Rosé Pétra 2021 – Domaine Hauvette

Brad Pitt à Miraval, George Clooney à Brignoles, George Lucas au Château Margül, Ridley Scott dans le Lubéron, bénéficiant de leur renommée, les «people» hollywoodiens, conquis par la Provence et ses potentiels viticoles, tentent de pousser vers les sommets leurs cuvées, notamment de rosés. Mais pour la plupart des spécialistes, le meilleur rosé provençal est bien produit par une française, la discrète, solitaire, au tempérament bien trempé, Dominique Hauvette, dont j’ai déjà vanté le remarquable blanc « Doli a » dans cette revue (Le Cardiologue n° 416).

Ses 17 ha de vignes, cultivées sur le magnifique piémont nord des Alpilles, bénéficient d’un excellent terroir argilocalcaire près de Saint-Rémy-de-Provence. Choisissant d’emblée la culture biologique et biodynamique certifiée dès 2003, Dominique Hauvette n’utilise aucun produit chimique, remplacé par des tisanes de plantes. En empathie avec l’environnement, elle estime que cette méthode lui permet de ne pas troubler « l’osmose entre ses vins et la nature ». C’est une vraie philosophie pour elle qui accorde un grand respect aux sols et à l’authenticité de ses terroirs. Un travail acharné dans les vignes, mais toujours avec une grande douceur, la taille et l’ébourgeonnage permettent de limiter drastiquement les rendements aux alentours de 15 hl/ha.

Un vin en biodynamie

En cave, la même démarche biodynamique conduit la vinification : limitation au minimum des interventions et intrants, pas de soufre ajouté. Dominique insiste : « Je me concentre sur la production de beaux raisins. Travailler à la vigne permet d’être paresseux au chai ». Le rosé Pétra, assemblant 75 % de cinsault, 15 % de grenache, 15 % de syrah, est obtenu par la technique du pressurage direct, où les raisins éraflés sont foulés, puis immédiatement et doucement pressurés, pour colorer, tel que désiré, le jus qui, débourbé,  fermente spontanément grâce à ses levures indigènes. La maturation et l’élevage sur lies fines, pour garder fraîcheur et vivacité, s’étendent sur 3 à 6 mois dans des cuves en béton en forme d’œuf ; ce contenant procure une homogénéisation parfaite n’amenant pas à filtrer le vin.

Aux antipodes des habituelles teintes pelure d’oignon diaphanes et translucides des rosés provençaux, la cuvée Pétra 2021 du domaine Hauvette arbore une éclatante robe poudrée, rose soutenu tirant sur le rubis pale avec des reflets dorés et orangés.

Il explose littéralement du verre en répandant des senteurs intenses de fruits rouges : framboise, fraise des bois, groseille, de pêches de vigne, d’orange sanguine, d’amande fraîche ; mais aussi de fleurs : rose, violette, pivoine, où viennent s’incorporer des notes épicées de réglisse, de cardamone, de coriandre, et anisées. La bouche, tout en fraîcheur, en limpidité, d’une longueur magistrale, a une texture d’une salinité salivante. La minéralité prégnante apporte beaucoup d’énergie, de générosité, d’équilibre à cette cuvée qui s’épanouit en finale sur de beaux amers mentholés. Ce vin cristallin manifeste une élégance, une finesse, un juteux comme pourrait l’être un vin rouge, d’ailleurs Dominique Hauvette me dit : « Ce n’est pas un rosé, mais un rouge léger ».

Un rosé gastronomique

Ce rosé Pétra qui bouleverse la perception des rosés de Provence, est réellement un vin de gastronomie et les choix culinaires sont nombreux ; tout naturellement les plats méditerranéens : ceviche de daurade ou de bar au pamplemousse et baies roses, encornets farcis à la sétoise, zarzuela catalane, pâtes aux langoustines et bien sûr bouillabaisse. Mais c’est avec le rouget qui, par son goût corsé, apprécie bien les vins rouges que l’on va trouver les mariages les plus aboutis : rouget de roche grillé à la plancha, filets à la tapenade ou à l’aigre-douce, papillotes au basilic et coquillage ou aux agrumes, saltimbocca à la sauge. Ce rosé puissant peut être l’excellent partenaire d’une viande blanche : poulet au citron et olives vertes, agneau au curry, blanquette de veau. Je pense qu’il vaut mieux ne pas lui faire accompagner un fromage ou un dessert en dehors d’une salade de fruits rouges.

Le prix de cette bouteille aux alentours de 30 € est remarquablement doux, lorsqu’on sait qu’une bonne part des rosés banaux de Provence se vend entre 20 et 40 €, voire plus (la cuvée Garrus, créée par Sacha Lichine, s’envole à 115 €). 

A noter malheureusement que Mme Hauvette ne reçoit pas au domaine pour des visites ou dégustations (quand on va chez le pâtissier, on ne demande pas à goûter le gâteau avant de l’acheter, dit-elle).

Ecoutons Dominique Hauvette : « J’ai toujours été un garçon manqué et puis… J’ai trouvé ma féminité dans le vin. La gourmandise, la suavité, la douceur, la souplesse, ce sont pour moi des caractéristiques de mes vins ».

Elever des pur-sang arabes, élaborer de grands vins, contempler le coucher du soleil sur les Alpilles en tournant le dos à la civilisation et en se ressourçant dans la solitude, telle est la vie que Dominique Hauvette a choisi et qui lui convient.

Domaine Hauvette
13210 Saint-Rémy-de-Provence

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