6 décembre 2022
Nous l’avions nommé le web 3.0 du futur dans un précédent numéro, le métavers révèle sa présence et poursuit sa montée en puissance. Et ce n’est plus seulement un monde de jeux ou de blockchains qui nous attend, mais bel et bien un monde semi-virtuel, voire réel pour certains pour qui les technologies numériques se substitueront ou remplaceront la vie telle qu’on la respire aujourd’hui… et la santé n’échappera pas à cette évolution prévisible dans les dix prochaines années.

Pascal Wolff – Le Cardiologue n° 448 – septembre-octobre 2022

Par définition, le métavers est un monde virtuel que rien ne lie à notre réalité virtuelle. Présenté comme un communauté de finance et de jeux où le shopping dématérialisé bat son plein, le métavers reste pour la plupart d’entre nous un monde décalé et décadent, totalement hors de la vie telle que nous la vivons tous les jours.
Et pourtant – les technologies avançant de façon spectaculaire – ce monde virtuel est présenté par Mark Zuckerberg en 2021 comme un nouvel univers de rencontres comme jamais auparavant, en effaçant toujours plus les frontières qui séparent le monde réel du monde virtuel.
Le métavers tel que le voit le patron de Meta reproduirait un monde réel en réalité virtuelle multidimensionnelle avec des lieux de rencontres, des boutiques, des activités, des événements, des écoles et autres universités numériques ainsi que des lieux virtuels de travail. Bref, un monde tel que nous le connaissons dans le réel avec le « no-limit » du virtuel… Pour Meta, le but est d’atteindre un milliard d’utilisateurs dans une dizaine d’année. 13 milliards de dollars ont déjà été investi et 10 000 personnes devraient être recrutées… pour la création de ce nouveau monde.

 

MAIS TOUT D’ABORD… LE MONDE PERSISTANT

Entre le réel et le virtuel se trouve un autre monde : le monde persistant, un environnement virtuel qui évolue en permanence. Imaginez-vous non plus coincé dans votre deux-pièces de 25m² mais transposé dans un chalet avec vue sur un lac, grâce à votre casque de réalité virtuelle.
Vous voilà dans votre monde, avec vos avatars qui sont vos amis, votre famille, avec qui vous pouvez converser et entretenir des relations bien « réelles ». En votre absence, d’autres personnes peuvent changer la décoration d’une pièce de votre châlet, un objet de place, et le monde devient alors dynamique. Vous êtes dans le monde persistant (persistent world) qui est en sans cesse évolution, même si vous n’y êtes pas ou déconnecté.
Il vous faudra bien sûr vous créer votre avatar, ce qui est primordial pour pouvoir accéder à ce monde. Et même si les avatars tels qu’ils existent aujourd’hui sont très cartoons et font plutôt sourire la sphère des nantis, les futurs hologrammes photoréalistes auront des émotions retranscrites en temps réel. C’est l’inspiration qu’a eu Artur Sychov, fondateur du métavers Somnium Space suite au décès de son père en créant le mode Life Forever qui permet de stocker nos propres mouvements et conversations sous forme de données, puis de les reproduire sur votre propre avatar qui bouge et parle exactement comme vous-même.
Et le rêve d’Artur Sykov deviendra un jour réalité : discuter avec nos proches décédés dès qu’on en aura envie. « Littéralement, si je meurs – et que mes données ont été collectées – les gens pourront venir, ou mes enfants pourront venir et avoir une conversation avec mon avatar, qui aura ma gestuelle, ma voix », a-t-il expliqué au magazine Vice (1). « En fait, on va vraiment pouvoir rencontrer la personne. Peut-être même que pendant les dix premières minutes, on ne devinera tout simplement pas qu’il s’agit d’une IA. C’est le but. »

 

LES RÉSEAUX SOCIAUX BIENTÔT HAS BEEN ?

