui, il n’est plus question d’en douter. 70 % des influenceurs pensent que le métavers les supplentera rapidement.
Et à l’heure de Roblox, le jeu vidéo free-to-play et massivement multijoueurs en ligne destiné aux enfants et adolescents, le métavers s’installe massivement chez les jeunes qui seront les concepteurs, les consommateurs et les décideurs de demain.
Actuellement, les réseaux sociaux du web 2.0 fonctionnent sur le principe d’économie de plateformes centralisées. Le web 3.0 – le métavers – introduit le concept de l’économie de la propriété. Sans parler des compagnies internationales comme Apple, Meta, Microsoft,… des entreprises comme Coinbase (plateforme d’échange de cryptomonnaies de près de 8 milliards de chiffre d’affaires) [2] montre alors des signes de réelle innovation de production et a su prendre conscience de ce marché ou la psychologie des utilisateurs est en pleine mutation.
Les réseaux sociaux ont su porter l’économie du web 2.0, mais désormais leurs codes semblent ne plus être en adéquation avec ce que propose le web 3.0 avec la technologie blockchain et les métavers, d’où la transformation de Facebook en Meta.

 

L’ENGAGEMENT DES INFLUENCEURS

Tout le monde connaît et/ou a vu un(e) influenceur(se) sur un réseau social. Dans le monde virtuel tel qu’il se dessine, les influenceurs(se) numériques existent déjà. Surtout utilisés dans le luxe, la mode, les cosmétiques, l’équipement et le tourisme, ils donnent une dimension moderne aux entreprises avec de nombreux avantages : ils parlent toutes les langues, adaptent leur style, changent de version suivant les pays, et n’ont pas de réputation à défendre puisqu’ils n’ont pas d’existence physique.
De plus, l’intelligence artificielle (IA) leur permet aujourd’hui de simuler une vie réelle, une personnalité et des interactions qui paraissent naturelles.
Le taux d’engagement des influenceurs numériques est presque trois fois plus élevé que celui des « réels », mais pour certains, tout va à l’encontre de l’authenticité. Comment peut-on faire croire qu’une influenceuse va adorer le nouveau parfum du dernier cosmétique à la mode alors qu’elle n’a pas de récepteurs olfactifs et donc aucun sens de l’odorat… et pourtant, paradoxalement, l’influenceuse numérique rendra plus authentique et sincère le message qu’elle envoie, contrairement à l’humain qui se met en scène dans un univers ou le business est devenu un véritable empire du milieu.
Le principal frein concernant les « numériques » est actuellement est d’abord sociétal : car entre l’enthousiasme consommé de cette vision futuriste pour certains et la folie péremptoire pour d’autres, terrifiés par la raréfaction des interactions humaines en chair et en os, le fossé se creuse et pourrait devenir abyssal.

 

LES TECHNOLOGIES ASSOCIÉES

Les composants essentiels qui compose le métavers sont la réalité virtuelle (VR), la réalité augmentée (AR), la réalité mixte (MR) et l’intelligence artificielle (IA). Ces technologies alimentent les logiciels,le matériel et bien sûr les applications qui en découlent.
Par exemple, les entreprises de dispositifs médicaux utilisent la réalité mixte pour assembler des outils chirurgicaux et concevoir des salles d’opération, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) utilise la réalité augmentée et des smartphones pour former les intervenants Covid-19, les psychiatres utilisent la réalité virtuelle pour traiter le stress post-traumatique (SPT) parmi les soldats de combat, et les écoles de médecine pour la formation chirurgicale.

 

ET LA SANTÉ DANS TOUT CELA ?

Pour que ce nouveau monde soit complet, c’est une évidence qu’il faut lui inclure la santé et nous en reparlerons dans un prochain numéro.
Le métavers médical passera par trois catégories qui sont la formation, les soins et le parcours patient. Ce métavers santé est vu comme un immense hôpital virtuel où tout est possible. Le groupe Thumbay (Émirats arabes unis), par exemple, a prévu de lancer d’ici fin 2022 la première phase de son projet de santé dans le métavers qui comprendra un hôpital, une université ainsi qu’un domaine de bien-être virtuel.

 

CONCLUSION

Pendant que certains songent à s’installer sur la Lune, d’autres choisiront de vivre dans un monde décentralisé et décalé sur terre ou se cacher dans une forêt…
Le métavers va bousculer le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. On peut même s’interroger jusqu’où ce monde numérique va-t’il nous révolutionner, voire nous changer. Il est grand temps d’y réfléchir et de savoir où nous voulons aller dans ce futur lointain et pourtant si proche.

LES BASES DU MÉTAVERS

 

La réalité virtuelle (VR). La réalité virtuelle crée un environnement avec lequel l’utilisateur peut interagir. La réalité virtuelle reproduit donc artificiellement une expérience sensorielle, qui peut inclure la vue, le toucher, l’ouïe et l’odorat (visuelle, sonore ou haptique).

La réalité augmentée (AR). La réalité augmentée est la superposition de la réalité et d’éléments insérés (sons, images 2D et 3D, vidéos, etc.). Elle incorpore de façon réaliste des objets virtuels dans une séquence d’images.

La réalité mixte (MR). La réalité mixte est la fusion des mondes réels et virtuels pour produire de nouveaux environnements et visualisations, où les objets physiques et numériques coexistent et interagissent en temps réel.

L’intelligence artificielle (IA). L’intelligence artificielle est l’ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine.

Le monde persistant. Le monde persistant est un environnement de réalité virtuelle qui évolue en permanence dans le métavers, comme un univers réel.

© katzeline2@gmail.com/Depositphotos
 

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également



Cybersécurité – banalisation sur toile

Intelligence artificielle – la santé au cœur du futur


L’intelligence artificielle – Introduction à la Santé


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




La science, le monde et Elon Musk

« Adviendra ce qu’il adviendra, peu importe, j’aurai exploité ma vision du monde et de son devenir, j’aurai exploité les possibilités du système, j’aurai asservi la logistique à mes idées, je serai devenu extrêmement riche et j’aurai bousculé et changé le monde » telle pourrait être la philosophie d’Elon Musk telle qu’on la comprend en lisant « Enquête sur Elon Musk. L’homme qui défie la science ». Elon Musk, vous savez, le meilleur ennemi de Jeff Bezos.

UN RAPPORT PARTICULIER À LA SCIENCE

Le livre écrit par Olivier Laskar, ingénieur et ancien journaliste de Sciences et Vie junior, décrit les principales entreprises créées, dirigées ou gérées par Elon Musk depuis qu’il a fait fortune en revendant PayPal : Tesla, Space X, Starship, Neuralink… Il en expose les défis, résolus ou en cours, les méthodes de Musk et son rapport à la science qui est très simple : avoir une vision globale, comprendre les problèmes et choisir les idées innovantes et rentables parmi celles qui lui sont proposées, exploiter les meilleurs chercheurs, essayer, jeter, recommencer, faire savoir au grand public qu’on innove, mais ne pas publier. Et pourtant, les sociétés de Musk n’arrêtent pas d’innover, de déposer des brevets, mais de publications scientifiques… point.

Il fallait donc l’œil particulier d’Olivier Laskar pour nous montrer les principales et réelles innovations qu’ont apportées les entreprises d’Elon Musk à la marche du monde : pari gagné sur ce plan.

UN RAPPORT PARTICULIER À LA MÉTHODE

La méthode essais et erreurs. L’épigramme du livre, tirée d’Herman Melville, le souligne, la méthode Musk est en partie « J’essaie tout, je réalise ce que je peux ». C’est en effet une des facettes de la méthode Musk : là où la recherche académique conceptualise, modélise et hésite, Musk fonce, casse, recommence et dépense mais en recherchant la solution la plus rentable in fine, car le retour sur investissement fait partie des objectifs majeurs de Musk. D’où, par exemple, l’idée des fusées réutilisables expérimentées jusqu’au succès.

Le chef, c’est lui. Comme le décrit Christophe Bonnal, spécialiste du CNES (centre national d’études spatiales) : « Lui-même, c’est le meilleur. Elon Musk est sans doute le plus grand ingénieur spatial depuis Wernher von Braun. Toute décision chez SpaceX sur le lanceur passe par lui. Il tranche, il fait des choix, c’est l’ingénieur en chef ».

Un art consommé de la publicité. Qui sait que Musk n’a pas créé Tesla mais l’a racheté avant de la développer ? Qui sait qu’il n’a pas été, loin s’en faut, le premier à développer des implants cérébraux ? Pourtant, pour beaucoup, c’est Musk qui crée et mène la danse. Certes, il mène la danse par ses innovations, mais pour plusieurs aspects, il sait reprendre ce que son intuition lui dicte. Et elle lui dicte souvent correctement ce qu’il faut faire et il sait alors le développer et le promouvoir.

UN RAPPORT PARTICULIER À L’ÉTHIQUE

Elon Musk est souvent décrit comme un libertarien, adepte d’une philosophie politique prônant un laissez-faire absolu en matière d’économie, une primauté de la liberté individuelle et d’expression et un rétrécissement maximal de l’État. Tout le laisse à penser et le vrai problème posé par la dynamique qu’il impose, comme pour Jeff Bezos et d’autres, est que le système capitaliste permet de mettre en œuvre des idées qui devraient rapporter gros, engendrant des sociétés et créant des individus ayant des moyens financiers supérieurs à ceux de bien des Etats et pouvant ainsi continuer à avancer jusqu’aux limites tenables, sans que les Etats n’aient parfois le temps, la possibilité ou la volonté de réagir. Ils bousculent les consensus, les modes de pouvoir, les démocraties. Mais pas que…

A ce sujet, la partie du livre consacrée à Neuralink qui développe des implants pour une interface cerveau-machine est assez édifiante. Ce qui peut être résumé en deux citations. La première de Philippe Menei : « A part tuer la mort, le transhumaniste n’a pas une vision thérapeutique au sens médical du terme. Il vise éventuellement l’immortalité, mais guérir les malades ou faire marcher des paraplégiques, cela ne l’intéresse pas vraiment ». Et la deuxième d’Eric Bruguière : « Musk a dû comprendre qu’il y avait dans ce domaine un potentiel à exploiter, de la même façon qu’il l’a senti dans d’autres disciplines, comme le spatial. C’est un bon placement qu’il fait très en avance ».

Alors, Elon Musk, génie ou escroc ?

EN SAVOIR PLUS…

Enquête sur Elon Musk. L’homme qui défie la science

    • Auteur : Olivier Lascar
    • Éditeur : Editions Alisio
    • Parution : Juin 2022
    • Pagination : 216 pages
    • Format broché : 18,00 euros
    • Format Kindle : 12,99 euros



Le système Amazon : le roman de l’Amérique contemporaine

« Le système Amazon » est un livre qui décrit comment l’Amérique, et le monde, sont en train de se transformer avec des gagnants et des perdants sous l’impulsion d’entreprises devenues « une forme de gouvernement privé… des régimes autocratiques dont la mainmise sur nos principaux canaux d’information et de consommation ne cessent de se renforcer ».

UN ROMAN

De prime abord, le titre du livre peut laisser penser que la stratégie qui a propulsé une entreprise comme Amazon au premier rang mondial, notamment en matière de capitalisation sera décrite en détail. Oui et non. Oui, car l’auteur y rappelle régulièrement quelques-uns des principes qui ont guidé les pas de son dirigeant, et non, car ce livre fait plus, il décrit en quoi Amazon est en train de modifier en profondeur la société du XXIe siècle aux Etats-Unis, mais pas seulement.

Ainsi, il est construit comme un roman choral aux multiples personnages et lieux qui ont tous un point commun : tous auront leur vie modifiée par Amazon. Avec des gagnants et des perdants et ce, tant pour les personnes que pour les villes. Avec, pour ces dernières certaines devenant des bastions de croissance aux prix inabordables, et d’autres des cités abandonnées faisant le lit d’un électorat plein de ressentiment car ayant l’impression de ne plus être pris en compte par les dirigeants des villes gagnantes qui concentrent richesses et pouvoirs.

UN SYSTÈME

Vous apprendrez pourquoi Jeff Bezos a choisi Seattle pour implanter Amazon. Puis, vous apprendrez pourquoi il a investi dans Washington et dans un système de pression de grande ampleur. D’abord en achetant une maison de 8 000 mètres carrés, 21 millions de dollars à l’achat et 13 millions de dollars de travaux : il faut savoir recevoir. Il faut aussi ne pas être critiqué par le quotidien de la capitale, donc quoi de mieux que d’acheter le Washington-Post ? Il faut savoir financer les élus et les guider pour décourager les poursuites judiciaires antitrust, pour dissuader d’appliquer des réglementations sur l’utilisation de la manne de données personnelles et savoir saper toute volonté de sévir contre les paradis fiscaux…

Vous apprendrez comment Amazon profite de larges subventions publiques, des réductions voire exonération d’impôts et de TVA… par les Etats et municipalités dans lesquels il s’implante. Tout ceci aux dépens de services publics qui de ce fait ne peuvent plus être financés, alors que finalement, l’entreprise est « subventionnée sur le dos du contribuable ». Vous y apprendrez qu’en 2014, Amazon a vendu pour 2 milliards de dollars dans l’Illinois et pour 1 milliard dans le Missouri, sans employer une seule personne dans un de ces Etats.

UN MONOPOLE

Lorsque la chambre des représentants interrogea Amazon, les questions posées étaient clairement celles qui montraient la situation monopolistique atteinte par Amazon :

  • les vendeurs tiers ont-ils réellement des solutions alternatives viables pour commercialiser leur produit en ligne ?
  • dès lors que la plateforme est devenue incontournable pour les vendeurs tiers, pourquoi augmenter leur participation financière de 42 % en 5 ans (soit un prélèvement de 27 % sur le prix de vente) réalisant une véritable taxe sur les ventes en ligne ?
  • Pourquoi désactiver les comptes et pages produits des vendeurs enfreignant certaines clauses contraignantes, ce qui consiste à les exclure du marché ?

Amazon n’utilise-t-elle pas sa gigantesque base de donnée pour faire fabriquer les produits dont elle sait qu’ils seront les plus vendus ? N’utilise-t-elle pas ses algorithmes pour mettre en première ligne ses propres produits ? Et enfin, n’utilise-t-elle pas sa force de frappe financière pour vendre initialement à perte ses produits, afin de liquider la concurrence ?

L’INVISIBILTIÉ

Amazon est entrée dans nos vies, au profit de certains, aux détriments d’autres, elle aurait ainsi contribuer à faire perdre 76 000 emplois par an aux Etats-Unis dans la vente de détail. Mais « les dégâts faits par Amazon sont presque impossibles à détecter par les consommateurs en temps réels. Amazon est d’un abord si pratique qu’on a du mal à le percevoir comme un monopole. La virtualité de cette entreprise contribue à son invisibilité, ce qui la rend difficile à combattre ».

« Le système Amazon » rend visible ce qu’est Amazon.

EN SAVOIR PLUS…

Le Système Amazon. Une histoire de notre futur

    • Auteur : Alec Mc GIllis
    • Éditeur : Seuil
    • Parution : Juin 2021
    • Pagination : 432 pages
    • Format broché : 24,00 euros
    • Format Kindle : 16,99 euros



Mater Dolorosa et la crucifixion de Jésus – 1ère partie

– Par Louis-François Garnier


Voir la partie 2


Voir la partie 3

Stabat Mater Dolorosa / Juxta crucem Lacrimosa / Dum pendebat Filius (Elle était debout, la Mère en douleur / Auprès de la croix, en pleurs / Alors qu’était pendu son Fils). Ceci est le début d’un cantique composé par le poète franciscain italien Jacopone da Todi (v.1230 -1306). Il s’agit du thème de la mère éplorée près de la croix dressée, Mater dolorosa désignant Marie (Miriam) au pied de la croix ou soutenant son fils mort. Ce fils est Jésus (Yeshua) de Nazareth (v. -5 et mort en 30) également appelé Christ du grec christós traduction du mot hébreu mashia’h dont dérive « Messie » c’est-à-dire une personne consacrée par une onction divine (1) en sachant que « le Christ dont l’historicité est incontestable, est né sous le règne d’Auguste, mort sous celui de Tibère et sur l’ordre muet du procurateur romain de Judée Pilate ». (2) 

Le thème de la douleur de Marie a fait l’objet d’une iconographie très abondante tant en peinture qu’en sculpture, avec une variabilité dans les titres tels que, entre autres, Crucifixion ou Golgotha (lieu du crâne) du nom d’une colline proche de Jérusalem. Ceci a été aussi une source d’inspiration en musique avec des œuvres majeures portant ce titre dont la célèbre version du compositeur Pergolèse (1710-1736), composée deux mois avant sa mort par tuberculose à 26 ans dans le monastère de Pouzzoles. 

Ce fut sa dernière œuvre écrite pour deux voix chantées (probablement des castrats) et un petit ensemble instrumental classique. C’est ainsi qu’on peut lire cet article tout en écoutant le Stabat Mater de Pergolèse… Le texte de Jacopone da Todi est resté célèbre par son incipit car l’art du poète y atteint d’emblée sa plénitude en décrivant Marie debout à côté de son fils pendu « en une symétrie parfaite qui accentue le pathétique de la scène ». (3) Le cantique se décline en  vingt strophes, ou plus précisément en tercets c’est-à-dire par groupes de trois vers de 7 à 8 pieds unis par une combinaison de rimes. Le second tercet  fait référence à une prophétie biblique de Siméon, faite à la Vierge durant la Présentation de Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance : « une épée te transpercera l’âme ». Voilà Marie prévenue. (4) Le cantique comporte une première partie relatant la douleur de Marie alors que la seconde partie est une prière à la Mère de Dieu pour implorer sa bienveillance. Il convient de respecter la rime et « la sobriété de l’expression, la pure simplicité de l’écriture, d’où naît l’émouvante beauté du poème. » (3)


Le Christ à la Colonne (vers 1478).

Par Antonello de Messine (v.1430-1470).
Musée du Louvre.