lnstagram, Snapchap, Snapchat, Youtube ou Twitter bientôt hors jeu ? Tels que nous connaissons les réseaux sociaux aujourd’hui, il n’est plus question d’en douter. 70 % des influenceurs pensent que le métavers les supplentera rapidement.
Et à l’heure de Roblox, le jeu vidéo free-to-play et massivement multijoueurs en ligne destiné aux enfants et adolescents, le métavers s’installe massivement chez les jeunes qui seront les concepteurs, les consommateurs et les décideurs de demain.
Actuellement, les réseaux sociaux du web 2.0 fonctionnent sur le principe d’économie de plateformes centralisées. Le web 3.0 – le métavers – introduit le concept de l’économie de la propriété. Sans parler des compagnies internationales comme Apple, Meta, Microsoft,… des entreprises comme Coinbase (plateforme d’échange de cryptomonnaies de près de 8 milliards de chiffre d’affaires) [2] montre alors des signes de réelle innovation de production et a su prendre conscience de ce marché ou la psychologie des utilisateurs est en pleine mutation.
Les réseaux sociaux ont su porter l’économie du web 2.0, mais désormais leurs codes semblent ne plus être en adéquation avec ce que propose le web 3.0 avec la technologie blockchain et les métavers, d’où la transformation de Facebook en Meta.

 

L’ENGAGEMENT DES INFLUENCEURS

Tout le monde connaît et/ou a vu un(e) influenceur(se) sur un réseau social. Dans le monde virtuel tel qu’il se dessine, les influenceurs(se) numériques existent déjà. Surtout utilisés dans le luxe, la mode, les cosmétiques, l’équipement et le tourisme, ils donnent une dimension moderne aux entreprises avec de nombreux avantages : ils parlent toutes les langues, adaptent leur style, changent de version suivant les pays, et n’ont pas de réputation à défendre puisqu’ils n’ont pas d’existence physique.
De plus, l’intelligence artificielle (IA) leur permet aujourd’hui de simuler une vie réelle, une personnalité et des interactions qui paraissent naturelles.
Le taux d’engagement des influenceurs numériques est presque trois fois plus élevé que celui des « réels », mais pour certains, tout va à l’encontre de l’authenticité. Comment peut-on faire croire qu’une influenceuse va adorer le nouveau parfum du dernier cosmétique à la mode alors qu’elle n’a pas de récepteurs olfactifs et donc aucun sens de l’odorat… et pourtant, paradoxalement, l’influenceuse numérique rendra plus authentique et sincère le message qu’elle envoie, contrairement à l’humain qui se met en scène dans un univers ou le business est devenu un véritable empire du milieu.
Le principal frein concernant les « numériques » est actuellement est d’abord sociétal : car entre l’enthousiasme consommé de cette vision futuriste pour certains et la folie péremptoire pour d’autres, terrifiés par la raréfaction des interactions humaines en chair et en os, le fossé se creuse et pourrait devenir abyssal.

 

LES TECHNOLOGIES ASSOCIÉES

Les composants essentiels qui compose le métavers sont la réalité virtuelle (VR), la réalité augmentée (AR), la réalité mixte (MR) et l’intelligence artificielle (IA). Ces technologies alimentent les logiciels,le matériel et bien sûr les applications qui en découlent.
Par exemple, les entreprises de dispositifs médicaux utilisent la réalité mixte pour assembler des outils chirurgicaux et concevoir des salles d’opération, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) utilise la réalité augmentée et des smartphones pour former les intervenants Covid-19, les psychiatres utilisent la réalité virtuelle pour traiter le stress post-traumatique (SPT) parmi les soldats de combat, et les écoles de médecine pour la formation chirurgicale.

 

ET LA SANTÉ DANS TOUT CELA ?

Pour que ce nouveau monde soit complet, c’est une évidence qu’il faut lui inclure la santé et nous en reparlerons dans un prochain numéro.
Le métavers médical passera par trois catégories qui sont la formation, les soins et le parcours patient. Ce métavers santé est vu comme un immense hôpital virtuel où tout est possible. Le groupe Thumbay (Émirats arabes unis), par exemple, a prévu de lancer d’ici fin 2022 la première phase de son projet de santé dans le métavers qui comprendra un hôpital, une université ainsi qu’un domaine de bien-être virtuel.