Marie est très douloureusement (dolorosa) atteinte mais pas « douloureuse » stricto sensu, la traduction anglaise utilisant le terme grieving (en peine, en deuil) à rapprocher de l’expression allemande : grief-stricken (affligée de douleur) faisant état d’une mère « emplie de la plus grande douleur » (schmerzerfüllte). Marie est bel et bien debout car stabat est dérivé de sto (se tenir debout) à l’instar de ceux que Cicéron désignait comme  étant « debout et pas assis » (stand non sedant), comme cette statue qui se dressait à Delphes (statua quae Delphis stabat) toujours selon Cicéron ou comme ce roc pointu qui était debout (stabat acuta silex) d’après Virgile. (5) 

La mère du Christ est supposée être près de la croix (juxta crucem) encore que l’évangéliste Jean est le seul à rapporter que la mère de Jésus, la sœur de sa mère et Marie-Madeleine étaient « au pied » de la croix, ce qui pose question, (4) les trois autres évangélistes indiquant que les femmes se tenaient à distance sur le Golgotha. Il devait y avoir beaucoup de curieux en cette veille du Grand Shabbat de Pâque (Pessa’h en hébreu, en latin : Pascha) (6) puisque les évangiles situent la mort de Jésus en relation avec la Pâque juive (à distinguer de la Pâques chrétienne), célébrant l’Exode et le début du cycle agricole. 


Vierge de douleurs par Dirk Bouts (1415-1475).
Musée du Louvre (détail).

Dans le judaïsme, le Shabbat est le jour de repos hebdomadaire consacré à Dieu et qui va de la tombée de la nuit du vendredi à celle du samedi qui est un jour de repos mais, en l’occurrence, il est d’une importance particulière car précédant la grande fête de Pâque qui va durer une semaine avec les célébrations qui s’y rapportent.  La date, qui reste hypothétique, semble être le vendredi 7 avril 30. Parmi la poignée de fidèles, seules des femmes  semblent avoir eu le courage de le suivre, ces « femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée » (Luc) puisque aucun des textes ne cite un seul disciple à l’exception de Jean, de « celui que Jésus aimait » (Jean l’Evangéliste). (4) Le récit de Jean aura une grande influence sur la représentation de la Crucifixion (6) avec, le plus souvent, la Vierge et Jean respectivement à droite et gauche de Jésus, le côté droit étant une place privilégiée symbolisant la miséricorde. (6) Cette symbolique du côté droit est très ancienne puisque dans l’ancienne Egypte le fait d’être flabellifère à la droite du Pharaon était l’un des postes les plus prisés. Marie est debout, c’est-à-dire que son attitude est digne comme il se doit et cette représentation s’imposa, avec sur son visage une expression de douleur (dolorosa) ou s’essuyant les larmes (lacrimosa) avec son voile. 

Ce sont là les manifestations extérieures de la poignante douleur de Marie, « les adjectifs en -osa, au rythme lent (dolorosa, lacrimosa), en accord avec les imparfaits (stabat / pendebat), traduisant un état saisi dans la durée et non une explosion passagère de l’affectivité ». (3) Cependant, à partir du XIVe siècle la Vierge a pu être représentée effondrée en pâmoison, mais ceci ne fut pas apprécié par l’Eglise qui y voyait un manque de courage. C’est ainsi que le concile de Trente (1563) recommanda aux artistes d’en revenir à la Stabat Mater et de limiter le nombre de figurants afin de « ne pas distraire l’émotion ». (6) 

La crucifixion n’est pas une invention romaine car elle remonte au VIIème siècle av. J.-C., voire plus mais « les Romains en ont poussé au paroxysme les raffinements de la souffrance » (*) et l’ont légalisée puisque ce mode d’exécution est prévu par le droit romain. La croix (crux qui signifie aussi gibet) est l’instrument de la mise à mort et Cicéron dira qu’il convient en ce sens de dresser une croix pour le supplice (figere crucem ad supplicium), (5) Jésus devenant ainsi un crucifié (cruciarus) ayant subi le supplice de la croix (cruciaria paena).(5) La croix sur laquelle fut crucifié le Christ était probablement faite en chêne ou en cèdre du Liban (6) et comportait un pieu (stipes) planté verticalement dans le sol où il reste à demeure en étant ainsi « la partie fixe du gibet, et à ce titre, il définit le lieu d’exécution » (*). Ce pieu est jointé (crux commissa) ou  plus volontiers encastr « en position stable, fixe et solide » (*), selon la technique du tenon-mortaise avec la partie mobile dénommée patibulum. Contrairement à la représentation qu’en ont faite nombre d’artistes suggérant ainsi une sorte d’ « élan vers le ciel », (6) la croix était assez basse « émergeant à peine d’une foule disparate » (4) au point même que les chiens errants pouvaient s’attaquer aux jambes des crucifiés et « cette faible hauteur de la croix est pour les bourreaux synonyme de simplicité, de rapidité d’exécution et d’efficacité dans l’application de la sentence ». (*) Ainsi, bien que dans l’iconographie traditionnelle, la croix est tout en hauteur pour « glorifier le sauveur » au point que les centurions sont représentés à cheval, le fait historique incite à « abandonner toute idée de croix haute ». (*) Les évangélistes sont muets quant au type de croix utilisée (6) mais il ne s’agissait probablement pas d’une croix en X (crux decussata)

En théorie, seule la croix qui deviendra au Ve siècle la croix latine, aurait permis de fixer au dessus de la tête de Jésus et avant sa mort, une petite pancarte (titulus) comme le voulait la coutume, et comme nous le montre Rubens (1577-1640) dans Le coup de lance (Anvers) peint en 1620. 

Cependant la croix en T ou Tau (crux commissa) n’exclut pas d’y fixer un écriteau, du moins après que le corps du crucifié se soit suffisamment affaissé car, la tête se situant alors en dessous du patibulum, il devenait ensuite facile de fixer le titulus. Celui-ci indiquait le motif de la condamnation à mort en araméen, en grec et en latin, probablement en toutes lettres pour que chacun puisse comprendre et non pas sous la forme des initiales devenus ensuite emblématiques I.N.R.I. « Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum » (Jésus le Nazaréen Roi des Juifs) (6). 

Cette inscription figurant sur le titulus ne fut d’ailleurs pas appréciée par les Grands Prêtres qui tentèrent en vain de la faire modifier car le procurateur romain refusa en disant: « Ce qui est écrit est écrit ». (4) Cet écriteau illustre bien le fait que la crucifixion de Jésus fut un « acte politique » (7) car Jésus dut « faire face à deux procès : l’un religieux et l’autre temporel, politique et colonial » (*)

Au plan religieux, le procès est de la compétence du Sanhédrin, c’est-à-dire l’institution juive suprême comportant les Anciens représentant l’aristocratie laïque, les Grands Prêtres et les scribes, docteurs de la Loi. En réalité, cette instance est contrôlée par les Romains qui lui ont donné le pouvoir de gérer la pratique du judaïsme et du maintien de l’ordre, à la fois pour éviter une révolte et flatter les Juifs mais aussi pour les rendre responsables en cas de soulèvements populaires, obligeant alors l’armée romaine à intervenir. Les Grands Prêtres sont nommés et révoqués par le pouvoir romain bien qu’ils appartiennent à de puissantes familles sacerdotales qui s’enrichissent considérablement par l’exploitation du Temple, avec les transactions et les agréments donnés aux marchands, au point qu’ils peuvent battre une monnaie spéciale pour acheter des offrandes (*). 

C’est ainsi que Jésus gène les affairistes du Temple et c’est aussi un fauteur de troubles après qu’il ait été acclamé comme étant le Messie lors de son entrée triomphale à Jérusalem avant la Pâque juive, circonstance aggravante. Cependant, si le fait qu’il ait chassé les marchands du Temple en disant : « de cette maison de prière vous en avez fait une caverne de voleurs » (1) (8) est un facteur déterminant ayant conduit à son arrestation, c’est aussi par son enseignement, par ses miracles et parce qu’il affirme qu’il est le fils de Dieu qu’il est condamné. Ainsi, Jésus est non seulement un perturbateur des affaires et de l’ordre public mais il est, en outre et peut-être surtout, un blasphémateur, et le blasphème c’est l’horreur absolue pour le Grand Prêtre qui en déchirera son vêtement ! Et « blasphémer c’est encore pire que d’être populaire ». (*) 

Cette qualification de « blasphème » permettra au Sanhédrin « d’aller au-delà de ses espérances les plus folles » (*) puisque «  la seule condamnation pour blasphème ou profanation aurait aboutit à une condamnation sommaire » (7) par lapidation selon la coutume locale. (4) Ceci ne fut cependant pas le cas car des chefs d’accusations tels que l’insubordination ou le fait de se prétendre roi des Juifs relevaient alors du droit romain. Dès lors, « le Sanhédrin n’a pas le droit de mettre à mort et a besoin de l’occupant pour permettre d’exécuter la sentence » (*). De religieux le procès devient alors politique. Il devra s’agir d’ « une exécution à la romaine », somme toute assez banale si l’on considère qu’au siècle précédent, à la suite de la révolte de Spartacus, six mille esclaves avait été crucifiés sur la route de Capoue à Rome.

Bibliographie

(1) Renault Ch. Reconnaître les Saints et les personnages de la Bible. Ed. J.-P. Gisserot 2002.
(2  ) Schmidt J. Le Christ et César. Desclée de Brouwer 2009.
(3) Hasenohr G. Les traductions françaises du « Stabat mater dolorosa » Textes et contextes (XIVe-XVIe siècles) brepolsonline.net.
(4) Duquesne J. Jésus. Desclée de Brouwer/Flammarion 1994.
(5) Gaffiot F. Dictionnaire illustré Latin-Français Hachette 1934.
(6) De Landsberg J. L’Art en Croix le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art. La Renaissance du Livre 2001.
(7) Baslez M-F Jésus. Prophète ou rebelle ? Histoire & Civilisations N°23 : 22-55 décembre 2016.
(8) La Bible de Jérusalem. Cerf 2000.
(9) Baslez M-F Ponce Pilate Histoire & Civilisations N°49 : 46-59 qvril 2019.
(10) Thomas M. Trésors de l’art sacré dans les hautes vallées de Maurienne. La Fontaine de Siloé 2004.
(11) Baslez M-F. Les derniers jours du Christ. Histoire & Civilisations N°71 : 60-69 avril 2021.
(12) Boespflug F. La Crucifixion dans l’art – un sujet planétaire (Bayard 2019).
(13) Tempestini A. Giovanni Bellini. Gallimard 2000.
(14) Schmitz I. Mater dolorosa. In Michel-Ange Le Figaro hors-série 2020

Remerciements au Dr Philippe Rouesnel pour sa documentation et je suis éminemment redevable à Monsieur Tugdual de Kermoysan, Aumônier des hôpitaux de Ploërmel et de Josselin (Morbihan) pour ses remarques très érudites. (*)




Château de Monthelie – Domaine Eric de Suremain

Monthelie la discrète, telle pourrait-on la nommer tellement cette appelation est ignorée du grand public. Entre Pommard et Meursault, cette appellation de 130 hectares bien exposées sud est au même niveau géologique que ses célèbres voisins. Et pourtant, sa discrétion est due à son poids historique qu’elle porte depuis un siècle.

Dans les années 1930, les vins de Monthelie étaient vendus au négoce qui les écoulait selon le millésime en Volnay ou Pommard… ce qui a eu pour effet par la suite à une renommée quasi-inexistante malgré une qualité et un prix plutôt attractif pour la région…

C’est en 1903 qu’Albert de Suremain hérite du Château de Monthelie. Son fils, Robert, s’y installe en 1930 avec son épouse Germaine et exploite les vignobles de Monthelie et de Rully (propriété de sa femme).

En 1956, c’est au tour de Bernard, l’un des quatre enfants de Robert, de s’y installer et d’exploiter le domaine. Il est rejoint par son fils Eric en 1978 qui commence, après des études au lycée viticole de Beaune et six mois passés aux Etats-Unis, comme métayer, avant d’en prendre la gestion en 1983 avec sa femme Dominique. Et depuis 2019, C’est au tour de Gwendoline, leur fille, de les rejoindre dans cette belle aventure.

L’EXPLOITATION

De nos jours, le domaine Eric de Suremain exploite 5,7 ha sur Monthelie et 5 ha sur Rully. Les cépages sont ceux de la tradition bourguignonne avec le pinot noir qui est particulièrement adapté au climat et aux terroirs qui exprime ici toute sa dimension dans les vins rouges. Il apprécie les sols profonds, mais reste fragile et sensible au mildiou et à l’oïdium.

Quant au Chardonnay, ce cépage originaire de Bourgogne, prend ici toute sa dimension dans les vins blancs. Robuste malgré sa vulnérabilité au gel, il préfère les sols calcaires peu fertiles.

LA PHILOSOPHIE DE LA CULTURE

Depuis 1996, Eric de Suremain cultive sa vigne selon la charte de l’agriculture biologique et certifiée en 2003, une volonté farouche de ne pas utiliser de produits chimiques de synthèse et de favoriser ainsi la biodiversité et la revitalisation des sols afin de respecter des terroirs et élaborer ainsi des vins de grande qualité.

Puis la « biodynamique attitude » est apparue. Le maître des lieux la compare à un chef d’orchestre. C’est elle qui donne le ton, l’impulsion, l’harmonie entre le sol, la plante et l’homme. Elle agit en parfaite concertation dans le sens même de la nature. Pour Eric, la biodynamie est l’essence même de la terre. De par ses principes, précise-t-il, « nous avons appris à nous adapter à la plante, au terroir, au climat. Nous observons le sol et la plante pour mieux agir. »

« Chacune de nos interventions biodynamiques favorise la racine, la feuille, la fleur ou le fruit » en y apportant des préparats d’origines animales (compost de bouse et bouse de corne), végétales (ortie, valériane, camomille, pissenlit, écorce de chêne, achillée mille feuilles) et minérales (silice).

Et puis il y a l’écopâturage afin de préserver les vieux ceps de 102 ans et participer à la protection de la biodiversité.

La tonte naturelle est effectuée par dix ovins permettent d’entretenir l’enherbement de la parcelle le plus respectueusement possible, de diminuer un peu plus les passages mécanisés, et de venir à bout des mauvaises ronces tenaces.

Enfin, le calendrier lunaire donne ensuite les éléments nécessaires quant aux moments propices pour intervenir quant à la taille, les mises en bouteilles ou toutes interventions sur le vin ou les vendanges.

LES VINS 2019

Monthelie

Une belle intensité colorante avec un rubis profond. Un nez agréable, friand sur des notes de fruits mûrs. Une belle entrée de bouche, des tanins élégants et fondus. Puis une légère amertume donne à ce vin tout son équilibre et lui confère du mordant, du croquant et de la gourmandise. Une finale tout en finesse. Parfait à boire dès à présent.

LES MONTHELIE 1er CRU

Indéfiniment

La robe se profile sur un rouge pourpre, très intense. Un premier nez discret, sur des notes de groseilles, bourgeons de cassis. Après une légère aération, des notes de griottes apparaîssent révélant élégance et puissance. À la dégustation, la présence tannique est franche, agréable ce qui donne de l’ossature à ce vin. Un grand vin plein de promesse. À garder.

Le clou des chênes

Une robe magnifique, intense. Le premier nez demande une petite aération qui divulguera des arômes de fruits rouges, noyaux de cerises. En bouche, les tanins sont présents mais fondus ce qui offrent une belle longueur tout en délicatesse. La sucrosité donne une finale très agréable et un joli gras. Un vin qui demande à s’ouvrir. Très beau potentiel de garde.

Sur la Velle

Dans la continuité de la typicité de ce millésime, sa robe est soutenue, profonde. Un nez élégant, intense sur les fruits noirs. Une belle entrée en bouche et une longueur toute en délicatesse avec des tanins fondus, élégants et bien intégrés. Un volume de vin intense avec un bel équilibre. Beau potentiel de garde, très prometteur.

Pascal Wolff



Domaine Eric de Suremain – Château de Monthelie
14 grande rue 21190 Monthelie – Tél.: 03 80 21 23 32


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération
© Phovoir





Hackers ou comment s’en protéger

Le piratage est devenu une industrie à part entière. Pour ce prémunir devant ces « professionnels » et éviter le pire, il faut avant tout travailler sur l’anticipation, car la sécurité se passe tout d’abord en amont afin de garder une marche d’avance sur les hackers… C’est ce que nous allons voir dans ce deuxième chapitre consacré au piratage informatique.


Voir également : Hackers, les maîtres du monde

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 447 – juillet-août 2022

La numérisation des données s’est considérablement développée ces dernières années, et les interconnexions entre  les différentes parties (professionnels, patients, téléconsultations, entreprises de données, etc.) ont bondi de manière exponentielle. Les attaques virtuelles ont bien évidemment suivis cette évolution qui n’en est qu’à ses débuts.

Jusqu’à présent, et sans en prendre une réelle conscience, les hackers faisaient le buzz dans le vol des données. Et ce n’est pas les grandes entreprises, mondialement connues, qui étaient les plus protégées. Facebook par exemple, s’est fait subtiliser une base de données de 533 millions d’utilisateurs en 2019. À l’époque, l’entreprise avait affirmé avoir résolu le problème. Seulement, nouvelle fuite en 2021… Les utilisateurs n’ont jamais été prévenus (voir encadré ci-dessous et visitez le site havebeenpwned.com). Les vols massifs ont également eu lieu dans de nombreux hôpitaux. Cependant, aucune attaque n’a, à ce jour, visé à la désorganiser le système de soins français, même si la moitié des incidents déclarés ont bel est bien… désorganisé les structures.

Que cherchent ces voleurs de données ? C’est tout d’abord le business avec ses profits qui ont développés cette guerilla informatique, même si l’on n’oublie pas que des équipes gouvernementales (de tout pays) ont des spécialistes très aiguisés en la matière.

Les angles d’attaque des hackers sont orientés vers les entrées que nous leurs « offrons », à savoir les failles organisationnelles, physiques techniques et humaines.

 

LES ANGLES D’ATTAQUE

 

L’hameçonnage. Le grand classique

 

L’hameçonnage, ou pishing, consiste à envoyer des e-mails dans le but d’obtenir des informations personnelles. Cette technique implique soit une pièce jointe chargeant un logiciel malveillant sur votre ordinateur dès que vous l’ouvrez, soit en utilisant un lien pointant vers un (faux) site web vous incitant à télécharger des logiciels malveillants (voir Le Cardiologue 446) ou à transmettre des renseignements personnels (numéro de carte bleue, mots de passe…).

Vérifiez tout d’abord la connexion du site qui doit être en https. Si le chiffrement des données transmises est une bonne chose grâce à ce « s » de http, cela signifie juste que les informations échangées entre votre navigateur et le site visité ne sont pas accessibles à des tiers, mais ne veut pas dire que le site est sûr, le certificat délivré ne dit rien du site lui-même. Une page d’hameçonnage peut tout à fait avoir ce certificat et chiffrer le trafic qui circule entre vous et lui.

 

L’harponnage. L’usurpateur

 

Le harponnage, ou spear phishing, est un type de hameçonnage utilisant les adresses-mails pour cibler les individus et les entreprises. C’est à partir de messages personnels et pertinents que le harponnage peut être difficile à identifier. L’un des moyens les plus utilisés est l’usurpation d’une adresse électronique d’une personne que vous connaissez. « Hello, regarde la photo jointe et dis-moi ce que tu en penses… » suffit passer du côté obscur, tout comme une soit-disante commande de 352,00 euros dont l’opérateur a perdu votre adresse, ou votre banque qui vous envoie un message pour vérifier la mise à jour de votre profil. Généralement, le courriel usurpe l’identité d’une personne morale (établissement bancaire, service public…) ou d’une personne physique (travail, famille, ami…) dans le but d’ouvrir une pièce jointe ou de cliquer sur un lien qui vous dirige vers un site malveillant. Une fois la « proie » cernée, l’attaquant prend le contrôle du système d’information. On parle ici « d’infiltration ».

Il est facile aujourd’hui de copier un site « officiel » et de le rendre ainsi utilisable à des fins d’escroquerie. Nombreux sont les sites affichant une colonne à droite « Accès client » visant à vous faire remplir vos nom d’utilisateur et mot de passe.
Si vous avez un doute, rendez-vous directement sur le site en question avec votre propre adresse. Vous pouvez également survolez les liens avec votre curseur. Si vous voyez par exemple http//l.mail.hsbc.fr pour un message reçu de la banque hsbc, vous ne pouvez que passer votre chemin et pourtant le mail est envoyé de l’adresse contact@mail.hsbc.fr qui vous paraît pourtant véritable. Il faut faire preuve d’esprit critique en déchiffrant l’URL.

 

L’ANTICIPATION, LA RÈGLE D’OR DE LA PRÉVENTION

 

Si la cybercriminalité a touché essentiellement les grands groupes, les cabinets médicaux, et donc les médecins, ne sont plus épargnés par ce phénomène. Les attaques se sont multipliées dans les petites structures car celles-ci ne sécurisent pas efficacement leurs données sensibles. Le Cnom a confirmé que les médecins sont particulèrement concernés, la protection des données s’articulant avec le secret professionnel. Un guide a d’ailleurs été rédigé entre le Cnom et la Cnil afin de vérifier la mise en conformité avec le RGPD.

La base de la prévention est tout d’abord matérielle avec la sécurisation du système informatique (serveur professionnel externe, wifi sécurisé, sauvegardes interne Raid et externe, mots de passe régulièrement renouvelé, verrouillage en système de veille, antivirus mis à jour, VPN).

Ensuite, toute personne ayant accès aux données du cabinet doit être conscient des risques et leur comportement doit être l’allier d’une extrême vigilance… n’hésitez pas à faire une formation à ce sujet. Insérer une clause dans les contrats sur le respect du secret et de la confidentialité. L’anonymisation des données, les envois sécurisés via messagerie cryptée, suppression des messageries gmail, des réceptions de fichier via Wetransfer, vérification hebdomadaire de vos adresses-mail (voir encadré)… tout ceci doit faire partie du comportement de chacun afin de limiter au maximum les attaques.

Enfin, travaillez en amont en pensant que si vous arrivez un matin et que votre informatique est bloquée à cause d’une attaque, quels sont vos angles de recours (et de secours).

Comment savoir si vos adresses mails n’ont pas été piratées

Le site haveibeenpwned.com (littéralement « je me suis fait avoir ») qui est la référence ou l’Institut Hass-Platner Institut à Berlin (HPI ). Vous pouvez ainsi voir si votre e-mail ou votre numéro de portable ont fuité ou ont été volés dans des bases de données.

 

Que faire en cas de piratage ?

 

Vous devez impérativement et sans délai modifier votre mot de passe, voire de supprimer votre compte si les attaques ont été multiples. Mais de manière générale, tous vos mots de passe doivent être changé régulièrement, et – cela va de soi –chaque compte ne doit pas avoir le même mot de passe.

LES DIX RÈGLES D’OR DE LA PRÉVENTION

LEURS APPLICATIONS SONT ESSENTIELLES !

 

Les usages informatiques à caractère personnel de ceux à caractère professionnel doivent être strictement séparés. Cela concerne les courriels, les comptes d’échange de fichiers, les clés USB ou tout support informatique (disques durs…).
Les mises à jours doivent être faits régulièrement (personnels et professionnels). Faites en sorte d’automatiser les mises à jour sur vos machines. Si elles ne peuvent pas l’être, vérifier les ponctuellement ou acceptez les immédiatement si des messages vous les propose.
Vos accès aux différents services doivent être protégés par des mots de passe complexes. Ils doivent être sans informations personnelles, uniques et bien sûr à ne divulguer en aucune manière. La règle principale : un mot de passe par support.
Si vous pouvez le faire, protégez vos accès par une authentification à double-facteur (ou vérification en deux étapes) lorsque c’est possible. Par exemple, le site sur lequel vous vous connectez vous envoie un code à usage unique sur votre smartphone.
Surveillez vos équipements lors de vos déplacements. Cette surveillance vous protégera des manipulations à votre insu.
Lorsque vous devez vous absenter, protégez votre espace de travail et donc vos données. Mettez un code de sécurité sur vos machines si c’est possible. Placez en lieu sûr tout matériel connecté (disques durs, clés usb…) et si possible coupez votre internet.
Votre identité numérique doit être divulguée avec parcimonie sur internet et les réseaux sociaux. Si vous devez par exemple donner votre adresse mail une seule fois ou si vous n’êtes pas sûr d’un site, créez une adresse fictive et temporaire sur un hébergeur dédié tel YOPmail (Your Own Protection mail) qui est un serveur de messagerie électronique temporaire et gratuite.
➐ Protégez vos messageries professionnelle et personnelle. Avant d’ouvrir une pièce jointe, soyez sûr à 100 % de votre émetteur et ne cliquez pas sur les liens qui vous semblent douteux.
Protégez-vous des réseaux extérieurs non maîtrisés pour connecter vos équipements (réseaux ou bornes de recharge USB publics, prêt d’un ordinateur…).
La visioconférence est devenu une mane pour les hackers. Passez par des sociétés reconnues. La confidentialité des conversations n’est pas assurée sur les réseaux publics.
Évitez de prendre votre smartphone lors de réunions sensibles. Il peut être très facilement utilisé pour enregistrer vos conversations, y compris à votre insu.

© Gorodenkof/depositphotos

 

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également



Cybersécurité – banalisation sur toile

Intelligence artificielle – la santé au cœur du futur


L’intelligence artificielle – Introduction à la Santé


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




La grande extension, ou comment la santé mondiale a évolué depuis 1750

« La grande extension » est un livre dont le titre souligne le fait qu’alors que, lors des siècles précédents, l’espérance de vie à la naissance avait stagné, avec une moyenne comprise entre 25 et 30 ans, depuis 1750, elle n’a cessé de croître pour quasiment tripler en 250 ans. Ce livre raconte de façon synthétique l’histoire de cette extension et surtout de ses déterminants.

UNE HISTOIRE

C’est une véritable synthèse de l’évolution mondiale de la santé depuis 270 ans que nous offre en 350 pages de lecture facile et captivante, Jean-David Zeitoun, médecin, diplômé de Sciences-Po et docteur en épidémiologie clinique. Dans ce livre, citoyens, étudiants, médecins, scientifiques ou profanes découvriront tous les grands mouvements qui ont contribué au triplement de l’espérance de vie en moins de 300 ans, et ce, alors que celle-ci n’avait pas évolué lors des 10 000 ans précédents. Vous aurez la confirmation que l’espérance de vie a commencé à progresser bien avant l’ère de la médecine, et ce, proportionnellement à l’accroissement de la fortune des Nations, puis grâce au courant hygiéniste qui raisonnait sur des bases erronées (les miasmes) mais a permis l’adoption de mesures opérationnelles finalement bénéfiques.

Vous disposerez aussi d’une synthèse sur l’histoire de l’immunisation par les vaccins, sur celle des antibiotiques, sur celle de l’époque « magique » des drogues merveilleuses débutant autour de 1950 et révolutionnant la médecine. Si l’accroissement initial de l’espérance de vie a été dû à une chute majeure de la mortalité infantile, ces progrès thérapeutiques ont permis de gagner à l’autre extrémité en diminuant l’incidence des maladies non contagieuses et en prolongeant la vie de ceux qui en sont touchés. Et si ces maladies non contagieuses sont maintenant fréquentes, c’est que l’espérance de vie a augmenté. Mais la baisse d’incidence de ces maladies reste menacée à l’échelle mondiale par quatre risques comportementaux : tabac, alcool, sédentarité et surpoids.

PASSÉ, PRÉSENT, AVENIR

Ce livre ne serait qu’une chronique s’il ne fournissait pas à chaque étape une analyse sur les points forts et apports, c’est-à-dire les trois ou quatre déterminants et implications, de chaque événement décrit. Il ne serait qu’un livre d’histoire s’il ne portait pas un regard sur l’époque actuelle et son devenir. Pour l’auteur, notre époque fait face à trois défis, le coût économique d’un gain en espérance de vie, les inégalités de santé et les maladies chroniques. Pour l’avenir, l’auteur pose la question d’une possible rétrogression, c’est-à-dire, au mieux une stagnation de l’espérance de vie, au pire une diminution, comme cela est amorcé aux Etats-Unis depuis quelques années. A ce sujet, la crise des opioïdes, relativement méconnue en France, y est clairement synthétisée. L’auteur envisage que deux événements majeurs pourraient contribuer à diminuer l’espérance de vie : les changements climatiques et les infections émergentes.

Outre la synthèse proposée, ce livre fourmille de données utiles. Ainsi, le graphique de la progression de l’espérance de vie en France depuis 1750, montre que les guerres napoléoniennes ont provoqué une chute équivalente à celle de chaque guerre mondiale, lorsque cela est rapporté à la population masculine. Ainsi, vous découvrirez les contributions majeures à la santé mondiale de personnalités hélas méconnues, comme Louis René Villermé, Edwin Chadwick, John Snow… mais aussi ce qu’a été l’importance mondiale de l’école de médecine de Paris au début du XIXe siècle et pourquoi, finalement, elle fut dépassée.

Vous découvrirez ce qu’a été la lutte entre la dégradation de la santé liée à l’industrialisation et l’urbanisation dans la deuxième moitié du XIXe siècle et l’apport majeur de l’hygiénisme. A propos de la grippe espagnole à laquelle un chapitre est consacré, vous reconnaîtrez une histoire actuelle : l’effet amplificateur d’une grande parade à Philadelphie (bilan : 10 000 morts) et la question posée, déjà, de l’utilité du confinement. Et, en conclusion, ce qu’est le destin humain « Gagner contre une maladie n’est qu’un soulagement momentané, car cela signifie surtout attendre la prochaine ».

EN SAVOIR PLUS…

La grande extension. Histoire de la santé humaine


    • Auteurs : Jean-David Zeitoun
    • Éditeur : Denoël
    • Parution : mai 2021
    • Pagination : 352 pages
    • Format broché : 21,00 euros
    • Format Kindle : 14,99 euros





Comment prévenir la prochaine pandémie : restons simples

Quand il ne crée pas et ne brevète pas un nouveau virus pour diminuer la population mondiale excédentaire parce que les tatouages quantiques n’ont pas marché, quand il ne met pas des nanoparticules dans les vaccins pour « pucer » la population mondiale et la suivre pas à pas grâce au réseau 5G et aux satellites, quand il n’impose pas le port du masque en manipulant les autorités de santé, quand il n’est pas l’homme de la fausse pandémie mais de la vraie dictature, quand il n’est pas obligé de créer rapidement un nouveau virus, celui de la variole du singe parce que celui de la Covid-19 n’a pas parfaitement réussi, au grand désespoir de l’Etat profond, Bill Gates… tout simplement, écrit des livres. Et ses livres sont nettement moins délirants que les intentions qu’on lui prête.

ECRIRE SIMPLEMENT

Ce qui marque quand on lit un livre de Bill Gates est la simplicité de l’écriture et des propos. Cela peut rebuter les esprits scientifiques ou les connaisseurs du sujet, mais cela permet d’exposer clairement divers aspects de problèmes complexes. Un exemple : « Si 100 personnes sont atteintes d’une maladie infectieuse le premier jour, et si le nombre double chaque jour, toute la population de la planète sera contaminée au… 27e jour ». Et le livre est bien articulé, exposant les contextes et la façon, étape par étape, de prévenir et endiguer les pandémies, c’est-à-dire d’agir dès la survenue d’un foyer épidémique local avant que des vaccins à large spectre ne puissent réellement prévenir les épidémies.

PRÔNER DES MESURES SIMPLES MAIS SOCIALEMENT DIFFICILES

Pour prévenir, il faut des systèmes de veille adaptés, la possibilité de recueillir rapidement des données pertinentes et une coordination mais aussi une autorité supérieure mondiale pour imposer les mesures. Dans le cas d’un virus respiratoire, porter le masque est une mesure indispensable et l’auteur s’interroge sur le fait que la pandémie aura sur ce point changé les mentalités, c’est-à-dire les normes sociales. Plus encore, tout doit être fait pour tester (notamment aux frontières) et isoler aussi rapidement que possible les personnes contaminées.

L’évaluation des traitements potentiels doit être coordonnée à l’échelle supranationale, des réseaux doivent aider à recruter des patients de différentes catégories, les étapes d’évaluation doivent se chevaucher et la production des vaccins mise en route très précocement. Enfin, dernière étape mais non la moindre, assurer la logistique pour que les traitements soient acheminés à qui de droit de façon efficace : comme pour la vente par correspondance, le dernier kilomètre, celui de la satisfaction-client, est parfois crucial. Car comme l’avait dit Bill Foege « Les décisions optimales sont fondées sur les meilleures données, mais les meilleurs résultats découlent d’une gestion optimale ».

ÊTRE PRAGMATIQUE SIMPLEMENT

Le livre est aussi un panégyrique, semble-t-il justifié, pour la fondation Gates et ses apports à la santé mondiale, notamment dans les pays les plus défavorisés. Il ne fait pas de doute que les moyens qu’elle a engagé ont permis de sauver des millions de vies humaines en 20 ans.

Et on peut s’apercevoir que l’esprit qui a présidé à sa création reste présent chez Bill Gates lorsqu’il écrit « Pire encore, des jeunes gens en bonne santé dans les pays riches, qui ne risquaient pas d’être très malades ou de décéder du Covid, ont été vaccinés avant les personnes âgées ou les travailleurs essentiels dans les pays pauvres, autant d’habitants qui étaient les plus vulnérables » et qu’il ajoute « Combien de responsables politiques oseront dire aux jeunes électeurs qu’ils ne peuvent pas être vaccinés car les doses sont envoyées dans un autre pays… ? »

EN SAVOIR PLUS…

Comment éviter la prochaine pandémie

  • Auteur : Bill Gate
  • Editeur : Flammarion
  • Parution : mai 2022
  • Pagination : 400 pages
  • Format broché : 21,90 euros
  • Format Kindle : 14,99 euros



Montaigne et La Boétie ou la quintessence de l’Amitié amoureuse – 2e partie

– Par Louis-François Garnier


Accédez à la 1ère partie

Michel de Montaigne est issu « d’une émigration et d’une double ascension sociale (…) datant de moins d’un demi-siècle » (17) avec, du côté maternel des marranes originaires d’Espagne et du côté paternel une riche famille bordelaise de négociants anoblis, les Eyquem. Le père de Michel, Pierre Eyquem de Montaigne (1495 – mort en 1568 de la gravelle) impose une éducation hors du commun dès le début puisque le nourrisson est confié à de pauvres bûcherons au lieu de faire appel à une nourrice comme il était d’usage dans l’aristocratie. (18) Le jeune garçon est ensuite éduqué selon des principes humanistes, « sans fouet et sans larmes » et « toute la maison parlait latin pour qu’il apprît sans effort cette langue » (7) à l’initiative de son père qui fit campagne en Italie et avait ainsi « vu l’Italie de la Renaissance dans sa plus belle floraison artistique » (18). Il devint maire de Bordeaux, comme le sera à son tour son fils Michel qui, « connaissant les avantages d’un nom qui sonne bien » (18), éliminera plus tard son patronyme pour ne garder que « de Montaigne », prenant ainsi ses distances avec son origine bourgeoise à laquelle il devait néanmoins sa fortune.