 

CONCLUSION

Pendant que certains songent à s’installer sur la Lune, d’autres choisiront de vivre dans un monde décentralisé et décalé sur terre ou se cacher dans une forêt…
Le métavers va bousculer le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. On peut même s’interroger jusqu’où ce monde numérique va-t’il nous révolutionner, voire nous changer. Il est grand temps d’y réfléchir et de savoir où nous voulons aller dans ce futur lointain et pourtant si proche.

LES BASES DU MÉTAVERS

 

La réalité virtuelle (VR). La réalité virtuelle crée un environnement avec lequel l’utilisateur peut interagir. La réalité virtuelle reproduit donc artificiellement une expérience sensorielle, qui peut inclure la vue, le toucher, l’ouïe et l’odorat (visuelle, sonore ou haptique).

La réalité augmentée (AR). La réalité augmentée est la superposition de la réalité et d’éléments insérés (sons, images 2D et 3D, vidéos, etc.). Elle incorpore de façon réaliste des objets virtuels dans une séquence d’images.

La réalité mixte (MR). La réalité mixte est la fusion des mondes réels et virtuels pour produire de nouveaux environnements et visualisations, où les objets physiques et numériques coexistent et interagissent en temps réel.

L’intelligence artificielle (IA). L’intelligence artificielle est l’ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine.

Le monde persistant. Le monde persistant est un environnement de réalité virtuelle qui évolue en permanence dans le métavers, comme un univers réel.

© katzeline2@gmail.com/Depositphotos  

Vérifiez vos adresses mails !

Il n’y a pas que votre ordinateur qui peut être piraté. Vos adresses mails on pu être subtilisées dans d’autres bases de données (Santé, Gafam, réseaux sociaux…). Pour le savoir et éviter une usurpation de votre identité, de l’hameçonnage ou autre méfait, vérifiez auprès du site  haveibeenpwned s’il y a eu violation de vos adresses. Si tel est le cas, le site vous indique sur quels sites vos données ont été volées… et changez vos mots de passe.

la CNIL et vos données

Le médecin libéral doit donc protéger ses données personnelles et médicales. Pour ce faire, il doit passer par des protocoles précis : hébergement certifié données de Santé avec demande préalable auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). 

 

La CNIL a récemment sanctionné deux médecins libéraux pour ne pas avoir suffisamment protégé les données de leurs patients, des milliers d’images médicales hébergées sur des serveurs étaient en accès libre. Toutes ces données pouvaient donc être consultées et téléchargées, et étaient, selon les délibérations de la CNIL, « suivies notamment des nom, prénoms, date de naissance et date de consultation des patients ». Le problème venait simplement d’un mauvais paramétrage de leur box internet et du logiciel d’imagerie qui laissait en libre accès les images non chiffrées.

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LES NFT, C’EST QUOI EXACTEMENT ?

Les jetons non fongibles (NFT) sont des certificats de propriété stockés sur une blockchain. Ces jetons numériques permettent de certifier l’authenticité d’un objet qui lui est associé en achetant un code (ou un certificat)

Contrairement à la monnaie telle qu’on la connaît (ou aux cryptomonnaies), chaque NFT est unique ou non fongible, c’est-à-dire qu’il ne peut être échangé contre quelque chose de valeur égale. 

Le marché de l’art est en pleine révolution grâce aux NFT. Mike Winkelmann (Beeple) a vendu une photo numérique pour plus de 69 millions de dollars chez Christie’s. Et pourtant, cette photo est consultable et téléchargeable sur internet, contrairement à un tableau « réel ». Alors, pourquoi acheter une telle œuvre de cette manière ? Et bien tout simplement parce que celle-ci a été vendue avec son NFT qui la rend unique et traçable. Ce certificat signe bien sûr l’œuvre de l’artiste et indique qui l’a vendue, qui l’a achetée et pour quelle somme et à quelle date. Cette œuvre « numérique » peut donc être cédée en enchère… et si la valeur de la cryptomonnaie qui a permis d’acquérir le certificat NFT augmente, la valeur de cette œuvre augmentera  pour le possesseur du NFT.

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