Ce père bienveillant, dont Montaigne loua la bonté et le dévouement à la chose publique, ira même jusqu’à faire réveiller le jeune garçon en douceur par un musicien, « un joueur d’épinette ». Rétrospectivement, le peintre bordelais Pierre Nolasque Bergeret (1782-1863) aura probablement jugé plus facile, et peut-être plus emblématique, d’y substituer un joueur de luth dans sa peinture dénommée L’enfance de Montaigne – l’éveil en musique (Musée des Beaux-Arts de Libourne) à prétention historique, anecdotique et édifiante dans le style troubadour. On y voit le jeune Montaigne, avec une curieuse morphologie d’adulte dans un style maniériste, entouré de ce qui pourrait être sa mère bienveillante, pourtant réputée « acariâtre et souvent querelleuse ». (6) En effet, les relations entre Montaigne et sa mère « passent pour avoir été mauvaises » (15) et « s’il nous parle souvent de son père, il ne nous fait pas connaître sa mère » (7), Antoinette de Louppes (1514-1603), au même titre qu’il ne nous parle pas de ses frères et sœurs. (7) (17).

Le père est absent alors qu’on sait que Pierre Eyquem de Montaigne était le « meilleur des pères qui furent oncques » (jamais) et qu’il a joué un rôle déterminant dans l’éducation de son fils qui naît l’année du Pantagruel de Rabelais (v.1494-1553), bréviaire du nouvel humanisme (8). Le petit Michel est élevé en latin, ce qui est un privilège à une époque où le peuple parle des patois divers et variés car le français n’est devenu réellement la langue officielle qu’avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) décrétée par François 1er (1494-1547) et qui fonde les prémices de l’état civil, les curés étant dorénavant tenus de tenir les registres des naissances et des décès.

En cette même année 1539, Michel alors âgé de 6 ans ne parlait ni gascon ni français alors qu’il maîtrisait le latin parlé et écrit et « sa vie durant, il préférera presque lire en latin ». (18) Son père l’envoyât alors au collège de Guyenne, à Bordeaux puis, à l’âge de 13 ans, il rentra chez son père avant d’intégrer l’université en 1549 et il est plausible qu’il ait étudié le droit et les lettres à Paris. Toute sa vie, « Montaigne a su gré à son père de l’avoir libéré des préjugés pour ainsi dire dès le berceau ». (18)

 Si l’on excepte le Journal du voyage de Michel de Montaigne en Italie par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et 1581 qui est une chronique initialement non destinée à être publiée, et qui le sera près de deux siècles plus tard après qu’on ait retrouvé le manuscrit en 1770, Montaigne est l’homme d’un seul livre qui est un nouveau genre d’écriture : les Essais (9). La première édition est publiée au printemps 1580 à compte d’auteur chez un imprimeur bordelais. Montaigne dira qu’il est « consubstantiel à son auteur », et il y consacra l’essentiel de son activité, bien qu’il ait été maire de Bordeaux (1581-1585), en n’ayant de cesse de le compléter durant vingt ans à partir de 1572 et jusqu’à quelques mois de sa mort. Il s’agit pour Montaigne de procéder à « une perpétuelle réécriture du moi »avec en définitive « un palimpseste de la mémoire et du jugement » qui « ne pouvait s’achever que par la disparition de l’auteur ». (15)

Entre 1557 et 1559 (16), probablement en 1558, à moins que ce ne fut au printemps 1559 (15) car la chronologie reste incertaine, « la grande affaire dans la vie de Montaigne a été la rencontre d’Etienne de la Boétie et l’amitié qui s’en suivie ». (10) Cette rencontre fut d’autant plus probable que le premier cherchait l’autre et que tous deux exerçaient des fonctions proches au Parlement de Bordeaux. En quelque sorte, ils « étaient prédestinés l’un à l’autre avant de se connaître » (9) ; « nous nous cherchions avant que d’être vus ». On assiste alors à une relation d’une rare intensité en considérant que « ambiguë est aussi la nature de leur commerce ». (6)

Cette ambiguïté se retrouve dans le texte même de Montaigne comme lorsque La Boétie lui fait « l’amoureuse offrande » de sa bibliothèque et quant il relate cette « divine liaison (…) vécue jusqu’au fond des entrailles » et où « les corps eussent part à l’alliance ». En effet, il ne s’agit pas d’amis ordinaires qui « ne sont qu’accointances et familiarités par quelque occasion ou commodités » mais bel et bien d’une fusion idéalisée où les âmes « se mêlent et confondent l’une en l’autre et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes ». Mais nul ne peut mieux en parler que Montaigne : «Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l’un et l’autre (…) d’où la précipitation de notre intelligence si promptement parvenue à sa perfection.

Ayant si peu à durer et ayant si tard commencé, car nous étions tous deux hommes faits, (…) elle n’avait point à perdre de temps ». Etienne de la Boétie a vingt huit ans et est marié depuis 1552 à une femme plus âgée bien qu’au préalable encore « jeune veuve » (16) et mère de deux filles, et Montaigne n’a que trois ans de moins. Ils sont en effet tous les deux des « hommes faits » de telle sorte qu’il ne semble pas que leur relation ait pu être similaire à celles relatées dans la Grèce antique où le plus âgé (éraste) prodigue au plus jeune (éromène) une éducation à connotation homosexuelle ritualisée (10) et des cajoleries lors du symposion à la fin du banquet. Montaigne qui « comme son père, est d’une petitesse frappante » (18), reste un homme qui aime les femmes « qui, dit-il, l’ont très tôt et fortement attiré ». (18)

Il se laissera même « mener au mariage » bien qu’il fasse preuve d’une certaine méfiance en opposant « l’amitié plus tempérée et constante à l’amour pour les femmes, plus fiévreux et volage » (10). Montaigne nous dit, à propos des relations masculines équivoques antiques, que « cette licence grecque est justement abhorrée par nos mœurs » mais ceci « vise la pédérastie plutôt que l’homosexualité ». (5) Montaigne « ne dit rien alors, ni pour, ni contre la relation amoureuse entre deux « hommes faicts » (15) alors même qu’une telle relation, condamnée par l’Eglise, était chose courante à la Renaissance comme dans l’antiquité. (15) C’est donc un homme qui lui fait découvrir la passion (3) sans trop savoir comment, en fonction de « je ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union » ce qui lui fera dire bien plus tard, sous forme de rajouts à l’encre dans la marge d’un exemplaire des Essais « parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

Il apparaît en outre que La Boétie, bien que viril, n’était pas particulièrement beau avec même une « laideur physique » (15) mais, comme lors de la relation entre Socrate (vers 470/469-399 av. J-C.) et Alcibiade (450-404 av. J-C) qui pratiquait « l’autre amour » (12) et qui a pu inspirer cette amitié (2), la beauté physique est supposée passer après la force attractive de l’intelligence. Entre ces deux jeunes hommes très érudits qu’étaient Michel et Etienne, férus de culture gréco-romaine, il est aussi possible que leur amitié se soit inspirée de Sénèque pour lequel « l’amour peut se définir comme la folie de l’amitié » et qui écrivit à son ami Lucilius des lettres où « il s’y épanche, s’y découvre, s’y livre en toute sincérité comme on le doit à son meilleur ami » (13) et de façon d’autant plus émouvante que ceci survint seulement quelques mois avant son suicide ordonné par Néron (37-68) dont il fut le précepteur. Sénèque (Lettre 63,5-13) nous incite à « jouir d’un ami de son vivant plutôt que de le pleurer sans mesure à sa mort ». 

Il semble que « La Boétie et Montaigne se seraient fréquentés durant six années, moins les deux ans de séparation dus à leurs déplacements respectifs, ce qui donne quatre années effectives » (15), c’est-à-dire de façon « si tragiquement brève ». (16) Montaigne parle des « quatre années qu’il lui a été donné de jouir de la douce compagnie et société du personnage » (7) et lui arrivera plus tard d’avoir une intense nostalgie de ces moments de bonheur. C’est ainsi qu’il relate être tombé «en un pensement si pénible de M. de La Boétie » aux Bains della Villa, près de Lucques en 1581, et que cela lui « fit grand mal ». (7) Il n’aura plus d’ami « au sens de l’idéal antique » (10) jusqu’à ce qu’il rencontre en 1588 une jeune femme très érudite et pétrie d’admiration à son égard. Il s’agit de Marie de Gournay (1565-1645), de plus de trente ans sa cadette, et qui aura à cœur « jusque dans ses dernières années, d’illustrer la mémoire de Montaigne et de s’en présenter comme l’héritière littéraire et spirituelle» (15) de telle sorte que c’est ainsi sa « fille d’alliance » qui publiera en 1595 la troisième édition des Essais.

Montaigne était très affecté par la gravelle et passa les deux dernières années de sa vie dans sa chambre qui se situait dans sa tour de trois étages comportant une chapelle, une chambre à coucher et « au plus haut, la bibliothèque ou, comme il dit, sa librairie ». (7) Il s’agit d’un lieu propice au loisir studieux (otium studiosum) prisé par les riches romains, à l’opposé (nec-otium) du travail et du négoce (negotium). C’est dans sa chambre, conçue pour y entendre la messe, que Montaigne meurt non pas de la gravelle mais d’une « esquinancie » ou phlegmon pharyngé à point de départ amygdalien ou lié à la complication infectieuse d’une lithiase salivaire obstructive, ce qui le rendra aphone, l’obligeant à écrire ses dernières volontés.

Le 13 septembre 1592 il fait venir auprès de lui ses plus proches voisins et, en leur présence, fait dire une ultime messe et rend le dernier soupir lors de l’élévation du Corpus Domini après s’être élancé « comme à corps perdu sur son lit, les mains jointes » (3) comme le montre (Musée d’art et d’archéologie-Périgueux) le peintre d’histoire Joseph-Robert Fleury (1797-1890). 

Nous ne saurons jamais, et pour cause, ce qu’Etienne de la Boétie aurait pu nous dire de sa relation avec Michel de Montaigne mais « force est de reconnaître que c’est en grande partie Montaigne qui a fabriqué La Boétie. Non pas le La Boétie historique (…) mais le La Boétie de papier, le seul qui compte vraiment aux yeux de la majorité des lecteurs de Montaigne et des critiques d’aujourd’hui ». (15) Montaigne survécut près de trente ans à son ami mort prématurément et consacra les vingt dernières années de sa vie à rédiger les Essais, ouvrage fondateur de la littérature française et de la philosophie occidentale et où il consacre un chapitre à cette amitié qu’il fera passer à la postérité.

Bibliographie

(1) La Boétie E. Discours de la servitude volontaire. Traduction en Français moderne et postface de Séverine Auffret. Ed. Mille et une nuits 2016
(2) Hennig J-L. De l’extrême amitié. Montaigne & La Boétie. nrf Gallimard 2015
(3) Lacouture J. Montaigne à cheval. Points Seuil 1998
(4) Gigon S.C. La Révolte de la gabelle en Guyenne (1548-1549). Paris, Champion,1906. In-8,IX-298 p. www.persee.fr
(5) Onfray M. Le luth de Montaigne (1533-1592). Le crocodile d’Aristote. Albin Michel 2019
(6) Album Montaigne. Iconographie choisie et commentée par Jean Lacouture. Bibliothèque de la Pléiade nrf Gallimard 2007
(7) Moreau P. Montaigne. Connaissance des Lettres Hatier 1967
(8) D’Ormesson J. Une autre histoire de la littérature française. Points-seuil 1999
(9) Montaigne. Les Essais. Edition établie et présentée par C. Pinganaud. Arléa 1996
(10) Compagnon A. Un été avec Montaigne. Equateurs parallèles 2013
(11) Sartre M. L’homosexualité dans la Grèce ancienne in La Grèce ancienne Ed. du Seuil Histoire 2008
(12) De Romilly J. Alcibiade  Le Livre de Poche.  Editions  de Fallois 1997
(13) Sénèque. Lettres à Lucilius. Traduction de Joseph Baillard annotée par Cyril Morana. Ed. Mille et une nuits 2017
(14) Onfray M. Sagesse. J’ai Lu Flammarion 2020
(15) Dictionnaire Montaigne. Ed. P. Desan, Honoré Champion/Classique Garnier 2007, réed. 2016
(16) Comte-Sponville A. Dictionnaire amoureux de Montaigne. Plon 2020
(17) Nakam G. montaigne et son temps. tel gallimard 1993
(18) Zweig S. Montaigne. Edition présentée par O. Philipponnat. Le Livre de Poche 2019

Remerciements au Dr Marcel Delaunay pour sa bienveillante attention et au Pr Brenton Hobart de l’American University of Paris, spécialiste de la littérature de la Renaissance, pour ses encouragements et ses conseils érudits.




Côtes d’Auxerre blanc Gondole 2018

Les Côtes d’Auxerre petit parent pauvre de la Bourgogne ? Certainement non ! Si, après avoir été au XIXe siècle l’un des principaux fournisseurs vinicoles de la capitale, le vignoble faillit disparaître après les ravages du phylloxéra et surtout les terribles gelées de 1957, puis de 1961, il renaquit grâce à une poignée de vignerons talentueux, dont Jean-Hugues Goisot fût le fer de lance, pour que le vignoble retrouve ses lettres de noblesse grâce à ses blancs de chardonnay qui possèdent une typicité et une qualité toutes particulières.

Le domaine familial Goisot, dont les premières traces datent du XIXe siècle, situé au cœur de la Bourgogne septentrionale, fut transmis en 1979 par Marie-Claude, elle-même petite-fille de vignerons, à ses enfants Jean-Hugues et Ghislaine qui très vite comprirent la nécessité de travailler différemment. En effet, quand Jean-Hugues prend les rennes du domaine, malgré le soin que ses parents prenaient de leurs vignes, les vins n’étaient pas, loin s’en faut, au niveau de ceux d’aujourd’hui, et il décide de remettre en cause beaucoup de choses.

Le travail commence par le remplacement des cépages peu qualitatifs, comme le sacy ou le gamay, par du chardonnay, du fié-gris (variété locale de sauvignon) et du pinot noir. Les nouvelles plantations auront une forte densité de 10 000 pieds/ha pour, afin de freiner leur vigueur, augmenter la concurrence entre les ceps les obligeant à chercher plus profondément leurs nutriments. Les baies sont plus petites, mais de meilleure maturité, et les vins plus minéraux. Le travail des sols et la suppression des produits phytosanitaires amènent tout naturellement le mode cultural biologique certifié en 2001.

Des ébourgeonnages sévères permettent de limiter la production de raisins, de minorer l’entassement de la végétation. L’effeuillage côté soleil levant garantit la qualité du raisin. Si un traitement s’impose, des produits naturels (poudres de roches, décoctions de plantes) sont utilisés. Pour stimuler la vie des sols, un épandage d’humus sur certaines parcelles, sans jamais d’engrais, est effectué.

UNE CULTURE EN BIODYNAMIE

En 2005, le fils Guilhem et son épouse Marie intègrent le domaine qui obtient la certification en biodynamie. Actuellement, l’exploitation de 30 ha s’étend sur les communes de Saint-Bris, Irancy et Chablis. Le vin qui nous intéresse, Gondonne, par Chardonnay est le plus structuré et épicé des cuvées parcellaires du domaine Goisot. Sur un sol du Jurassique supérieur étage kimméridgien, où alternent calcaires et marnes bleues, cette parcelle de 1,2 ha est plantée de vignes de chardonnay de plus de 40 ans. Comme l’ensemble du vignoble, elle est cultivée en biodynamie.

Fin septembre, les vendanges manuelles sont décidées en fonction de la maturité et du goût des raisins. Les grappes sont sévèrement triées, puis totalement éraflées. Le pressurage pneumatique est très lent, la fermentation alcoolique par levurage indigène est longue à une température de 25 ° dans sa première partie, pour bien garder la spécificité du terroir, suivie par la fermentation malolactique et d’un élevage sur lies fines. Vinification et élevage se déroulent en fûts de chêne de haute futaie. Le soufrage est réduit massivement.

Il faut souligner que la vinification est la plus naturelle possible avec le minimum d’interventions, les Goisot étant convaincus que le vin se fait avant tout à la vigne, afin de privilégier la typicité de chaque vin, son originalité, sa tonalité minérale.

AU NIVEAU DES GRANDS CRUS DE CHABLIS

Cette Gondonne 2018, habillée d’une robe jaune vif pailletée d’or, déploie au nez une intensité aromatique complexe de fleurs blanches : acacia, chèvrefeuille, de fruits jaunes bien mûrs : pêche, poire, ananas, d’agrumes type bergamote, des senteurs de zan, de cannelle, d’épices : muscade, poivre blanc. La richesse soyeuse de sa texture concourt à un équilibre remarquable tenu par une acidité impeccable qui jamais ne heurte mais trace le chemin à une bouche riche, ample, onctueuse qui offre des notes de grillé et de pépins de citron. Quant à sa longue finale savoureuse, elle se montre élégante et éclatante.

Ainsi, cette cuvée Gondonne, grâce à sa minéralité prégnante, se trouve, quoique différente, au niveau des grands crus de Chablis. Les chardonnays des Côtes d’Auxerre ont en commun avec les chablis voisins une acidité naturelle, si bien qu’après quelques années de garde, la Gondonne accompagne à merveille les poissons nobles de mer : filets de sole au beurre citronné, turbot sauce mousseuse, Saint-Pierre en croûte de laurier. Il est aussi judicieux de l’associer aux poissons d’eau douce comme la truite aux amandes, le filet de perche meunière et la quenelle de brochet sauce Nantua.

Les viandes blanches peuvent également être flattées par ce vin : blanquette de veau, volaille de bresse à la crème et aux champignons. Si vous êtes impatient de déguster plus jeune ce flacon, le registre bourguignon lui conviendra pleinement : jambon persillé, andouillette vin blanc, gratin de cardons, escargots au beurre aillé. Les fromages peu relevés, type Mont d’Or ou Beaufort d’été, s’harmoniseront parfaitement avec ce vin.

Ecoutons la tribu Goisot : « Depuis de nombreuses années, nous travaillons les vignes dans le respect des appellations, des consommateurs, des personnes qui travaillent pour le domaine et bien-sûr l’environnement avec un savoir-faire qui associe tradition et modernisme. Nous sommes fiers de produire un vin authentique, sain pour l’homme et la nature » et j’ajouterai… pour le porte-monnaie, car les tarifs de Gondonne (moins de 25 e) sont sans commune mesure avec ceux de Chablis

J. Helen


Domaine Guilhem et Jean-Hugues Goisot
89530 Saint-Bris-le-Vineux


L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération

© Phovoir




Hackers – Les maîtres du monde


La santé est de plus en plus ciblée, les attaques en sécurité informatique ont explosé ces deux dernières années. Les failles sont nombreuses et les vulnérabilités des établissements de santé sont connus des pirates, mais les laboratoires, les centres de santé et les praticiens isolés sont aussi source d’inquiétude. Si ce risque par rebond est maintenant bien connu, il existe dorénavant le risque intégré avec le développement des objets connectés.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 446 – Mai-juin 2022

A la suite d’une discussion avec un confrère, le Dr Cinécare a voulu installer un logiciel de prise en main à distance. Devant la pléthore de programmes, il a préféré essayer une version gratuite trouvée sur le net avant l’achat définitif d’une version payante.

Le Dr Cinécare clique sur les liens pour installer ce logiciel sans fournir bien sûr de numéro de carte ni de coordonnées bancaires. 

L’installation se passe tout à fait normalement.

Une fois la version gratuite enregistrée, plusieurs emails sont arrivés dans une langue étrangère pour confirmation. Normal, le logiciel gratuit est en langue anglaise. Pour la langue française, il devra s’acquitter de la version payante. 

Le programme d’installation lui demande d’éteindre sa machine et de la rallumer pour accéder au logiciel. Une fois fait et l’ordinateur rallumé, le Dr Cinécare transfère ses données dans le nouveau logiciel.

UNE PERTE DE CONTRÔLE

Subitement, l’ordinateur se met à ralentir sérieusement et certaines applications deviennent particulièrement difficiles à contrôler…

Le Dr Cinécare éteint une nouvelle fois sa machine puis la redémarre, pensant à un problème de connexion, comme cela lui arrive régulièrement. Mais l’ordinateur est toujours aussi difficile à gérer. Pire, le curseur de la souris se déplace tout seul et son PC se met à taper des lettres sans son intervention.

Le Dr Cinécare se rend subitement compte que sa machine a été piratée et est ainsi devenue un PC Zombie (botnet) [1]. Sans qu’il s’en aperçoive, ses mots de passe et toutes ses interventions vont pouvoir être lus et enregistrés. Le malware a introduit un trojan (2) qui ouvre la voie à d’autres programmes malveillants, prenant en otage l’ordinateur tout entier.

L’accès à ses logiciels devient impossible. Son agenda ne répond plus et, sans secrétaire extérieure informatisée, il ne sait pas quels patients ont pris rendez-vous et pour quels motifs. La série débute : Comment contacter les patients ? Comment annuler ou reporter les rendez-vous ? Quid des données et que vont-elles devenir si elles lui sont subtilisées ? Le malware prend également possession de son logiciel de messagerie et de ses mots de passe.

Le Dr Cinécar se sent soudain totalement perdu. Son informatique ne répond plus ; il n’a plus aucun moyen de récupérer sa comptabilité et donc aucune vue sur les versements perçus ou ceux en attente.

Heureusement, son informaticien (qu’il aurait dû contacter pour l’installation de ce logiciel… gratuit) lui avait installé un système de sauvegarde automatique avec deux disques durs en miroir. (3) Le but était d’en retirer un tous les soirs et de l’interchanger avec un autre le lendemain, mais cela n’avait pas été fait depuis trois mois. Les données de la sauvegarde ont donc été également cryptées, à l’exception du disque dur interchangeable qui était resté dans sa boîte. Il peut donc retrouver une sauvegarde, certes avec un délai de trois mois en arrière, mais qui a le mérite d’exister. Ensuite, le Dr Cinécare a tout perdu.

Comme un grand classique, le piratage est intervenu au moment de l’installation du logiciel avec une prise en main à distance. Le fichier d’installation a été récupéré sur un site frauduleux et un logiciel de ransomware (4) a donc été installé au lieu du logiciel souhaité. Ce type de piratage est de plus en plus sophistiqué, les hackers s’adaptant au système antivirus en adoptant des méthodes évitant ainsi d’être détectés.

Mais les malwares peuvent venir d’autres sources, tels les mails, même ceux de vos connaissances (subtilisation des adresses mail), les sites frauduleux (5), de votre portable subtilisé dans des réseaux publics (wifi), la liste est longue.

SE PROTÉGER DES VIRUS

Cela va de soi : le logiciel antivirus, votre première défense, à installer dans les plus brefs délais.

Il doit être également exécuté sur tous les appareils connectés au réseau. Il empêche les exécutables des logiciels malveillants de s’exécuter sur votre machine. Mais attention, il ne vous sauvera pas de toute attaque.

Les premiers gestes devant votre machine doivent devenir vos habitudes :

1. N’ouvrez jamais les pièces jointes insérées dans vos e-mails : de nombreuses attaques commencent ainsi.
2. Votre système d’exploitation doit toujours être à jour : les correctifs, outre les avancées techniques qu’ils procurent, corrigent les bugs et autres failles de sécurité découvertes.
3. Vous avez un doute sur un site : rebroussez chemin, vous éviterez les téléchargements par drive-by ou les redirections vers des sites hébergeant des logiciels malveillants qui ciblent la vulnérabilité spécifique de votre navigateur et/ou de ses plugins.
4. N’utilisez pas de logiciels piratés ou partagés. Tentants soient-ils, ils peuvent contenir des logiciels malveillants. En clair, téléchargez les logiciels uniquement à partir de source officielle.

NOUS SOMMES TOUS DES CIBLES

Nous sommes tous des cibles, mais la réponse immédiate de quiconque est « je suis trop petit, je n’intéresse personne et mes données n’ont pas de valeur », ce qui est globalement vrai, mais la première règle est de ne pas se trouver dans les filets du chalut. Parce que toute personne a des accès à des systèmes plus larges et est donc potentiellement intéressante.

A l’heure du Covid, par exemple, les médecins victimes de piratage ont été nombreux. Activer par exemple sa carte e-cps via un compte piraté est facile, c’est ce qui était arrivé à un professionnel de santé à la retraite venant en aide dans un centre de vaccination. En se rendant sur son compte, il a découvert qu’il avait vacciné un millier de personnes, alors que ce n’était absolument pas le cas.

Le hacker est tout d’abord un prédateur, et si vous avez un niveau de résilience faible, vous serez une cible facile. On connaît la volonté de l’attaquant : l’argent, le pouvoir, l’information, la désinformation, la capacité à nuire, l’ego. On se retrouve forcément dans un de ces cas

IL FAUT AGIR

Il ne faut pas sous-estimer ces incidents qui peuvent avoir des répercussions dramatiques. Mais ceux-ci ne sont par forcément de nature malveillante, ils peuvent également être dûs à des problèmes matériels ou informatiques (incidents dans les data centers, coupures récurrentes chez des opérateurs…).

Nous verrons dans notre prochain numéro comment se prémunir pour éviter le pire et – surtout – travailler sur l’anticipation, car la sécurité se passe tout d’abord en amont afin de garder une marche d’avance sur les hackers…

LES DIFFÉRENTES FAMILLES DE VIRUS

On peut considérer le virus informatique comme son cousin biologique qui s’attaque à un organisme pour le détruire. Il y aurait plus de 50 000 virus en circulation aujourd’hui, des plus inoffensifs aux plus virulents, capables d’effacer les données d’un disque dur.

Les trois grandes familles

1. Le virus de fichier capable de corrompre des fichiers exécutables (fichiers contenant un programme identifié par le système d’exploitation) tels les .exe, .com; .bin,…

2. Le virus de boot. Son secteur : détruire les données utilisées pour démarrer le disque dur.

3. Le macro-virus (près de 80 % des virus). Attaque les documents contenant des macros afin de casser l’automatisation des fonctions des logiciels.

Les virus sont capables de se répliquer, de se développer et de se propager vers d’autres ordinateurs en s’insérant dans d’autres programmes ou documents.

Les vers

Le vers (worm) est un logiciel malveillant capable de se dupliquer et de propager via les réseaux. C’est un fichier qui se multiplie à l’infini, via par exemple les courriers électroniques ( et épuisent ainsi l’espace de stockage). Il peut exploiter les carnets d’adresses et envoyer automatiquement à l’insu des propriétaires des fichiers word infectés.

Les chevaux de Troie

Le cheval de Troie (Trojan horse) transite également par courrier électronique et s’installe également à l’insu de l’utilisateur. Activé à distance, il permet le contrôle complet de la machine (système, configuration, mots de passe…)

Les maldocs

Le maldoc est un document informatique malveillant qui se partage deux mécanismes : la vulnérabilité  (exploite une vulnérabilité préexistante ou exécute une charge utile à l’ouverture) et la fonctionnalité (accès direct aux ressources du système).

(1) « Botnet » (contraction des termes « robot » et « network »). Les cybercriminels utilisent des chevaux de Troie particuliers pour violer la sécurité des ordinateurs de différents utilisateurs, et d’en prendre ainsi le contrôle à distance. 

(2) Le trojan (cheval de Troie en français) n’est pas un virus mais un programme malveillant.

(3) Le système plus connu sous le nom de RAID sécurise automatiquement vos données en les dupliquant sur deux disques identiques.

(4) Un ransonware est un logiciel qui chiffre des données personnelles puis demande à leur propriétaire d’envoyer de l’argent en échange de la clé qui permettra de les déchiffrer.

(5) Utilisez la page de Google Safe Browsing afin de savoir si Google a référencé un site comme douteux.

Source : kaspersky.fr

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

A lire également



Cybersécurité – banalisation sur toile

Intelligence artificielle – la santé au cœur du futur


L’intelligence artificielle – Introduction à la Santé


Les préoccupations liées à l’intelligence artificielle


Les 50 ans d’internet


Les virus


De l’impression 3D à la bio-impression


Retour vers le futur – les prédictions médicale dans les années 1950

LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.




Château Pedesclaux 2014 Grand cru classé

Au château Pédesclaux, il y a un avant et un après l’année 2009. Avant, ce 5e grand cru de Pauillac connaissait un long et profond déclin par manque d’ambition et de moyens financiers des propriétaires, à tel point que le célèbre critique Robert Parker écrivait en 1999 : « les Pédesclaux ne m’ont jamais impressionné du fait de leur manque de profondeur et de leur caractère excessivement tannique ». 2009, c’est le début d’une résurrection avec l’arrivée de Jacky Lorenzetti, ex-propriétaire du groupe Foncia, dont la vente va lui permettre sa deuxième vie d’homme d’affaires : rachat du club de rugby du Racing rapidement propulsé en 1ère division, construction du magnifique stade couvert utilisé aussi comme salle de spectacle, le Paris Défense Aréna.

Diplômé d’une école hôtelière, époux d’une fille de viticulteur, amateur des grands crus médocains, c’est fort logiquement qu’il se lance dans l’industrie du vin par l’acquisition de plusieurs propriétés (Lilian Ladouys, 50 % d’Issan), dont le point d’orgue sera le moribond Pédesclaux. Tout ou presque doit être remis à plat. Il s’entoure d’une équipe hautement compétente dirigée par Emmanuel Cruse (son partenaire à Issan) et Vincent Bache-Gabrielsen, conseillée par l’œnologue Eric Boissenot. Une superbe parcelle (Château Behéré) au cœur de Pauillac est acquise et intégrée au vignoble qui passe de 26 ha à 48 ha actuellement.

UNE PROFONDE RESTRUCTURATION

Le vignoble fait l’objet d’une restructuration profonde : étude des sols, remplacement des ceps abîmés par des sélections massales, pratiques culturales respectueuses de l’environnement. En parallèle, les Lorenzetti confient à l’architecte Jean-Michel Wilmotte, la conception de nouvelles installations techniques, ainsi que la rénovation du château avec, pour ambition, d’en faire une œuvre d’art et un outil au service de l’excellence du vin. En 2014, sort de terre un nouveau chai 100 % gravitaire composé de cuves inox tronconiques à double étage, doté d’installation à la pointe de la technologie. Le château enchassé dans un écrin de verre s’organise autour d’un élément central qui abrite un cuvier transparent et le chai. Spectaculaire, le bâtiment séduit par la pureté et la modernité de ses lignes. Les matériaux nobles : le verre, l’acier et le bois ont été privilégiés. Le vignoble sis au cœur des terroirs d’excellence dominant Pauillac, dont les prestigieux voisins s’appellent Lafitte, Mouton-Rothschild, Pontet-Canet, est réparti sur un plateau de graves profondes sur socles calcaire et argileux en mosaïque. Les pratiques culturales minutieuses : taille des vignes en fenêtre, épamprage, effeuillage raisonné, vendanges vertes si nécessaire, favorisent une bonne répartition et une bonne aération des raisins. La sollicitation de la vie microbiologique par la mycorhization, la mise en place de compost ou d’engrais verts, l’alternance sols travaillés/sols enherbés participent à la qualité de la viticulture. Pour le millésime 2014, marquant la première utilisation du tout nouveau chai gravitaire, les vendanges guidées par les études de maturité débutèrent le 30 septembre. Les raisins ramassés manuellement et sélectivement en petites cagettes sont refroidis pour une macération préfermentaire, avant d’être acheminés par ascenseur jusqu’aux tables pour un tri sur grappe, puis sur baies. Les raisins posés sur des cuvons roulants sont acheminés dans les cuves inox, thermo-régulées, encuvées par gravité, sans foulage. L’élevage s’étend sur 16 mois en barrique (60 % neuves, 40 % de 1 vin). L’extraction est douce avec délestages et pigeages. Avant la mise en bouteilles, collage au blanc d’œuf.

UN ÉQUILIBRE REMARQUABLE

Ce millésime 2014 du château Pédesclaux, le meilleur produit jusqu’alors (mais les millésimes récents vont encore le surpasser), profita d’excellentes conditions climatiques et en particulier un été indien doux et très ensoleillé. Cette cuvée assemblant 53 % de cabernet sauvignon et 47 % de merlot, arbore une robe grenat intense, profonde aux notes violines qui introduit une vaste gamme aromatique de crème de cassis, de mûre écrasée, de noix de muscade, de café torréfié, accompagnée par un bouquet de cèdre et de boîte à cigares. L’attaque en bouche est grasse, gourmande, ample, les tanins soyeux sont bien mûrs et présentent un grain d’une grande finesse qui se conclut sur des notes de caramel au lait et de cacao soulignant sa longue finale. Le remarquable équilibre, la montée en puissance, l’escalade des curseurs signent un grand Pauillac.

Les Pauillac, comme je l’ai déjà souligné (Le Cardiologue n ° 320) sont les vins de l’agneau, de préférence du même terroir : selle entourée d’une croûte de chapelure qui exalte encore mieux le vin, accompagnée de pommes boulangères, gigot de 7 heures aux fèves, épaule, voire d’un plat mijoté tel un navarin. La viande de bœuf l’apprécie également fort, que ce soit un filet sauce bordelaise avec gratin dauphinois ou une côte bien épaisse cuite au four avec un plat de macaroni. De magnifiques accords entre ce vin fin et généreux peuvent être réalisés avec les gibiers à plume : colvert, poule faisane, perdreau, grouse pour les chanceux qui peuvent y accéder.

UNE RECONVERSION EN BIO

Actuellement, le château Pédesclaux relève un nouveau défit, celui du passage de l’ensemble du vignoble en agriculture biologique. Mais nous pouvons faire confiance à Jacky Lorenzetti et à sa dynamique équipe, pour mener à bien cette reconversion, comme ils l’ont fait jusque là en ressuscitant ce vin, pour lui permettre de devenir un des fleurons de Pauillac. Dernier point, mais pas le moindre : le château Pédesclaux affiche un rapport qualité/prix affriolant (moins de 50 euros) !

J. Helen

Jacky et Francoise Lorenzetti
33250 Pauillac

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération




Montaigne et La Boétie ou la quintessence de l’Amitié amoureuse – 1ère partie

– Par Louis-François Garnier


Accédez à la 2e partie

La précocité étonnante de certains écrivains ou artistes n’égale parfois que la brièveté de leur existence. Ce fût le cas d’Etienne de la Boétie (1530-1563) qui n’avait pas dix huit ans lorsqu’il traduisit Plutarque et Xénophon et rédigeât un pamphlet intitulé : Discours de la servitude volontaire. Il lui fallu une dispense du roi Henri II (1519-1559) pour exercer, avant l’âge légal de vingt cinq ans, la charge de conseiller au Parlement de Bordeaux.
Malheureusement « La Boétie courait plus vite que tout le monde jusqu’à sa mort » (1) prématurée, le 18 août 1563 après une agonie de neuf jours, à l’âge de « 32 ans, 9 mois et 17 jours » comme le relate Michel de Montaigne (1533-1592) qui l’assiste dans ses derniers instants.
Il s’agira plus tard pour Montaigne, qui se considère comme l’exécuteur testamentaire de La Boétie qu’il qualifiera de « plus grand homme, à mon advis, de nostre siecle » (15) de se porter garant de la mémoire de son ami et de mettre en exergue leur relation car une amitié hors du commun, voire même extrême (2) unissait ces deux hommes.

 

Que s’est-il passé ? Nous sommes au début des guerres de Religion (1562-1598), le lundi 9 août 1563, Michel de Montaigne a invité son ami à dîner mais celui-ci décline l’invitation car il se trouve « un peu mal » alors qu’il s’apprête à revenir vers le Médoc au retour d’une mission ayant pour but d’arrêter une troupe de Huguenots dans l’Agenais « tout empesté ». Il est vrai que pour Montaigne et ses contemporains, la peste était une « réalité douloureuse ». (15)

En fait, La Boétie présente tous les symptômes d’une dysenterie avec de violentes coliques, « des tranchées et un flux de ventre » de telle sorte que Montaigne va le convaincre de s’arrêter chez la sœur de Montaigne, Mme de Lestonnac, à Germignan devenu le quartier le plus ancien de la ville du Taillan-Médoc désormais au sein de Bordeaux Métropole. L’état de santé de La Boétie va rapidement se dégrader de telle sorte que Montaigne décide de rester au chevet de son ami et l’incite à ne pas laisser « ses affaires domestiques décousues ».

L’agonie de La Boétie est relatée par Michel de Montaigne qui décide de ne plus quitter son ami alors même que ce dernier le met en garde contre le risque de contagion et qu’il vaudrait mieux qu’il ne le visite que « par boutées ». Le malade, commençant à désespérer de sa guérison, partage ses biens entre son oncle et sa femme et se tourne alors vers son « frère d’alliance » en le suppliant de bien vouloir « être le successeur de ma bibliothèque et de mes livres (…) pour l’affection que vous avez aux lettres ». Finalement le malade a perdu tout espoir : « Mon frère, n’avez-vous pas compassion de tant de tourments que je souffre ? » avec cette phrase restée énigmatique par delà les siècles : « Mon frère !, mon frère !, me refusez-vous donc une place ? » et qu’on se gardera bien d’interpréter. (16)

La Boétie s’évanouit, on le ranime, il se confesse et reçoit les derniers sacrements dans le cadre d’une « mort socratique mais aussi chrétienne » (2). Il congédie sa femme en lui disant « Je m’en vais dormir, bonsoir ma femme, allez-vous-en » pour rester seul avec son ami « en donnant des tours dans son lit avec tout plein de violence » et en disant « il y a trois jours que j’ahane pour partir ».

Le moment ultime approche inexorablement dans une chambre « pleine de cris et de larmes » (2) : « Une heure après ou environ, me nommant une fois ou deux, et puis tirant à soi un grand soupir, il rendit l’âme. » mettant ainsi un point final à « l’implacable solitude du moribond » (3). Il ne reste plus à Montaigne qu’à rendre hommage à son ami « fabuleux » (16) et à faire bon usage de ses manuscrits et des livres qu’il lui a légués « la mort entre les dents ». (15)

Plus tard, il reconnaîtra qu’il n’aurait pas écrit les Essais (9) s’il avait conservé un ami à qui écrire des lettres ; « nous devons les Essais à La Boétie, à sa présence puis à son absence » (10). Montaigne à pu se consoler avec Sénèque (entre 4 av. J.-C. et 1 apr. J.-C. – 65 apr. J.-C.) quand celui-ci dit que « la mémoire de mes amis morts m’est douce et attrayante. Car je les ai possédés toujours comme si je devais un jour les perdre ; je les ai perdus et c’est comme si je les avais toujours ».

Les dernières paroles de La Boétie ont pu apparaître comme étant « l’expression la plus flagrante d’une attitude stoïque devant la mort » et on a pu voir « dans les paroles mises dans la bouche de La Boétie par Montaigne une preuve indiscutable d’influence sénéquéenne ». (15) (*)

L’enfance de Montaigne – l’éveil en musique par Pierre Nolasque Bergeret (1782-1863). Musée des Beaux-Arts de Libourne

Etienne de La Boétie, né à Sarlat dans une famille de magistrats cultivés, est « un produit typique de la vieille noblesse de robe » (3). Orphelin de bonne heure, il est élevé par son oncle ecclésiastique cultivé puis fait des études de droit à l’université d’Orléans où il passe son examen de licence en droit civil le 23 septembre 1553 qui est « la première date avérée » au sein d’une « brève existence qui demeure fort mal connue ». (15)

A cette occasion, il aura un maître éminent dénommé Anne du Bourg (1521-1559) magistrat protestant, conseiller au Parlement de Paris, et qui en juin 1559, au cours d’une séance plénière du parlement pourtant dénommée mercuriale car dévolue à exposer les dérives de l’administration de la justice, osa protester en présence du roi Henri II contre les excès de la répression contre « ceux que l’on nomme les hérétiques ». Le roi Henri II le fait arrêter sur le champ et embastiller. A cette époque il revient à un tribunal extraordinaire dénommé la Chambre ardente de prendre  la décision finale et c’est lui qui « envoie les protestants au bûcher ». (18)

Après un procès, au cours duquel Anne du Bourg utilisera tous les recours du droit et malgré la mort accidentelle du roi Henri II le 10 juillet 1559, le maître de La Boétie est pendu puis brûlé en place de Grève le 23 décembre 1559. Ce funeste événement a du être ressenti par La Boétie, alors âgé de 29 ans, comme étant un exemple affreux de la tyrannie qu’il abhorrait.

C’est cependant plus de dix ans au préalable que d’autres événements ont du inciter La Boétie à écrire, entre 1546 et 1548, le Discours de la servitude volontaire puisqu’il s’agit des répressions brutales des révoltes contre la gabelle à partir de 1542 et surtout en 1544-1546 lorsque fut imposé à la Guyenne le régime des greniers à sel (4). Le Discours de la servitude volontaire, qui s’apparente à un pamphlet contre la monarchie absolue, sera d’ailleurs dénommé plus tard le Contr’un, en l’occurrence le roi Charles IX (1550-1574),  en devenant alors « la référence des plus ardents calvinistes contre la couronne » et le « bréviaire des protestants ». (5-6)

A partir d’exemples issus de l’Antiquité, La Boétie se livre à un réquisitoire contre la tyrannie en posant la question de la légitimité de l’autorité et des mécanismes de soumission susceptibles d’expliquer qu’une population puisse accepter la servitude. Montaigne a pu prendre connaissance du manuscrit qui avait circulé sous le manteau.

En effet, au Parlement de Bordeaux, La Boétie avait succédé à Guillaume de Lur-Longa (mort en 1557) appelé au Parlement de Paris, et c’est celui-ci qui aurait remis le manuscrit, probablement en 1554, à Montaigne qui plus tard  l’aurait volontiers inséré dans ses Essais, mais les Réformés s’en étaient alors emparé de telle sorte que « désormais, le Contr’un était jeté dans la mêlée politique et religieuse » (7) particulièrement dangereuse à cette époque. (**)

Louis-François Garnier


 

(*) Montaigne a une « prédilection toute particulière » pour Sénèque de façon « diffuse et multiforme » voire « clandestine »(15) et fut même qualifié en son temps de « autre Sénèque en notre langue » par son contemporain, l’humaniste et homme d’état Etienne Pasquier (1529-1615). (16) Les emprunts à Sénèque s’appliquent au style léger et épistolaire et moins ostentatoire que celui de Cicéron ou Pline au point de parler du « sénéquisme de Montaigne » (15) avec un mode d’expression ayant pu faire considérer « Montaigne imitateur du style de Sénèque » (Hay, Bull. Société internationale des Amis de Montaigne, octobre 1940, IIe série : p66). En définitive, « Montaigne a été à la fois stoïcien, épicurien, sceptique, tout autant que socratique mais jamais platonicien » (5) en « modérant le plaisir pour ne pas souffrir de son absence ».  Montaigne prit ses distances à la fois vis-à-vis du dogmatisme stoïcien et de la philosophie épicurienne en optant pour « la voie du milieu » (in medio stat virtus) pour être « un peu plus, ou un peu mieux lui-même ». (16) En outre, Montaigne, adepte d’une religion révélée et bien qu’ayant « une certaine indulgence pour Sénèque », a pu considérer « l’orgueil stoïcien contraire à l’humilité chrétienne ». (15)  C’est ainsi que Sénèque est mort « en romain » tandis que Montaigne est mort dans un élan de foi en son dieu et « c’est à nostre foy Chrestienne, non à sa vertu Stoïque, de pretendre à cette divine et miraculeuse metamorphose ». (15)

(**) Le Discours de la servitude volontaire relate le fait qu’ « en consentant à abandonner leurs libertés politiques au souverain, les sujets ne renoncent pas seulement à leurs droits fondamentaux ; ils perdent sans le savoir toute possibilité de sociabilité future et pervertissent les rapports humains » (15) On peut s’interroger sur le fait que Montaigne s’est efforcé de faire considérer le texte de La Boétie comme une œuvre de jeunesse de moindre importance et non susceptible de heurter la susceptibilité du pouvoir en place, en des temps dangereux où un tel pamphlet potentiellement séditieux aurait pu valoir de sérieux ennuis ; il suffit de considérer que le texte publié sous un pseudonyme a été brûlé en place publique à Bordeaux en 1579. Le style de la Boétie lui est propre ne permettant pas d’émettre l’hypothèse que ce texte ait pu être rédigé bien plus tard, en 1560 en réaction à la mort d’Anne du Bourg et alors que les deux amis se connaissaient depuis 2 ans. Pour Montaigne, le texte de la Boétie incarne « l’idéal humain » reflétant « une période historique et politique limitée, la république romaine » » qu’il admire. (17)

 

Bibliographie

(1) La Boétie E. Discours de la servitude volontaire. Traduction en Français moderne et postface de Séverine Auffret. Ed. Mille et une nuits 2016
(2) Hennig J-L. De l’extrême amitié. Montaigne & La Boétie. nrf Gallimard 2015
(3) Lacouture J. Montaigne à cheval. Points Seuil 1998
(4) Gigon S.C. La Révolte de la gabelle en Guyenne (1548-1549). Paris, Champion,1906. In-8,IX-298 p. www.persee.fr
(5) Onfray M. Le luth de Montaigne (1533-1592). Le crocodile d’Aristote. Albin Michel 2019
(6) Album Montaigne. Iconographie choisie et commentée par Jean Lacouture. Bibliothèque de la Pléiade nrf Gallimard 2007
(7) Moreau P. Montaigne. Connaissance des Lettres Hatier 1967
(8) D’Ormesson J. Une autre histoire de la littérature française. Points-seuil 1999
(9) Montaigne. Les Essais. Edition établie et présentée par C. Pinganaud. Arléa 1996
(10) Compagnon A. Un été avec Montaigne. Equateurs parallèles 2013
(11) Sartre M. L’homosexualité dans la Grèce ancienne in La Grèce ancienne Ed. du Seuil Histoire 2008
(12) De Romilly J. Alcibiade  Le Livre de Poche.  Editions  de Fallois 1997
(13) Sénèque. Lettres à Lucilius. Traduction de Joseph Baillard annotée par Cyril Morana. Ed. Mille et une nuits 2017
(14) Onfray M. Sagesse. J’ai Lu Flammarion 2020
(15) Dictionnaire Montaigne. Ed. P. Desan, Honoré Champion/Classique Garnier 2007, réed. 2016
(16) Comte-Sponville A. Dictionnaire amoureux de Montaigne. Plon 2020
(17) Nakam G. montaigne et son temps. tel gallimard 1993
(18) Zweig S. Montaigne. Edition présentée par O. Philipponnat. Le Livre de Poche 2019

Remerciements au Dr Marcel Delaunay pour sa bienveillante attention et au Pr Brenton Hobart de l’American University of Paris, spécialiste de la littérature de la Renaissance, pour ses encouragements et ses conseils érudits.




Le monde tel qu’il est devenu et pourquoi il est devenu tel

A trois mois d’écart sont parus deux livres très différents mais très complémentaires. Le premier, qui a rapidement atteint les meilleures ventes, décrit la France telle qu’elle est aujourd’hui, mais aussi comment elle a changé en 40 ans, il s’agit de « La France sous nos yeux ».
Le deuxième décrit les causes économiques supposées de cet état des lieux, il s’agit de « Les guerres économiques sont des guerres des classes » dont le sous-titre est explicite : « Comment la montée des inégalités fausse l’économie mondiale et menace la paix internationale ». Souhaitons que cet ouvrage ne soit pas visionnaire et qu’il ne décrive pas le mécanisme à l’origine d’un futur conflit mondial.

LA FRANCE D’AUJOURD’HUI

C’est un livre d’image que l’on feuillette en lisant « La France sous nos yeux », celui de la France telle qu’elle est en 2022 et celui de la façon dont elle s’est modifiée en 40 ans. Si l’analyse est géographique et économique, elle est surtout sociologique et nous avons tous vu cette évolution.

Il y a la désertification des centres-villes, les auteurs soulignant l’arrivée relativement récente du mot centre-ville dans le langage, comme si cela n’allait plus de soi. A cet égard, pour ceux qui connaissent la ville de Tonnerre, son exemple rapporté dans l’ouvrage est saisissant.

Il y a eu la diversification de l’offre commerciale vers, soit des produits pas chers (Kebab, Tacos, Gifi, Dacia, Hard-discount…), soit une élévation du prix de certains produits de base vers des offres « premium » telles les bières de brasseur ou les campings 5 étoiles par exemple.

Il y a eu l’installation des entrepôts Amazon à proximité des grands axes autoroutiers nord-sud…, reflet du basculement des métiers du primaire en déshérence vers le tertiaire, et essentiellement vers la logistique et… le tourisme. C’est-à-dire vers la désirabilité d’un passé réinventé sur fond de fausses traditions sublimées pour le tourisme interne et externe. Et bien d’autres choses encore… dont, notamment, l’influence des modes de vie sur le vote, que ce soit celui des centre-ville « boboïsés » ou des milieux ruraux.

Le constat que font les auteurs de l’image que donne la France aujourd’hui, s’il nous touche directement car il s’agit de notre histoire quotidienne, peut aussi être fait dans de très nombreux pays occidentaux, ceux dont l’économie a dominé le monde depuis 200 à 300 ans.

LES GUERRES ÉCONOMIQUES

Disons-le d’emblée, le livre de Matthew C. Klein (journaliste économique nord-américain) et de Michael Pettis (économiste et professeur de management à Pékin) parle d’économie et il est parfois difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas versés dans cette science multiparamétrique qui, dès lors, peut paraître complexe dans divers paragraphes.

Pourtant, il ne faut pas s’arrêter sur quelques termes et raisonnements parfois difficiles à comprendre car ce livre a deux grands mérites. 

Le premier est de raconter l’histoire économique de la Chine, de l’Allemagne et des Etats-Unis, et d’insérer rapidement ces histoires régionales dans l’histoire économique globale. Les chapitres concernant ces trois pays sont riches d’enseignements sur les interdépendances entre histoire, mentalités, flux économiques et évolutions de leurs sociétés puis évolution des autres pays. Tant l’Allemagne – qui pour certains fait figure de modèle – que la Chine, y sont décrites sévèrement mais probablement avec une vision proche de la réalité. 

Ainsi, pour l’Allemagne, « Une fois les impôts, les avantages sociaux et l’inflation déduits, le revenu moyen des ménages en 2013 était légèrement inférieur au revenu moyen des ménages en 1999 ». Ainsi, pour la Chine, pays se disant communiste « le système financier favorisait un transfert massif et soutenu des capitaux de la population vers les grands industriels, les entreprises spécialisées dans les travaux d’infrastructures, les promoteurs immobiliers ainsi que les autorités provinciales et communales ».

Le deuxième avantage est de montrer ce qu’est l’économie mondiale ou globale faisant que les décisions économiques prises dans un pays retentissent rapidement sur l’économie et les modes de vie des autres pays et influencent de ce fait leurs évolutions. Un exemple simple parmi d’autres : la diminution des revenus en Allemagne a contribué à augmenter le prix de l’immobilier en Espagne, et vous comprendrez pourquoi en lisant ce livre. En effet, pour ses auteurs « La répartition du pouvoir d’achat au sein d’une société a un impact sur les relations économiques de cette société avec le reste du monde ».

Afin de mieux comprendre l’économie mondiale, on trouve entre autre dans ce livre l’histoire des conteneurs ou plutôt comment ce progrès logistique qui a mis quelques décennies à s’imposer a littéralement modifié le monde, permettant un transport plus sûr et moins onéreux des marchandises et ouvrant vraiment la voie à la mondialisation. On y découvre aussi comment ce progrès a complètement modifié la structure des ports et leurs organisations, notamment en matière d’emploi. On y rappelle aussi les grands mécanismes de l’évasion fiscale et les conséquences que cela a sur les dettes nationales, l’histoire du crédit, les transferts d’actifs d’un pays à l’autre… Toutes notions essentielles pour comprendre le monde d’aujourd’hui

UNE THÈSE SUR L’ÉCONOMIE MONDIALE : L’ÉCONOMIE OUVERTE ET SES CONSÉQUENCES

Mais, la thèse principale du livre est – alors que le bon sens fait envisager qu’une guerre commerciale est un conflit entre plusieurs pays qui défendent certaines de leurs industries et l’emploi – de fait un conflit qui oppose banquiers et détenteurs d’actifs financiers à des ménages de la classe moyenne, c’est-à-dire, un conflit entre les très riches et les autres. 

Pour les auteurs, l’origine des guerres commerciales est une conséquence des décisions prises par les hommes politiques et les chefs d’entreprise, principalement en Chine, Europe et Etats-Unis, et ayant pour conséquences un accroissement des inégalités au profit des 0,1 % les plus riches et aux détriments des classes populaires et moyennes : en d’autres termes, les auteurs soutiennent la thèse que les conflits commerciaux actuels sont le fait des gouvernements, y compris chinois, qui défendent les intérêts des élites aux dépens des travailleurs.

Et l’histoire est principalement le fait que les États-Unis, dans une frénésie de consommation et d’investissements rentables, ont absorbé le surplus de production et d’épargne du reste du monde avec comme corollaire, la désindustrialisation et les crises financières. L’ouverture des Etats-Unis au commerce et à la finance internationales a ainsi permis aux riches d’Europe, de Chine et des autres grandes économies excédentaires de faire pression sur leurs travailleurs et leurs retraités dans la mesure où ils sont sûrs de pouvoir toujours vendre leurs marchandises, engranger des profits et investir leur épargne dans des actifs sécurisés.

Il en a résulté une montée des inégalités, un surplus de biens manufacturés, des pertes d’emplois et un accroissement de l’endettement. Et un risque notable de conflit qui ne sera pas que commercial.

EN SYNTHÈSE

« Les prix bas ? Les pauvres en ont besoin, les riches en raffolent… » c’est de fait la synthèse de ces deux ouvrages telle que fournie par l’adage rapporté dans « La France sous nos yeux » et qui est enseigné dans des écoles de commerce américaines, et dont l’explication est contenue dans « Les guerres économiques… ». En d’autres termes, peu importe la pauvreté car un pauvre peut et aime consommer, il suffit d’adapter le prix et l’offre à son niveau de vie (magasins discounts…). L’investissement en capital sera faible, le coût de production et de transport du produit sera faible, la qualité du produit sera faible, la marge sera faible, mais les ventes tellement nombreuses que l’investissement sera rentable, notamment si la solvabilité du pauvre est favorisée par les aides publiques, et qu’il reste possible de faire transiter les profits par des paradis fiscaux permettant d’échapper à l’impôt.

EN SAVOIR PLUS…

La France sous nos yeux

  • Auteurs : Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely
  • Éditeur : Seuil
  • Parution : octobre 2021
  • Pagination : 481 pages
  • Format broché : 23,00 euros
  • Format Kindle : 17,00 euros

Les guerres commerciales sont des guerres de classes

  • Auteur : Matthew C. Klein et Michael Pettis
  • Editeur : Dunod
  • Parution :  janvier 2022
  • Pagination : 288 pages
  • Format broché : 26,00 euros
  • Format Kindle : 18,00 euros




Vin des Palhàs Felines 2019 – Vin de pays du Comté Tolosan

Savez-vous que l’Auvergne fut l’une des premières régions viticoles de France à la fin du XIXe siècle quand les vignobles du Bordelais et du Languedoc étaient dévastés par le phylloxéra ? Las ! les cultures cantaliennes allaient être détruites vingt ans plus tard par l’insecte ravageur et ne furent quasi jamais replantées, car à cette époque (guerre de 1914), la région manquait cruellement de bras. Ainsi, le vignoble auvergnat s’effondra passant de 40 000 ha à 1 000 actuellement, limité aux petites AOC : Côtes d’Auvergne (420 ha) dans le Puy-de-Dôme et Saint-Pourçain dans l’Allier.

Depuis une vingtaine d’années, des initiatives locales tentent de ressusciter la viticulture arverne. C’est ainsi que la communauté de communes du pays de Massiac (Cantal) décida, dans les années 2000, de relancer le tourisme grâce à l’ancestrale culture de la vigne en palhàs (murets et terrasses en pierre sèche à plus de 600 m d’altitude). Le travail de réhabilitation fut entrepris : débroussaillage, dessouchage, remontage des murets et des escaliers d’accès, ce qui permit de restaurer quelque 3,5 ha sur les hauteurs de Molompize. Le spectacle est saisissant : les palhàs épousent parfaitement le relief sur des pentes particulièrement escarpées de 120 m.

Suite à l’appel d’offres de la COM-COM, Gilles Monier, géologue de formation qui avait repris la pomiculture familiale à Massiac, releva ce pari fou de faire renaître le vignoble oublié, car comme il le souligne : « Je n’avais aucune formation dans la culture et l’élevage du vin, j’ai appris en faisant… » aidé, il faut le dire, par un technicien et un œnologue de la chambre d’agriculture. Judicieusement il choisit de planter des cépages bien adaptés au terroir : gamay et pinot noir pour le rouge, chardonnay pour le blanc. Très vite rejoint dans l’aventure par Stephan Elzière, puis actuellement 2 autres producteurs, les vignerons de Massiac exploitent plus de 6 ha et sortent 10 à 14 000 bouteilles/an.

Malgré leur relief abrupt, complexifiant le travail, les palhàs de Molompize sur des coteaux ensoleillés bordant l’Alagnon, affluent de l’Allier, sont nées sous une bonne étoile, orientées plein sud, elles bénéficient d’influences montagnardes, mais aussi méditerranéennes et profitent des murets, pour capter un supplément de chaleur. Les ceps sont plantés sur des schistes et des gneiss, donnant un sol légèrement filtrant, qui apportent de la minéralité aux cuvées. La rudesse du climat entraîne une maturation lente. C’est un vin d’altitude (650 à 730 m), où les vendanges ont lieu mi ou fin octobre. Le raisin subit des écarts de température durant septembre et octobre impulsant la fraîcheur et la longueur aux arômes du vin.

Gilles Monier sur ses 2,5 ha à Molompize (plus 1,5 ha sur Massiac) travaille en viticulture raisonnée évitant les intrants chimiques en dehors du cuivre et du soufre à doses minimales. Les vignes sont taillées en guyot simple, tout produit phytosanitaire est proscrit. Les vendanges manuelles, triées sur place, sont transportées par de petites caissettes dans le vieux Massiac vers la cave héritée du grand-père, fort éloignée de la conception moderne…

VINIFIÉS À LA BOURGUIGNONNE

Les vins blancs sont vinifiés à la bourguignonne : raisins pressés, jus débourbés, fermentation après levurage dans des barriques neuves ou de 1 à 2 vins, bâtonnage pendant 6 mois pour remonter les lies, puis repos pour la malo-lactique de mai jusqu’à l’automne. Le soutirage a lieu au bout d’un an après une clarification par bentonite. La mise en bouteille sans filtration est effectuée à l’ancienne par gravité dans la petite cave vétuste.

L’administration pousse la loufoquerie jusqu’à jumeler le Cantal et la Haute-Garonne, puisque les vins de Palhàs reçoivent l’appellation « vin du pays du Comté Tolosan ».

Habillée d’une robe jaune pale limpide et brillante, cette cuvée Féline 2019 blanc des Palhàs, 100 % chardonnay exprime une typicité et des arômes singuliers associant une grande fraîcheur, une minéralité propres aux vignobles septentrionaux de montagne et des fruits mûrs plutôt méridionaux. Des senteurs de fruits à chair blanche : poire, pomme au four, écorces de pomelo, de fleurs blanches : tilleul, acacia jaillissent du verre, puis viennent la pâte d’amande, le pralin, une pointe de truffe. Gras, dense, ample, il régale le palais d’une sensation de brioche beurrée typique du chardonnay. Des amers minéraux et traçants, propulsés en vague saline sur une belle longueur, apportent la fraîcheur indispensable. Ce vin est remarquable d’équilibre et de maîtrise, mais dans la discrétion sans esbroufe.

Cette cuvé Féline 2019 se révèle remarquablement adaptée pour la grande gastronomie, mais aussi appètent vers la cuisine auvergnate. J’ai découvert ce vin au restaurant doublement étoilé de Serge Vieira à Chaudes-Aigues, et force me fut de reconnaître que les plats succulents du chef étaient magnifiquement accompagnés par cette cuvée : berlingots de gelée de tourteau à l’huile de géranium, omble chevalier comme un gravelax, filets de rouget lustré au beurre safrané, cèpes de la Margeride caramélisés au citron confit. Mais des plats plus modestes se marieront savoureusement avec cette Féline, poissons : truite aux amandes, crustacés : gambas à la diable, cassolette d’écrevisses, viandes blanches : sauté de porc aux pommes boulangères. 

Ce vin accompagnera logiquement les plats traditionnels auvergnats : chou farci, lou pounti (quiche de porc à la blette), petit salé aux lentilles, aligot truffé, gratin de crozets aux cèpes et cantal. N’omettez pas de garder un verre de ce chardonnay pour les savoureux fromages locaux : cantal et salers vieillis, saint-nectaire.

A l’image des habitants, les vins de Gilles Monier sont typiques de l’Auvergne : peu expansifs, mais chaleureux une fois apprivoisés, beaucoup plus complexes que ne le laisserait entendre ce terroir si longtemps délaissé. Il faut vraiment féliciter le viticulteur qui, avec trois autres courageux permet la renaissance des vins de Palhàs.

Vin du pays du Comte Tolosan
Gilles Monier – 15500 Massiac

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération




Joseph et la femme de Putiphar ou les infortunes de la tunique – 3e partie


Joseph a maintenant une trentaine d’année et pendant les dix premières années de sa vie dans le domaine de Putiphar, la femme de ce dernier l’a totalement ignoré et comment aurait-il pu en être autrement compte tenu de l’énorme différence de classe sociale, mais les temps ont changé ; Joseph est devenu l’homme de confiance de l’indolent Putiphar peu impliqué dans le gestion de son domaine et surtout intéressé par la chasse au gibier d’eau ou à l’hippopotame dans les marécages, (4) car, à cette époque, « la chasse occupait une place centrale dans la vie des plus aisés ». (6) Joseph était l’intendant de Putiphar, mais aussi son échanson et son lecteur attitré à la voix apaisante. 

Ainsi, ce n’est que depuis trois ans que, progressivement, l’attention de la femme de Putiphar a été attirée par ce bel homme aux yeux profonds  devenu très proche de son époux. Joseph est bien trop subtil pour ne pas se rendre compte de cette douce ambiguïté du regard qui prélude à l’attirance mutuelle, mais il reste sur une prudente réserve pour au moins trois bonnes raisons. 

En premier lieu il veut rester loyal vis-à-vis de Putiphar qui a tout pouvoir sur lui, mais il garde aussi  en mémoire le visage de son père Jacob qui abhorrait le « simiesque pays d’Egypte » et qui aurait fortement désapprouvé une telle liaison de telle sorte que « l’acte que voulait lui faire accomplir la sphinge du pays des morts, lui semblait une dénudation paternelle ». Joseph a en outre et surtout le pressentiment que Yahvé (YHWH), le Dieu des Hébreux lui réserve un destin grandiose et qu’il est « l’instrument d’une auguste prédilection » et « en aucun cas (…) il ne fallait que le Seigneur son Dieu eût le dessous » face à la puissance d’Amon. Cette « conviction ancrée dans l’âme du petit-fils d’Abraham » (10) l’incite à ne pas commettre le péché de chair : « Comment commettrais-je un si grand mal et pêcherais-je contre Dieu ? ». Cette notion du péché est totalement inconnue en Egypte à cette époque alors même qu’existent les sentiments de faute et de honte. Lorsque Joseph emploie le mot devant Putiphar, ce dernier rétorque : « Le péché ? Qu’est cela ? » et Joseph de lui répondre par la voix de Thomas Mann : (10) « C’est ce qu’on exige et qui pourtant est interdit, commandé, mais maudit. Nous sommes pour ainsi dire les seuls au monde à avoir la notion de péché » et à Putiphar qui lui demande si ceci n’est pas une « contradiction douloureuse », Joseph rétorque que « Dieu aussi souffre de nos péchés et nous souffrons avec lui. » 

Joseph, intendant des greniers du pharaon (1874) par Lawrence Alma-Tadema (1836-1912)Huile sur toile. Collection particulière.

On peut penser qu’il fut difficile à Putiphar de comprendre qu’un Dieu puisse ne pas se contenter d’être le juge suprême et qu’il puisse aussi souffrir des turpitudes de l’Homme. Quant à la femme de Putiphar, « quoique accessible au sentiment de l’honneur et de la honte (…) elle ignorait l’idée du péché, dont l’expression ne figurait même pas dans son vocabulaire ». Alors que ceci n’est nulle part relaté dans l’ancien Orient, c’est la Bible qui introduit une dimension morale inédite avec la notion de péché originel et de « Paradis perdu ». (14) 

Le monde païen restera d’ailleurs longtemps étranger à cette notion de péché à l’instar des Grecs dont la faute fondamentale était l’hybris ou le dépassement fautif de la mesure s’exposant au châtiment divin (némésis). Il en était de même avec les Romains dont l’art du loisir studieux (otium s’opposant aux affaires ou negotium) ignorait « le péché, la faute originelle, la trace infamante d’un forfait commis par le premier homme et la première femme ». (15) 

C’est ainsi que, pour la Bible, la destinée humaine est conditionnée par une faute initiale lié à une désobéissance envers la parole de Dieu alors qu’en Mésopotamie il s’agit de la conséquence naturelle d’un « fait d’origine » et en Egypte il s’agit d’une « dégradation de l’état de perfection originel sous l’effet du temps et des fautes », (14) d’où l’importance d’une conduite vertueuse et des rites incantatoires. « L’une des spécificités du péché par rapport à la faute est que la faute est réparable tandis que le péché est pardonnable, ce qui introduit l’idée de repentance » (14) et cette notion de rédemption ayant été développée par le Christianisme, il conviendrait de « préférer, dans ce contexte des civilisations du Proche-Orient ancien, l’usage du mot faute à celui de péché ». (14) 

Finalement, « il s’en fallut d’un cheveu que (Joseph) ne succombât à la tentation brûlante ». (10) Ce qui advint comporte en effet une intense connotation émotionnelle et érotique qui explique qu’elle ait pu inspirer nombre d’artistes depuis le Haut Moyen-Âge par le biais de sculptures, de fresques, de vitraux ou d’enluminures, mais aussi dans le domaine de la peinture lors d’époque plus récentes. L’épisode étant aussi décrit dans le Coran, il n’est pas surprenant  qu’il figure dans diverses miniatures persanes. 

La femme de Putiphar a fait en sorte de rencontrer Joseph alors que le personnel a déserté le domaine pour participer aux fêtes du premier jour de la crue du Nil qui correspondait au Nouvel An officiel en Egypte (3,9) et, ce jour là, la foule en liesse pouvait voir l’extraordinaire procession du Pharaon « étincelant comme le soleil levant » se diriger vers le sanctuaire du dieu Amon. La maison était donc quasi vide puisque « seuls les impotents et les moribonds restaient chez eux » ainsi que les parents très âgés du maître, car « certains vieillards vivent indéfiniment sans trouver la mort, n’ayant plus la force de mourir ». (10)

La femme de Putiphar avait réussi à se faire porter pâle et c’est lorsque Joseph revint avant les autres pour s’assurer que tout était en ordre qu’elle le saisit par son vêtement en disant « couche avec moi ! ». (1) Joseph « abandonna le vêtement entre ses mains, prit la fuite et sortit ». (1) Voyant s’éloigner l’objet de son désir insensé, la femme de Putiphar, cette femme fatale, (10) devient folle furieuse, déchire la tunique tout en la couvrant de baisers et surtout se met à crier au viol ! alors que le personnel arrive, la tunique servant de pièce à conviction ; Joseph est attrapé, jugé par le maître qui le fait mettre en prison, encore que « le concept de prison n’existait pas dans l’Egypte antique » (20) en lui disant de remercier son Dieu qui l’a empêché de « pousser les choses à l’extrême » ce qui aurait pu lui valoir au mieux une bastonnade et au pire l’ablation des oreilles et du nez (2) voire une mort atroce telle que d’être livré pieds et poings liés au crocodile du Nil. 

En réalité, la mort n’était alors que rarement appliquée avec, de façon tout à fait exceptionnelle lors de crimes d’une extrême gravité, la mort par le feu privant ainsi le condamné, jeté dans un brasier, de la vie dans l’au-delà. (20) Un nain fourbe et entremetteur aura la langue coupée et, du moins dans la version romancée de Thomas Mann (10) c’est après que Putiphar ait dit à sa femme : « Il n’y a pas de quoi me remercier, mon amie » que Mount va devoir participer, comme si de rien n’était, à la fastueuse réception prévue en l’honneur de Putiphar dont c’est « le jour de gloire » puisqu’il fait dorénavant partie des intimes du Pharaon. Le peintre napolitain orientaliste Domenico Morelli (1825-1901) nous montre que La femme de Putiphar (1861) (Pinacoteca dell’Accademia di Belle Arti – Naples) est devenue l’ombre d’elle-même en s’accrochant désespérément à la tunique de son amour perdu. (20) 

C’est ainsi que, « pour la seconde fois Joseph descendit dans la fosse et dans le puit » et « le lecteur doit à bon droit se demander comment Joseph va pouvoir sortir d’une situation apparemment sans issue », (21) mais c’est méconnaître le fait que « Yahvé assista Joseph ». (1) En effet à cette époque « Pharaon s’irrita contre ses deux eunuques, le grand échanson et le grand panetier » (1) qui furent mis en prison avec Joseph. 

Il s’avéra que tous deux eurent un songe prémonitoire que Joseph interpréta à leur demande de façon favorable pour le premier et funeste pour le second, ce qui se réalisa. Deux ans plus tard, le pharaon, qui reste tout aussi anonyme dans l’histoire de Joseph comme dans celle de Moïse, (19) eut à son tour deux songes (sept vaches grasses précédaient sept vaches maigres) que personne ne fut capable d’interpréter dans cette Egypte pourtant « pays des devins et des sages ». (21) Ayant entendu dire que Joseph interprétait fort bien les rêves prémonitoires, et en sachant que « l’importance des songes était grande en Egypte, et dans tout le Proche-Orient ancien », (21) le pharaon s’adressa à Joseph qui  lui dit que non seulement ceci laissait présager sept années d’abondance suivies de sept années de disette, mais en outre il lui indiqua les « mesure à prendre » (21) l’ incitant à prévoir des réserves par précaution. 

Ce faisant Joseph se singularisa en allant  au-delà de la seule interprétation et ceci explique que Pharaon lui ait alors dit : « Il n’y a personne d’intelligent et de sage comme toi. C’est toi qui seras mon maître du palais ». (1) C’est ainsi que Joseph sortit de prison et devint l’homme le plus puissant d’Egypte après Pharaon. Le peintre orientaliste Jean-Adrien Guignet (1816-1854) peindra en 1845 Joseph expliquant les rêves du pharaon (Musée des Beaux-Arts de Rouen). Dans sa représentation soucieuse de réalisme et de précision historique dénommée Joseph intendant des greniers du pharaon (1874 collection particulière) (18) le peintre Lawrence Alma-Tadema (1836-1912) montre Joseph assis sur un trône avec un scribe sur le sol près de lui. Joseph porte une perruque inspirée d’une vraie perruque de la XVIIIe dynastie correspondant ainsi à l’époque présumée de la scène et ceci est d’autant plus plausible que des fouilles récentes à Saqqara ont montré qu’un Sémite était parvenu au sommet de l’état sous le règne d’Amenhotep III. (19) 

Joseph fera venir sa tribu en Egypte en les sauvant ainsi de la famine, Pharaon les autorisant à habiter la terre de Goshen. Joseph reverra son père Jacob qui lui dira « Maintenant que je t’ai revu et que tu es encore vivant je peux partir » à l’instar, mais bien plus tard et dans un tout autre contexte, du grand-prêtre Siméon lorsqu’il verra l’enfant Jésus lors de la Présentation au Temple et qui dira alors « nunc dimittis » (maintenant je peux partir). Joseph épousera la fille d’un prêtre égyptien avec laquelle il aura deux fils Ephraïm et Manassé dont les descendants donneront deux des douze tribus d’Israël. 

Joseph eut la permission du Pharaon d’aller enterrer en grande pompe au pays de Canaan son père Jacob, resté dix sept ans en Egypte et mort à l’âge de cent quarante sept ans… et Joseph lui-même est mort à l’âge de cent dix ans, l’âge idéal d’après les textes égyptiens. (19) Il fut embaumé et mit dans un cercueil en Egypte, (1) mais, en toute logique, son eschatologie individuelle et son dieu unique le dispensèrent de se présenter devant le tribunal d’Osiris et de poser son cœur, c’est-à-dire son âme, sur la balance de Thot pour équilibrer la plume de Maât, la déesse de la justice, (3,4) mais, n’en doutons pas, même dans cette hypothèse et compte tenu de la légèreté de son cœur, la pesée de l’âme ou psychostasie (9) ne lui aurait pas été défavorable. 

Ainsi, Joseph n’aurait pas été englouti par le monstre hybride Ammit dont la fonction première était d’avaler les âmes impures et peut-être même que son énergie vitale (Ka) existe dans l’au-delà, dans ce lieu dénommé alors « le Champ des roseaux ». (3)

Louis-François Garnier


a) Canaan : terme apparu au XVe siècle av. J.-C. et correspondant à peu près à la zone actuelle incluant le Liban, Israël, la Palestine et le sud de la Syrie, c’est-à-dire la partie sud de ce que les Egyptiens appelaient Rétjénou ou Réténou. C’est vers 1850 av. J.-C. (?) que se situe la migration d’Abraham venant d’Our, qui était l’une des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, dans l’actuel Irak, et alors située sur une des branches de l’Euphrate et proche du Golfe Persique.  Nous sommes de ce fait  à l’extrémité orientale du « croissant fertile » et la migration se fait vers le pays de Canaan suivie, vers 1700 av. J-C. (?), de l’installation en Egypte d’hébreux qui y resteront 430 ans d’après la tradition (22), c’est-à-dire  jusqu’à Moïse et l’Exode vers 1250 av. J.-C. sous le règne de Ramsès II. (v. 1304-v.1213 av. J.-C.) (1) (22) Ainsi, l’épisode de Joseph se situerait entre ces deux dates approximatives et ferait, en quelque sorte, le lien entre l’Exode et les patriarches qui, au sens strict, sont les trois pères fondateurs du peuple juif dans le Livre de la Genèse, à savoir Abraham, Isaac et Jacob. Les histoires de Joseph et de Moïse sont « complémentaires, deux versants d’un diptyque dans l’histoire des Hébreux, respectivement l’entrée et la sortie d’Egypte » (19) et l’histoire de Joseph est à rapprocher de l’installation d’Hébreux en Egypte selon deux modalités distinctes : « d’une part la déportation de serviteurs esclaves provenant de Canaan et d’autres part, la venue de bergers fuyant la sècheresse et la famine avec leurs troupeaux ». (22) Thomas Mann (10) relate que « Amenhotep III (régnait) dans les années où Joseph vécut sous le toit de Putiphar ». Ce pharaon dont le nom signifie « Amon est satisfait »  également dénommé en grec Aménophis III (v.1403 -. 1352 av. J.-C.) conduira l’Egypte à l’apogée de sa puissance. Joseph est supposé l’avoir vu avec la Grande Epouse royale, la reine Tiy, et le petit et futur Amenhotep IV (né entre 1371/1365 et mort vers 1338/1337 av. J.-C.). A l’époque qui nous intéresse (-1360) le jeune futur pharaon devait avoir entre 5 et 11 ans. C’est bien plus tard que la situation des Hébreux en Égypte va beaucoup se dégrader avec un nouveau Pharaon, « qui n’a pas connu Joseph » et qui réduisit  les enfants d’Israël en esclavage ;  ils n’auront pas d’autres alternative que de sortir d’Egypte d’où l’Exode du grec ex  « au-dehors » et hodos  « route ».

b) Madianites : descendants de Madian fils d’Abraham et installés à l’est du Jourdain entre Mer Morte et Sinaï et ce sont eux qui accueilleront Moïse lors de sa fuite d’Egypte. Les Ismaélites sont les descendants d’Ismaél, premier fils d’Abraham et étaient installés entre l’Euphrate et la Mer Rouge (Arabie actuelle). La gomme adragante est obtenue à partir de la sève d’arbrisseaux et était appréciée pour ses propriétés médicinales et le ladanum était une gomme-résine issue d’un ciste et utilisée en parfumerie, à ne pas confondre avec le laudanum à base d’opium.

c) Hyksôs : de heka khasout  (chefs des pays étrangers), dénomination d’un peuple venu d’Asie, au moins en partie d’origine sémitique et qui régnât sur la partie basse et moyenne de  l’Égypte à la fin de la Deuxième Période intermédiaire (1800-1500 av. J.-C.). Les dirigeants de Thèbes contribuèrent à répandre la réputation d’envahisseurs étrangers pour justifier la destruction et le pillage de la ville d’Avaris, leur capitale très prospère, victime de « la machine de guerre qui unifiera bientôt l’Egypte » (7)

d) Flabellifère : de flabellum désignant les grands éventails de cérémonie constitués de plumes d’autruches ou de paon au bout d’une longue perche afin d’éventer les hauts personnages, et en particulier le pharaon, lors de leurs déplacements, mais cette fonction a perdu de son importance au profit d’un rôle symbolique de manifestation du pouvoir, en particulier « à la droite du roi », ce qui était le cas de Putiphar.(10) 

e) Atoum Râ ou Atoum Rê est  l’antique dieu solaire qui est à la fois le soleil levant (Khépri : celui qui naît) symbolisé par le scarabée poussant le disque solaire, le soleil au zénith (Rê) puis le soleil couchant (Atoum) avec la dénomination plus générale de Rê-Horakhty (Rê comme étant Horus de l’horizon) et dont le principe visible est Aton, le disque solaire divinisé, dont le culte a été encouragé par Amenhotep III favorable au syncrétisme puis finalement imposé par son fils Amenhotep IV qui prendra le nom d’Akhénaton (Esprit vivant d’Aton) (3) qui, confronté à l’hostilité du clergé thébain devenu aussi riche que le roi (véritable état dans l’état), décidera d’abandonner le culte d’Amon le « dieu caché », dont Thèbes fut le principal lieu de culte sous le nom d’Amon-Rê le principal dieu du Nouvel Empire, (3)  au profit d’Aton, « le dieu visible » en construisant des temples à ciel ouvert, car « la place du soleil n’est pas à l’ombre » (2) dans sa nouvelle capitale Akhet-Aton ou L’horizon d’Aton (Tell el Amarna) à 300 km au nord de Thèbes. Aton était représenté sous la forme d’un disque solaire doté de long rayons terminés par des mains miniatures tenant le symbole de vie dénommé ankh. (3)  Après sa mort, Akhénaton fut considéré comme hérétique, sa ville fut détruite et ses représentations de même que celles de son épouse Néfertiti, qui lui survécut une dizaine d’années, furent mutilées. Les privilèges des prêtres d’Amon furent rétablis et Toutankhaton (l’image vivante d’Aton), le fils d’Akhénaton d’après la génétique moderne, changea son nom en Toutankhamon. (16)

Bibliographie

1) La Bible de Jérusalem cerf 2007.
2) Chedid A. Néfertiti et le rêve d’Akhénaton. Les Mémoires d’un scribe, Flammarion, 1974.
3) Tyldesley J. L’Egypte à la loupe. Larousse 2007.
4) L’Egypte et la Grèce antique. Gallimard-Larousse 1991.
5) Reboul Th. Les oculistes pharaoniques et leurs vases à collyres. L’Ophtalmologie des origines à nos jours. Tome 5 ; 5-17. Laboratoire H. Faure.
6) Tommasi M. Le régime du Nil nourrit les Egyptiens. Histoire & Civilisations N°66 : 14-19 novembre 2020.
7) Manley B. Atlas historique de l’Egypte ancienne. De Thèbes à Alexandrie : la tumultueuse épopée des pharaons. Autrement 1998.
8) Maruéjol F. L’Egypte et Canaan, les partenaires ennemis. L’Histoire de la Méditerranée. Le Monde Hors-série 2019.
9) Le musée égyptien de Turin. Federico Garolla Editore 1988.
10) Mann Th. Joseph et ses frères. Joseph en Egypte. L’Imaginaire Gallimard 1980.
11) Cevennit W. L’état pharaonique. Organisation politique de l’Egypte ancienne. Egypte ancienne N°36 2020.
12) Berlaine-Gues E. Hathor une déesse envoûtante. Egypte ancienne N°36 2020.
13) Mahfouz N. Akhénaton le Renégat. roman  Denoël 1998.
14) Agut D., Lafont B. Faute, culpabilité… en Egypte et en Mésopotamie. Qui a inventé le péché ? Le Monde de la Bible N°234 2020.
15) Onfray M. Sagesse. Ed. J’ai Lu 2020.
16) La grande histoire de l’Antiquité. Pharaons. Hors-série N°2 2020 Oracom.
17) Willaime V. Thèbes ; L’âme de l’Egypte pharaonique. Egypte ancienne N°36 2020.
18) Barrow R.J. Lawrence Alma-Tadema. Phaidon 2006.
19) Vernus P. Dictionnaire amoureux de l’Egypte pharaonique. Plon 2009.
20) Peltre Ch. Les Orientalistes. Hazan 2003.
21) Briend J. Joseph. Le monde de la Bible. foliohistoire Gallimard 1998.
22) Lemaire A. Les Hébreux en Egypte. Le monde de la Bible. foliohistoire Gallimard 1998.
23) Zivie A. Ramsès II et l’Exode : une idée reçue. Le monde de la Bible. foliohistoire Gallimard 1998.

Remerciements au Docteur Philippe Frisé, ophtalmologiste à Ploërmel pour sa documentation.




Les données numériques de santé

Dorénavant, les données de santé sont pour la plupart numérisées et stockées sur des serveurs. En d’autres termes, elles peuvent être accessibles, partagées, analysées à grande échelle, commercialisées… Ce thème et ses implications ont fait l’objet de deux livres parus à un mois d’intervalle mais construits avec des tons et une profondeur très différents, un peu comme si tous deux parlaient d’histoire et que l’un aurait été écrit par Stéphane Bern et l’autre par Fernand Braudel.

DEUX NIVEAUX DE LECTURE

D’un côté, « Ma santé, mes données » est écrit par une journaliste qui fait œuvre de journaliste : lecture facile, phrases stéréotypées du type « Alors sommes-nous en train de signer un pacte avec le diable ?… », « Il est fort possible que vous n’ayez jamais entendu parler d’IQVIA. La firme, elle, a peut-être entendu parler de vous », etc.
De l’autre, « Le business de nos données médicales » est écrit par trois auteurs, l’un consultant en stratégie éditoriale et les deux autres philosophes, est d’un abord différent : nécessité de connaître le sens de certains mots (comme nudge) voire d’avoir déjà lu certains ouvrages (notamment « L’âge du capitalisme de surveillance), lecture facile mais plus technique et engageant presque à chaque phrase à réfléchir.
Le premier peut servir de mise en bouche, le deuxième est indispensable à qui veut cerner certains des enjeux majeurs du siècle numérique qui a débuté et de ce que cela implique pour les données de santé.

UNE MISE EN BOUCHE

Dire qu’un livre est une œuvre de journaliste ne signifie pas qu’il faut dénigrer ce type d’écriture et d’ouvrage, car il fait le point – comme le fond les hebdomadaires d’actualité – sur plusieurs des questions posées par la numérisation des données de santé et des services de soins.
Pour les services de soins, notamment les hôpitaux, la nécessité de disposer en temps réel des informations produites et transmises en fait une cible privilégiée des cyberattaques à base de rançongiciel.
Pour la numérisation, les bases de données de santé sont en passe de devenir un enjeu stratégique majeur à plusieurs titres. L’un d’eux est de développer des modèles prédictifs des maladies. Un autre est de générer des profits gigantesques faisant que cette voie est devenue un terrain de chasse des GAFAM.
Et ces GAFAM avancent à grands pas, le service national de santé anglais ayant confié à Amazon le stockage de ses données, et la France, à Microsoft, celles de son Health data Hub avec de nombreuses conséquences possibles.

DES RÉFLEXIONS

Le deuxième ouvrage, dont la lecture, pour qui s’intéresse au sujet paraît indispensable, part des mêmes prémices que le livre précédent, mais plutôt que de les décrire, développe une réflexion sur les enjeux sociétaux, politiques et philosophiques de la numérisation des données de santé. Et ce livre est d’une grande richesse en informations et pistes de réflexion, au point que, moi qui signale au crayon à papier les passages importants d’un livre lorsque je le lis, ait du crayonner presque une page sur deux…
Aussi, plutôt que de citer les passages qui m’ont paru majeurs, il paraît plus simple de citer les titres des grands chapitres de ce livre. Le premier chapitre intitulé « Les origines de la e-santé » décrit un chemin qui va de l’économie politique de la santé aux forums de santé, une aubaine pour les géants du numérique, en passant par les modes de rémunérations de médecins. Le deuxième, intitulé « Une manne pour les GAFAM », rend principalement compte de la conquête des données de santé européennes par le Big tech nord-américain, avec le danger que cela représente. Certes, ces Big tech peuvent passer des contrats indiquant que leur politique de gestion des données sera conforme au RGPD, mais comme cela est écrit au chapitre suivant intitulé « La perte de la souveraineté française et européenne sur les données », ces contrats comportent une clause qui permet « le transfert de données en dehors de l’Union européenne dans le cadre du fonctionnement courant de la plateforme, notamment pour les opérations de maintenance ou de résolution d’incidents ».
Une simple phrase et le tour est joué : pour certaines opérations, les données peuvent être rapatriées aux Etats-Unis et, dès lors, soumises à la loi américaine, notamment être exigibles par les services de sécurité américains… Et cela, en toute « légalité américaine » depuis que le Cloud Act américain a été établi en réponse au RGPD, Cloud Act décrit comme tel « Ce type de législation permet un accès unilatéral de la part du gouvernement américain aux données d’un pays tiers, le tout sans avoir à fournir de précision sur la nature du contenu extirpé. Par ricochet, le Cloud Act va bien plus loin puisqu’un prestataire français ou étranger, pourvu qu’il soit affilié à une entreprise américaine et que les autorités déterminent que la société mère exerce en cela un contrôle suffisant sur le partenaire, tombera sous le coup du Cloud Act ».
Les deux derniers chapitres sont plus philosophiques, l’un sur le mode de l’analyse politique « L’Etat plateforme et la disruption du droit », l’autre sur le plan métaphysique « L’humain réduit à des données et des statistiques ».

QUAND DOCTOLIB EN PREND POUR SON GRADE

Au passage, Doctolib, la licorne française, en prend pour son grade à divers passages du livre qui montrent qu’elle reproduit le modèle financier et prédateur des Big tech américaines. Ainsi, on apprend que Doctolib a pour prestataire en matière de stockage des données, Amazon Web Service avec les risques encourus cités plus haut. On apprend que Doctolib s’est vue décerner le prix « Big Brother » par la presse allemande pour avoir vendu les données de santé de ses utilisateurs (notamment les historiques de recherche) à Facebook et Outbrain (entreprise de collecte d’informations personnelles de portée internationale) dans le but de produire du ciblage publicitaire profilé.
On apprend que Doctolib « s’est greffé à l’annuaire de l’Ordre des médecins, violant par la même occasion le RGPD. De cette façon, même les recherches portant sur des médecins n’étant pas inscrits sur la plateforme ont des chances de déboucher sur une page Doctolib, captant ainsi l’attention potentielle d’un usager pour le réorienter vers un médecin officiellement référencé sur la plateforme, en plus de ne pas systématiquement déréférencer les médecins qui se désinscrivent de Doctolib ». On apprend que Doctolib s’est posé en intermédiaire systématique vis-à-vis des hôpitaux franciliens dans l’objectif « d’imposer l’inscription sur Doctolib afin de prendre rendez-vous à l’AP-HP pour les clients et l’accès à l’agenda numérique pour les professionnels, se retrouvant ainsi en position de monopole sur le marché d’un bout à l’autre de la chaîne médicale ». Et l’avenir ? Il y a un « risque d’accès de Doctolib à davantage de données de santé sensibles avec la dématérialisation des ordonnances auxquelles ils auront un accès indirect via leur nouveau logiciel de gestion du cabinet médical qui ‘’organise’’ les dossiers des patients ».

EN SYNTHÈSE

Deux ouvrages très différents donc, dont la lecture du deuxième est essentielle et dont la philosophie peut être résumée dans cette citation de la page 116 : « […] cette désacralisation de la donnée de santé, devenue une marchandise comme une autre, n’aboutit pas tant, dans les mains des plateformes numériques, à une valorisation en termes de démocratisation ou de gain scientifique, mais en termes de valorisation marchande ».

EN SAVOIR PLUS…

Ma santé, mes données

  • Auteurs : Coralie Lemke
  • Éditeur : Premier Parallèle
  • Parution : Septembre 2021
  • Pagination : 170 pages
  • Format broché : 17,00 euros
  • Format Kindle : 12,99 euros

Le business de nos données médicales

  • Auteur : Audrey Boulard, Eugène Favier-Baron et Simon Woillet
  • Editeur : FYP éditions
  • Parution : Octobre 2021
  • Pagination : 175 pages
  • Format broché : 22,00 euros